Pays rêvé, pays réel, pays détaché

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Here we go again…

Le scénariste Daniel Thibault a le sens de la formule. Un de ses gazouillis post-électoraux se lisait comme suit: « Quand le PQ est élu, on n’ergote pas tant sur la mort du rêve fédéraliste, me semble. »

En effet. Mais quand le PQ est battu, c’est la mort du séparatisme. Ça doit être vrai: on la prédit tous les dix ans. Cette fois, selon Maclean’s qui a aussi le sens de la formule, il s’agit d’un « effondrement épique ». D’autres, plus prudents, dont notre nouveau Premier ministre, avertissent que cette idée ne mourra jamais.

Ils ont tous raison. L’idée d’indépendance, au printemps 2014, est bien vivante, mais son principal porteur a subi une terrible défaite. Il nous appartient, nous indépendantistes, de déterminer, non la vie, inexpugnable, de l’idée, mais sa vitalité.

La séparation qui ne dit pas son nom

The Economist: Canada « Uncool »? Québec « Cool »!

L’influent magazine britannique The Economist écrivait cet automne que le Canada devenait assurément, « Uncool ».

Soucieux de ne pas faire souffrir le Québec de cette mauvaise presse anti-canadienne, j’ai envoyé une brève lettre au magazine pour souligner notre différence.

Et en voici la traduction :

Gens du pays, c’est votre tour

SIR – Si The Economist estime que le Canada est moins « cool » (« Uncool Canada », The World In 2014), ne devrait-il pas estimer que le Québec, lui, est « cool »? Là où Ottawa promeut les sables bitumineux, Québec lance le premier marché du carbone du continent (avec la Californie) et fait de l’électrification des transports le cœur de sa politique industrielle. Là où Ottawa détruit son registre des armes à feu, Québec porte l’affaire devant les tribunaux afin de maintenir le registre en place, du moins sur son territoire. Là où Ottawa dépense davantage sur les prisons, Québec met en œuvre un système universel de garderie et l’équité salariale entre les hommes et les femmes. Là où Ottawa recule sur les questions autochtones, Québec multiplie ses propres ententes. Là où Ottawa réduit l’aide envoyée à l’étranger, Québec planifie mettre sur pied son propre organisme d’aide internationale.

Le Canada, un « corps étranger » ? C’est pire que vous pensez!

Pour tout vous dire, ça m’est venu comme ça, l’expression voulant que le Canada apparaissait « de plus en plus comme un corps étranger » dans l’expérience québécoise.

Les journalistes tentaient de me faire tirer des conclusions de cause à effet entre l’appui des Québécois à notre proposition de Charte des valeurs et de la laïcité et le bond, de 33 % à 44 %, de l’intention de vote souverainiste entre deux récents sondages.

Je m’y suis refusé, affirmant comme c’est mon habitude que la volatilité de l’intention de vote souverainiste d’un sondage à l’autre n’est pas significative. J’estime beaucoup plus importante la tendance lourde qui fait en sorte que l’attachement des Québécois envers le Canada s’amenuise, notamment chez les jeunes Québécois. On est en présence d’une « décanadianisation » du Québec et, chez nos voisins, d’une « déquébécisation » du Canada.

Slogans optiques canadiens à Londres

Lorsqu’un diplomate québécois à Londres m’a raconté la chose, je suis resté  dubitatif. J’ai demandé des preuves. Il en a fourni. Je les partage avec vous.

C’est une histoire de drapeaux.Or, comme le disait joliment le britannique Arthur Koestler, « les drapeaux sont des slogans optiques ».

Sur l’immeuble du Haut Commissariat Canadien à Londres (l’ambassade) on pouvait naguère voir le drapeau canadien, aux côtés des drapeaux de chacune des dix provinces canadiennes. Le slogan optique, donc, de la diversité canadienne.

L'immeuble canadien avant...

L’immeuble canadien avant…

Mais un redécorateur — ou un réécriveur de slogans optiques — canadien est passé par là, on ne sait pas quand (avis aux alertinternautes qui connaissent la date du changement) et cette cacophonie de drapeaux a été remplacée par une belle et unique tonalité… canadienne.

...et après !

…et après !

 

Lu à Toronto: « L’espèce québécoise » en voie de disparition ?

C’est fou ce qu’on peut lire sur le Québec dans la presse torontoise. Tellement qu’on ne s’émeut plus. (En tout cas, pas moi, depuis que j’ai été décrit comme un « vampire » par une columnist du Globe and Mail l’an dernier.)

Mais il arrive qu’un propos anti-québécois, venu d’une signature connue et à plusieurs égards respectée, arrive à nous tirer un sourire, tant l’outrance sur le Québec est maintenant permise dans les grands quotidiens, dits sérieux, canadiens.

La perle de la semaine va à Preston Manning, personnalité refondatrice de la droite canadienne des années 1990, à l’origine du Reform party — dont Stephen Harper était membre — puis de l’Alliance, dont la fusion avec l’ancien Parti progressiste-conservateur a conduit au parti qui dirige aujourd’hui le Canada.

Bien que fortement campé à droite, Manning est considéré comme un penseur de bon calibre, dont l’influence compte.

1er juillet: Pourquoi la fête est-elle si triste ?

Pour tout étranger établi au Québec, l’étonnement est annuel. La Fête nationale du Québec, le 24 juin, est un événement majeur.

La Fête du Canada, le premier juillet, est largement ignorée. Comment a-t-on pu en arriver à cette situation, impensable dans toute nation normalement constituée (je pèse mes mots) ?

C’est qu’il y a un vice de conception. Le premier juillet 1867, date de fondation du pays, fut un jour chômé et les autorités organisèrent plusieurs manifestations. Le haut clergé était très favorable à la confédération, se sachant maître des compétences léguées à la nouvelle province, notamment l’éducation, outil de son autoperpétuation.

Les Québécois, alors appelés Canayens – les autres étaient Les Anglais — se sentaient évidemment concernés. Dans l’intense débat du moment, les leaders du projet, dont le conservateur George-Étienne Cartier, avaient même promis de tenir un référendum sur le sujet. Mais ayant testé la méthode au Nouveau-Brunswick, et s’étant fait dire non, ils ont renoncé à tenir parole.

Suggestion de lecture à Justin T.

Il y a quand même du progrès.

Récemment, Justin Trudeau prétendait que c’était un « mythe » de dire que le Québec n’avait pas signé la constitution de son père.

Ce mercredi, le nouveau chef libéral admet que cette signature n’a pas eu lieu. Bravo. Il prétend cependant que c’est la faute du gouvernement souverainiste québécois de l’époque.

Il lui reste à apprendre que le chef libéral de l’époque, Claude Ryan, ne voulait pas la signer non plus, ni ses successeurs Robert Bourassa ou Jean Charest. (Pour Philippe Couillard, c’est moins clair pour l’instant.)

M. Trudeau 2 a besoin de lire encore un peu, c’est certain. Notamment au sujet de René Lévesque, l’homme qu’il tient pour responsable de la non-signature du Québec.

Il me fait plaisir de lui suggérer l’extrait suivant d’un livre récemment publié, La bataille de Londres, de Frédéric Bastien, qui met en parallèle l’approche Trudeau-père et l’approche Lévesque:

Expliquer le Québec au Rest-of-Canada

Sur la question québécoise, le Canada chemine. Il s’éloigne.

Naguère, on les entendait demander « What does Québec want? » (Que veut le Québec?).

Puis, ce fut « Who cares what Québec wants! » (On se fiche de ce que le Québec veut).

Aujourd’hui, on s’approche de « Québec, what’s that? »

Il y en a beaucoup que cela réjouit, notamment les deux auteurs du livre « The Big Shift » (Le grand changement). Il y en a que cela attriste, comme le Commissaire aux langues officielles (et ex-journaliste et correspondant à Québec) Graham Fraser.

Je prends l’initiative de reproduire ici le texte qu’a publié dans les journaux ces derniers jours M. Fraser, à ce sujet. Son texte, écrit pour tenter de contrer l’éloignement entre le Québec et le Canada, nous éclaire sur l’ampleur de la disparition du fait québécois dans l’esprit canadien.

The Big Shift Also Speaks French

Avis de décès: Le fédéralisme d’ouverture

«Le pouvoir de dépenser exorbitant a donné naissance à un fédéralisme dominateur, un fédéralisme paternaliste qui est une menace sérieuse pour l’avenir de notre fédération.»

Ainsi parlait Stephen Harper, à Québec, en 2005. Ce qu’il appelait le « fédéralisme d’ouverture » était né. Il était bien chétif. Harper n’allait jamais remplir sa promesse de voter « un projet de loi qui imposera des limites explicites à l’utilisation du pouvoir fédéral de dépenser ». Il allait tenter, encore et encore, d’imposer une Commission canadienne des valeurs mobilières. Il refuserait de laisser gérer par Québec les sommes versées aux municipalités pour les infrastructures.

Mais on admettait généralement que, contrairement aux trudeauistes, les conservateurs n’avaient pas de visées impérialistes sur les pouvoirs du Québec. Par choix, oui, mais par idéologie aussi. Ils voulaient — et veulent — rapetisser l’État, en soi, pas le faire croître.

Monsieur 38 %

La famille fédéraliste a beaucoup de difficulté à saisir les rudiments de la démocratie. Récemment, je vous parlais dans ces pages de « Monsieur 66% », Justin Trudeau, qui estimait qu’un référendum sur la souveraineté du Québec,  ou même un amendement constitutionnel canadien, devait passer la barre des deux-tiers pour être accepté.

Voici que le bon docteur Philippe Couillard, nouveau chef libéral québécois, campe à l’autre extrême de l’échelle non-démocratique fédéraliste. Il a affirmé sans rire que le Québec pourrait adhérer à la constitution canadienne par… un simple vote à l’Assemblée nationale.

Il faut savoir ce que cela signifie. Dans l’hypothèse malheureuse où M. Couillard devait un jour former un gouvernement majoritaire, il ne pourrait y arriver qu’avec 37 ou 38% des voix.

Dans son scénario il appartiendrait donc aux députés libéraux, minoritaires dans l’électorat mais majoritaires à l’Assemblée, d’engager, seuls, la souveraineté populaire. Consternant.

Une continuité