En flânant sur l’Avenue Robert-Bourassa

Le Maire de Montréal vient de relancer l’idée de désigner une rue de la ville du nom de l’ex premier ministre libéral Robert Bourassa, idée abandonnée par son prédécesseur Gérald Tremblay en 2006. Que faut-il en penser ? Je me suis exprimé sur le sujet, notamment dans l’introduction de mon livre  Le Petit Tricheur – Robert Bourassa derrière le masque. En voici un extrait légèrement remanié.

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Dix ans après le décès de Robert Bourassa, le maire de Montréal a voulu rebaptiser une avenue en son honneur. Pourquoi pas ? Bourassa fut élu quatre fois par les Québécois entre 1970 et 1993. Il a laissé sa marque dans notre histoire. Il pourrait aussi la laisser sur la carte.

Le moment indépendantiste de Claude Ryan

Ils étaient tous là: Charest, Couillard, Mulroney, pour célébrer, ces jours derniers, les dix ans du décès de Claude Ryan. Chacun a vanté son intelligence, son libéralisme, son attachement aux vraies valeurs libérales, son indestructible attachement au Canada.

N’était-il pas, après tout, le chef du camp du Non, lors du référendum de 1980 ? Celui qui a popularisé la phrase: Le Québec ma patrie, le Canada, mon pays ?

Certes. Mais un épisode de la vie et de l’œuvre de Claude Ryan a été passé sous silence dans le colloque qui lui a été consacré. C’est ce moment où son attachement canadien ne fut plus indestructible. Ce moment où il était prêt à franchir le pas indépendantiste si le Canada refusait toujours de reconnaître au Québec des pouvoirs qu’il jugeait indispensables.

Bataille de Londres: le lingot et les pépites

J’ai terminé depuis quelques jours la passionnante lecture du livre La bataille de Londres, de l’historien Frédéric Bastien.

Dans ce genre de grande enquête historique, il arrive qu’on trouve un filon d’or. On en ressort un lingot: dans ce cas, l’extraordinaire fait que le juge en chef de la Cour suprême et un de ses collègues ont enfreint la règle de la division des pouvoirs pour aider le gouvernement Trudeau et le gouvernement britannique à réussir leur opération de rapatriement unilatéral de la constitution.

On en a lu, dans la presse, les éléments essentiels. Mais retrouvés dans le corps du récit qu’en fait Bastien, l’importance de ces confidences ressortent encore plus clairement.

Puis, il y a les pépites. Les informations nouvelles, dignes de mention, mais rarement reprises.

Premièrement les étonnantes opinions des diplomates britanniques au Canada.

D’abord, le biais anti-péquiste primaire du Consul général à Montréal, en 1976:

Suggestion de lecture à Justin T.

Il y a quand même du progrès.

Récemment, Justin Trudeau prétendait que c’était un « mythe » de dire que le Québec n’avait pas signé la constitution de son père.

Ce mercredi, le nouveau chef libéral admet que cette signature n’a pas eu lieu. Bravo. Il prétend cependant que c’est la faute du gouvernement souverainiste québécois de l’époque.

Il lui reste à apprendre que le chef libéral de l’époque, Claude Ryan, ne voulait pas la signer non plus, ni ses successeurs Robert Bourassa ou Jean Charest. (Pour Philippe Couillard, c’est moins clair pour l’instant.)

M. Trudeau 2 a besoin de lire encore un peu, c’est certain. Notamment au sujet de René Lévesque, l’homme qu’il tient pour responsable de la non-signature du Québec.

Il me fait plaisir de lui suggérer l’extrait suivant d’un livre récemment publié, La bataille de Londres, de Frédéric Bastien, qui met en parallèle l’approche Trudeau-père et l’approche Lévesque:

Le remords québécois de feu Peter Lougheed

Peter Lougheed et René Lévesque.

L’Alberta pleure, ces jours-ci, l’homme qui a porté sa province dans la modernité: son ex-premier ministre, Peter Lougheed. Élégant, intelligent, pugnace, Lougheed était de la race des bâtisseurs. Mais il était aussi un acteur central dans le grand drame qui ne finit pas de hanter le Canada: le rapatriement et la modification de la Constitution du pays, faite en 1981 contre le voeu des Québécois et de leurs élus.

Au matin de la bien nommée Nuit des longs couteaux, lorsque le ministre canadien de la justice, le Québécois Jean Chrétien, informe Lougheed et les autres premiers ministres du Canada anglais de l’accord intervenu entre les ministres et Trudeau pendant les heures précédentes, Lougheed pose une question lourde. Je la rapporte dans cet extrait de mon récent eBook (on dit Livrel), Des histoires du Québec:

Pourquoi nos héros ne sont-ils pas héroïques à 100% ?

– Le livre électronique est disponible à partir de l’application iPad de L’actualité. Vous le trouverez dans la section «boutique». –

C’est une boutade cruelle. Elle va comme suit : « Pourquoi doit-on savoir exactement d’où on vient ? Parce qu’on ne veut absolument pas y retourner. »

Couverture_livrel-Lisee-235x300Je l’avais en tête lorsque j’ai constitué, à la demande de l’équipe de L’actualité, le livre électronique (il faut dire « livrel ») où je regroupe les textes que j’ai commis au cours des décennies et qui traitent de « Des histoires du Québec » (c’est le titre) qui m’ont titillé l’envie d’écrire. J’y traite des penchants québécois de John Kennedy, du Général de Gaulle et de la CIA, du drame familial qui a déchiré les progressistes québécois entre les rivaux Trudeau et Lévesque et a façonné notre réel, des péripéties du référendum de 1995, du « cas Lucien Bouchard », jusqu’au printemps érable.

1er juillet: Pourquoi la fête est-elle si triste ?

Canada_Quebec_flag-150x150Pour tout étranger établi au Québec, l’étonnement est annuel. La Fête nationale du Québec, le 24 juin, est un événement majeur.

La Fête du Canada, le premier juillet, est largement ignorée. Comment a-t-on pu en arriver à cette situation, impensable dans toute nation normalement constituée (je pèse mes mots) ?

C’est qu’il y a un vice de conception. Le premier juillet 1867, date de fondation du pays, fut un jour chômé et les autorités organisèrent plusieurs manifestations (voir ici)*.  Le haut clergé était très favorable à la confédération, se sachant maître des compétences léguées à la nouvelle province, notamment l’éducation, outil de son autoperpétuation.

Les Québécois, alors appelés Canayens – les autres étaient Les Anglais — se sentaient évidemment concernés. Dans l’intense débat du moment, les leaders du projet, dont le conservateur George-Étienne Cartier, avaient même promis de tenir un référendum sur le sujet. Mais ayant testé la méthode au Nouveau-Brunswick, et s’étant fait dire non, ils ont renoncé à tenir parole.

1981: le combat éthique: Trudeau/Lévesque

Capture-d’écran-2011-09-18-à-23.17.041-300x180Que s’est-il vraiment passé, il y a trente ans, pour qu’un pays reconnu mondialement pour son caractère modéré et démocratique décide de se doter d’une nouvelle loi fondamentale, sans le consentement d’une de ses nations fondatrices ?

Et pourquoi cette nouvelle loi fondamentale, signée par la Reine Elizabeth, le 17 avril 1982, ne fut-elle pas soumise aux citoyens, par voie de référendum, comme des tas de constitutions avaient déjà été soumises au vote ailleurs en Occident ?

Comment expliquer à un interlocuteur à jeun que pendant une conférence qui devait redéfinir les règles fondamentales d’un pays, 10 négociateurs sur 11 se sont concertés pendant la nuit pour annoncer, le matin, qu’ils avaient convenu d’une nouvelle entente qui réduirait les pouvoirs du 11e ?

Plus on prend du recul sur l’événement, plus la chose parait inconcevable.

Brian Topp, les putes, le Québec et moi !

Avertissement: ce billet ne contient aucune relation de contact charnel. Mais il y sera question, de manière rhétorique, de péripatéticiennes. Un peu de patience.

Brian Topp est un des candidats favoris à la direction du NPD, donc au poste de chef de l’opposition, donc au poste de premier ministre aux élections de 2015. Je l’ai connu en 1998, lorsqu’il était conseiller du premier ministre néo-démocrate de la Saskatchewan, Roy Romanow. Oui, le Romanow qui a négocié avec Jean Chrétien l’entente fameuse de la «Nuit des longs couteaux», qui isolerait le Québec pour l’avenir prévisible.

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Roy Romanow, l’agent-double d’Ottawa, et son conseiller Brian Topp

Romanow était cette année-là le porte-parole des provinces dans les discussions avec le fédéral. Puisque j’étais conseiller de Lucien Bouchard, Topp était un de mes vis-à-vis dans ces discussions.