1er octobre 2018, 22h55

Mes amis. Mes amis de l’Abitibi et mes amis des Iles-de-la-Madeleine, mes amis rencontrés sur les 10 000 km que nous avons parcourus pendant cette campagne, mes très chers amis, nous n’avons pas ce soir le résultat que nous espérions.

Nous nous sommes lancés dans ce marathon électoral avec un programme à la fois ambitieux et concret, une détermination sans borne à faire progresser les régions du Québec, à soutenir les familles du Québec, à défendre l’environnement du Québec, à ériger ici un Québec plus équitable, plus français, un Québec libre. Nous l’avons fait avec rigueur et avec bonne humeur. Nous l’avons fait avec une formidable équipe de candidats, un nombre record de candidates, un nombre record de jeunes et nous avons innové en menant cette campagne en tandem, avec notre vice-cheffe, Véronique Hivon, que je salue.

Au moment de lancer sur les chemins notre magnifique autobus, nous savions que le terrain ne nous était pas favorable. J’ai cherché longtemps la comparaison qui rendrait justice au défi que nous avions devant nous. Les Québécois souhaitaient massivement tourner la page sur les années libérales. Ce qui était excellent. Mais ils avaient identifié depuis un an un instrument de changement possible, la Coalition Avenir Québec de François Legault, dont le principal argument était qu’il n’avait jamais gouverné.
Nous avons donc misé sur notre argument le plus fort. La crédibilité. Nous avons voulu démontrer que nous étions le changement crédible. Et avons, à mon avis, passé tous les tests de crédibilité. Sérieusement.

Cependant la volonté populaire de choisir la CAQ pour s’assurer de déloger le PLQ était plus forte que tout. Il s’agissait d’un courant puissant. Irrésistible. Et j’en viens à ma comparaison, qui m’a trotté dans la tête pendant toute la campagne.

Pour l’emporter, il nous fallait remonter les chutes du Niagara, à la rame.
Et nous avons ramé, mes amis, nous avons ramé à nous en arracher la peau des mains. Mais on vous l’avait dit en début de campagne, les péquistes sont comme les dentistes : ils en arrachent, mais c’est pour votre bien.

Nous avons fait face à une seconde difficulté, unique dans l’histoire politique du Québec. Alors que nous ramions pour remonter, avec quelques succès, d’autres travaillaient sans relâche pour nous arracher des rames.

Je veux saluer ce soir l’engagement en politique de centaines de milliers de jeunes qui ont voté Solidaire aujourd’hui. Lorsqu’on finira de calculer les votes, on se rendra compte qu’on assiste à l’irruption d’une nouvelle génération de souverainistes, au PQ et surtout à QS qui, additionnés, pointent à nouveau la boussole québécoise vers l’indépendance.

J’avais espéré, il y a deux ans, cet engouement nouveau de la jeunesse autour de QS et je proposais que nos deux partis additionnent leurs forces. Notre offre était sincère et si le Congrès de QS avait accepté notre main tendue, il y a fort à parier que l’élection de ce soir offrirait un tout autre résultat. L’intense activité militante que nous avons du concentrer pour se battre dans nos propres comtés, nous les aurions déployés ensemble pour conquérir d’autres circonscriptions et mieux résister, c’est certain, à la vague caquiste.

On ne peut pas réécrire le passé, mais il faut en tirer des leçons pour l’avenir. Pour l’heure, le peuple a parlé. La CAQ a gagné

J’ai félicité tout à l’heure François Legault et son équipe pour cette victoire.

La CAQ s’est souvent plainte qu’un autre parti leur volait leurs idées. Eh bien moi, j’invite les élus de la CAQ à lire notre programme, à voler nos idées si ça peut servir ce Québec que nous aimons tant. Il n’a pas dit non. François: regarde notre programme sur l’environnement, ça peut servir.

Et face à l’entente honteuse conclue hier entre Justin Trudeau et Donald Trump, je dis au premier ministre désigné François Legault que le Parti Québécois sera au rendez-vous de l’unité du Québec dans cette épreuve.

Je veux aussi saluer Philippe Couillard et Manon Massé pour leurs victoires respectives.

Ma plus grande tristesse ce soir, c’est de voir que l’Assemblée nationale sera privée demain de femmes et d’hommes de grand talent que j’ai eu le privilège de côtoyer au sein du caucus du Parti Québécois et de connaître comme candidats pendant cette campagne.

Le verdict de l’électorat ne porte pas sur votre talent, votre dévouement, ou votre amour du Québec. Vous avez été emportés par une vague. Et lorsque la vague se retirera, vous serez toujours là, debouts et vaillants comme… comme des Québécois.

Je veux remercier aussi tous nos travailleurs de l’ombre, toute l’équipe avec moi dans l’autobus et à la permanence : à la recherche, aux relations de presse, aux communications, aux réseaux sociaux, aux tournées, à l’organisation, au soutien, à l’accueil… Notre monde qui venait jour après jour faire des appels comme celles et ceux qui sillonnaient le Québec. Merci, mille fois merci.

France Amyot, qui fut la force tranquille derrière tout ce que nous avons accompli et tout ce que nous voulions accomplir. Sylvie mon amoureuse, qui a introduit dans la petite histoire politique du Québec la légende des smoothies, et dont la présence est la vraie source de mon énergie.

Je salue surtout ces milliers de militants dans tous les comtés du Québec qui avez consacré du temps pour le Parti Québécois, pour nos candidats, pour notre cause, merci.

On voulait davantage mais tout ce qu’on a eu est grâce à vous.

Une vague d’une autre nature a touché ma propre circonscription de Rosemont. Je tiens à saluer et à remercier les citoyens de Rosemont qui m’ont fait confiance pendant les six dernières années, m’offrant ainsi plusieurs des plus belles saisons de ma vie. Merci Véronique Bergeron, merci Jean-Pierre Sylvain, merci Mireille Arvisais et tous les autres.

Le verdict de Rosemont met également un terme à l’emploi le plus formidable que j’ai jamais eu, celui de chef du Parti Québécois. Je serai à vos côtés, lors des prochaines batailles, toujours. Je prends ma part de responsabilité dans le résultat d’aujourd’hui. Mais j’aime croire aussi le Parti, ses membres, son organisation, son financement, son programme, son énergie en disent bien plus long sur notre travail commun des deux dernières années que le nombre de nos députés.

***

Il y a cinquante ans, cette année, un grand parti voyait le jour.

Ce parti,
notre parti,
votre parti,
le Parti Québécois…
a donné énormément au Québec et franchement, le Québec lui en a redonné énormément en retour.

Nous avons eu cinq fois le privilège de former le gouvernement du Québec et, de la loi 101 à la fin du nucléaire, nous avons su bien utiliser ce privilège pour les gens de ce pays.

Nous assumons le choc ce soir. Mais nous nous tenons droits et forts. Parce que le Québec a encore besoin du Parti Québécois.

Le Québec a encore besoin de vous.

Tant et aussi longtemps qu’il y aura des combats à mener pour la justice, l’équité, l’environnement, le français, le Québec aura besoin du Parti Québécois.
Tant que le Québec ne sera pas un pays, le Québec aura besoin du Parti Québécois.

Merci.



6 réflexions au sujet de « 1er octobre 2018, 22h55 »

  1. Fort juste, fort québécois, phares éclairants !

    En 2014, après le 7 avril, vous vous êtes mis au travail sur ce blogue vite et intense comme pas un. Je lis ici que depuis vous avez pris de l’expérience et du bonheur dans l’épreuve et que vous n’avez pas changé. Je comprends à lire : « Je serai à vos côtés, lors des prochaines batailles, toujours. » que vous êtes volontaire de réserve pour la république.

    Vous vous proposiez de remercier le PLQ pour qu’il se retrouve, bonne idée, ne serait-ce que pour celle de l’alternance à la charge, ce qu’on appelle encore le pouvoir. Il y avait trop d’imprenable pour un projet de république. Le changement de mode de scrutin risque fort de démoder l’alternance au profit d’une meilleure continuité dont a écrit Robert Dutil en 1995 ainsi qu’une déclaration de la juste inégalité que je trouve pas pire.

    J’ai souvent lu, relu et parfois commenté vos articles et les commentaires attenants. J’envisage une relecture complète des uns et des autres. Il doit bien s’y trouver un désir de république qui prendrait sa place dans l’organisation des Nations unies. Le Canada est trop vaste et diversifié pour ni y avoir qu’un droit de vote. Comme Canadiens, plus démocratique d’y avoir deux votes qu’un droit de véto. j’écris ça de même.

    La CAQ a fait le travail contre l’imprenable mieux que le PQ aurait été capable, merci François Legault et équipe. Avec un changement de mode de scrutin, augmenté, notre force de travail et de régénération francophone y retrouvera sa place et sera en mesure de choisir entre être et ne pas être, comme Jacques Henripin l’entrevoyait en 1989.

    Je me propose de revenir après une pause, restez en mode lecture.

    • De Québec, M. Lachance, je demeure en mode lecture car vous faites un faux portrait de notre pays, le Québec. Oui, j’ai bien écrit le Québec. Le Canada n’est rien pour moi. Et pour féliciter M. Legault et la C.A.Q., ne compter pas sur moi pour ça !!!

  2. De Québec, c’était la seule chose à faire même si j’ai le coeur brisé comme le vôtre sans doute. Mais le P.Q. renaîtra de ses cendres avec tous les autres élus et membres qui croient à l’indépendance. Je suis désolée de votre défaite dans Rosemont . La vie continue mais ce ne sera pas facile. Merci M. Lisée.

  3. Si jamais ça vous intéresse moi je voterais pour vous s’il y a une course à la chefferie au Parti québécois. Ce n’est pas à mon avis parce que vous avez été mauvais que vous n’avez pas été élu. Bien au contraire, vous avez été excellent. Votre connaissance des dossiers entre autres est stupéfiante. Et votre façon d’éviter les pièges qu’ont tenté de vous poser les journalistes suscite l’admiration. Si vous n’avez pas été réélu c’est à cause surtout je pense de la honteuse campagne de dénigrement du Parti québécois menée par les gens de QS. Dans quatre ans les choses auront bien changé. Le goût pour l’indépendance sera peut-être revenu à cause en particulier des blocages qui viendront d’Ottawa. Mais vous avez peut-être d’autres plans en tête. Je vous salue.

    • De Québec, je suis tout à fait d’accord avec M. Lapointe. Mais votre sort est entre vos mains !

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