Bataille de Londres: le lingot et les pépites

J’ai terminé depuis quelques jours la passionnante lecture du livre La bataille de Londres, de l’historien Frédéric Bastien.

Dans ce genre de grande enquête historique, il arrive qu’on trouve un filon d’or. On en ressort un lingot: dans ce cas, l’extraordinaire fait que le juge en chef de la Cour suprême et un de ses collègues ont enfreint la règle de la division des pouvoirs pour aider le gouvernement Trudeau et le gouvernement britannique à réussir leur opération de rapatriement unilatéral de la constitution.

On en a lu, dans la presse, les éléments essentiels. Mais retrouvés dans le corps du récit qu’en fait Bastien, l’importance de ces confidences ressortent encore plus clairement.

Puis, il y a les pépites. Les informations nouvelles, dignes de mention, mais rarement reprises.

Premièrement les étonnantes opinions des diplomates britanniques au Canada.

D’abord, le biais anti-péquiste primaire du Consul général à Montréal, en 1976:

Le Québec est simplement trop petit et trop exposé à l’influence nord-américaine pour préserver sa pureté. En ce qui concerne la culture québécoise, il est inutile de prévoir une renaissance car, en termes clairs, les arts ne sont pas florissants au Québec. (…) L’enseignement non plus ne s’y épanouit pas avec grande vigueur.

Suggestion de lecture à Justin T.

Il y a quand même du progrès.

Récemment, Justin Trudeau prétendait que c’était un « mythe » de dire que le Québec n’avait pas signé la constitution de son père.

Ce mercredi, le nouveau chef libéral admet que cette signature n’a pas eu lieu. Bravo. Il prétend cependant que c’est la faute du gouvernement souverainiste québécois de l’époque.

Il lui reste à apprendre que le chef libéral de l’époque, Claude Ryan, ne voulait pas la signer non plus, ni ses successeurs Robert Bourassa ou Jean Charest. (Pour Philippe Couillard, c’est moins clair pour l’instant.)

M. Trudeau 2 a besoin de lire encore un peu, c’est certain. Notamment au sujet de René Lévesque, l’homme qu’il tient pour responsable de la non-signature du Québec.

Il me fait plaisir de lui suggérer l’extrait suivant d’un livre récemment publié, La bataille de Londres, de Frédéric Bastien, qui met en parallèle l’approche Trudeau-père et l’approche Lévesque:

La Bataille de Londres par Frédéric Bastien

Irascible, intraitable, Trudeau multiplie les attaques contre Lévesque dans les discussions subséquentes, à tel point que ce dernier apparaît soudainement comme un modéré aux yeux de plusieurs de ses collègues provinciaux. Le chef péquiste négocie de bonne foi, déclare Sterling Lyon, premier ministre du Manitoba. Vous avez transformé le débat constitutionnel en vendetta contre Lévesque, ajoute Bill Bennett, Premier ministre de la Colombie-Britannique.

Le remords québécois de feu Peter Lougheed

Peter Lougheed et René Lévesque.

L’Alberta pleure, ces jours-ci, l’homme qui a porté sa province dans la modernité: son ex-premier ministre, Peter Lougheed. Élégant, intelligent, pugnace, Lougheed était de la race des bâtisseurs. Mais il était aussi un acteur central dans le grand drame qui ne finit pas de hanter le Canada: le rapatriement et la modification de la Constitution du pays, faite en 1981 contre le voeu des Québécois et de leurs élus.

Au matin de la bien nommée Nuit des longs couteaux, lorsque le ministre canadien de la justice, le Québécois Jean Chrétien, informe Lougheed et les autres premiers ministres du Canada anglais de l’accord intervenu entre les ministres et Trudeau pendant les heures précédentes, Lougheed pose une question lourde. Je la rapporte dans cet extrait de mon récent eBook (on dit Livrel), Des histoires du Québec:

Mis devant le fait accompli, apprenant que le gouvernement fédéral et neuf provinces anglophones dont la sienne s’apprêtaient à dépouiller le Québec, sans son consentement, de pouvoirs importants quant à la gestion de sa langue, Lougheed va voir le ministre de la justice, Jean Chrétien.