(2) L’après-Oui en 1995: Jean Chrétien 50+1 fois sur la corde raide

Nous avons vu dans l’épisode précédent qu’une courte victoire du Oui au soir du 30 octobre 1995 aurait posé la question politique qui tue: qui allait reconnaître la validité de la décision démocratique québécoise ?

Jean Chrétien allait refuser de reconnaître qu’une décision était prise, prétextant que la question n’était pas claire et la majorité pas assez forte.

Jacques Parizeau et son équipe, dont j’étais, avaient prévu un ralliement important de personnalités du Non dès le lendemain de l’élection, pour provoquer un effet d’entraînement et ainsi faire augmenter rapidement, dans les sondages, l’appui au Oui.

La France allait reconnaître le soir même la légitimité du vote démocratique québécois, suivi par plusieurs capitales francophones. Washington allait étonner en affirmant n’avoir donné « d’assurance à aucune des parties » donc pas d’assurance à Ottawa.

(1) L’après-Oui en 1995: Parizeau avait 50+1 fois raison

Il avait raison. Raison de clarifier le projet indépendantiste. Les Québécois décideraient seuls, en 1995, de leur avenir. Au référendum de 1980, il leur aurait fallu la permission du Canada.

confessions

Une contribution importante

Raison de rassembler autour de lui Lucien Bouchard, Mario Dumont, les partenaires pour la souveraineté et la plus grande coalition politique de l’histoire du Québec. Raison de rester ferme sur le principe — les Québécois seuls maîtres de leur destin — et souple sur les modalités — on proposerait un partenariat. Si le Canada disait non, on partirait sans lui.

Raison de s’arc-bouter sur une date décisive — octobre 1995 — malgré tous ceux qui, tétanisés par une défaite possible, proposaient d’annuler, de repousser, de diluer.

Je l’ai écrit récemment, l’année 1996 et sa fenêtre politique appartenaient à Lucien Bouchard. Mais l’année 1995 a été écrite de bout en bout par Jacques Parizeau qui a fixé l’objectif avec entêtement, puis qui a modulé la formule, sous la pression de Bouchard, certes, mais avec intelligence et générosité.

1995 – Lendemains de Non au Non

pubs-ouinonGagner le référendum de justesse fut, pour Jean Chrétien, une expérience traumatisante. Un moment transformateur. Critiqué de toutes parts, au Canada, pour avoir été celui qui avait failli conduire le pays à son décès, Jean Chrétien devient, au lendemain du référendum, un homme pressé. C’est le sujet de ce dernier billet de ma série sur le référendum de 1995.

(Fragments de 1995 – 15 ans déjà depuis le référendum du 30 octobre 1995. Pour éclairer cette période de forte intensité à laquelle je fus mêlé, je vous présente pendant quelques jours des fragments de cette période, des pistes pour comprendre et tirer des leçons, peut-être, pour la prochaine fois….)

1995 – Lendemains de Non au Oui

pubs-ouinonOn ne peut passer au crible les comportements répréhensibles du camp du Non lors du référendum de 1995, comme on l’a fait dans le dernier billet, sans soulever la question des infractions reprochées à des scrutateurs du camp du Oui le jour de l’élection.  Elle est riche d’enseignements sur le comportement des uns et des autres. Il faut s’y pencher pour une seconde et plus importante raison encore : elle permet d’entrapercevoir ce qui se serait passé en cas de victoire serrée du Oui et montre, qu’à mon avis, la légitimation d’une courte victoire du Oui aurait posé un énorme problème politique.

(Fragments de 1995 – 15 ans déjà depuis le référendum du 30 octobre 1995. Pour éclairer cette période de forte intensité à laquelle je fus mêlé, je vous présente pendant quelques jours des fragments de cette période, des pistes pour comprendre et tirer des leçons, peut-être, pour la prochaine fois….)

1995 Versant Non: De l’apathie au désarroi

pubs-ouinonÀ l’automne 1993, le futur vrai chef du camp du Non de 1995, Jean Chrétien est porté au pouvoir à Ottawa. Il n’a que 33% du vote québécois, et encore bien moins de votes francophones – 49% du total des votes se porte sur le nouveau Bloc Québécois, souverainiste.

Devant Lucien Bouchard qui dirige, Oh my God!, l’opposition officielle aux Communes, Chrétien se pose néanmoins à nouveau en interprète de la volonté québécoise.  Le Parti québécois, porté au pouvoir en septembre 1994, prépare-t-il un nouveau référendum sur la souveraineté ? Don’t worry, be happy, chantonne le premier ministre Chrétien, assurant chacun que la victoire fédéraliste est certaine.

(Fragments de 1995 – 15 ans déjà depuis le référendum du 30 octobre 1995. Pour éclairer cette période de forte intensité à laquelle je fus mêlé, je vous présente pendant quelques jours des fragments de cette période, des pistes pour comprendre et tirer des leçons, peut-être, pour la prochaine fois….)

1995 Versant Non: Les 15 ans du grand mensonge

pubs-ouinonNous avons été trop durs avec ce pauvre Pierre Trudeau. Nous l’avons accablé. Simplement parce qu’en mai 1980, à la veille du premier référendum sur la souveraineté, il a solennellement promis que si les Québécois votaient non, il y aurait « du changement ».

L’ayant applaudi ce soir-là, le chef québécois du camp du Non, Claude Ryan, comme un jeune conservateur nommé Brian Mulroney affirment avoir compris que ces «changements » offriraient au Québec davantage d’autonomie.

Trudeau allait au contraire lui en enlever, dans une Constitution écornant le pouvoir des Québécois de gérer à leur guise leur système scolaire et leur langue. Ryan et le chef du camp du Non de 1995, Daniel Johnson, allaient par écrit utiliser le mot « trahison » pour caractériser l’écart entre la promesse de Trudeau et sa conséquence.

1995 Versant Non: L’ombre de Stéphane Dion

pubs-ouinonOn croit généralement que Stéphane Dion a fait son entrée sur la scène politique canadienne après le référendum de 1995, pour aller concocter à Ottawa la loi C-20 qui donnerait au Canada anglais un droit de veto sur l’avenir du Québec. C’est faux. Son influence est grande pendant la conception même de la campagne du Non..

(Fragments de 1995 – 15 ans déjà depuis le référendum du 30 octobre 1995. Pour éclairer cette période de forte intensité à laquelle je fus mêlé, je vous présente pendant quelques jours des fragments de cette période, des pistes pour comprendre et tirer des leçons, peut-être,
pour la prochaine fois….)

Fils de Léon Dion, le plus autonomiste des fédéralistes québécois, Stéphane Dion est l’intellectuel de choc du camp du Non en 1995. Le professeur d’université a donc à son actif d’être partiellement responsable de la stratégie qui conduit en octobre 1995 le camp du Non, et tout le Canada avec lui, au bord de l’échec.

1995 Versant Oui: Un automne ahurissant

pubs-ouinonL’été 1995 avait donc été celui du Oui. Cette embellie n’allait être que temporaire. Car septembre allait saper le moral des troupes souverainistes. Je reprends donc le récit du référendum version Saga, plutôt que version BD, que j’ai débuté dans le billet précédent.

(Fragments de 1995 – 15 ans déjà depuis le référendum du 30 octobre 1995. Pour éclairer cette période de forte intensité à laquelle je fus mêlé, je vous présente pendant quelques jours des fragments de cette période, des pistes pour comprendre et tirer des leçons, peut-être, pour la prochaine fois….)

La campagne et son faux départ

L’été 1995 a donc été remporté par le camp du Oui, rebaptisé Camp du Changement. À 55% dans les sondages, la souveraineté-offre-de-partenariat est évidemment surévaluée, car elle se déploie sur un terrain d’où les fédéralistes sont absents.

1995 Versant Oui: La campagne en BD ou en saga

pubs-ouinonDe l’année 1995 et de la campagne référendaire, il y a deux versions. La version Bande dessinée. La version saga. Traitons des deux, dans l’ordre.

(Fragments de 1995 – 15 ans déjà depuis le  référendum du 30 octobre 1995. Pour éclairer cette période de forte intensité à laquelle je fus mêlé, je vous présente pendant quelques jours des fragments de cette période, des pistes pour comprendre et tirer, peut-être, des leçons pour la prochaine  fois….)

L’année 1995 s’ouvre avec la tenue des Commissions sur l’avenir du Québec, dont j’ai abondamment parlé dans le billet précédent. Évidemment, ce que les commissions n’ont pas donné est le grand M: le Momentum.

Dans la version Bande dessinée de l’année référendaire il y a, dans l’ordre:

94/95 Versant Oui: La pré-campagne

pubs-ouinonLe résultat référendaire du 30 octobre 1995 fut à la fois spectaculaire et tragique.

Spectaculaire car il a conduit le Québec à un cheveu de devenir un pays. Tragique car ce résultat-tremplin n’a pas conduit, pendant les mois et les années suivantes, à la souveraineté.

Quinze  ans déjà nous séparent du référendum de 1995. Pour éclairer cette période de forte intensité à laquelle je fus mêlé, je vous présente pendant quelques jours des fragments de cette période. Non, pas un récit croustillant du déroulement quotidien des événements — cela viendra peut-être un jour. Mais des pistes pour comprendre et tirer, qui sait?, des leçons, pour la prochaine fois.

J’aborderai dans ce texte la période pré-référendaire, celle qui va de cette élection jusqu’à l’été 1995. Je traiterai demain de la campagne elle-même. Puis — eh bien puis, vous verrez !

Les préparatifs pré-électoraux