Bonjour, mon nom est J-F Lisée. Je suis anglophile.

covactuCe titre, véridique, est un message de bienvenue en forme de clin d’œil à notre blogueur invité, le chroniqueur Josh Freed de la Gazette, qui va dialoguer avec nos internautes, le temps que notre dossier spécial sur les Anglo-Québécois sera en kiosque.

Josh signe son premier papier: Bonjour, mon nom est Josh. Je suis anglophone. Ce titre est un gag en soi. Car il reprend la formule consacrée par les Alcooliques Anonymes où chacun se présente ainsi: « Bonjour, mon nom est XX. Je suis alcoolique ».

Josh nous fait donc un aveu, comme s’il était porteur d’une tare: être anglo au Québec. Ayant lu notre sondage, il en tire cette grande conclusion:

Le point important pour moi, c’est que les choses s’améliorent rapidement ici au Québec ; notre communauté anglophone évolue plus rapidement que beaucoup d’habitants du monde occidental.

Le Québec est un lieu fascinant et il nous a rendus, nous les anglophones, plus intéressants aussi. Je pense que, à l’image de mon voyage de la rue Deleppy à la rue De L’Épée, notre communauté a parcouru un long chemin au cours des années.

Mais c’est un voyage qui vient de commencer, et il faut que nous fassions tous preuve de patience, de générosité et d’empathie pour l’aider. Avec ça, je crois qu’on pourra construire une communauté anglophone forte dans un Québec francophone fort, un endroit où les deux solitudes ne feront qu’un.

Une capacité d’introspection ?

La réaction de Josh à notre sondage, comme celle de Jack Jedwab dans le magazine et celle de notre collègue Martin Patriquin lors d’une entrevue à Benoît Dutrizac ce jeudi midi est essentiellement celle-ci: vous nous reprochez encore quelque chose ? Sachez qu’avant, c’était pire. Et que maintenant, c’est beaucoup mieux !

Oui, oui. C’est vrai. Et c’est ce qu’on écrit en large et en travers. Mais la communauté anglophone est-elle capable d’introspection ? (Pas toute, c’est certain. Avant même de lire la première ligne du texte, le chroniqueur de la Gazette Don MacPherson avisait ses lecteurs de la gazouillosphère: « let the anglo-bashing continue » (que la victimisation des anglos continue!).

Il y a matière, à notre avis, à introspection. Car notre sondage décrit une réalité paradoxale : celle d’Anglo-Québécois nageant avec plus d’aise que jamais dans une réalité francophone. Un sur deux a un conjoint francophone. 80% se dit capable d’avoir une « conversation significative » en français et, de fait, la moitié passent plus d’une heure par semaine à parler français. Les deux tiers des enfants anglophones vont soit dans des classes d’immersion, soit à l’école française, comme les enfants de Josh.

Que demander de plus ? Rien, sans doute. Ou oui, pour citer Josh, un peu de « de générosité et d’empathie ». Si oui, a-t-on le droit de s’étonner qu’avec une telle connaissance du fait français, les Anglo-Québécois aient si peu de sympathie pour la cause du français. On ne leur demande ni de signer des pétitions ou de faire des manifs, ni de se joindre au MNQ ni même de voter PQ.

Seulement de répondre à une question de sondage: les francophones devaient-ils avoir le droit de travailler dans leur langue dans les grandes entreprises ? Est-ce si difficile de dire oui ?

Et pourquoi, parmi les majorité d’anglos qui disent non, y en a-t-il davantage chez les moins de 34 ans que chez les plus de 55 ans ? Davantage chez ceux qui sont nés ici que chez ceux qui ont émigré au Québec ?

La déception de l’anglophile

Selon le Petit Larousse, un anglophile est celui « qui a de la sympathie pour les Anglais, pour ce qui est anglais ». Je l’avoue, c’est moi tout craché.  J’ai toujours voulu bien parler l’anglais, suis allé l’apprendre en lavant de la vaisselle en Alberta et sur le campus de Glendon College ou je tentais de convaincre les jolies torontoises des bienfaits de l’indépendance et du socialisme.

Je ne me suis pas fait que des amis chez les souverainistes en affirmant qu’il ne fallait pas que le Québec soit aussi français que l’Ontario est anglaise et qu’au contraire, il fallait introduire comme objectif dans notre politique linguistique une triple sécurité : celle de la majorité francophone, de la minorité anglophone et des nations autochtones. Et qu’en cas de perte de masse critique, il faudrait intervenir pour la rétablir.

On me reproche encore d’avoir écrit le discours du Centaur de Lucien Bouchard au lendemain du référendum de 1995 (j’y citais Josh Freed — et M. Bouchard a mal prononcé son nom!). J’aggrave mon cas en affirmant ici que je l’ai non seulement écrit mais ai convaincu mon patron de l’opportunité de le tenir. En fait, j’aurais voulu qu’il y retourne chaque année !

En plus, j’ai écrit dans Sortie de secours en 2000 un long passage sur la nécessité de respecter l’identité canadienne des Anglo-Québécois après l’indépendance du Québec et de réfléchir à des aménagements en ce sens. J’étais d’ailleurs opposé aux fusions municipales à Montréal notamment par respect de l’identité des villes anglophones. Je suis un admirateur de Winston Churchill et de Tommy Douglas, un lecteur de Le Carré et de Margaret Atwood, j’écoute des séries britanniques et la CBC. Je me suis même dit favorable à ce qu’on nomme une rue en l’honneur de Mordecai Richler !

Pourtant, je suis favorable à la fusion des cégeps anglophones dans un réseau collégial francophone, à l’institution de la citoyenneté québécoise et à une politique de l’immigration beaucoup plus ciblée sur les candidats ayant le français comme langue d’usage au point d’entrée, à l’adoption d’une nouvelle loi 101 s’étendant aux petites entreprises, etc.

Je suis un cas. Je sais. Mais parce que je me déclare anglophile, je me sens autorisé à être optimiste (idéaliste?) quant aux relations entre le nouvel anglo et le Québec francophone, donc d’être déçu de ce que je trouve.

Pourquoi des gens qui ont appris le français, couchent avec un francophone, insistent pour que leurs enfants soient bilingues à 18 ans répondent-ils massivement non lorsqu’on leur demande s’ils se sentent, comme Québécois, un devoir quelconque de contribuer à préserver le fait français ? À leur place, il me semble, j’aurais dit: évidemment ! c’est ce que je fais ! J’ai appris le français, je couche avec un francophone et mes enfants l’apprennent !

Et pourquoi est-ce pire chez les plus jeunes ?

Il y a là une réticence à montrer de la sympathie et de la générosité envers les francophones que, de l’extérieur, je ne m’explique pas. Je cherche un anglo qui pourrait le faire. Mieux encore, je cherche un anglo qui s’en attriste avec moi. À l’aide…

Josh ???