Champlain: La vraie histoire

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Un personnage plus grand que nature. Un modèle de volonté et d’ouverture pour le Québec d’hier et d’aujourd’hui.

Vous ne comprenez pas pourquoi Samuel de Champlain trouve tant de défenseurs déterminés, 406 ans après son arrivée en Québec ?

Il faut lire Un des meilleurs ouvrages politiques que j’ai lus ces dernières années: Le rêve de Champlain, de l’américain David Hackett Fisher, traduit chez Boréal.

La hauteur de vue, la modernité, l’altruisme de Champlain donne à l’an un de notre histoire collective son véritable héros (et Dieu sait si on en a besoin).

Fisher est légèrement trop obséquieux avec son sujet, qui n’en demandait pas tant, mais l’écriture est alerte, les aventures palpitantes, l’inventivité de Champlain débordante.

(2) L’après-Oui en 1995: Jean Chrétien 50+1 fois sur la corde raide

Nous avons vu dans l’épisode précédent qu’une courte victoire du Oui au soir du 30 octobre 1995 aurait posé la question politique qui tue: qui allait reconnaître la validité de la décision démocratique québécoise ?

Jean Chrétien allait refuser de reconnaître qu’une décision était prise, prétextant que la question n’était pas claire et la majorité pas assez forte.

Jacques Parizeau et son équipe, dont j’étais, avaient prévu un ralliement important de personnalités du Non dès le lendemain de l’élection, pour provoquer un effet d’entraînement et ainsi faire augmenter rapidement, dans les sondages, l’appui au Oui.

La France allait reconnaître le soir même la légitimité du vote démocratique québécois, suivi par plusieurs capitales francophones. Washington allait étonner en affirmant n’avoir donné « d’assurance à aucune des parties » donc pas d’assurance à Ottawa.

(1) L’après-Oui en 1995: Parizeau avait 50+1 fois raison

Il avait raison. Raison de clarifier le projet indépendantiste. Les Québécois décideraient seuls, en 1995, de leur avenir. Au référendum de 1980, il leur aurait fallu la permission du Canada.

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Une contribution importante

Raison de rassembler autour de lui Lucien Bouchard, Mario Dumont, les partenaires pour la souveraineté et la plus grande coalition politique de l’histoire du Québec. Raison de rester ferme sur le principe — les Québécois seuls maîtres de leur destin — et souple sur les modalités — on proposerait un partenariat. Si le Canada disait non, on partirait sans lui.

Raison de s’arc-bouter sur une date décisive — octobre 1995 — malgré tous ceux qui, tétanisés par une défaite possible, proposaient d’annuler, de repousser, de diluer.

Je l’ai écrit récemment, l’année 1996 et sa fenêtre politique appartenaient à Lucien Bouchard. Mais l’année 1995 a été écrite de bout en bout par Jacques Parizeau qui a fixé l’objectif avec entêtement, puis qui a modulé la formule, sous la pression de Bouchard, certes, mais avec intelligence et générosité.

Les aventures de Marcel Masse à Ottawa

En nous quittant, Marcel Masse laisse derrière lui tout un univers: celui des nationalistes québécois conservateurs, politiquement nés avec la Révolution tranquille, repêchés par la tentative de réconciliation lancée par Brian Mulroney en 1984, déçus par son échec, puis ralliés à la cause souverainiste à temps pour le référendum de 1995.

J’ai eu la chance de connaître Marcel Masse. Il était député de Frontenac — où est ma ville natale Thetford Mines — et il était devenu bon ami avec mon père. Je l’ai recroisé comme journaliste, puis l’ai longuement interviewé pour mes livres Le Tricheur et Le Naufrageur. J’ai ensuite travaillé avec lui lorsqu’il présidait la Commission de la Métropole pour l’avenir du Québec, puis pendant la campagne référendaire où il ralliait les Conservateurs pour le Oui, puis ensuite comme Délégué général du Québec à Paris.

En flânant sur l’Avenue Robert-Bourassa

Le Maire de Montréal vient de relancer l’idée de désigner une rue de la ville du nom de l’ex premier ministre libéral Robert Bourassa, idée abandonnée par son prédécesseur Gérald Tremblay en 2006. Que faut-il en penser ? Je me suis exprimé sur le sujet, notamment dans l’introduction de mon livre  Le Petit Tricheur – Robert Bourassa derrière le masque. En voici un extrait légèrement remanié.

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Dix ans après le décès de Robert Bourassa, le maire de Montréal a voulu rebaptiser une avenue en son honneur. Pourquoi pas ? Bourassa fut élu quatre fois par les Québécois entre 1970 et 1993. Il a laissé sa marque dans notre histoire. Il pourrait aussi la laisser sur la carte.

Le moment indépendantiste de Claude Ryan

Ils étaient tous là: Charest, Couillard, Mulroney, pour célébrer, ces jours derniers, les dix ans du décès de Claude Ryan. Chacun a vanté son intelligence, son libéralisme, son attachement aux vraies valeurs libérales, son indestructible attachement au Canada.

N’était-il pas, après tout, le chef du camp du Non, lors du référendum de 1980 ? Celui qui a popularisé la phrase: Le Québec ma patrie, le Canada, mon pays ?

Certes. Mais un épisode de la vie et de l’œuvre de Claude Ryan a été passé sous silence dans le colloque qui lui a été consacré. C’est ce moment où son attachement canadien ne fut plus indestructible. Ce moment où il était prêt à franchir le pas indépendantiste si le Canada refusait toujours de reconnaître au Québec des pouvoirs qu’il jugeait indispensables.

Bataille de Londres: le lingot et les pépites

J’ai terminé depuis quelques jours la passionnante lecture du livre La bataille de Londres, de l’historien Frédéric Bastien.

Dans ce genre de grande enquête historique, il arrive qu’on trouve un filon d’or. On en ressort un lingot: dans ce cas, l’extraordinaire fait que le juge en chef de la Cour suprême et un de ses collègues ont enfreint la règle de la division des pouvoirs pour aider le gouvernement Trudeau et le gouvernement britannique à réussir leur opération de rapatriement unilatéral de la constitution.

On en a lu, dans la presse, les éléments essentiels. Mais retrouvés dans le corps du récit qu’en fait Bastien, l’importance de ces confidences ressortent encore plus clairement.

Puis, il y a les pépites. Les informations nouvelles, dignes de mention, mais rarement reprises.

Premièrement les étonnantes opinions des diplomates britanniques au Canada.

D’abord, le biais anti-péquiste primaire du Consul général à Montréal, en 1976:

Suggestion de lecture à Justin T.

Il y a quand même du progrès.

Récemment, Justin Trudeau prétendait que c’était un « mythe » de dire que le Québec n’avait pas signé la constitution de son père.

Ce mercredi, le nouveau chef libéral admet que cette signature n’a pas eu lieu. Bravo. Il prétend cependant que c’est la faute du gouvernement souverainiste québécois de l’époque.

Il lui reste à apprendre que le chef libéral de l’époque, Claude Ryan, ne voulait pas la signer non plus, ni ses successeurs Robert Bourassa ou Jean Charest. (Pour Philippe Couillard, c’est moins clair pour l’instant.)

M. Trudeau 2 a besoin de lire encore un peu, c’est certain. Notamment au sujet de René Lévesque, l’homme qu’il tient pour responsable de la non-signature du Québec.

Il me fait plaisir de lui suggérer l’extrait suivant d’un livre récemment publié, La bataille de Londres, de Frédéric Bastien, qui met en parallèle l’approche Trudeau-père et l’approche Lévesque:

Le remords québécois de feu Peter Lougheed

Peter Lougheed et René Lévesque.

L’Alberta pleure, ces jours-ci, l’homme qui a porté sa province dans la modernité: son ex-premier ministre, Peter Lougheed. Élégant, intelligent, pugnace, Lougheed était de la race des bâtisseurs. Mais il était aussi un acteur central dans le grand drame qui ne finit pas de hanter le Canada: le rapatriement et la modification de la Constitution du pays, faite en 1981 contre le voeu des Québécois et de leurs élus.

Au matin de la bien nommée Nuit des longs couteaux, lorsque le ministre canadien de la justice, le Québécois Jean Chrétien, informe Lougheed et les autres premiers ministres du Canada anglais de l’accord intervenu entre les ministres et Trudeau pendant les heures précédentes, Lougheed pose une question lourde. Je la rapporte dans cet extrait de mon récent eBook (on dit Livrel), Des histoires du Québec: