Politique, langue, marché et hockey

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D’un strict point de vue d’affaires, aurait-il été préférable que les vendeuses de chez Eaton, dans les années soixante, acceptent de parler français à leurs clientes, dans un marché majoritairement francophone ? Évidemment.

De même, les majors américains se sont battus becs et ongles contre la loi québécoise les forçant à présenter le même jour au Québec des versions françaises et anglaises de leurs films. (Ils avaient menacé de retirer Star Wars de nos écrans!) Pourtant, une fois la mesure appliquée, leur part de marché a augmenté.

C’est ce qu’on appelle un market-failure, une incapacité de la main invisible du marché de reconnaître son véritable intérêt. En l’espèce, l’anglicisation du Canadien de Montréal est à la fois une insulte à son public et une idiotie pour l’entreprise.

La coalition « vendons les équipes aux fans » triple son membership

can-nordiques2Chers internautes, vous savez que j’ai suggéré icimême la semaine dernière que les amateurs de hockey devraient devenir propriétaires de leurs clubs — les Canadiens et les futurs Nordiques – comme c’est le cas pour des équipes de foot en Europe, aux États-Unis, et des équipes de baseball et de hockey mineur sur notre frontière sud.

Je suis heureux de rapporter que deux collègues du monde des médias ont emboité le pas à ma suggestion.

Ce samedi, dans Le Soleil, l’éditorialiste Gilbert Lavoie, avait ceci à dire:

C’est peut-être le très intello Jean-François Lisée qui a offert la solution à ce salmigondis de sport et de politique. J’aime bien Lisée pour son intelligence et sa culture, même s’il nous menait parfois en bateau lorsqu’il travaillait au cabinet du premier ministre. [Note du blogueur: cela me surprendrait, mais passons…] Selon lui, les amateurs devraient être propriétaires des équipes, comme c’est le cas pour «l’équipe de foot la plus enviée du monde, le Real Madrid, qui appartient à ses 85 000 socios». Et Lisée, de citer ensuite une dizaine de cas similaires, même aux États-Unis.

Réjean Tremblay donne un cours de nationalisme à Mario Dumont

dumont-toronto-150x150 tremblay-150x150Dans le discours le plus malheureux de sa carrière, Mario Dumont, alors chef de l’ADQ, avait affirmé à Toronto que la question nationale n’était pas « sur son écran radar ».

Aujourd’hui c’est la question identitaire dans le hockey québécois qui n’apparaît pas sur son écran.

Remplaçant Paul Houde à l’émission de fin d’après-midi au 98,5 (Paul, on te souhaite tous un prompt rétablissement), Dumont a voulu se gausser de l’intervention de Pauline Marois de ce mercredi, réclamant davantage de respect pour le français et le talent francophone au Canadien de Montréal.

Malheureusement pour Mario, son invité était Réjean Tremblay. L’échange mérite d’être entendu.

Hockey et Identité (3) Si les amateurs étaient propriétaires ?

liverpool-150x150Posons la question de l’avenir du Hockey au Québec autrement. Que faire pour que les deux équipes dont on rêve s’ancrent durablement dans la réalité québécoise et soient notre fierté ?

La réponse: que les amateurs individuellement soient propriétaires, et à terme propriétaires majoritaires voire uniques, de leurs deux équipes de hockey.

Utopie ? L’équipe de foot la plus enviée du monde, le Real Madrid, appartient à ses 85 000 socios, qui remplissent le stade tous les quatre ans pour élire le président du club après une campagne présidentielle parfois haute en couleurs. Les amateurs locaux possèdent également leur club de foot à Barcelone (163 000 membres), à Munich (130 000) et à Hambourg.

Des supporters se regroupent pour tenter d’acheter un bloc majoritaire du club Paris Saint-Germain, il leur faudrait théoriquement 15 000 amateurs prêts à verser chacun entre 780 et 3300 dollars Can, selon les scénarios.

Hockey et identité (2) Argent public, oui, arnaque, non !

C’est maintenant officiel. S’il y a de l’argent public dans le futur Colisée de Québec, il sera doublement québécois: de la ville et de la province. Mais pas canadien. Harper a dit Niet. Si les électeurs de Québec veulent que leur part des impôts fédéraux servent à l’amphi et aux futurs Nordiques, une seule solution: l’indépendance du Québec.

Et la question revient: faut-il mettre des sous des contribuables dans un tel projet? L’État québécois dépense à lui seul plus de 600 millions de dollars par an pour la culture, les artistes, les musées, l’opéra. Je suis pour. La culture ne peut pas s’autofinancer. Même nos films les plus courus seraient déficitaires sans aides publiques, car notre marché est trop petit pour absorber tous les coûts.

kent-nagano-montreal-canadiens-781355-150x150L’État investit près de 260 millions dans la construction d’une nouvelle salle pour l’Orchestre symphonique de Montréal. Quelque 1 900 mélomanes pourront y prendre place. Bravo. C’est de la culture avec un grand « C ».

Hockey et Identité (1) ce qui est souhaitable

canadien-de-montreal-a-vendre-150x150Il existe une machine à imprimer de l’argent au bénéfice des frères Molson qui s’appelle le Canadien de Montréal.

Il existe un maire de la seconde ville au Québec qui rêve de construire un grand Colisée et d’attirer une machine à imprimer un peu moins d’argent, les Nordiques de Québec, qu’un maître de l’impression de l’argent, Pierre Karl Péladeau, tente d’ajouter à son empire.

En quoi les pouvoirs publics devraient-ils se mêler de ces entreprises capitalistes, autrement que par les aides normales prodiguées aux usines de fabrication d’allumettes ?

La question est excellente, d’autant que les magnats du hockey sont passés maîtres dans l’art de socialiser les pertes (donc d’extorquer le contribuable) et de privatiser les profits (donc de partir avec la caisse).

Pourquoi, donc, la conscience collective se fixe-t-elle avec autant d’acuité sur ces deux équipes, l’actuelle et la virtuelle ? C’est que, contrairement aux allumettes, elles constituent pour les Québécois un bien commun considérable. Une expression, parmi d’autres, mais peut-être plus rassembleuse que beaucoup d’autres, de leur identité.

Faisons chanter « Maurice Richard » (en français) au Centre Bell !

Le 27 mai prochain marquera le 10 anniversaire du décès de Maurice Richard. Maintenant que le Canadien s’est mathématiquement faufilé dans les séries, il jouera encore quelques matches à Montréal d’ici cette date.

Parallèlement, en deux semaines, plus de 57 000 internautes sont allés écouter une version de la chanson« Maurice Richard », entonnée par plus de 25 célébrités québécoises. Je vous laisse découvrir, et on s’en reparle juste après :

C’est Jérôme Charlebois, dont vous aurez deviné la filiation, qui a tourné et réalisé ce montage et l’a mis en ligne, redonnant vie au classique de Pierre Létourneau. Classique, soit-dit en passant, que Maurice Richard — à la fin de la vie — demandait parfois à son épouse d’entonner, pour lui rappeler ses jours glorieux.

Nordiques : opération résurrection

Je suis tombé l’autre jour, par hasard, sur un chandail des Nordiques. Je l’ai acheté, pour les séances d’entraînement de hockey de mon fils, qui aura bientôt six ans. Mais bon, il m’a donné une bouffée de nostalgie, ce chandail avec le grand « N » et les fleurs de lys. Et un peu de remords, aussi.

J’étais au cabinet du premier ministre quand la tentative de sauvetage des Nordiques par Marcel Aubut a échoué. Je n’étais pas chargé du dossier. J’avais suivi la chose de loin. Jacques Parizeau avait fait un effort louable, mais chacun sentait l’échec inévitable. Et fallait-il vraiment, après son départ de Québec pour Denver, en 1995, que l’équipe se venge en remportant, dès l’année suivante, la coupe Stanley ?