Ce mauvais virus sera-t-il bon pour le climat ? Pas sûr.

Alors que le virus fait les ravages sanitaires que l’on sait, chacun constate combien le nuage de pollution qui entoure la planète est en train de se dissiper. Le ciel de Shanghai comme celui de New York ou de Paris est plus clair que jamais.

Les lagunes de Venise reprennent une couleur et une transparence que Marco Polo n’avait sans doute pas lui-même constatées.

L’année 2020, du moins sa première moitié, sera celle de la grande pause de Gaz à effet de serre. Celle où les cheminées des usines et les pots d’échappement des voitures auront, pour une rarissime fois, pris des vacances.

Lorsqu’on fera le décompte final des victimes du coronavirus, il faudra soustraite le nombre de morts de moins que la normale en accidents de voiture, accidents du travail, et des décès dus, bon an mal an, aux affres de la pollution.

La récession de 2008 avait, elle aussi, provoqué un déclin dans le nombre de tonnes de GES émises dans l’atmosphère. Mais après la crise, il y a la reprise. De nouveaux records ont été franchis. Sur la décennie 2010-2020, les émissions globales ont augmenté de 15%.

Il n’y a aucun doute qu’une fois cette crise sanitaire passée, l’économie mondiale reprendra à peu près là où on l’avait laissée. Un peu plus de télétravail, un peu plus de circuits courts, sans doute. Mais rien pour infléchir significativement la trajectoire.

Une relance verte ou brune ?

La grande question est de savoir si les plans de relance économique fabriquées ces jours-ci dans l’urgence seront de nature à accélérer ou au contraire à retarder la transition vers une économie plus verte.

En Europe, où se concocte un plan de relance massif, la Pologne et la Tchéquie ont officiellement demandé à Bruxelles de relâcher leurs objectifs de réduction de GES pour leur permettre de produire davantage de charbon polluant. Heureusement, la majorité des pays européens ont dit non. Bruxelles maintient son objectif de réduction des GES mais dit vouloir orienter son plan de relance dans des infrastructures d’énergie renouvelables ou de transport en commun. On attend, mais il y a de l’espoir.

Aux États-Unis, le récent plan d’urgence de deux mille milliards de dollars US a fait l’objet d’un important bras de fer entre démocrates et républicains. Les démocrates voulaient y intégrer un important volet de relance des énergies vertes. Les républicains souhaitaient y intégrer une gigantesque somme d’aide à l’industrie pétrolière. En effet, la chute du prix du pétrole met dans le pétrin tout le secteur du gaz de schiste américain, qui est tombé sous son seuil de rentabilité.

Le compromis fut de retirer du projet à la fois les sommes prévues pour l’énergie verte et celles destinées à l’industrie pétrolière. L’administration Trump, qui aura un contrôle effectif sur la distribution d’une énorme cagnotte, pourra cependant s’en servir autrement pour aider les oil-men dont ils sont politiquement si proches.

Tout va donc beaucoup dépendre du résultat des élections présidentielles et générales de novembre. Le prochain président donnera le ton. Non, on ne peut pas prévoir en ce moment s’ils s’agira de Donald Trump ou de Joe Biden.

Les idées de relance au Canada et au Québec

Au Canada, pays pétrolier, Ottawa ne cache pas son désir de venir en aide à coup de milliards à l’industrie. La somme de 15 milliards de dollars est évoquée. On pourrait se demander combien d’emplois seraient créées avec cette somme pour la rénovation verte de maisons et d’immeubles ou par la création de parc d’éoliennes. La question ne semble pas se poser à Ottawa.

À Québec, les signaux sont divergents. On rapporte que tous les projets seront revus à la lumière de leur impact sur la relance de la croissance, plutôt que sur son effet sur l’environnement. Le premier ministre Legault a indiqué que tout ce qui concernait sa politique d’électrification des transport, qui devait être annoncée ce printemps, restait parmi les priorités, car son impact sur l’emploi au Québec est important. Il a raison.

Il ramène cependant sur la table la notion de baisse de fardeau fiscal. De l’argent dans la poche des québécois, dit-il, c’est davantage de consommation. Une fois la crise sanitaire passée, la reprise de la consommation sera en effet un élément important.

Mais pourquoi penser à des baisses d’impôts permanentes s’il souhaite donner un simple électrochoc ? Ne serait-il pas préférable de donner un congé d’impôt partiel ponctuel, où plus simplement d’envoyer des chèques ? Une fois qu’on a réduit le fardeau fiscal, rien n’est plus difficile, politiquement, que de revenir à son niveau antérieur, qu’on jugeait pourtant essentiel pour financer les services publics.

Surtout, François Legault a fait la démonstration dans l’affaire de la taxe scolaire qu’il était tout à fait disposé à distribuer une baisse d’impôt régressive. Plus votre maison est vaste, plus votre réduction de taxes est importante. Or on sait qu’au-delà d’un certain niveau de richesse, l’argent épargné ne va pas dans la consommation, donc n’a pas d’impact sur la croissance.

Pour avoir un impact maximal sur la croissance, il vaut mieux distribuer davantage d’argent vers le bas de l’échelle, par exemple en haussant la prime au travail ou le remboursement de TPS et de TVQ.

Il y a donc ici un test de cohérence, pour tous les gouvernements de la planète.

Les crises sont souvent des moments d’inflexion de l’histoire. Les choses deviennent fluides. De grandes décisions se prennent, dans l’urgence. Elles ont des conséquence souvent durables.

Nos gouvernants doivent nous faire sortir, c’est certain, de cette crise-ci. Mais auront-ils suffisamment de clairvoyance pour le faire en choisissant une trajectoire qui nous éloigne de l’autre crise, la climatique, plutôt que de nous y enfoncer encore plus rapidement ?

C’est la grande question de 2020.


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2 réflexions au sujet de « Ce mauvais virus sera-t-il bon pour le climat ? Pas sûr. »

  1. Une hirondelle ne fait pas le printemps. La Covid-19 le défait et la saison suivante au moins. Ensuite, on verra; ça va aller comme c’est mené, aurait dit ma belle-mère.

    « Pour avoir un impact maximal sur la croissance, il vaut mieux distribuer davantage d’argent vers le bas de l’échelle, par exemple en haussant la prime au travail ou le remboursement de TPS et de TVQ. »

    Fort bien ! Et j’ajouterais un revenu de base minimum garanti pour se prémunir contre des choses comme la Covid-19. Aussi pour les moins de 18 ans bien entendu; par procuration du ou des parents le temps qu’il faudrait. Dans La Juste Inégalité : Essai sur la liberté, l’égalité et la démocratie, 1995, Robert Dutil souhaitait ce revenu minimum inconditionnel. Avoir réalisé ce souhait sous parti libéral, la CAQ et le PLC ne seraient pas à en improviser un d’urgence actuellement pour les personnes et les entreprises.

    Dans la majorité des états avec constitution, l’électeur.es a en droit le pouvoir, mais à l’élection générale, il le cède à des élu.es à ligne de parti. Les engagements électoraux des partis en 2018 n’allaient pas dans le sens de mettre à plancher la courbe de dénatalité en cascade que nous connaissons depuis trois générations qui fait que des CHSLD manquent de personnel. La CAQ envisageaient des bâtiments plutôt que le recrutement, la formation et la rémunération de ressources humaines.

    Vous aviez raison en 2000 d’écrire dans Sortie de secours : Comment échapper au déclin du Québec « De tous les défis qui attendent les Québécois du nouveau siècle, celui du déclin de sa population est le plus préoccupant. »

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