Comment faire des milliards à la mode Albert Frère et Desmarais ?

Comment s’enrichir, lorsqu’on est déjà riche, en siphonnant des centaines de millions à des institutions publiques ? Denis Robert (qui a mis au jour le scandale Clearstream) et Catherine Le Gall démontent patiemment le mécanisme privilégié par Albert Frère (principalement) et son partenaire de longue date Paul Desmarais.

À travers quatre transactions économiquement inexplicables réalisées pendant les années 2000, les journalistes d’enquête ouvrent le sac à outils de ceux qu’ils appellent des prédateurs – car ils ne créent pas de produit, de service, de valeur, seulement des échafaudages financiers qui leur rapportent gros et qui vident les caisses d’institutions publiques.

Des questions sans réponse

Pourquoi l’équivalent français de la Caisse de dépôts achète-t-elle à Albert Frère sa chaîne de fast-food Quick et, surtout, pourquoi l’achète-t-elle plus de deux fois sa valeur ?

Sortir, Voir: Un Mike Ward pas si noir que ça / Mélancolies référendaires

Rire noir avec Mike Ward

Je n’étais jamais allé à un spectacle de Mike Ward. Je savais que son fond de commerce était, ben, le fond de culotte. Je ne voyais pas pourquoi je passerais deux heures à me faire parler d’organes génitaux en vadrouille.

Les démêlés de Ward avec la liberté d’expression ont donné de l’épaisseur au personnage et j’ai été frappé par les bonnes critiques entourant son dernier spectacle. Un spectacle post-traumatique, il faut le dire. Ward mène d’un tribunal à l’autre un combat controversé pour le principe de pouvoir rire nommément d’un jeune handicapé. Il a encaissé le choc en plongeant dans une dépression qui lui a donné des idées suicidaires.

Un hilarant tour de force

Les trous de mémoire de Jean Chrétien

Je m’attendais à pire. Je m’attendais à mieux.

À pire parce que Jean Chrétien voit généralement la réalité avec une seule paire de lunettes, la sienne, et est incapable de recul critique sur son action ou celle de son gouvernement. Ce livre est cependant plus léger, moins militant, que ses deux volumes autobiographiques (Dans la fosse aux lions en 1985 et Passion politique en 2007).

À mieux parce que, connaissant le côté truculent du personnage, et voyant qu’il voulait nous raconter des anecdotes, j’étais disposé à bien m’amuser pendant la lecture. Il a, à mon avis, produit un des plus beaux adages politiques qui soit, lorsqu’il a déclaré: « Si on s’est peinturés dans le coin, ben on marchera sur la peinture ! » Je trouve ça libérateur.

Voir: Les oscarisés dans son salon

Quels oscarisés voir dans votre salon ?

Si vous êtes comme moi vous n’avez jamais réussi à voir, avant la cérémonie des Oscars, tous les films en compétition. Et si vous êtes comme moi vous avez tendance à regarder les oscarisés lorsqu’ils vous sont offerts à la carte par votre télédistributeur.

Depuis quelques jours, tous, alors quoi retenir ? Voici, par ordre croissant de satisfaction (donc celui que j’aime le mieux est à la fin), les recommandations qui n’engagent que moi:

# 8. Roma (meilleur réalisateur)

Ils ont tous dit que c’était un chef d’oeuvre. Je comprends les spécialistes et les étudiants en cinéma d’avoir été soufflé par la composition des images, le montage, les nuances de gris.

Mais pour les cinéphiles ordinaires comme vous et moi, Roma ne vous marquera pas.

Agréable, mais pas mémorable. (Sur Netflix.)


Lire: Le parcours singulier de Mme B.

Denise Bombardier nous emporte dans un récit qui est à la fois très personnel et très collectif. Comme elle l’avait fait dans son tout premier ouvrage Une enfance à l’eau bénite, elle nous plonge dans une famille qui la forge, la pousse et la repousse. S’y ajoute ici la suite, d’abord avec sa mère qui reste une présence tout du long. Mme B.  nous laisse aussi entrer dans son éveil sentimental et sexuel, puis dans son parcours amoureux avec les hommes de sa vie. C’est fait avec vérité et tact.

Les attouchements qu’elle a subie, jeune actrice, aux mains d’un réalisateur de Radio-Canada donne une assise au combat qu’elle mènera plus tard contre les pédophiles. Sa salutaire et courageuse sortie, sur le plateau d’Apostrophe en 1990, contre l’auteur Gabriel Matzneff praticien et apologiste de la pédophilie, a fait date et suscité une énorme controverse la présentant, elle, comme coupable d’intolérance. Elle raconte comment le président Mitterrand lui donna rendez-vous à l’Élysée, révéla à la presse la tenue de la rencontre, simplement pour signaler que, dans ce débat, il votait Bombardier. Savoureux.