Information: 4 propositions pour dompter l’hyper-concentration des médias

En démocratie, l’information est un service essentiel. C’est à la fois le projecteur braqué sur ce qui se dit, se fait, se décide, le carburant de la discussion publique, le garde-fou de l’intégrité. Moins une population est informée, localement ou nationalement, moins elle est équipée pour s’engager dans la chose publique, peser sur les décisions, faire émerger de nouvelles voix, des réformes, des leaders.

Comment va l’information au Québec ? Son état de santé est préoccupant. Son tonus décline. Les conditions de son atrophie s’accumulent.

Le gouvernement québécois ne peut rester les bras croisés et laisser s’affaiblir un bien public aussi important que l’information. Il doit cependant garder une saine distance avec le quatrième pouvoir: créer les conditions de sa vitalité, sans lui dicter sa conduite.

À l’heure où les journalistes sont réunis pour leur congrès annuel, et dans le cadre de la course à la direction du Parti québécois, je soumets à la discussion quatre hypothèses de travail.

Rions un peu avec Jean Lapierre

J’étais heureux de constater ce jeudi que l’opinion que Jean Lapierre a de moi s’améliore. En effet, sur les ondes radiophoniques et télévisuelles, il m’a qualifié de « cheap, petit, mesquin, pas de classe ».

J’insiste: c’est une amélioration! Au printemps, il préférait le terme « chien sale » pour me décrire en ondes.

Cette fois-ci, il était très fâché que j’aie osé rappeler, au lendemain de la désignation d’un Boulevard-Robert-Bourassa, que l’ancien premier ministre libéral a 1) emprisonné 500 personnes dont cinq poètes pour délit d’opinion pendant la crise d’octobre 1970; 2) lancé le formidable chantier de la Baie James et 3) conduit tout le Québec dans un cul de sac après l’échec du Lac Meech.

Toutes choses que j’ai dites, écrites et répétées depuis des années, et encore sur ce blogue en juin dernier. (Voir: En flânant sur l’avenue Robert Bourassa.) Selon Jean Lapierre, il serait incorrect de critiquer un ancien premier ministre « 18 ans après sa mort ». Cela s’applique-t-il aussi à Duplessis, mort depuis encore plus longtemps ?

Éloge de la langue de bois

Avouez que le métier de politicien est périlleux. D’une part il y a la population qui réclame de l’authenticité. Les chroniqueurs relaient le message avec force en dénonçant la langue de bois et en reprochant aux élus de « sortir la cassette ». Ah si seulement ils livraient le fond de leur pensée ! Ah, si seulement ils n’étaient pas prisonniers de la ligne de parti ! Ah, si seulement ils faisaient de la politique autrement !

Prenez la question des avis juridiques de la charte — au hasard ! Aux Coulisses du pouvoir dimanche, l’ancien ministre péquiste Pierre Duchesne est interrogé sur cette question. Prudent, il l’esquive. Il ne dit rien de faux. Il esquive.

Bang!  Patrick Lagacé le harponne dans sa chronique de mardi du quotidien La Presse: « Pierre Duchesne répond donc par de la bullshit… »
(Transparence totale, bien que Pat soit un ami, j’ai déjà eu droit à cet exact traitement de sa part.)

Le comité du Non, jour 1

10971064-300x279On peut lire dans La Presse de ce samedi deux éminents porte-paroles du nouveau Comité du Non: l’éditorialiste en chef, André Pratte (M. Harper doit dire « Non »), et l’ex chef du PLC, Stéphane Dion (L’indésirable dévolution).

Le débat n’est pas commencé, le gouvernement québécois n’a encore rien demandé, les propositions n’ont été ni étayées ni justifiées ni débattues, mais la réponse est déjà là: Non.

Un des exemples utilisés est cette idée, semble-t-il loufoque, de réclamer le rapatriement au Québec de l’Assurance-emploi. La chose semble cependant assez intéressante pour que l’actuaire en chef de l’Assurance emploi au fédéral de 1990 à 2003, Michel Bédard, y soit favorable, comme d’ailleurs l’estimé économiste Pierre Fortin. (Voir leurs textes ici.)

Il est savoureux de trouver, comme premier membre canadien du Comité du Oui, un des anciens conseillers de Stephen Harper, Tom Flanagan, qui écrivait ce qui suit dans le Globe and Mail du 27 août (ma traduction):

La greffe est complète: un bon conservateur préside le CA de Rad-Can

president-150x150L’ancien secrétaire-général du Parti conservateur, Rémi Racine, vient d’être nommé Président du Conseil d’administration de Radio-Canada.

L’idée que la grande maison doive être à « arm’s lenght » (à distance raisonnable) du pouvoir politique en prend pour son rhume et est, pour ainsi dire, arrachée à la racine.

J’avais déjà évoqué l’importance de M. Racine à Radio-Canada dans un billet publié le 26 février dernier. Je vous le repropose aujourd’hui:

Radio-Canada:
Une Racine conservatrice ?

L’interface entre la politique et l’information, dans une maison comme Radio-Canada, est toujours difficile à cerner et il serait présomptueux de vouloir lier d’un seul trait l’ensemble des pressions, rivalités, visions divergentes à l’œuvre dans les remous qui ont conduit au renvoi, le 23 février, d’un directeur général de l’information remarquablement admiré par ses troupes, Alain Saulnier.

Votre blogueur favori ne peut évidemment pas prétendre à l’objectivité en ces matières, ayant perdu son rang d’analyste au Téléjournal. Mais cela est bien peu de choses dans le portrait d’ensemble.

CROP : deux autres experts se prononcent

L’expert en sondages Pierre Drouilly, de l’UQAM, et le politologue Guy Lachapelle, de Concordia, critiquent ce vendredi dans le Journal de Montréal les pratiques de sondage de CROP.

Pierre Drouilly revient sur la sous-représentation des 18-24 ans dans les derniers sondages :

« Ce n’est pas acceptable. C’est une distorsion importante de la réalité, surtout quand on sait que c’est ce groupe d’âge qui est principalement opposé à la hausse des droits de scolarité et à la loi 78. L’échantillon n’est pas donc pas représentatif. »

Guy Lachapelle critique l’impossibilité pour les sondés de CROP par Internet d’exprimer leur indécision :

« En forçant les gens à avoir une opinion, on ne se retrouve pas avec un échantillon représentatif de la population. Ce n’est plus l’opinion publique que l’on cherche, mais l’opinion de gens intéressés »

Fin de l’épisode.

Le président de CROP nous écrit

Mes deux billets sur les errements de CROP ont convaincu le président de la maison de sondage, Alain Giguère, à nous envoyer la réponse que voici. Je la commente brièvement plus bas.

Le message et le messager
Par Alain Giguère, Président de CROP

Dans des moments d’intensité comme en vit le Québec, il y a des réalités qui dérangent. On le sait, le débat qui fait rage actuellement au Québec polarise énormément. Il faut toutefois garder une certaine perspective de manière à ce que les faits veuillent encore dire quelque chose.

L’heure avancée de CROP

crop-ligne-dureL’éditorialiste du Soleil, Pierre-Paul Noreau, débutait ainsi son texte de samedi dernier: « L’important sondage de la maison CROP diffusé aujourd’hui remet les pendules à l’heure à un moment crucial de la crise sur la hausse des droits de scolarité. »

Le sondage « remet les pendules à l’heure ». Pourquoi ? Quelqu’un les avait-elle détraquées ? Il faut croire que oui. La semaine précédente, un sondage CROP réalisé pour partie avant que les détails de la loi spéciale soient connus avait conduit La Presse et Le Soleil à titrer que 66% des Québécois favorisaient « la ligne dure ».

Avec le recul, on sait que ce n’est pas le cas. Une semaine plus tard, le nouveau CROP présentait un électorat divisé sur la question, comme ce qu’avait indiqué un sondage Léger le lundi précédent. Les pendules avaient en effet été remises à l’heure.

Sondage : les jeunes, victimes d’escroperie ?

jeunes-300x199Si vous deviez faire un sondage sur le conflit étudiant, souhaiteriez-vous mesurer avec exactitude, entre autres choses, ce qu’en pensent les 18-24 ans ?

Cette préoccupation semble absente à la maison CROP, dont l’avant-dernier sondage a semé tant de controverse que La Presse a mis en ligne les tableaux complets de son dernier sondage. Un beau geste de transparence, révélant cependant ainsi la nette sous-représentation des répondants de 18-24 ans dans le groupe des sondés.

D’abord, des chiffres. Dans la population en général, les 18-24 représentent 11 % des adultes. Dans le CROP de samedi, ils ne pèsent que 3,06 % de l’ensemble des répondants. Dans le CROP du samedi précédent, dont le blogueur a obtenu copie, ils ne pesaient que 2,6 %.