Le comité du Non, jour 1

10971064-300x279On peut lire dans La Presse de ce samedi deux éminents porte-paroles du nouveau Comité du Non: l’éditorialiste en chef, André Pratte (M. Harper doit dire « Non »), et l’ex chef du PLC, Stéphane Dion (L’indésirable dévolution).

Le débat n’est pas commencé, le gouvernement québécois n’a encore rien demandé, les propositions n’ont été ni étayées ni justifiées ni débattues, mais la réponse est déjà là: Non.

Un des exemples utilisés est cette idée, semble-t-il loufoque, de réclamer le rapatriement au Québec de l’Assurance-emploi. La chose semble cependant assez intéressante pour que l’actuaire en chef de l’Assurance emploi au fédéral de 1990 à 2003, Michel Bédard, y soit favorable, comme d’ailleurs l’estimé économiste Pierre Fortin. (Voir leurs textes ici.)

Il est savoureux de trouver, comme premier membre canadien du Comité du Oui, un des anciens conseillers de Stephen Harper, Tom Flanagan, qui écrivait ce qui suit dans le Globe and Mail du 27 août (ma traduction):

La greffe est complète: un bon conservateur préside le CA de Rad-Can

president-150x150L’ancien secrétaire-général du Parti conservateur, Rémi Racine, vient d’être nommé Président du Conseil d’administration de Radio-Canada.

L’idée que la grande maison doive être à « arm’s lenght » (à distance raisonnable) du pouvoir politique en prend pour son rhume et est, pour ainsi dire, arrachée à la racine.

J’avais déjà évoqué l’importance de M. Racine à Radio-Canada dans un billet publié le 26 février dernier. Je vous le repropose aujourd’hui:

Radio-Canada:
Une Racine conservatrice ?

L’interface entre la politique et l’information, dans une maison comme Radio-Canada, est toujours difficile à cerner et il serait présomptueux de vouloir lier d’un seul trait l’ensemble des pressions, rivalités, visions divergentes à l’œuvre dans les remous qui ont conduit au renvoi, le 23 février, d’un directeur général de l’information remarquablement admiré par ses troupes, Alain Saulnier.

Votre blogueur favori ne peut évidemment pas prétendre à l’objectivité en ces matières, ayant perdu son rang d’analyste au Téléjournal. Mais cela est bien peu de choses dans le portrait d’ensemble.

CROP : deux autres experts se prononcent

L’expert en sondages Pierre Drouilly, de l’UQAM, et le politologue Guy Lachapelle, de Concordia, critiquent ce vendredi dans le Journal de Montréal les pratiques de sondage de CROP.

Pierre Drouilly revient sur la sous-représentation des 18-24 ans dans les derniers sondages :

« Ce n’est pas acceptable. C’est une distorsion importante de la réalité, surtout quand on sait que c’est ce groupe d’âge qui est principalement opposé à la hausse des droits de scolarité et à la loi 78. L’échantillon n’est pas donc pas représentatif. »

Guy Lachapelle critique l’impossibilité pour les sondés de CROP par Internet d’exprimer leur indécision :

« En forçant les gens à avoir une opinion, on ne se retrouve pas avec un échantillon représentatif de la population. Ce n’est plus l’opinion publique que l’on cherche, mais l’opinion de gens intéressés »

Fin de l’épisode.

Le président de CROP nous écrit

Mes deux billets sur les errements de CROP ont convaincu le président de la maison de sondage, Alain Giguère, à nous envoyer la réponse que voici. Je la commente brièvement plus bas.

Le message et le messager
Par Alain Giguère, Président de CROP

Dans des moments d’intensité comme en vit le Québec, il y a des réalités qui dérangent. On le sait, le débat qui fait rage actuellement au Québec polarise énormément. Il faut toutefois garder une certaine perspective de manière à ce que les faits veuillent encore dire quelque chose.

L’heure avancée de CROP

crop-ligne-dureL’éditorialiste du Soleil, Pierre-Paul Noreau, débutait ainsi son texte de samedi dernier: « L’important sondage de la maison CROP diffusé aujourd’hui remet les pendules à l’heure à un moment crucial de la crise sur la hausse des droits de scolarité. »

Le sondage « remet les pendules à l’heure ». Pourquoi ? Quelqu’un les avait-elle détraquées ? Il faut croire que oui. La semaine précédente, un sondage CROP réalisé pour partie avant que les détails de la loi spéciale soient connus avait conduit La Presse et Le Soleil à titrer que 66% des Québécois favorisaient « la ligne dure ».

Avec le recul, on sait que ce n’est pas le cas. Une semaine plus tard, le nouveau CROP présentait un électorat divisé sur la question, comme ce qu’avait indiqué un sondage Léger le lundi précédent. Les pendules avaient en effet été remises à l’heure.

Sondage : les jeunes, victimes d’escroperie ?

jeunes-300x199Si vous deviez faire un sondage sur le conflit étudiant, souhaiteriez-vous mesurer avec exactitude, entre autres choses, ce qu’en pensent les 18-24 ans ?

Cette préoccupation semble absente à la maison CROP, dont l’avant-dernier sondage a semé tant de controverse que La Presse a mis en ligne les tableaux complets de son dernier sondage. Un beau geste de transparence, révélant cependant ainsi la nette sous-représentation des répondants de 18-24 ans dans le groupe des sondés.

D’abord, des chiffres. Dans la population en général, les 18-24 représentent 11 % des adultes. Dans le CROP de samedi, ils ne pèsent que 3,06 % de l’ensemble des répondants. Dans le CROP du samedi précédent, dont le blogueur a obtenu copie, ils ne pesaient que 2,6 %.

Le beau mois de mai du PQ. Enfin, selon CROP !

Un sondage CROP-La Presse publié début mai s’abattait comme une grise pluie sur le Parti québécois et sa chef. Selon le sondage, le parti de René Lévesque ne récoltait plus que 25 % des intentions de vote. Et se faisait devancer par le PLQ, dont un Conseil général peut-être préélectoral s’ouvrait au moment de la sortie du sondage.

Coup de tonnerre : le sondage CROP-La Presse publié ce samedi nous informe que le PQ a grimpé à 30 % dans les intentions de vote. Un redressement important, totalement encaissé pendant les quatre pires semaines de la crise étudiante.

Bizarrement, cette variation avait complètement échappé à Léger Marketing, qui plaçait le PQ à 31 % début mai et à 32 % il y a quelques jours. Calme plat.

Samedi dans La Presse : le re-CROP sur la loi 78

megaphone-460x270-150x150Lorsque le débat social et politique s’échauffe, comme c’est le cas en ce moment, les sondages se transforment de spectateurs à acteurs.

C’est ce que nous avons vu depuis la publication, samedi dernier, d’un étonnant sondage CROP dans La Presse, suivi, dans ce contexte, d’un détonant sondage Léger dans l’empire Québécor ce lundi.

Les sondages deviennent acteurs de quatre façons.

1. Le rapport de force : puisque le conflit oppose un corps social — les étudiants — à l’État, la proportion de sondés, donc d’électeurs potentiels, qui appuient les uns ou les autres renforce la position de celui qui remporte la faveur populaire.

2. La validation ou l’invalidation : chacun dans la population croit avoir la bonne attitude envers le conflit. Mais de savoir que la majorité des autres sont d’accord avec nous a un effet important sur la consolidation de notre propre position.