Temps durs pour le multiculturalisme canadien

Heureux hasard du calendrier, vendredi.

En une du Devoir, un professeur d’université de Toronto, Paul Grayson, affirme que le Canada aurait besoin d’une Charte des valeurs à la québécoise. Extrait:

Selon M. Grayson, le Québec a raison de vouloir se doter d’un mécanisme de règlement des demandes d’accommodement, comme le prévoit le projet du ministre Drainville, ainsi que d’interdire le port des signes religieux. « Je vois le besoin d’une très, très stricte séparation entre l’État et l’Église. Il ne devrait pas y avoir une intrusion du sacré dans le laïque. »

Quand on lui soumet que l’initiative de Québec a parfois été présentée dans le reste du Canada comme une velléité à caractère raciste, M. Grayson estime qu’il y a plus d’appuis qu’on le croit. « Ce sont les élites qui parlent. Beaucoup de gens à qui je parle pensent que les Québécois ont de bonnes idées quand ils voient les excès. Le prix à payer pour restreindre l’intrusion des croyances religieuses dans la sphère publique est peut-être qu’il faut interdire le port du crucifix. Si c’est le prix à payer pour que tout le monde soit traité également, soit. Je ne vois pas le problème. »

Version française du NYTimes: Québec’s Latest Stand

Voici la version française du texte produit pour le New York Times sur la Charte.

MONTREAL — Angela Merkel juge que le multiculturalisme — le concept voulant qu’on puisse atteindre l’harmonie sociale en célébrant nos différences — est un échec total en Allemagne. David Cameron affirme que cette politique a facilité la montée de l’Islam radical au Royaume-Uni et il a lancé un appel pour « des sociétés et des identités plus fortes chez soi », pour un « libéralisme musclé et beaucoup plus actif » qui « croit en certaines valeurs et en fait une promotion active ».

L’automne dernier, le rejet européen du multiculturalisme a traversé l’Atlantique et a touché terre au Québec, où le gouvernement du Parti Québécois propose une Charte des Valeurs qui offre une vision en rupture nette avec l’approche multiculturelle du Canada.

Le Québec,évidemment, avec son histoire religieuse singulière, son féminisme actif et sa métropole linguistiquement diversifiée n’a jamais hésité à se démarquer du Canada.

150 Québécoises d’origine maghrébine pour la Charte

Pour les détracteurs de la Charte des valeurs et de la laïcité, il apparait évident que la communauté maghrébine québécoise est farouchement opposée à la neutralité de l’État. Pire, les femmes originaires de ces pays prendraient très mal qu’on veuille interdire le voile, comme la kippa et la grande croix, dans le code vestimentaire des agents de l’État.

La réalité est plus complexe. Une vingtaine de femmes, personnalités connues et respectées de la Métropole, provenant du Maghreb et du Moyen-Orient, musulmanes, juives, chrétiennes et autres, ont signé un manifeste, « Être ensemble » clairement favorable à la neutralité de l’État et de ses salariés.

Avec elle, plus de 150 Québécois originaires de ces régions ont également signé le texte, très beau et très fort, qu’on peut voir sur cette vidéo:

Les non-Maghrébins d’origine ont aussi le droit de leur signifier leur appui.
Je l’ai fait. Et vous ? www.etreensemble.ca

Jefferson, la Charte et le Québec (ajout)

Il n’est pas rare que des journalistes anglo-montréalais trempent leur plume dans le vitriol pour traiter, dans des grands journaux américains, les Québécois de « xénophobes ».

Longtemps, ce rôle fut joué par Mordecai Richler qui avait même écrit que le Parti québécois de René Lévesque avait adopté un chant nazi comme chanson thème !

Richler en avait contre la loi 101 et contre l’indépendance.

Le journaliste Martin Patriquin s’est rendu célèbre en écrivant dans Maclean’s que le Québec était la « province la plus corrompue » au Canada, mais sans jamais faire de démonstration comparative (qui est #2? ou #10? Mystère et boule de gomme!).

Il tente de prendre la relève de Mordecai Richler. Dans un texte qui multiplie les erreurs et les exagérations (voir la liste ici) il compare le Québec d’aujourd’hui au « Tea Party ».* Il ne fait pas référence à la foule de Boston exaspérée par les taxes britanniques et rejetant à la mer le thé de l’empire. Il fait référence au mouvement politique américain contemporain qui tire le Parti républicain vers l’extrême droite.

La Charte, les Québécois et le monde. Une mise au point.

On a beaucoup parlé du Conseil du statut de la femme et des avis qu’il a donné, en 2007 et en 2011, sur la laïcité. J’ai pensé utile de vous faire voir un extrait de l’Avis de 2007, sur l’État du droit international sur la question.

Cet extrait contredit clairement les propos malheureusement tenus par le sociologue Gérard Bouchard dans Le Devoir le 11 septembre. Selon lui, « Au cœur de l’affaire, il y a la volonté de s’en prendre à un droit fondamental qui concerne la liberté de manifester sa religion en public, incluant au travail, dans les postes de l’État ou les institutions parapubliques. C’est reconnu comme un droit fondamental par les deux Chartes, canadienne et québécoise, partout en Occident et par l’ONU. »

La Charte, les valeurs, le respect

Voici la transcription du point de presse donné mardi dernier sur la question de la Charte des valeurs. On peut voir un extrait vidéo en français ici et en anglais ici.

Bonjour,

J’ai senti le besoin de vous voir ce matin parce que le débat enclenché sur la question Charte des valeurs est un débat dans lequel il y a beaucoup d’énergie, d’émotion, beaucoup d’arguments, de contre-arguments. Il y a des principes qui sont évoqués, comme l’histoire. Il y a des arguments qui sont évoqués et qui ne devraient pas avoir de place dans le débat ou, du moins, certainement pas au centre du débat.

Le courage de décider

Mais, tous les grands débats charrient avec eux, sur les marges, des arguments comme ceux-là qui n’invalident pas les principes qui sont avancés par les uns et par les autres.

Plaidoyer pour une Charte de la laïcité

laicite-cover-150x150La prière à Saguenay, le crucifix au Conseil de ville et au Parlement, le kirpan à l’Assemblée nationale, la burka dans les cours de français: la question de notre rapport au fait religieux n’arrête pas de s’inviter, s’imposer et s’accrocher au débat public.

De toute évidence, rien de ce qui a été proposé aux Québécois par le gouvernement Charest ne parvient à apaiser, simplement parce qu’il refuse de baliser clairement le chemin sur lequel il entend nous conduire.

Dans le texte qui suit, publié d’abord en mars 2011, j’ai voulu mettre en forme ma pensée sur cette question à la la fois essentielle et délicate. Le texte n’engage que moi mais me semble convergent avec la position prise par le Parti québécois, dont je suis candidat.

Laïcité, mode d’emploi

Déminer le champ des possibles

Les valeurs québécoises sont-elles casher ?

RacistPendant l’été, quelques billets de blogue choisis, en rappel.

Les Québécois ont-ils le droit de savoir, à l’avance, que leur viande est soumise à un rite religieux minoritaire? Si vous répondez oui, vous êtes intolérants !

On assiste depuis quelques jours à un ballet bien réglé autour du débat identitaire. Permettez-moi de le décomposer.

Étape 1.

Une école, une institution, une organisation, une entreprise décide de se plier à une revendication religieuse minoritaire, pour des raisons de bonne entente ou, dans le cas de la viande halal, pour des raisons commerciales.

Étape 2.

La décision n’est pas rendue publique.

Étape 3.

Quelqu’un s’en aperçoit et appelle le Journal de Montréal, qui en fait sa première page.

Étape 4.