Commerce: Comment éclairer les lanternes de Sam Hamad ?

La chose est paradoxale. Le critique libéral Sam Hamad se plaint que j’écris trop, sur ce blogue et au NY Times. Je le conçois fort bien, car il est très rarement d’accord avec mes écrits.

Mais dans un communiqué publié ce 13 janvier, il me pose des questions. Que faire sinon lui répondre ? J’espère qu’il ne le prendra pas mal.

J’estime en effet qu’il est du devoir des membres du gouvernement de répondre aux questions, notamment de l’opposition. Il y a même une période réservée à cet exercice, chaque jour où siège l’Assemblée.

Mais j’ai la faiblesse de penser qu’il est du devoir des membres de l’opposition de se tenir au courant des actions du gouvernement, ce qui semble n’être vraiment pas le cas du député Hamad.

Mais, je suis bon joueur, et je veux bien lui mâcher le travail et lui récapituler les faits.

Journal du ministre: Dans les coulisses du NYTimes

Cher Journal,

Ce n’est vraiment pas de la tarte de placer un article dans le New York Times. Je l’avais fait une fois lorsque j’étais correspondant à Washington et le processus de révision avait été assez simple: une éditrice, quelques appels, quelques corrections mineures, puis bonjour la visite.

Mais au XXIe siècle, pas la même chanson.

Cela commence évidemment le 12 novembre, lorsque le NYT publie un texte du journaliste québécois Martin Patriquin décrivant le projet de charte des valeurs comme une régression sociale digne du Tea Party américain.

Nous demandons le droit de répliquer et je prépare, avec Bernard Drainville, une réplique en bonne et due forme. On nous explique au NYT qu’il n’y a pas de réplique possible, car le texte de Patriquin a subi le processus de révision et de vérification. On peut tout au plus écrire une brève lettre qui émet une opinion, sans être une réplique.

Le journal du ministre: Notes africaines

Cher journal,

Le premier moment fort de notre mission africaine fut, littéralement, le premier moment.

 Dimanche matin, 200 femmes vêtues de robes blanches et orange nous attendent en banlieue de Dakar pour partager leur fierté. Elles sont des coopérantes. Elles fabriquent du savon artisanal et retirent une « motivation » (un revenu) croissante. Les organisatrices ont affiché dans la grande salle des tableaux de la croissance de la production, de la diversification des produits, du nombre de membres, et des « motivations » pour les dernières années. Impressionnant. On m’explique chaque tableau, chaque chiffre, on m’expose les objectifs pour la suite.

En quoi cela concerne-t-il le ministre blanc venu du Québec ? Ce sont des Québécois de la SOCODEVI, le bras international des coopératives québécoises, qui conseillent ces femmes. Qui « professionnalisent » leur fonctionnement, leur comptabilité, leur mise en marché. Et ils le font avec un budget du Programme de solidarité de notre ministère.

Cher Journal: 365 jours plus tard (à l’international)

Cher Journal,

♦ C’était à Bhopal, en janvier dernier. En plein centre du corridor industriel qui va de Mumbai, la métropole où le Québec a sa délégation et est fermement établi, jusqu’à New Delhi, la capitale. Une région en plein boom, à l’épicentre de la croissance indienne, où nos entreprises veulent prendre pied. Devant une centaine de gens d’affaires locaux et québécois venus participer à la mission, le ministre du gouvernement local, M. Jayant Malaiya, envoie un signal: « Le Québec est le partenaire stratégique de notre État en Amérique du Nord ».

♦ C’était à Dresde, capitale de la Saxe, en Allemagne, en juin. Après la Bavière, où le Québec est connu et respecté, la Saxe est la nouvelle frontière de notre présence au centre de l’Europe. Le Ministre-président (équivalent du Premier ministre) M. Stanislaw Tillich, que nous avions vu au Québec plus tôt dans l’année, me reçoit dès mon arrivée, fait la liste précise des partenariats, publics et privés, qu’il veut faire avancer avec le Québec et me glisse comme si c’était une évidence: « vous êtes notre meilleur allié en Amérique du Nord, c’est avec vous qu’on choisit de travailler ».

Cher Journal: 365 jours plus tard (dans la Métropole)

Cher Journal,

C’était le 27 septembre 2012, devant l’assemblée des maires de la CMM. Le temps était lourd. L’inquiétude, palpable. À la Commission Charbonneau, défilaient déjà des corrompus et des corrupteurs, avec des noms de compagnies s’accumulant dans le box des soupçonnés. Sur le visage des élus, se lisait une grande frustration, née de l’impuissance.

À notre arrivée au pouvoir, les élus n’avaient aucun moyen d’accepter ou de refuser de donner un contrat à une compagnie soupçonnée de fraude. Au contraire, ces refus les exposaient à des poursuites. L’inaction du gouvernement libéral précédent les plongeait dans un dilemme éthique insoluble. Incapables juridiquement de dire non aux fraudeurs présumés, incapables politiquement d’expliquer à des citoyens légitimement furieux que rien ne changeait.