2/3 Des propositions pour l’indépendance: la défense d’un Québec souverain

(Ce billet est adapté de la conclusion de « Le Journal de Lisée » en librairie le 31 octobre.)

L’idée indépendantiste ne change pas. Il s’agit d’assumer sa liberté de choix. Mais les contours ont varié, de 1967 à 1980 à 1995. En 2015, il faudra s’entendre sur les réponses à donner sur la nature de l’indépendance, sur les liens avec le Canada, la politique de défense, etc.

Je propose d’aller plus loin que notre programme de 1995 sur quatre points: la monnaie, la citoyenneté (discutés hier) la défense et le processus menant au référendum. J’aborde aujourd’hui la défense.

La défense d’un Québec souverain

Un Québec indépendant aura-t-il une armée ? La réponse est oui, sinon il ne serait pas vraiment indépendant. Les vraies questions sont : quelle armée et pourquoi faire ? Et la seule réponse possible est : une armée qui répond aux besoins et aux valeurs du Québec. Affirmons d’abord une certitude : quelle que soit la configuration choisie, un Québec souverain paierait moins pour sa défense que la part qu’il assume aujourd’hui pour la défense du Canada.

Songeons que, si nous restons dans le Canada, nous allons débourser le quart des 45 milliards prévus pour les avions de chasse F-35 ultraperfectionnés dont veut se doter Ottawa. Voulez vous débourser 11 milliards pour ça ? Pas moi. Un Québec indépendant ne sombrerait pas dans cette orgie de dépenses. La force aérienne nécessaire pour protéger l’espace aérien québécois représente, en coûts, une petite portion de la facture que mous devrons assumer si nous restons dans le Canada.

En utilisant le personnel militaire actuel (environ 15 000 personnes selon les dernières données disponibles) et l’équipement existant sur le territoire québécois au moment de l’indépendance, le Québec pourra, à moindre coût :

• Créer une armée/garde nationale (de 2 000 à 3 000 personnes), dotée d’un service terrestre, aérien et maritime, qui assumera les tâches de protection et de sécurité civile ; veillera à la surveillance du territoire ; aidera et assistera les autorités civiles en cas de besoin, encadrera les activités de recherche et de sauvetage sur terre et en mer.

• Créer une force de Casques bleus (environ 2 000 personnes), qui participera aux opérations de maintien de la paix de l’ONU, mais aucunement à des opérations de guerre. Compte-tenu du désengagement massif du Canada et d’autres pays occidentaux des opérations de maintien de la paix, une force québécoise de cet ordre serait parmi les plus importantes des pays du Nord, équivalente à l’effort français en la matière. Se concentrant sur des missions de paix en francophonie, le Québec deviendrait rapidement un des principaux acteurs sur ce plan, renforçant son importance en Francophonie et au sein de l’ONU.

• Créer un corps spécialisé d’intervention (naguère appelés « Casques blancs ») d’environ 2 000 personnes, qui participera à des opérations d’aide humanitaire dans le monde (tremblements de terre, etc.), y compris d’aide au rétablissement de la sécurité policière.

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Cette force sera suffisante pour que le Québec maintienne sa présence dans l’OTAN, comme membre de plein droit ou membre associé, comme le sont plusieurs pays scandinaves.

Elle sera aussi suffisante pour assumer sa part de la défense du continent nord-américain, en concertation avec le Norad. (Dont le Québec n’a probablement pas à devenir membre, seulement partenaire. D’autant que Le NORAD a, depuis 2004, une petite fonction de surveillance maritime.)

Un Québec indépendant voudrait tout naturellement adhérer au Conseil de l’Arctique et en devenir le neuvième gouvernement membre. Il serait ainsi partie au traité sur la recherche et le sauvetage dans cette région.

En principe, l’action militaire internationale du Québec sera tournée vers la paix et l’aide humanitaire.

La contribution internationale du Québec ne doit pas être guerrière. Quand bien même on le décidait, notre poids est trop faible pour être d’une quelconque utilité.

Ce serait la politique de défense générale d’un Québec souverain. Il pourrait évidemment y avoir des exceptions. Contre un nouveau Hitler, par exemple, nous pourrions décider, après débat, d’un changement de cap.

La participation du Québec dans des coalitions plus large et dans le cadre de ses obligations dans l’Otan — contre l’État islamique, par exemple — pourrait aussi être envisagée, au cas par cas, mais sans engager de soldats québécois dans des zones de combats.

Le Québec est déjà présent et connu dans le monde, par l’action d’accompagnement à la démocratisation de notre Directeur général des élections dans un grand nombre de pays du Sud, par l’action de notre Assemblée nationale et celle de nos 65 organisations de coopération internationale.

Un Québec indépendant créerait son Agence québécoise de solidarité internationale et aurait pour objectif de devenir un acteur important dans l’accompagnement à la démocratisation, au rétablissement de la paix, à l’aide aux populations victimes de désastres naturels. Nous pouvons graduellement devenir des médiateurs, des interlocuteurs valables en prévention ou résolution de conflits.

C’est là qu’est notre avenir. C’est la contribution que le Québec peut offrir.

(Cette proposition est inspirée de Bélanger, Yves, David, Charles-Philippe, Roussel, Stéphane, Rapport du comité d’étude sur la défense, Quatre scénarios de restructuration de la défense d’un Québec souverain, note soumise au Secrétariat à la restructuration, 27 septembre 1995)

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7 réflexions au sujet de « 2/3 Des propositions pour l’indépendance: la défense d’un Québec souverain »

  1. Ne pensez-vous pas qu’une sortie de l’OTAN serait un message de paix éloquent? Cette organisation a une histoire particulièrement sanglante et a été créée pour faire face à un ennemi qui n’en était peut être pas réellement un et qui n’en est certainement plus un aujourd’hui. Le peuple russe voit en l’existence de l’OTAN un important signe d’hostilité de la part des pays occidentaux. Un Québec réellement neutre, réellement pacifique ne devrait-il pas s’élever au-dessus de pareilles divisions?

  2. Je suis parfaitement d’accord avec ta proposition. Comment concilier les visions Américaines sur l’interdépendance de nos liens historiques avec les États Unis. Ne seront-ils pas poussé de s’introduire dans notre gestion de notre indépendance comme il le font déjà partout sur la planète. Quel poids aurons-nous alors……………..!

  3. M. Lisée, je serais prêt à vous donner plusieurs heures de mon temps si vous êtes en mesure d’expliquer aux Québécois la position économique qui prévaudrait dans un Québec libre, j’ai été membre de Parti Québécois durant plusieurs années et on a jamais on a su me montrer de quelle façon un Québec indépendant serait viable ou du moins pourrait le devenir.

    Prouvons ou essayons avec sérieux de démontrer de quelle façon on se fait voler par le fédéral !!!

    Yvon Cloutier

  4. Votre proposition, M Lisée, me rappelle une idée qui a resurgi au moment du récent printemps érable, celle d’un service humanitaire, à la manière du service militaire, en lien avec la gratuité scolaire. D’ailleurs, cette proposition a déjà fait partie du programme du PQ.

  5. Merci JF pour votre analyse intelligente. Que vous soyez ou non le prochain chef, nous avons besoin de vous !

  6. Idées intéressantes mais à mon avis qui devraient être mises en application progressivement en fonction des. Autres priorités budgétaires. D’une part. Et qui soulèvent les questions de chômage chez les militaires actuels, de La Défense de l’espace maritime puis enfin de la protection efficace du territoire contre fléaux naturel, d’autre part.

  7. Ni le Canada et encore moins un Québec souverain ont besoin d’une armée, c’est du gaspillage des fonds. Qui va attaquer le Canada ou le Québec? je vous laisse à trouver la réponse.
    OUI à une garde nationale, c’est tous que le Canada et un Québec souverain ont besoin. Moins couteux et aussi efficace qu’une armée!

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