Lire: Le ministre péquiste de la démocratie, celui des autochtones

Cette semaine, mon opinion sur des ouvrages portant sur deux ministres clés de l’histoire péquiste, Robert Burns pour la période Lévesque, Guy Chevrette pour la période Parizeau-Bouchard.

Esprit de Robert Burns, es-tu là ?

9782895833215Y a-t-il un bon livre à écrire sur Robert Burns, le syndicaliste devenu leader parlementaire de la petite équipe de députés du PQ à l’Assemblée nationale en 1970, puis ministre responsable de la révolution démocratique imprimée par le gouvernement Lévesque en 1976 ?

On ne le saura pas tout de suite. Le livre produit par son ex-sous-ministre et infatigable défenseur de la réforme électorale André Larocque n’est pas inintéressant, mais il nous en dit bien peu sur le parcours de Burns, sauf pour nous détailler l’audace et l’excellence de ses réformes démocratiques, puis se désoler qu’il n’ait pu compléter son oeuvre. (Des raisons de santé l’ont forcé de quitter la politique en 1979, il fut ensuite juge du Tribunal du Travail. Il nous a quitté en 2014.)

Lire: Pauline et le pouvoir au quotidien

Comme tous les samedis, mes suggestions de lecture.

Pauline Marois au microscope

9782764634356Je me souviens d’avoir surpris Dominique Lebel dans son minuscule bureau de l’absurdement labyrinthique cabinet de la première ministre, rue Sherbrooke à Montréal. Il avait la tête dans les mains.

« Tu as l’air accablé ». Il l’était. Un article du matin avait fait déraper une négociation qui aurait du mieux se passer et qui allait ajouter à nos épreuves du début 2013.

J’avais applaudi à deux mains l’arrivée de Dominique autour de Pauline Marois, car cet ancien des jeunesses péquistes, de cabinets de Jean Doré et Gilles Baril, devenu entrepreneur et haut dirigeant de Cossette, me semblait superbement doué pour aider le nouveau gouvernement à surmonter une tare congénitale au Parti québécois: la difficulté à communiquer.

Lire: L’enfance brisée et comment la réparer

J’ai choisi il y a deux ans d’être porte-parole de l’opposition pour, entre autres, la Protection de la jeunesse. Une réalité — les fugueuses, les enfants placés — qui m’était étrangère. Voici deux livres qui aident mon apprentissage.

L’enfance meurtrie, et comment y survivre

gagnéDifficile de lire À quoi ça sert de grandir ? d’un seul tenant. La charge émotive est trop forte. Gagné fait vivre au bout de sa plume, avec trop d’empathie et de talent, les vies brisées d’enfants qui méritaient mieux que des pères abuseurs, des mères ivrognes, une pauvreté abjecte pour qu’on puisse en avaler plus d’un ou deux chapitres à la fois.

Pourtant il le faut. Et on y retourne. Jusqu’au bout. Comme hanté par des destins qui auraient pu nous happer, nous, mais qui se sont acharnés sur d’autres, les malchanceux de la vie.

Lire, voir: Jésus, la vraie histoire?

Pour le congé de Pâques, quoi de mieux que d’examiner une des histoires les plus fascinantes des deux derniers millénaires, celle de Jésus ?

Il y a principalement trois thèses. Celle qui veut que les évangiles doivent être crus sur paroles, une idée assez répandue dans le Bible Belt américain, et selon laquelle les humains ont cohabité avec les dinosaures à la création, il y a 5 000 ans. Celle, qui fait consensus, voulant que sous les très nombreuses enjolivures des évangiles, se cache une vérité historique, qu’on peut identifier, celle de la véritable vie d’un homme nommé Jésus. (Je parle de la troisième plus loin.)

Jésus, un homme remarquable, remis dans un contexte fascinant

ZéloteÉpoustouflant. Si vous n’avez qu’un livre à lire sur ce que l’on croit savoir, historiquement, de Jésus, puis sur le processus de transformation de son récit par ses fans pour s’adapter au contexte historique changeant et aux auditoires visés, il FAUT lire Le Zélote.

Lire: Tous médiocres !

Comme chaque samedi, quelques mots sur des lectures récentes. Cette semaine, deux intellos se penchent sur notre triste cas.

Sous le chapeau d’un dandy qui s’assume

bergeronD’abord, c’est qui lui, Carl Bergeron ? Pourquoi devrait-on se taper son « journal » ? D’ordinaire, un auteur qui a établi une œuvre, donc livré au lecteur une somme suffisante de sagesse et de folie, peut ensuite l’inviter à le suivre dans ses divagations quotidiennes.

Bergeron, lui, n’a livré en ouvrage que son excellent Arcand: un cynique chez les lyriques (2012) et pourtant il juge opportun de nous faire entrer dans sa tête, sa famille, ses dragues, ses visites chez le médecin, ses parcs. Avec assez de talent pour faire écrire à Christian Rioux qu’il a pondu là « le livre d’une génération ».

Lire: Un Lucien Bouchard gaullien, un blogueur fouetté pour bien peu

Tous les samedis, je vous fais part de mes lectures récentes.

Raif Badawi: c’est la modération qu’on torture !

RaifIl a été fouetté pour ça ? La modération du propos est la première chose qui frappe le lecteur de cette sélection de textes du bloggeur Raif Badawi.

Le prisonnier d’opinion adore son pays, l’Arabie Saoudite, c’est très clair. Il n’est jamais anti-musulman, mais s’interroge sur la sévérité des règles imposées, notamment sur la mixité et la liberté d’expression. Il cherche une façon arabe d’être libéral et moderne.

On sent dans la plume une tristesse pour la petitesse de l’espace laissé au débat dans la théocratie arabe et une soif de liberté. Au cachot, il y est maintenant plus loin que jamais.

Lucien Bouchard: l’art délicat, et rarement apprécié, du pragmatisme

LucienDans cet ouvrage bref mais assez touffu, Jean-François Caron tente de distinguer le pragmatisme de l’opportunisme en appliquant la nuance au cas de Lucien Bouchard.

Lire: Comment guérir un djihadiste et Un vrai beau scandale érotico-politique québécois

radicalisationFondé sur 400 cas français récents de radicalisation islamique, cet ouvrage démonte avec précision les mécanismes qui aspirent des jeunes (et moins jeunes) dans la dérive djihadiste. Jeunes musulmans, bien sûr, mais jeunes athées, chrétiens, même quelques jeunes juifs !

Dounia Bouzar, qui dirige un centre de déradicalisation, puise dans son expérience pour suivre à la trace la façon dont, de clic en clic sur internet, le jeune en recherche de justice sociale est happé par un récit de conspiration internationale contre les opprimés, conspiration dont les seuls opposants sont les djihadistes !

Bouzar multiplie ensuite les exemples de dé-radicalisation. Il ne faut pas, explique-t-elle, tenter de les convaincre qu’ils ne portent pas la bonne version de l’Islam. Ils sont blindés. Il ne faut pas leur dire que la conspiration à laquelle ils croient est invraisemblable, ils vous croiront envoyés par la conspiration.