Sport politique extrême: contredire (un peu) Jacques Parizeau

Les textes de Jacques Parizeau sur la stratégie souverainiste sont des lectures obligées. Son parcours, sa stature, sa droiture sur la question de la souveraineté le justifient amplement.

Cependant faut-il prendre à la lettre tout ce qu’il écrit ? La réalité est complexe et, dans le débat qui s’ouvre sur les chemins que le Parti québécois doit prendre pour retrouver la faveur des Québécois, il est parfois bon de multiplier les points de vue.

1310847129672_ORIGINALJe suis comme chacun déboussolé par l’ampleur de la défaite du 7 avril et j’ai l’esprit ouvert à toutes les options pour la suite des choses — sans toutefois remettre en cause l’identité d’un PQ indépendantiste et social-démocrate.

La contribution de Jacques Parizeau est donc bienvenue mais, comme je le faisais lorsque j’étais son conseiller, je vais me permettre de le contredire sur certains points. Je reproduis donc des extraits de son texte du Journal de Montréal, en y ajoutant quelques commentaires.
Le Parti québécois à la croisée des chemins, par Jacques Parizeau

Les jeunes et le PQ: à la folie ? beaucoup ? très peu ?

C’est la rengaine populaire du moment. Le Parti québécois a perdu le contact avec les jeunes. Que peut-on en dire vraiment ? Il faut d’abord faire l’état des lieux, en avril 2014. Il faut ensuite distinguer les rapports de la jeunesse avec le PQ des rapports de la jeunesse avec la souveraineté et de la jeunesse avec le Canada. Et il est intéressant d’avoir une vision de l’évolution historique du sujet.

Avril 2014: Pas Une jeunesse mais Des jeunesses

J’ai obtenu deux séries de données qui nous donnent une vision approximative de la répartion de la jeunesse en avril 2014.

Les données du sondage Léger de fin de campagne (1100 répondants ) et les terrains effectués par les sondeurs du PQ pendant l’élection donnent chacun des résultats concordants, même en gardant en tête les ajustements apportés aux sondages par le résultat électoral, dont je tiens compte dans les constats:

L’appui à la souveraineté: état des lieux

Où en est l’opinion sur la question centrale de la souveraineté ? Il y a la façon régulière de voir les choses, comme dans ce graphique qui recense les sondages publics de CROP et de Léger:

Moyennes annuelles des sondages Crop (+ Léger en rouge lorsque écart), répartition proportionnelle des indécis. En 1980 et 1995, le vote référendaire effectif.

Moyennes annuelles des sondages Crop (en bleu) et Léger (en rouge lorsqu'il y a écart avec Crop). En noir, les résultats référendaires effectifs.

Moyennes annuelles des sondages Crop (en bleu) et Léger (en rouge lorsqu’il y a écart avec Crop). En noir, les résultats référendaires effectifs.

Le graphique donne l’impression d’une grande stabilité, donc d’une disponibilité presque ininterrompue de plus de 40% de souverainistes qui seraient mobilisables électoralement, pour peu qu’on fasse la promotion active de la souveraineté ou que les partis souverainistes s’unissent.

Comprendre le choc d’avril 2014: les électeurs péquistes ont fait l’élection buissonnière

Dans les épisodes précédents, nous avons vu comment l’opinion avait évolué pendant la campagne, autour des questions référendaires et d’intégrité, nous avons tenté de suivre les électeurs passant du PQ aux autres partis ainsi que les motivations sur les enjeux et avons examiné l’hypothèse d’un PLQ accroché durablement au pouvoir.

Mais deux analyses publiées ces derniers jours révèlent qu’un fait majeur de l’élection tient, non au succès du PLQ d’attirer de nouveaux électeurs, mais essentiellement à l’incapacité du PQ à garder ses électeurs francophones de 2012.

Il y a dans ce phénomène deux explications: le transfert de voix du PQ vers la CAQ et QS, et, sans doute plus important, la chute de la participation au vote.

Au global, il y a eu aux urnes le 7 avril 130 000 personnes de moins qu’en 2012. Mais ce chiffre cache une variation plus forte et plus intéressante: la participation a augmenté chez les non-francophones et a baissé chez les francophones.

Le PQ post-7 avril: La plus vivante des idées mortes !

Il n’y a pas que les candidats, défaits ou élus, du PQ qui participent au débat. Plusieurs voix importantes du mouvement souverainiste se sont fait entendre depuis bientôt trois semaines.

Parmi les plus passionnants et vivants, il faut compter sur l’intervention du sociologue souverainiste Mathieu-Bock Côté à Tout le monde en parle, il y a deux semaines:

Louis Bernard: La fin du bon gouvernement

Louis Bernard est un des vieux routiers du PQ, adjoint de René Lévesque aux premières heures et candidat lors de la course au leadership de 2005 qui couronna André Boisclair. Il défendait à l’époque l’idée que le PQ devait concentrer tous ses efforts sur la promotion de la souveraineté. Il a refait ce plaidoyer dans Le Devoir du 11 avril. Extraits: