Les aventures de Marcel Masse à Ottawa

En nous quittant, Marcel Masse laisse derrière lui tout un univers: celui des nationalistes québécois conservateurs, politiquement nés avec la Révolution tranquille, repêchés par la tentative de réconciliation lancée par Brian Mulroney en 1984, déçus par son échec, puis ralliés à la cause souverainiste à temps pour le référendum de 1995.

J’ai eu la chance de connaître Marcel Masse. Il était député de Frontenac — où est ma ville natale Thetford Mines — et il était devenu bon ami avec mon père. Je l’ai recroisé comme journaliste, puis l’ai longuement interviewé pour mes livres Le Tricheur et Le Naufrageur. J’ai ensuite travaillé avec lui lorsqu’il présidait la Commission de la Métropole pour l’avenir du Québec, puis pendant la campagne référendaire où il ralliait les Conservateurs pour le Oui, puis ensuite comme Délégué général du Québec à Paris.

1er juillet: Pourquoi la fête est-elle si triste ?

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Fidèle aux traditions, je republie ce billet, d’abord écrit en 2010, chaque 1er juillet depuis. Il est un des plus populaires de ce blogue.

Pour tout étranger établi au Québec, l’étonnement est annuel. La Fête nationale du Québec, le 24 juin, est un événement majeur.

La Fête du Canada, le premier juillet, est largement ignorée. Comment a-t-on pu en arriver à cette situation, impensable dans toute nation normalement constituée (je pèse mes mots) ?

C’est qu’il y a un vice de conception. Le premier juillet 1867, date de fondation du pays, fut un jour chômé et les autorités organisèrent plusieurs manifestations. Le haut clergé était très favorable à la confédération, se sachant maître des compétences léguées à la nouvelle province, notamment l’éducation, outil de son autoperpétuation.

En flânant sur l’Avenue Robert-Bourassa

Le Maire de Montréal vient de relancer l’idée de désigner une rue de la ville du nom de l’ex premier ministre libéral Robert Bourassa, idée abandonnée par son prédécesseur Gérald Tremblay en 2006. Que faut-il en penser ? Je me suis exprimé sur le sujet, notamment dans l’introduction de mon livre  Le Petit Tricheur – Robert Bourassa derrière le masque. En voici un extrait légèrement remanié.

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Dix ans après le décès de Robert Bourassa, le maire de Montréal a voulu rebaptiser une avenue en son honneur. Pourquoi pas ? Bourassa fut élu quatre fois par les Québécois entre 1970 et 1993. Il a laissé sa marque dans notre histoire. Il pourrait aussi la laisser sur la carte.

Le moment indépendantiste de Claude Ryan

Ils étaient tous là: Charest, Couillard, Mulroney, pour célébrer, ces jours derniers, les dix ans du décès de Claude Ryan. Chacun a vanté son intelligence, son libéralisme, son attachement aux vraies valeurs libérales, son indestructible attachement au Canada.

N’était-il pas, après tout, le chef du camp du Non, lors du référendum de 1980 ? Celui qui a popularisé la phrase: Le Québec ma patrie, le Canada, mon pays ?

Certes. Mais un épisode de la vie et de l’œuvre de Claude Ryan a été passé sous silence dans le colloque qui lui a été consacré. C’est ce moment où son attachement canadien ne fut plus indestructible. Ce moment où il était prêt à franchir le pas indépendantiste si le Canada refusait toujours de reconnaître au Québec des pouvoirs qu’il jugeait indispensables.

Bataille de Londres: le lingot et les pépites

J’ai terminé depuis quelques jours la passionnante lecture du livre La bataille de Londres, de l’historien Frédéric Bastien.

Dans ce genre de grande enquête historique, il arrive qu’on trouve un filon d’or. On en ressort un lingot: dans ce cas, l’extraordinaire fait que le juge en chef de la Cour suprême et un de ses collègues ont enfreint la règle de la division des pouvoirs pour aider le gouvernement Trudeau et le gouvernement britannique à réussir leur opération de rapatriement unilatéral de la constitution.

On en a lu, dans la presse, les éléments essentiels. Mais retrouvés dans le corps du récit qu’en fait Bastien, l’importance de ces confidences ressortent encore plus clairement.

Puis, il y a les pépites. Les informations nouvelles, dignes de mention, mais rarement reprises.

Premièrement les étonnantes opinions des diplomates britanniques au Canada.

D’abord, le biais anti-péquiste primaire du Consul général à Montréal, en 1976: