Lu à Toronto: « L’espèce québécoise » en voie de disparition ?

C’est fou ce qu’on peut lire sur le Québec dans la presse torontoise. Tellement qu’on ne s’émeut plus. (En tout cas, pas moi, depuis que j’ai été décrit comme un « vampire » par une columnist du Globe and Mail l’an dernier.)

Mais il arrive qu’un propos anti-québécois, venu d’une signature connue et à plusieurs égards respectée, arrive à nous tirer un sourire, tant l’outrance sur le Québec est maintenant permise dans les grands quotidiens, dits sérieux, canadiens.

La perle de la semaine va à Preston Manning, personnalité refondatrice de la droite canadienne des années 1990, à l’origine du Reform party — dont Stephen Harper était membre — puis de l’Alliance, dont la fusion avec l’ancien Parti progressiste-conservateur a conduit au parti qui dirige aujourd’hui le Canada.

Bien que fortement campé à droite, Manning est considéré comme un penseur de bon calibre, dont l’influence compte.

Mes choix politiques de 2012: À lire

Le meilleur livre politique que j’ai lu en 2012: Le rêve de Champlain, de l’américain David Hackett Fisher, traduit chez Boréal. La hauteur de vue, la modernité, l’altruisme de Champlain donne à l’an un de notre histoire collective son véritable héros (et Dieu sait si on en a besoin).

Fisher est légèrement trop obséquieux avec son sujet, qui n’en demandait pas tant, mais l’écriture est alerte, les aventures palpitantes, l’inventivité de Champlain débordante.


La politique internationale française, en BD

Le meilleur livre politique français lu en 2012 fut le second tome de la série BD Quay d’Orsay, qui raconte les aventures d’un rédacteur de discours d’un ministre français des Affaires étrangères qui ressemble en tous points à Dominique de Villepin.

Le premier tome, publié en 2010, racontait les débuts du scribe. Le second mord dans la préparation du fameux discours du conseil de sécurité de l’ONU où de Villepin représenta la résistance de la raison face à l’aventurisme guerrier américain en Irak. On ne s’en lasse pas.

L’article le plus décapant de 2012

Homme d’affaires, philanthrope et investisseur américain, Warren Buffett fait partie des hommes les plus riches du monde.

Je l’attribue au milliardaire américain Warren Buffett. À l’heure où les Républicains américains jouent à la roulette russe avec l’économie mondiale par leur refus de faire remonter le taux marginal d’imposition des millionnaires à son niveau de… 2000, à l’heure où Gérard Depardieu déménage en Belgique car il refuse de payer 75% d’impôt, pendant deux ans, sur la seule part de ses revenus excédant 1 million d’euros par an, nous vivons dans une ère où règne une vérité apparemment incontestable:  à partir d’un certain seuil d’imposition, les riches arrêtent tout simplement de travailler et d’investir!

Warren Buffet transforme cet argument en charpie dans un texte publié le 25 novembre dernier dans le New York Times, où il réclame un niveau de taxation minimal pour les riches, comme lui. (Il vaut environ 44 milliards de $.)

Harper : mode d’emploi

5104ZlCxwlL._BO2204203200_PIsitb-sticker-arrow-clickTopRight35-76_AA278_PIkin4BottomRight-5222_AA300_SH20_OU01_-e1339082064958Le premier ministre du Canada semble cyclothymique.

Pendant de longs mois, il peut mener son gouvernement comme une pièce d’horlogerie bien huilée, faire progresser ses dossiers contre vents et marées, marquer des points. On reconnaît alors son sens de la stratégie, son intelligence tactique, sa capacité de communiquer  ses idées à une portion croissante de Canadiens qui en ont fait « leur » premier ministre.

Puis, vient une période de cafouillages, d’annonces bâclées, de dépenses folles, de mensonges éhontés. Où est passé, alors, l’habile capitaine Harper ?

Paul Wells, de Maclean’s, tente de décoder le personnage dans The Harper Decade, un livre numérique dans lequel sont regroupés ses meilleurs textes publiés depuis 10 ans sur le personnage.

Le moment le plus éclairant survient pendant la campagne électorale de 2008. À la fin d’une entrevue, Harper décrit l’édifice qu’il est en train de construire, plus centré sur des valeurs conservatrices que sur une volonté de se débarrasser des libéraux.

Quai d’Orsay: La BD politique qui me fait rire aux éclats

Il n’y a pas beaucoup de BDs qui me font rire aux éclats. Et peut-être que ce rire n’est pas transmissible aux lecteurs qui n’ont pas été, comme moi, conseillers politiques et scribes de politiciens.

Mais, je vous le jure, les deux tomes déjà publiés de Quai d’Orsay, les tribulations du conseiller « responsable des éléments de langage » d’un ministre français des Affaires étrangères ressemblant à ne pas s’y méprendre à Dominique de Villepin à l’heure du conflit irakien méritent le détour.

Quai d’Orsay: Chroniques diplomatiques Tomes 1 et 2, disponibles en librairie.

Que conserver du conservatisme ?

Mes-Aïeux-2-300x300-150x150La chose mérite d’être rappelée : les radios avaient d’abord refusé de programmer la chanson de Mes Aïeux, Dégénérations, lors de sa sortie en août 2004. C’est le public qui l’a imposé et en a fait, deux ans plus tard, le champion des palmarès.

L’historien Éric Bédard ouvre son excellent recueil Recours aux sources avec un essai sur Dégénérations : sa genèse, sa place dans la culture musicale, son message, les explications données par ses auteurs, son originalité dans le reste de la production de Mes Aïeux. Un travail de mise en contexte riche et signifiant. De la belle ouvrage.

Bédard s’en sert comme d’une pièce à conviction majeure dans son plaidoyer pour sortir la politique québécoise de son obsession pour l’avenir ou pour le présent et mieux l’enraciner dans une continuité historique où « l’avant » a encore un sens. Il écrit:

Bock-Coté et la solitude du Gaulliste québécois

fin-de-cycleQuelle joie de lire Fin de cycle, de Mathieu Bock-Coté ! Joie d’être mis en présence d’une intelligence vive, au verbe précis, aux concepts assumés. Joie de retrouver sur la page un interlocuteur engagé, engageant, inquiet pour son peuple et son pays rêvé, soucieux de son passé comme de son avenir. L’exact contraire du cynique.

On voudrait débattre avec lui, page après page, car sa prose mobilise l’émotion autant que l’intellect. Et suscite, chez ce lecteur-ci en tout cas, moins d’approbations que de désaccords. Ce billet ne fera donc pas justice à l’ensemble des questions qu’il soulève.

Le problème avec les Fins

Fukuyama, qui avait fameusement prédit en 1992 la « Fin de l’histoire » s’en mord sûrement encore les doigts. Et lorsque Mathieu Bock-Coté a remis son manuscrit, l’an dernier, le Parti québécois semblait en lambeaux, l’appui a la souveraineté avait quitté les 40% pour s’aventurer dans les 30% et on trouvait des députés péquistes pour craindre la disparition prochaine de leur parti – prédiction reprise par Mathieu dans son ouvrage.

Le péril des théo-conservateurs – en français

41XCshnAssL._SL500_AA300_1Je vous en avais parlé lorsque l’ouvrage a été publié en anglais. Voici sa version française: Le facteur Armageddon — La montée de la droite chrétienne au Canada (Stanké).

Si vous voulez comprendre certains (pas tous) des réflexes du gouvernement conservateur qui dirige nos destinées pour au moins les quatre prochaines années, il faut lire cet ouvrage qui soulève la couverture conservatrice pour révéler le travail des taupes évangélistes qui préparent les prochaines cohortes de décideurs conservateurs: plus radicaux, oui, mais plus habiles que jamais.

Dans l’édition française, l’auteure, Marci McDonald, ajoute une brève post-face où elle évoque les balbutiements du mouvement évangéliste chrétien au Québec, notamment la méga-église évangélique Nouvelle Vie, à Longueuil, qui comte 3 500 membres. Le candidat conservateur (battu) dans Longueuil en était membre.

La description que Marci fait du sermon/spectacle/soft-rock du pasteur Claude Houde nous donne vraiment le goût d’aller y passer un dimanche matin, seulement pour le divertissement.

Le parcours original d’un séparatiste devenu juif

jui-hst-qcRichard Marceau est un cas. Il en est conscient. Petit gars d’une famille catholique de Québec, militant puis député du Bloc québécois, il s’intéresse graduellement à la communauté juive, émotivement (il épouse une juive anglophone peu pratiquante) puis intellectuellement -  il séjourne en Israël.

Le contact avec la réalité israélienne a conduit beaucoup de Québécois élevés dans un a priori pro-palestinien à mieux équilibrer leurs opinions des droits, revendications et méfaits des uns et des autres.

Et à devenir — c’est le courant dominant chez les responsables souverainistes — à la fois favorable à un État juif et à un État Palestinien. (Ce qui n’est pas le cas pour certains mouvements pro-palestiniens québécois et canadiens.)

Mais dans son livre « Juif, Une histoire québécoise », Marceau raconte bien davantage qu’un rééquilibrage. Une adhésion.

Lui, l’ex-catholique devenu athée ou agnostique, s’est graduellement converti au judaïsme. D’abord dans sa branche libérale. Ensuite dans sa branche orthodoxe.

Aux sources de l’histoire juive québécoise

51EnDmheWnLJ’avoue avoir abordé l’ouvrage de Denis Vaugeois sur la première grande famille juive québécoise avec espoir.

Je pensais qu’on y trouverait les traces d’un premier compagnonnage entre juifs et franco-catholiques, culminant avec la décision de l’Assemblée législative de faire siéger en leur sein un des premiers députés juifs de l’Empire britannique.

On apprend plein de choses, dans Les Premiers Juifs d’Amérique (Septentrion). Mais ce serait trop  que de nous demander de nous attacher à ces personnages.

Le premier juif du Québec (du Bas Canada), Aaron Hart, arrive à Montréal dans les troupes de l’envahisseur Amherst, dont il gère les finances. Il s’installe à Trois-Rivières où il devient un commerçant important, bien intégré et sans histoire.

C’est son fils Ezekiel qui brigue les suffrages. Mais les ignorants, comme moi, apprennent ici que le nouveau député partage les positions anti-patriotes et anti-francophones des anglo-montréalais, qui souhaitent en finir avec le code civil et l’usage du français. On se demande d’ailleurs pourquoi les francophones de Trois-Rivières lui accordent leurs votes.