« Un pays c’est précieux, mais ce n’est pas donné »

Les organisateurs de la magnifique soirée hommage à Jacques Parizeau, « Salut Monsieur », organisée lundi le 8 juin, ont mis l’intégralité de la soirée en ligne. On peut la voir ici.

Voici ma présentation, du dernier discours prononcé par M. Parizeau comme chef du Parti québécois, six semaines après le référendum. Comme scribe, j’avais travaillé avec lui sur ce texte d’adieu. Ça me faisait tout drôle de le lire devant une foule.

Voyez ce que vous en pensez:

« Monsieur » voyait les Québécois tels qu’il voulait qu’ils deviennent.

Voici le texte de mon hommage à Jacques Parizeau, à l’Assemblée nationale aujourd’hui:

De René Lévesque, Camille Laurin écrivait ceci :

 «Il me paraît comprendre et ressentir dans ses chairs ces contradictions de l’homme québécois qui, tout à la fois, lui imposent de se libérer et l’empêchent d’y parvenir. C’est pourquoi Lévesque oscille lui-même entre la nuit et la lumière. Il est pour chacun un signe de contradiction.»

Le bon Dr Laurin aurait dû tirer un diagnostic complètement opposé de l’autre incarnation du mouvement indépendantiste. Jacques Parizeau ne reflétait pas, comme Lévesque, les Québécois tels qu’ils étaient; il les représentait tel qu’il voulait qu’ils deviennent : désinhibés, décomplexés, déjà indépendants dans leur tête et dans le monde.

Champlain: La vraie histoire

champlain

Un personnage plus grand que nature. Un modèle de volonté et d’ouverture pour le Québec d’hier et d’aujourd’hui.

Vous ne comprenez pas pourquoi Samuel de Champlain trouve tant de défenseurs déterminés, 406 ans après son arrivée en Québec ?

Il faut lire Un des meilleurs ouvrages politiques que j’ai lus ces dernières années: Le rêve de Champlain, de l’américain David Hackett Fisher, traduit chez Boréal.

La hauteur de vue, la modernité, l’altruisme de Champlain donne à l’an un de notre histoire collective son véritable héros (et Dieu sait si on en a besoin).

Fisher est légèrement trop obséquieux avec son sujet, qui n’en demandait pas tant, mais l’écriture est alerte, les aventures palpitantes, l’inventivité de Champlain débordante.

(2) L’après-Oui en 1995: Jean Chrétien 50+1 fois sur la corde raide

Nous avons vu dans l’épisode précédent qu’une courte victoire du Oui au soir du 30 octobre 1995 aurait posé la question politique qui tue: qui allait reconnaître la validité de la décision démocratique québécoise ?

Jean Chrétien allait refuser de reconnaître qu’une décision était prise, prétextant que la question n’était pas claire et la majorité pas assez forte.

Jacques Parizeau et son équipe, dont j’étais, avaient prévu un ralliement important de personnalités du Non dès le lendemain de l’élection, pour provoquer un effet d’entraînement et ainsi faire augmenter rapidement, dans les sondages, l’appui au Oui.

La France allait reconnaître le soir même la légitimité du vote démocratique québécois, suivi par plusieurs capitales francophones. Washington allait étonner en affirmant n’avoir donné « d’assurance à aucune des parties » donc pas d’assurance à Ottawa.

(1) L’après-Oui en 1995: Parizeau avait 50+1 fois raison

Il avait raison. Raison de clarifier le projet indépendantiste. Les Québécois décideraient seuls, en 1995, de leur avenir. Au référendum de 1980, il leur aurait fallu la permission du Canada.

confessions

Une contribution importante

Raison de rassembler autour de lui Lucien Bouchard, Mario Dumont, les partenaires pour la souveraineté et la plus grande coalition politique de l’histoire du Québec. Raison de rester ferme sur le principe — les Québécois seuls maîtres de leur destin — et souple sur les modalités — on proposerait un partenariat. Si le Canada disait non, on partirait sans lui.

Raison de s’arc-bouter sur une date décisive — octobre 1995 — malgré tous ceux qui, tétanisés par une défaite possible, proposaient d’annuler, de repousser, de diluer.

Je l’ai écrit récemment, l’année 1996 et sa fenêtre politique appartenaient à Lucien Bouchard. Mais l’année 1995 a été écrite de bout en bout par Jacques Parizeau qui a fixé l’objectif avec entêtement, puis qui a modulé la formule, sous la pression de Bouchard, certes, mais avec intelligence et générosité.

Les aventures de Marcel Masse à Ottawa

En nous quittant, Marcel Masse laisse derrière lui tout un univers: celui des nationalistes québécois conservateurs, politiquement nés avec la Révolution tranquille, repêchés par la tentative de réconciliation lancée par Brian Mulroney en 1984, déçus par son échec, puis ralliés à la cause souverainiste à temps pour le référendum de 1995.

J’ai eu la chance de connaître Marcel Masse. Il était député de Frontenac — où est ma ville natale Thetford Mines — et il était devenu bon ami avec mon père. Je l’ai recroisé comme journaliste, puis l’ai longuement interviewé pour mes livres Le Tricheur et Le Naufrageur. J’ai ensuite travaillé avec lui lorsqu’il présidait la Commission de la Métropole pour l’avenir du Québec, puis pendant la campagne référendaire où il ralliait les Conservateurs pour le Oui, puis ensuite comme Délégué général du Québec à Paris.