Commerce: Comment éclairer les lanternes de Sam Hamad ?

La chose est paradoxale. Le critique libéral Sam Hamad se plaint que j’écris trop, sur ce blogue et au NY Times. Je le conçois fort bien, car il est très rarement d’accord avec mes écrits.

Mais dans un communiqué publié ce 13 janvier, il me pose des questions. Que faire sinon lui répondre ? J’espère qu’il ne le prendra pas mal.

J’estime en effet qu’il est du devoir des membres du gouvernement de répondre aux questions, notamment de l’opposition. Il y a même une période réservée à cet exercice, chaque jour où siège l’Assemblée.

Mais j’ai la faiblesse de penser qu’il est du devoir des membres de l’opposition de se tenir au courant des actions du gouvernement, ce qui semble n’être vraiment pas le cas du député Hamad.

Mais, je suis bon joueur, et je veux bien lui mâcher le travail et lui récapituler les faits.

Sa question:  » Depuis la signature de l’Accord Canada-Union européenne, a-t-il [Lisée] posé des gestes concrets pour finaliser l’Accord et positionner le Québec comme porte d’entrée de l’Europe en Amérique du Nord ? Est-ce que des rencontres avec des sociétés étrangères ont eu lieu ? »

Excellente question, M. le député, je vous remercie de l’avoir posée. La réponse courte est: oui, évidemment. La réponse longue suit:

L’entente de principe fut signée le 18 octobre, la question ne porte que sur les faits postérieurs — heureusement, car la réponse serait, sinon, beaucoup trop longue. Notons que j’ai quand même fait une tournée économique Allemagne-Belgique-France en juin dernier.

Heureusement aussi que la question ne porte que sur l’Europe, car le 18 octobre et les jours suivants j’étais en Chine avec une soixantaine d’entreprises qui ont signé 15 accords industriels, effectués pour 16 millions de ventes fermes et attiré 2 millions $ d’investissement au Québec. J’ai quand même attiré l’attention des entrepreneurs chinois rencontrés de la position privilégiée du Québec, membre de l’ALÉNA et de la future entente avec l’Europe, comme lieu d’investissement.

10 jours après la signature de l’accord, le 28 octobre, j’annonçais devant 500 personnes (moins M. Hamad) au CORIM le Plan de développement du Commerce extérieur, ajoutant 82 millions de dollars à notre offre d’augmentation des exportations et précisant, pour l’Europe, notre objectif d’augmenter de 10% en trois ans nos ventes fermes.

Comme cette annonce à échappé à M Hamad, il n’a sans doute pas lu le communiqué de l’Association des Manufacturiers et exportateurs qui disait ceci:

Ce plan avance un ensemble d’orientations qui permettra aux entreprises, en particulier les plus petites, de mieux se positionner sur les marchés étrangers et d’ainsi pleinement contribuer à l’internationalisation de l’économie québécoise. « Le dynamisme et la compétitivité des entreprises d’ici sur les marchés extérieurs sont plus que jamais déterminants pour la prospérité future du Québec. Ce plan reconnaît cette réalité et nous en saluons donc la pertinence », a mentionné Simon Prévost, président de Manufacturiers et exportateurs du Québec (MEQ).

Celui de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain qui disait ceci:

«Compte tenu de l’ampleur des défis à relever, il fallait un plan avec des objectifs ambitieux et des mesures concrètes. M. Lisée vient de proposer un plan intelligent qui satisfait à ces exigences », a déclaré Michel Leblanc, président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

« Le Plan aborde des mesures qui faisaient l’objet de demandes de la Chambre. Nous avons maintes fois insisté sur la nécessité de simplifier l’offre de services visant à soutenir nos entreprises exportatrices. L’optimisation que propose le gouvernement permettra de développer des programmes mieux ciblés et plus facilement accessibles au bénéfice des entreprises exportatrices. De plus, les entreprises d’ici seront mieux outillées pour intégrer les chaînes de valeur mondiales », a poursuivi Michel Leblanc.

Mais j’entends le député dire que, une politique, c’est bien, mais les gestes concrets ? Il y en a, cher ami, il y en a !

12 jours après la signature, je réunissais les chefs de poste de Barcelone, Berlin, Bruxelles, Londres, Munich, Paris et Rome pour discuter stratégie d’application de l’accord.

13 jours après la signature, je parlais des occasions d’affaires ainsi ouvertes avec la Vice-présidente de Catalogne et présence du président de Québec International.

35 jours après la signature, je faisais le point sur la négociation en cours avec le ministre des affaires étrangères français, Laurent Fabius, à Paris et sur l’action commune qu’il fallait prendre pour en faire profiter nos économies respectives.

46 jours après la signature, je signais avec l’ambassadrice roumaine (pays membre de l’Union européenne, je tiens à le rappeler au député Hamad) une entente bilatérale sur la sécurité sociale qui aidera les entreprises roumaines et québécoises à interagir davantage ensemble.

47 jours après la signature de l’entente, devant des responsables économiques de Philadelphie, devant cinq journalistes économiques locaux et en privé, avec une grande multinationale, j’ai fait valoir l’avantage comparatif du Québec, membre à la fois de l’ALENA et bientôt de l’entente avec l’Europe. (Ai-je le droit d’ajouter que j’y étais avec une vingtaine d’entreprises québécoises en bâtiment durable, ravies de leur présence ? Et que j’ai convaincu le maire de Philadelphie de diriger une mission économique au Québec cette année ?)

54 jours après la signature de l’entente, j’en ai fait l’explication et la promotion devant une cinquantaine de dirigeants de la Fédération des chambres de commerce du Québec.

Ah, à ce propos, ai-je oublié de citer le communiqué de la FCCQ ? Pardon, voici un extrait:

La Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) salue les efforts du gouvernement du Québec visant à stimuler les exportations et à mieux accompagner les entreprises d’ici dans leur conquête de nouveaux marchés. Aux yeux de la FCCQ, le Plan de développement du commerce extérieur, rendu public lundi par le ministre des Relations internationales, de la Francophonie et du Commerce extérieur, M. Jean-François Lisée, est un complément nécessaire à l’initiative gouvernementale visant à stimuler l’emploi et à créer de la richesse.

58 jours après la signature de l’entente, j’ai fait le point avec les membres du corps consulaire réunis à Montréal et nous avons parlé de plusieurs projets de missions commerciales croisées.

64 jours après la signature de l’entente, j’ai fait le point avec les associations sectorielles membres du Conseil du Patronat du Québec. Oh ! Ai-je oublié de citer leur communiqué ? Mes excuses. Voici un extrait:

« Alors que le gouvernement fédéral vient de signer une entente de principe à l’issue de l’Accord économique et commercial global avec l’Union européenne, et que le Canada cherche à élargir et à diversifier ses relations économiques et commerciales avec d’autres économies émergentes ailleurs dans le monde, notamment les pays d’Asie du Sud-Est et l’Inde, les entreprises québécoises doivent saisir les nombreuses occasions d’affaires qui se présenteront afin de faire rayonner leur savoir-faire à l’échelle planétaire. En ce sens, le plan présenté aujourd’hui tombe à point nommé, en proposant plusieurs mesures pour aider et accompagner les entreprises dans cette démarche et leur permettre de croître et de prospérer » a indiqué la directrice de la recherche et économiste en chef du Conseil du patronat, Mme Norma Kozhaya.

67 jours après la signature de l’entente, j’ai convaincu le lieutenant-gouverneur de l’État de New York d’organiser des missions d’investisseurs new-yorkais au Québec pour profiter, entre autres, de notre position privilégiée dans nos deux accords continentaux. Nous étions en présence de représentants de nos chambres de commerce respectives.

72 jours après la signature de l’entente — et ici, cher Sam Hamad, je voudrais que vous prêtiez une attention particulière — la première ministre et moi étions à Bruxelles, spécifiquement pour faire avancer ce dossier qui vous intéresse tant.

Nous avons:

1. Organisé une table ronde entre représentants de nos entreprises et d’entreprises européennes:

Étaient présents des représentants de chambres de commerce européennes, prenant contact avec les représentants des Manufacturiers et exportateurs, de Québec International et de la Chambre de commerce de Montréal qui nous accompagnait, ainsi qu’avec nos principaux délégués européens.

Le but était d’élaborer des stratégies communes pour utiliser au mieux l’accord pour créer de l’emploi de part et d’autre;

2. Rencontré le Commissaire européen au Marché intérieur et aux services, Michel Barnier (candidat au poste de Président de la Commission européenne plus tard cette année). Mme Marois le connaissait déjà fort bien, c’est un grand ami du Québec.

3. Rencontré le directeur général Commerce de la Commission, chargée des négociations internationales, M. Jean-Luc Demarty, ainsi que le négociateur européen en chef avec lesquels nous avons fait le point sur les négociations de précision de texte en cours et à venir, du calendrier d’application et de mise en œuvre. Mme Marois a fermement défendu le point de vue québécois, à son habitude. J’ai pu m’entretenir avec le négociateur en chef pour préciser plusieurs éléments.

4. Mme Marois s’est adressée à 200 personnes d’affaires et responsables européens lors d’un événement conjoint, à guichet fermé, à la Chambre de commerce Canada-Belgique-Luxembourg et European Business and Innovation Center Network pour vanter le Québec comme lieu d’investissement et la qualité des produits québécois. Son discours fut chaudement accueilli.

5. Mme Marois et moi avons également rencontré le ministre-président flamand (équivalent de premier ministre) et ministre de l’Économie Kris Peters et le vice-président et ministre de l’Économie et du commerce wallon, Jean-Claude Marcourt, pour parler commerce.

Pendant sa mission, Mme Marois a aussi  vanté le Québec comme lieu d’investissement devant un parterre international à Monaco, avec le premier ministre et le président français. Elle a annoncé avec le ministre français de l’Économie, Pierre Moscovici, la création d’un comité conjoint sur l’électromobilité pour combiner nos forces et maximiser l’emploi. C’est le résultat des rencontres que nous avions eu avec lui à Montréal un mois avant la signature de l’entente.

73 jours après la signature de l’entente, je me suis dirigé à Rome, avec à mes côtés M. Simon Prévost, président des Manufacturiers et exportateurs du Québec, M. Carl Viel, de Québec International, et M. Christian Bélair, du Regroupement des jeunes chambres de commerce du Québec.

Des rencontres avec Confindustria, principale organisation d’affaires en Italie, et avec le ministre délégué au Développement économique, M. Carlo Calenda, ont permis de confirmer la visite, en 2014, de deux missions d’entreprises italiennes au Québec, couvrant l’une le secteur aérospatial, l’autre l’agroalimentaire. De notre côté, une mission d’entreprises québécoises en Italie sera programmée pour l’automne 2014.

Sur le plan agroalimentaire, j’ai signé avec le ministère italien de l’Agriculture une déclaration conjointe favorisant le commerce bilatéral et l’échange de connaissances en développement durable et en souveraineté alimentaire.

Le président de la région industrielle de Lombardie, M. Roberto Maroni, a pour sa part annoncé qu’il dirigerait une délégation d’affaires au Québec à l’automne 2014, en plus d’y promouvoir la tenue de l’exposition internationale de Milan de 2015. M. Maroni et moi avons aussi prolongé l’accord bilatéral Québec-Lombardie sur les échanges scientifiques et technologiques . Nous avons aussi convenu d’envisager un élargissement du champ de notre collaboration aux questions économiques.

J’ai également profité de ces rencontres et de mon passage à Milan pour réaffirmer l’intention du Québec de participer à l’exposition universelle qui se tiendra à Milan en 2015 malgré l’absence du Canada. Ce sera une bonne occasion de faire connaître aux millions de visiteurs, surtout européens, la qualité des produits québécois au moment où l’accord sera sur le point d’entrer en vigueur.

Également, cher Sam, pendant cette période du 18 octobre au 31 décembre, le ministère organisait 7 missions d’entreprises en Europe.

C’est pour ne pas vous lasser que je n’ai pas ajouté à cette liste les rencontres bilatérales avec, soit des diplomates européens avec lesquels on prépare des visites et missions commerciales, soit les organismes locaux ou sectoriels de commerce extérieur du Québec avec lesquels on parle de stratégies de développement.

Je tiens cependant à prendre cette occasion pour répondre à l’avance à d’autres interrogations pour vous dire, cher collègue, que je continuerai à vanter la position du Québec et son accès privilégié à l’Europe, lors de mon voyage au Japon la semaine prochaine, avec les nombreuses entreprises qui m’accompagneront.

Pour les seuls mois de janvier et février 2014, le ministère que j’ai le privilège de diriger organisera six missions commerciales en Europe: Royaume-Uni, Espagne, Allemagne et Andorre.

Évidemment, la première ministre sera à Davos et à Londres pour faire avancer encore les dossiers européens.

En espérant avoir éclairé votre lanterne, cher Sam, permettez-moi de vous souhaiter une très bonne année.



24 réflexions au sujet de « Commerce: Comment éclairer les lanternes de Sam Hamad ? »

  1. Éclairer Sam Hammad? Je crois qu’une 20 watts serait amplement suffisante. Plus que ça risquerait de produire des effets indésirables.

  2. Brtavo,M. Lisée

    Je suis heureusement surpris de prendre connaissance avec autant de transparence de votre bon travail pour le Québec. Continuer sur cette ligne et encouragez donc vos confrères et consoeurs ministres à nous faire part de leur travail à travers un blogue .Cela vaudrait bien la peine d’investir un peu de temps pour faire voir aux électeurs ce qui est fait pour aider le Québec à grandir et se faire une place dans le carcan fédéraliste qui grossit comme un ballon.

  3. Si Sam Hamad n’existait pas il faudrait l’inventer. Vous devez reconnaître, M. Lisée, que grâce à son ignorance coupable, vous nous permettez de prendre connaissance de vos réalisations. Vivement les questions des autres piliers du parti libéral comme Saint-Pierre et Fournier.

  4. Quelle belle réponse!!! Détaillée à souhait!

    Si Sam Hamad est le dernier de nos soucis, et finalement n’est ici qu’accessoire, il est important de publier ce genre de compte-rendus qui nous permet d’apprécier le réel travail qui s’effectue!
    Merci et, franchement, Chapeau!!!

  5. M. Lisée, je viens de terminer la lecture de votre compte-rendu. C’est du bonbon. Ça m’a tellement fait rire que j’en avais les larmes aux yeux. En plus d’être bon politicien (ministre), vous avez un réel talent d’humoriste. Je ne sais pas où vous et votre gouvernement allez nous mener. J’espère seulement que vous n’avez pas fini de nous surprendre et que vous allez NOUS mener vers les plus hauts sommets. Salut

  6. Oui, oui, « Beau joueur »! C’est aussi de demeurer poli contre la fourberie.

  7. Superbe réponse, nous sommes tous des petits Sam Hamad et avons besoin que vous nous disiez ce que vous faite… je suis très fier d’être Québécois et de ce Gouvernement qui travaille fort pour la Population du Québec et non pas pour les intérêts des Amis du Parti.
    Continuez le bon travaille et tenez-nous au courant

  8. Et v’lan toi.
    Quel résumé!
    Il reste à savoir maintenant si notre sam hamad national, notez les minuscules, comprendra le résumé de votre travail, lui qui a eu, l’air particulièrement fou lors de l’incident du viaduc de l’A720, il y a un an et demi.
    Il avait eu l’air d’un p’tit gars.

  9. Bonjour Jean-François,

    Exquis, cet article, lu dans le NYT International au retour du boulot en TGV vendredi dernier. Et Félicitations.

    Ne pas oublier de mettre la neutralité des médias et celle de l’Etat, après tout il n’y a pas de journalistes en burka, ni avec un voile, ni crucifix, même au Canada anglais.

    A+ Louis

  10. Les libéraux politicailleurs profiteurs. Ils ne voulaient pas de la Comm Charbonneau
    Sam Hamad pas mieux que les autres du PLQ.

  11. Sam Hammad a-t-il la capacité d’analyser la description de toutes les démarches que vous avez effectuées dans le cadre de vos fonctions ? J’en doute….

  12. Il faudrait faire connaître l’excellent travail que vous faites à l’extérieur …. parce qu’à l’intérieur, au Québec, on n’en entend pas beaucoup parler. Sortez les tambours et les trompettes.

  13. « Mais, je suis bon joueur, et je veux bien lui mâcher le travail et lui récapituler les faits. »

    Vous êtes délicieusement baveux.

  14. Cela nous prouve encore une fois,comment ces gens du Parti Libéral sont déconnectés de la réalité.

  15. Sam Hamad et Christine St-Pierre les deux piliers du parti libéral ! Triste à pleurer.

  16. Pôvre Sam…..J’ai bien peur qu’il soit encore beaucoup plus mêlé. Faut pas trop lui en demander à ce politicailleur. Alors M.Lisée, un peu de retenue.

  17. Les politiques libérales sont beaucoup moins compliquées que celles du PQ; elles tiennent à dénigrer les initiatives des adversaires et à magouiller en vue de s’enrichir individuellement, tout en renflouant les caisses du parti. Il ne faut pas blâmer Monsieur Hamad qui a du mal à suivre la partie, suite à un manque d’entraînement et d’intérêt. Ou les deux ?

  18. Wow! il se dit Bon joueur. Il semble qu’il l’est vraiment! En tout cas , nous avons besoin des gens qui travaillent, qui essaient de travailler efficacement et de rendre des comptes à la population. M. Lisée semble se débrouiller pas si mal dans cette tache!

  19. Cette réponse sérieuse est plus efficace qu’une bonne blague! Elle donne le sourire pour longtemps…

    Hamad est de la même trempe que D’Amours…

  20. Et vlan ! dans les dents de ce piètre politicien (cf. sens péjoratif du terme «politicien»).

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