Cher journal: Les vendredis de comté

Cher Journal,

Des internautes me grondent: je ne raconte pas assez ce que je fais. Je néglige mon journal. Ce sont les billets favoris.

Il est de coutume pour les députés de tenir le lundi leurs « journée de comté ». Je m’y suis essayé, au début, mais j’ai préféré choisir le vendredi. Je me sentais trop préoccupé, le lundi, des tâches ministérielles que je devais accomplir dans la semaine et ne me sentais pas suffisamment concentré sur mon travail de circonscription.

Une fois les quatre jours derrières moi, je peux, il me semble, davantage me consacrer aux Rosemontois et à des dossiers locaux le vendredi. C’est mon dessert de la semaine.

Ce vendredi, par exemple, a commencé par une visite à l’école secondaire publique Joseph-François-Perrault, célèbre pour sa capacité à produire de jeunes musiciens, des virtuoses (l’école a une page complète de ses anciens devenus membres d’orchestres symphoniques, de Trois-Rivières jusqu’à Milan) ou plus simplement des amants de la musique pour la vie.

Delhi: le sommet des ministres-blogueurs

Avec le ministre blogueur indien

Avec le ministre blogueur indien

C’était pour ainsi dire la rencontre des ministres-blogueurs. Shashi Tharoor est une des étoiles montantes de la vie politique indienne, naguère candidat au poste de Secrétaire Général des Nations-Unies. Aujourd’hui ministre d’État au Développement des Ressources humaines, il est le ministre-blogueur et gazouilleur.

Cela lui a valu quelques tuiles, pour avoir critiqué des politiques de ses collègues en ligne. Il en a vécu une période de purgatoire et est de retour aux affaires, avec ses 1,6 millions d’abonnés en Inde.

Nous discutons donc des joies et périls du blogue ministériel, dans une conversation qui se déroule entièrement en français, Tharoor ayant passé quelques années à Montréal pendant les années 1970, où il a charmé une (première) épouse montréalaise. D’ailleurs, les membres féminins de la délégation québécoise sont sous le charme.

Le Québec en Inde: La 2ème vague

Le Madhya Pradesh

Le Madhya Pradesh

Ayant établi en six ans une solide tête de pont dans la métropole indienne Mumbai, nous avons décidé de franchir un nouveau pas en montrant notre intérêt pour l’État central de l’Inde, le Madhya Pradesh, 72 millions d’habitants, taux de croissance de 12% l’an dernier, lieu de passage du futur Corridor industriel Delhi-Mumbai.

Il faut se relever les manches et tout expliquer. Recommencer à zéro. Nous sommes là pour ça. Mais dans la voiture qui nous conduit du nouvel aéroport de Bhopal vers un hôtel en expansion, on apprend que le sous-ministre chargé de l’énergie renouvelable demande une rencontre urgente, car il vient d’être informé de notre présence et il doit quitter le soir même pour un déplacement.« Nous connaissons l’excellente réputation du Québec en énergie verte », me dit-il.Ah bon ?

Le Québec en Inde: l’étonnante présence d’un lilliputien

 Bon, je l’avoue, j’avais sous-estimé le Québec. J’avais bien vu que, depuis 2006, le gouvernement et les entreprises québécoises avaient commencé à labourer le marché indien. J’y voyais un effort louable, qui certes donnerait des résultats, mais je nous voyais comme un lilliputien tentant d’attirer l’attention d’un nouveau géant.

Après quatre jours de mission en Inde, avec ma collègue Elaine Zakaïb et une vingtaine d’entreprises et d’institutions, je dois admettre que le Québec sait remarquablement tirer son épingle du jeu.

D’abord quelques chiffres. J’aurais pensé que notre commerce avec l’Inde ne serait qu’une infime fraction du commerce Canada-Inde, compte tenu des fortes diasporas indiennes à Toronto et Vancouver. Erreur : nous comptons pour 20 % du total, soit précisément notre proportion de l’économie.

Cher Journal: Ma mère me l’avait dit !

Cher journal,

Pendant quelques années, quand on me demandait pourquoi je ne me présentais pas en politique, je répondais: « Ma mère ne veut pas ». Et c’était vrai. Et elle avait un argument massue: « tu vas te faire critiquer, tu ne le supporteras pas ».

Bado ne m’a pas manqué ! Ouch !

Je savais que j’allais me faire critiquer. C’est pour ainsi dire une condition d’embauche, en politique, comme pour tous ceux qui occupent une fonction publique, culturelle, économique ou autre. Je l’ai déjà dit: ceux qui ne veulent pas se faire critiquer publiquement devraient se limiter à rénover leurs sous-sols.

Allais-je le supporter ? J’avais de l’entraînement. Jacques Parizeau avait critiqué mon « idéalisme charmant » lors de la sortie de Dans l’oeil de l’aigle, en 1990 (parce que je dénonçais les écoutes électroniques américaines sur René Lévesque, une pratique que Parizeau jugeait inévitable). Robert Bourassa avait publiquement affirmé que les documents confidentiels que j’avais publiés pendant la campagne référendaire de 1992 étaient « des faux » (un mensonge éhonté).

Cher Journal: Pourquoi j’ai des papillons

Cher Journal,

Je l’avoue, je suis fébrile. J’ai des papillons dans l’estomac. J’ai une impression de rentrée scolaire. Mardi, je serai assis dans le Salon Bleu. Je suis ministre depuis un mois. Je me sais député depuis le 4 septembre, car je suis régulièrement dans les rues de ma circonscription (j’y distribuais des bonbons ce samedi dans la MassonHalloween !).

Mais j’ai l’impression que ce ne sera vraiment vrai que mardi. Encore plus mercredi, au moment du Discours d’ouverture de la session. C’est le lieu qui importe.

J’y suis souvent allé. Dans les gradins, comme étudiant, en 1973 voir Robert Burns poser des questions à Bourassa. Chacun déplorait, déjà, l’acrimonie ambiante.

J’y suis parfois retourné comme journaliste. Puis, comme conseiller, j’étais souvent derrière la grande porte à remettre aux Pages des petits bouts de papier pour donner un chiffre, un argument, au premier ministre entre la première question posée par le Chef de l’opposition et la première ou seconde question complémentaire. (C’était avant les gadgets électroniques.)

Cher journal: Notes francophones

Cher journal,

On se demande souvent si c’est bien la peine d’accueillir, au Québec, autant d’étudiants africains. Ces derniers jours, à Kinshasa, j’ai eu ma réponse.

La ministre de la famille de Centafrique a étudié au Québec. Le ministre de l’Économie du Gabon y a envoyé son neveu. Le chef de l’opposition du Congo est entouré de diplômés québécois.

Le nouveau Président tunisien, Moncef Marzouki, incarnation de la modernité, est un cas exceptionnel. Il a enseigné au Québec, en santé publique, et y a passé nombre de saisons.

Quel intérêt, au-delà du bonheur de s’être fait des amis partout ? C’est que l’Afrique sort de sa torpeur économique. La Côte d’Ivoire affiche un taux de croissance de 8,6%, le Congo de 7%, le continent entier oscille entre 6 et 8.

Selon le FMI, l’Afrique est aujourd’hui là où était la Chine il y a 20 ans: sur le point d’émerger.

Cher Journal: notes de la vie ministérielle

Cher journal,

Il y a maintenant trois semaines que je suis devenu ministre. Pendant le vol qui me conduit à Kinshasa, via Bruxelles, pour ma première mission internationale, j’ai pensé qu’il était temps de te confier mes premières impressions générales, avant qu’elles ne disparaissent.

Il y a une expression, au sujet du voyageur arrivant dans un endroit complètement nouveau. Après la première semaine,  il pourrait remplir un livre de ses impressions et découvertes. Après un mois, un article. Après un an, une note de bas de page. Ce n’est pas le réel qui a rétréci. C’est son aspect nouveau, étonnant.

Ce ne sera pas un livre, car tout n’est pas nouveau pour moi. Mais un peu plus qu’une note de bas de page.

Le rythme:  C’est ce qui m’a le moins désorienté. Le rythme d’enfer de la politique, lorsqu’on est au pouvoir. Les rencontres qui s’enfilent, les dossiers qu’il faut assimiler, les décisions qu’il faut prendre, les médias qu’il faut rencontrer.

Mes cinq ans au bureau du premier ministre, sous Jacques Parizeau et Lucien Bouchard, m’avaient préparé à ce rythme. Préparé à l’accepter, et à le dompter. Rien n’est plus précieux, dans la gestion du quotidien

Cher Journal: Mon Anglo listening day

Cher Journal,

Aujourd’hui j’ai beaucoup écouté. Avec mon chapeau de ministre de la métropole et responsable du dialogue avec les Anglos, j’ai fait quatre arrêts importants:

7:15 à la radio de CBC, Mike Finnerty voulait savoir ce que je pensais de la commission Charbonneau, de la rétroactivité et des Cégeps. « I’m in listening mode » ai-je répondu, mais il me voulait vraiment en « answering mode », alors j’ai fait mon possible, ici.

Ce qui est bien, en politique, contrairement au théâtre, c’est qu’on a pas à attendre les journaux du lendemain pour lire la critique. Juste après moi, Bernie Saint-Laurent a commenté mon intervention en affirmant que c’était « one of the most humble presentations I’ve heard from Jean-François Lisée« . (Une de mes prestations les plus humbles).  Il faut croire que je m’améliore ! Merci Bernie !

Lisée: M le maire, vous avez les Muffins?
Peter: Oui, encore chauds, dans mon sac!

Puis, zip, tout de suite à l’Hôtel de ville de Westmount, pour rencontre le maire Peter Trent, l’irréductible pourfendeur des fusions municipales (avec raison, à mon avis, pour ce qui était des villes bilingues comme la sienne, porteuse d’une importante charge identitaire pour la communauté anglophone et dont il fallait préserver l’existence).

Son épouse m’avait préparé des English Muffins. (Délicieux ! J’en veux une autre livraison !)

Le plaisir avec Peter, c’est son mélange de courtoisie et de franchise. Comme à tous ceux que je rencontre depuis ma nomination, je demande ce qu’ils feraient à ma place. Ce ne sont pas les réponses qui manquent: se méfier de celui-ci, faire débloquer cette embuche-là, se presser sur tel dossier, ne pas toucher à tel autre…

Sur les questions linguistiques, Peter soulève les objections habituelles,