Le test de français de Philippe Couillard

Ce n’est pas nouveau. Lorsque le PLQ prend le pouvoir, on s’attend au retour du laisser-aller linguistique. Lorsqu’en 2011 l’OQLF avait annoncé pour bientôt la minorisation du français sur l’île de Montréal, Jean Charest avait rétorqué qu’il faudrait « contextualiser » ce résultat. On attend toujours la contextualisation.

Le cas Couillard est cependant plus problématique que le cas Charest. Et ce n’est pas pour rien que la première ministre sortante et que les éditorialistes de La Presse et du Devoir lui lancent en choeur un signal.

C’est qu’aucun chef libéral n’avait, avant Philippe Couillard, lancé un signal aussi fort et aussi délétère pour le français. Au second débat, il tenta de convaincre Françoise David du caractère « indispensable » de l’anglais pour chaque travailleur d’usine, pour le cas où un acheteur anglophone de passage voulait lui poser une question.

Il effaçait ainsi un demi-siècle de lutte pour le droit de vivre et travailler en français au Québec.

Couillard regrette d’avoir dit le fond de sa pensée: les ouvriers doivent tous parler anglais!

En fin de campagne, dans une rare déclaration, l’ex-premier ministre Lucien Bouchard a lancé un avertissement. L’enjeu de cette campagne, a-t-il dit, c’est « la langue ».

« J’avoue que ça m’étonne. On sait que la question identitaire a été abordée durant la campagne par le truchement de la charte. Mais pour moi, la vraie question identitaire, c’est la langue. »

Il s’exprimait une semaine après que le chef libéral, Philippe Couillard, ait ravalé 50 ans de lutte pour le droit de travailler en français lorsqu’il a fait — avec une grande sincérité — l’affirmation suivante pendant le débat:

Il manque la fin de la phrase. Il dit:

« La connaissance de l’anglais, Mme David, elle est INDISPENSABLE »

A quelques heures de l’élection, ce dimanche, Philippe Couillard se rend compte de l’énormité de son aveu. Il tente donc de rectifier le tir, en affirmant qu’il s’est MAL EXPRIMÉ:

If I were Anglo, I’d worry about this guy Couillard

I know most Anglo-Quebecers look at this election with a measure of unease with some of the policies of my party, the Parti québécois. I get that.

But I’ve talked with enough Anglo-Quebecers these past 18 months to know that they often give credit to the PQ for good government and that they resent being taken for granted by the Liberal Party. I know, also, that they loathed the climate of corruption and collusion that was prevalent under the previous Liberal government. And they surely don’t want it to come back.

These past weeks, a lot of allegations have been thrown around. a Tax haven for Couillard, leadership financing for Marois. Shadows of facts.

But this should not mean that integrity is not a foremost issue at this point of Québec’s political history. So let’s focus on the absolute certainties we have and ask this question:

Loi 101 et Arabie Saoudite: le calvaire de Couillard continue…

Ce doit être lassant d’être Philippe Couillard ces jours-ci. Il y a l’intégrité, l’UPAC qui lui colle aux mollets, cette idée brillante de laisser chaque chef de police décider du port de signes religieux, et l’obsession du bilinguisme.

Aujourd’hui en point de presse, des journalistes résilients ont voulu connaître le fond de sa pensée sur les mesures supplémentaires qui seraient de nature à protéger le français selon les Libéraux, puis ils ont eu un malain plaisir à ouvrir un nouveau front, celui de son rôle de conseiller des ministres d’Arabie Saoudite.

Lisez plutôt:

Préserver « l’harmonie sociale » en niant tout recul du français

Journaliste : Il y a même des libéraux qui trouvent que vous n’assurez pas la sécurité identitaire sur la question de la langue à cause de votre déclaration.

Couillard : Au contraire, l’histoire de notre parti, c’est la défense du caractère spécifique du Québec et l’affirmation du visage français indispensable du Québec.

Le problème de langue, et d’oreille, de Philippe Couillard

Après sa catastrophique déclaration au débat sur la nécessité pour chaque employé d’usine de connaître l’anglais au cas où un acheteur étranger de passage voulait lui poser une question, M. Couillard s’est fait expliquer la loi 101 par un de ses conseillers. Il a donc dit en point de presse vendredi ce qu’il fallait dire sur le droit de travailler en français.

Malheureusement, sa correction a dépassé sa pensée. La sincérité avec laquelle il avait défendu le bilinguisme intégral sur la ligne de montage jeudi soir s’est exprimée à nouveau à Roberval vendredi lorsqu’il a ajouté:

«Quand on est à Val-d’Or, Roberval ou La Tuque, on ne trouve pas au coin de la rue un employé couramment bilingue. Il faut alors recruter hors de la région.»

Message de Couillard aux employeurs: Exigez TOUJOURS l’anglais!

Lorsqu’on est chef de parti, et plus encore aspirant premier ministre, les mots comptent. Les signaux envoyés à la société ont un impact sur les comportements. Et la société québécoise a toujours été très attentive aux signaux linguistiques émis par les élus. Pendant les années péquistes, les entreprises font plus attention à leur politique linguistique. Pendant les années libérales, c’est le contraire.

Je me souviens du jour où Lucien Bouchard avait fait venir les grands distributeurs dans son bureau pour leur dire qu’il n’acceptait pas que l’affichage bilingue revienne dans les grands magasins du centre-ville, ce qui était en train de se faire. M. Bouchard allait, dans son intervention, au-delà de l’exigence légale pour le français. Terrifiés à l’idée de subir une mauvaise publicité, donc une baisse de clientèle, à cause de cette polémique, les grands magasins ont juré de ne rien changer. (Cela s’est dégradé par la suite après l’arrivée du PLQ au pouvoir).

En direct: l’auto-destruction de Philippe Couillard

Franchement, on pensait que la journée de M. Couillard avait mal commencé avec la révélation-choc de son compte en banque dans un paradis fiscal.

Mais il aura accompli l’impossible: nous faire oublier le paradis fiscal en descendant dans l’enfer linguistique. En plus de nier qu’il y ait quelque problème que ce soit avec la langue à Montréal, il a affirmé avec une grande sincérité qu’il estimait que les employés d’usine, dans les chaînes de montage, doivent savoir l’anglais. Pourquoi ? Au cas où un acheteur anglophone voulait se faire expliquer un problème par un salarié.

Robert Bourassa a dû se retourner dans sa tombe. Claude Ryan avec lui.

Cette proposition de bilinguisme intégral dans les lieux de travail est un suicide politique. J’ai dû voir une centaine de débats dans ma vie politique et de journaliste, je n’ai jamais assisté à un tel désastre.

« Si j’avais su… » – la complainte de Philippe Couillard

Ce matin à l’émission de Bazzo à Radio-Canada, la députée libérale Christine St-Pierre a du admettre qu’elle ne savait pas que Phillipe Couillard avait eu un compte bancaire dans un paradis fiscal huit ans durant. Elle l’a appris hier, grâce au travail journalistique. (Ce même travail journalistique qui a alerté les Québécois, à partir de 2010, de l’ampleur de la corruption qui a saisi le Québec sous l’administration libérale.)

Donc, elle ne savait pas. Les autres libéraux ne savaient pas non plus. Cette information aurait pourtant été extrêmement utile, il y a un an, lors de la course au leadership du PLQ. Le candidat Raymond Bachand, qui ne s’est pas gêné pour dire que les liens d’amitiés entre M. Couillard et l’escroc présumé Arthur Porter allait plomber la réputation de son adversaire, aurait usé de l’argument paradis-fiscal comme d’une massue.

Et le résultat du vote en aurait peut-être été changé. Nous ne le saurons jamais.

Alerte ROUGE: Ce qui est en jeu si le PLQ gagne!

Maintenant, on va se dire les vraies vraies affaires.

Que se passera-t-il, à compter du 8 avril, si le PLQ reprend le pouvoir. Voici la liste courte:

- Environnement

Le PQ a sorti le Québec de l’Amiante / le PLQ a dénoncé cette décision, y retournera-t-il ?

Le PQ a imposé un moratoire sur le gaz de schiste / Le PLQ a dénoncé cette décision, il y retournera.

Le PQ a imposé un moratoire sur les petites centrales / Il est CERTAIN que le PLQ va les autoriser.

Le PQ a demandé au BAPE d’examiner la filière de l’Uranium / Le PLQ a critiqué cette décision.

- Ressources naturelles

Le PQ a augmenté les redevances minières, en imposant de 30% le surprofit / Le PLQ a juré d’abolir cette mesure.

Intégrité: Mes 12 questions à Philippe Couillard

Phillipe Couillard a dit deux choses au sujet du passé trouble de son parti en matière éthique. Pour être poli. je dirai qu’il a été paradoxal.

PC_130317_ih9hf_couillard-charest_sn635Interrogé ce dimanche à savoir s’il était « à l’aise avec l’héritage de Jean Charest » il a répondu: « je suis à l’aise avec tout l’héritage du PLQ ». Donc: c’est oui.

Mais il ne semble pas parfaitement à l’aise avec le passé car il a cru bon de dire aussi, la veille, que le PLQ, « c’est mon parti maintenant ». Ce qui peut laisser croire qu’il fait une distinction claire entre « son » parti et celui de son prédécesseur.

Toujours prêt à rendre service, je voudrais aider M. Couillard à tirer les choses au clair sur ces questions d’intégrité en lui posant des questions précises qui ne concernent que lui et son propre jugement éthique. Les voici: