« Un pays c’est précieux, mais ce n’est pas donné »

Les organisateurs de la magnifique soirée hommage à Jacques Parizeau, « Salut Monsieur », organisée lundi le 8 juin, ont mis l’intégralité de la soirée en ligne. On peut la voir ici.

Voici ma présentation, du dernier discours prononcé par M. Parizeau comme chef du Parti québécois, six semaines après le référendum. Comme scribe, j’avais travaillé avec lui sur ce texte d’adieu. Ça me faisait tout drôle de le lire devant une foule.

Voyez ce que vous en pensez:

« Monsieur » voyait les Québécois tels qu’il voulait qu’ils deviennent.

Voici le texte de mon hommage à Jacques Parizeau, à l’Assemblée nationale aujourd’hui:

De René Lévesque, Camille Laurin écrivait ceci :

 «Il me paraît comprendre et ressentir dans ses chairs ces contradictions de l’homme québécois qui, tout à la fois, lui imposent de se libérer et l’empêchent d’y parvenir. C’est pourquoi Lévesque oscille lui-même entre la nuit et la lumière. Il est pour chacun un signe de contradiction.»

Le bon Dr Laurin aurait dû tirer un diagnostic complètement opposé de l’autre incarnation du mouvement indépendantiste. Jacques Parizeau ne reflétait pas, comme Lévesque, les Québécois tels qu’ils étaient; il les représentait tel qu’il voulait qu’ils deviennent : désinhibés, décomplexés, déjà indépendants dans leur tête et dans le monde.

(2) L’après-Oui en 1995: Jean Chrétien 50+1 fois sur la corde raide

Nous avons vu dans l’épisode précédent qu’une courte victoire du Oui au soir du 30 octobre 1995 aurait posé la question politique qui tue: qui allait reconnaître la validité de la décision démocratique québécoise ?

Jean Chrétien allait refuser de reconnaître qu’une décision était prise, prétextant que la question n’était pas claire et la majorité pas assez forte.

Jacques Parizeau et son équipe, dont j’étais, avaient prévu un ralliement important de personnalités du Non dès le lendemain de l’élection, pour provoquer un effet d’entraînement et ainsi faire augmenter rapidement, dans les sondages, l’appui au Oui.

La France allait reconnaître le soir même la légitimité du vote démocratique québécois, suivi par plusieurs capitales francophones. Washington allait étonner en affirmant n’avoir donné « d’assurance à aucune des parties » donc pas d’assurance à Ottawa.

(1) L’après-Oui en 1995: Parizeau avait 50+1 fois raison

Il avait raison. Raison de clarifier le projet indépendantiste. Les Québécois décideraient seuls, en 1995, de leur avenir. Au référendum de 1980, il leur aurait fallu la permission du Canada.

confessions

Une contribution importante

Raison de rassembler autour de lui Lucien Bouchard, Mario Dumont, les partenaires pour la souveraineté et la plus grande coalition politique de l’histoire du Québec. Raison de rester ferme sur le principe — les Québécois seuls maîtres de leur destin — et souple sur les modalités — on proposerait un partenariat. Si le Canada disait non, on partirait sans lui.

Raison de s’arc-bouter sur une date décisive — octobre 1995 — malgré tous ceux qui, tétanisés par une défaite possible, proposaient d’annuler, de repousser, de diluer.

Je l’ai écrit récemment, l’année 1996 et sa fenêtre politique appartenaient à Lucien Bouchard. Mais l’année 1995 a été écrite de bout en bout par Jacques Parizeau qui a fixé l’objectif avec entêtement, puis qui a modulé la formule, sous la pression de Bouchard, certes, mais avec intelligence et générosité.

1995 – Lendemains de Non au Non

pubs-ouinonGagner le référendum de justesse fut, pour Jean Chrétien, une expérience traumatisante. Un moment transformateur. Critiqué de toutes parts, au Canada, pour avoir été celui qui avait failli conduire le pays à son décès, Jean Chrétien devient, au lendemain du référendum, un homme pressé. C’est le sujet de ce dernier billet de ma série sur le référendum de 1995.

(Fragments de 1995 – 15 ans déjà depuis le référendum du 30 octobre 1995. Pour éclairer cette période de forte intensité à laquelle je fus mêlé, je vous présente pendant quelques jours des fragments de cette période, des pistes pour comprendre et tirer des leçons, peut-être, pour la prochaine fois….)

1995 – Lendemains de Non au Oui

pubs-ouinonOn ne peut passer au crible les comportements répréhensibles du camp du Non lors du référendum de 1995, comme on l’a fait dans le dernier billet, sans soulever la question des infractions reprochées à des scrutateurs du camp du Oui le jour de l’élection.  Elle est riche d’enseignements sur le comportement des uns et des autres. Il faut s’y pencher pour une seconde et plus importante raison encore : elle permet d’entrapercevoir ce qui se serait passé en cas de victoire serrée du Oui et montre, qu’à mon avis, la légitimation d’une courte victoire du Oui aurait posé un énorme problème politique.

(Fragments de 1995 – 15 ans déjà depuis le référendum du 30 octobre 1995. Pour éclairer cette période de forte intensité à laquelle je fus mêlé, je vous présente pendant quelques jours des fragments de cette période, des pistes pour comprendre et tirer des leçons, peut-être, pour la prochaine fois….)

1995 Versant Non: De l’apathie au désarroi

pubs-ouinonÀ l’automne 1993, le futur vrai chef du camp du Non de 1995, Jean Chrétien est porté au pouvoir à Ottawa. Il n’a que 33% du vote québécois, et encore bien moins de votes francophones – 49% du total des votes se porte sur le nouveau Bloc Québécois, souverainiste.

Devant Lucien Bouchard qui dirige, Oh my God!, l’opposition officielle aux Communes, Chrétien se pose néanmoins à nouveau en interprète de la volonté québécoise.  Le Parti québécois, porté au pouvoir en septembre 1994, prépare-t-il un nouveau référendum sur la souveraineté ? Don’t worry, be happy, chantonne le premier ministre Chrétien, assurant chacun que la victoire fédéraliste est certaine.

(Fragments de 1995 – 15 ans déjà depuis le référendum du 30 octobre 1995. Pour éclairer cette période de forte intensité à laquelle je fus mêlé, je vous présente pendant quelques jours des fragments de cette période, des pistes pour comprendre et tirer des leçons, peut-être, pour la prochaine fois….)