Lire: Un Lucien Bouchard gaullien, un blogueur fouetté pour bien peu

Tous les samedis, je vous fais part de mes lectures récentes.

Raif Badawi: c’est la modération qu’on torture !

RaifIl a été fouetté pour ça ? La modération du propos est la première chose qui frappe le lecteur de cette sélection de textes du bloggeur Raif Badawi.

Le prisonnier d’opinion adore son pays, l’Arabie Saoudite, c’est très clair. Il n’est jamais anti-musulman, mais s’interroge sur la sévérité des règles imposées, notamment sur la mixité et la liberté d’expression. Il cherche une façon arabe d’être libéral et moderne.

On sent dans la plume une tristesse pour la petitesse de l’espace laissé au débat dans la théocratie arabe et une soif de liberté. Au cachot, il y est maintenant plus loin que jamais.

Lucien Bouchard: l’art délicat, et rarement apprécié, du pragmatisme

LucienDans cet ouvrage bref mais assez touffu, Jean-François Caron tente de distinguer le pragmatisme de l’opportunisme en appliquant la nuance au cas de Lucien Bouchard.

Lire: Comment guérir un djihadiste et Un vrai beau scandale érotico-politique québécois

radicalisationFondé sur 400 cas français récents de radicalisation islamique, cet ouvrage démonte avec précision les mécanismes qui aspirent des jeunes (et moins jeunes) dans la dérive djihadiste. Jeunes musulmans, bien sûr, mais jeunes athées, chrétiens, même quelques jeunes juifs !

Dounia Bouzar, qui dirige un centre de déradicalisation, puise dans son expérience pour suivre à la trace la façon dont, de clic en clic sur internet, le jeune en recherche de justice sociale est happé par un récit de conspiration internationale contre les opprimés, conspiration dont les seuls opposants sont les djihadistes !

Bouzar multiplie ensuite les exemples de dé-radicalisation. Il ne faut pas, explique-t-elle, tenter de les convaincre qu’ils ne portent pas la bonne version de l’Islam. Ils sont blindés. Il ne faut pas leur dire que la conspiration à laquelle ils croient est invraisemblable, ils vous croiront envoyés par la conspiration.

Lire: Mongo, Dany, et Akos, l’évadé du multiculturalisme

Chaque samedi, quelques brefs avis sur mes lectures récentes.

Laferrière: les leçons de l’immigré émérite

MongoIl faut dire le vrai: Mongo, l’immigré camerounais qui débarque à Montréal, ne fait que de fugaces apparitions dans ce livre bricolé par Dany Laferrière pour recycler un certain nombre de chroniques. Je ne lui en fais pas reproche, mais je me dois d’en avertir le lecteur.

Le cœur du livre se trouve dans sa secondes partie, où le Québécois d’adoption de 40 ans décline en 81 leçons « Comment s’infiltrer dans une nouvelle culture ». L’humour d’ici, le tutoiement, le consensus, l’importance du regard, des silences, autant de clés pour comprendre l’homo quebecensus. Les fonctionnaires québécois devraient en remettre une copie à tout candidat à l’immigration pour lecture pendant le vol qui le mène chez nous.

C’est du Laferrière, alors c’est à la fois profond et léger, bien vu et vu de coin, sage et rebelle. En un mot: savoureux.

Sortir, voir, lire : Agatha, Monsieur par VLB, une bonne série SF et Bond en DVD

Comme chaque semaine je vous fait part de mes suggestions culturelles.

Sortir: Suivre les traces de la dame du suspense

AgathaChristieJe n’étais pas porté sur Agatha Christie jusqu’à ce que Pierre Vallières (oui, le Pierre Vallières de Nègres blancs d’Amérique) me conseille de lire le « génial », disait-il, Meurtre de Roger Akroyd. C’est effectivement assez songé. L’expo présentée en première mondiale par le Musée Pointe-à-Callière ravira les fans de la grande dame du roman policier et amusera les autres.
Parmi les curiosités: la réplique d’un wagon de l’Orient Express, les règles que doivent suivre les auteurs qui respectent leurs lecteurs. Notamment: TOUS les indices menant au meurtrier doivent être présents dans le livre. (Avis à Gaston Leroux dont la clé du Mystère de la chambre jaune réside sur un autre continent, à l’insu du lecteur berné.)
On y passe une heure agréable, baignant dans des atmosphères tantôt britanniques, tantôt moyen-orientales.

Voir, lire, sortir: The Wall, Blue Moon, Guibord et Lire les Libéraux

Pour une deuxième semaine, mes choix (et non-choix) culturels de la semaine

Théâtre/opéra rock: Un mur de son

thewallTE Comment transposer sur une petite scène, comme celle du Club Soda, le gigantisme de l’album The Wall de Pink Floyd. C’est le défi assez bien réussi de Richard Petit et de ses Vikings, avec projections et éclairages en soutien. Le pouvoir évocateur des tubes de The Wall est évidemment considérable en soi, et on s’en régale. Cette puissance est imparfaitement portée par les deux chanteurs de l’ensemble, Sylvain Lacombe et Sébastien Auclair, mais la virtuosité du guitariste Michel Bruno compense amplement.
Surveillez les supplémentaires au Club Soda et une future tournée en régions — puis sur la planète !

Les fans du Wall peuvent aussi voir l’époustouflant documentaire/captation du récent hyper-spectacle Roger Waters – The Wall. (Disponible en DVD et sur Netflix.)