Et si de Gaulle revenait ?

Il nous a tiré vers le haut. Alors que tant de forces, dans notre histoire, ont voulu nous tirer vers le bas. À 50 ans de distance, son appel est aussi actuel qu’au moment où il l’a lancé. Le Québec est, en 2017 comme en 1967, l’enjeu d’un souque-à-la-corde vertical où des forces veulent qu’il se dépasse, d’autres veulent qu’il se marginalise.

C’était vrai à l’époque. Le geste du grand général était prémédité. Il voulait peser sur le cours de l’histoire et accompagner à très brève échéance le Québec à la table des nations. Le Premier ministre Daniel Johnson, qui l’avait invité, ne venait-il pas d’être élu, un an auparavant, sous le slogan ’’égalité ou indépendance’’ ? Johnson allait-il répondre à l’appel gaullien ? Ses biographes croient que non. Mais si le général le tirait vers le haut, d’autres forces tiraient très fort dans l’autre sens.

À Ottawa, l’alors ministre Pierre Trudeau mettait tout son poids pour que le Canada cesse de reconnaître quelque autonomie que ce soit au Québec, refusant même d’admettre son existence comme nation. Un verrou qui tiendra pendant 40 ans. Le compagnon financier de Trudeau, Paul Desmarais (il financera sa campagne au leadership) se rend à Hawaï faire pression sur un Johnson se remettant d’une crise cardiaque. Brandissant le spectre d’une fuite des capitaux, Desmarais lui fait écrire une phrase choc: Johnson ne construira pas de ’’muraille de Chine’’ autour du Québec. Ce sera le lendemain en une de La Presse, que Desmarais vient d’acheter.

De Gaulle croyait à la force des nations. Il avait senti au Québec une volonté d’affirmation qui ne pouvait trouver réponse que par l’indépendance. Ayant gouverné la France depuis 10 ans à travers des difficultés majeures, il n’était pas naïf en termes économiques et jugeait que le Québec tirerait son épingle du jeu. Il était prêt à lui prodiguer l’aide de son pays au besoin.

S’il revenait aujourd’hui, de Gaulle serait sidéré de constater le paradoxe québécois. Son économie s’est diversifiée, modernisée, ses exportations et son innovation ont explosé, comme son empreinte internationale. Le rapport de sa dette à son PIB est plus faible que celui de la plupart des nations. Pourtant, le premier ministre libéral du jour, Philippe Couillard, affirme qu’un Québec souverain vivrait ’’au moins dix ans de pauvreté’’ et ’’assécherait ses programmes sociaux’’. Bref, sans la béquille canadienne, les Québécois seraient des incapables. (Notons qu’aucun chef libéral québécois, ni Bourassa, ni Ryan, ni Charest n’était allé si loin dans la négation de la capacité des Québécois à se gouverner. Pendant le référendum de 1995, Johnson-fils avait chiffré la perte potentielle à 100 000 emplois, soit une hausse de trois points de chômage, une variation assez fréquente dans l’histoire canadienne du Québec.)

De Gaulle a institué, par référendum en 1958, la constitution de la Ve république, puis l’a modifié, par voie référendaire en 1962. On n’oserait donc à peine lui avouer que Trudeau, devenu premier ministre, a imposé en 1982 contre son gré au Québec une constitution qui a réduit son autonomie, sans la moindre consultation populaire. On serait gêné de lui avouer que les successeurs de Trudeau ont voté une loi (la loi C-20, dite de la clarté) qui donne au parlement fédéral un droit de veto sur une décision majoritaire du Québec de devenir souverain. Qui affirme donc que le Québec n’est pas libre.

Quelle conclusion en tirerait-il ? C’est simple. Il nous dirait qu’il est plus important que jamais que vive le Québec libre. Et qu’on se tire, collectivement, vers le haut.



20 réflexions au sujet de « Et si de Gaulle revenait ? »

  1. Est-ce possible que nos politiciens de carrière pour qui on a voté puisse faire la promotion haut et fort de l’indépendance du Québec. Le parti Québécois devrais se laisser influencer par les vidéos de Jean-Jacques Nantel qui est un très bon ambassadeur pour la promotion de l’indépendance.

  2. Fort bien, et fort jolie question !

    – Peau de chien, répondrait votre oncle Doris Lussier déguisé en Père Gédéon, s’il était encore de ce monde qu’il a quitté en 1993, si de Gaulle revenait, les poules pourraient aussi avoir des dents et les vaches pondrent des oeufs.

    Et qu’ajouterait-il ?

    Le « égalité ou indépendance » de Daniel Johnson père était un cri de ralliement pour congédier les libéraux de l’époque Jean Lesage, fédéraliste. Daniel Johnson père a osé, il a réussi, mais n’a pas eu le temps, la collaboration ou la santé suffisante pour livrer la marchandise annoncée. L’Union nationale a été congédiée à son tour en 1970.

    L’idée n’a pas été reprise telle quelle par René Lévesque quelques années plus tard et en 1980 au premier référendum, elle a été civilisée en souveraineté-association et refusée à 40 contre 60 % des électeurs. C’est ce que j’ai compris en page 37 et suivantes de La souveraineté du Québec : Hier, aujourd’hui et demain, de Jacques Parizeau, 2009.

    Pour le second référendum, l’idée de René Lévesque de souveraineté-association a apparemment été reprise par Jacques Parizeau mais dans son livre, page 54, celui-ci écrit : « Négocier, bien sûr, mais ne jamais laissé le refus de négocier nous empêcher de réaliser notre objectif (l’indépendance).

    Le oui l’a presque emporté. Le taux de participation a été extraordinaire : 94 %; Robin Philpot a titré un livre Le référendum volé. Jacques Parizeau conclut : « Les Québécois se sont fait enlever une remarquable occasion d’avoir un pays.

    Devenant sérieux, oncle Doris ajouterait que la foule en acclamant de Gaulle ne lui a pas laissé la chance de finir sa phrase; il allait ajouter pour faire révolution française plutôt que copie conforme de la révolution américaine 13 ans plus tôt : vive la liberté, l’égalité et la fraternité.

    S’il revenait, de Gaulle dirait d’abord : Vive la joie de vivre pour avoir lu le chapitre 8 de votre Sortie de secours : Comment échapper au déclin du Québec, 2000, page 221 et retenu : joie de vivre, grands espaces, bon Cirque.

    Pour faire révolution tranquille 2, il ajouterait : Vive un Québec interdépendant, inégalitaire et fraternel.

  3. Superbe article documenté et fort éclairant. Merci M. Lisée, de nous redonner espoir, avec toute votre équipe talentueuse et engagée.

    Les Québécois lucides et amants de leur territoire sont nombreux à vos côtés : comme vous, ils aspirent à ce que le Québec prenne possession de sa pleine liberté. C’est la voie la plus sûre pour avoir les coudées franches dans nos choix de gouvernance, avoir notre place entière sur la scène internationale et prospérer sans entrave et sans toujours se faire couper l’herbe sous le pied.
    Vive le Québec Libre!

  4. Bonjour. J’ai également écrit sur le 50e de du Québec-Libre… Sous le titre 50 ans après : une liberté en criss

    À lire sur Trumblr
    michael-doyon
    des mots pour ma nation

  5. Pour de Gaulle, le fond primait toujours sur la forme.
    Le PQ, et plus précisément ses cadres, est tombé dans le traquenard de la communication. Il a choisi de laisser derrière lui les débats de fond. Comme les autres il a fini par considérer qu’il n’était pas si important que ça de placer l’intérêt supérieur de la nation au-dessus de tout.Il a réduit son rôle à proposer un produit au consommateur. Dès son origine, le PQ, c’était le parti du peuple. Et non des oligarques comme le sont la CAQ, le PLQ. C’est le peuple qui a nommé ce parti.Plus qu’un nom de parti, c’était un slogan.C’était, pour ceux qui le scandaient, la puissance de la tradition, l’attachement à l’identité, la volonté de transmettre un idéal aux générations futures. Il faut que le PQ insiste à nouveau sur ces valeurs.

    • De Québec, tout à fait d’accord avec vous M. Régnier. Mais je crois l’avoir lu dans Le Devoir. Ce n’est pas assez !

  6. J’aime beaucoup vos écrits M.Lisée, par contre je vous trouve bien silencieux pour nous défendre contre ceux qui nous tirent par le bas et nous veulent soumis et repentants avec la commission sur le racisme systémique qui s’annonce, la compilation de chansons sans chansons francophones entre autre.Nous attendons de vous nous les membre inconditionnels du Parti Québécois , des paroles fortes, une posture debout et grande.Vos écrits sont de cette sorte mais vous où êtes-vous? Sans rancune

  7. S.V.P parlez d’INDÉPENDANCE, allez dans les universités, dans les cégeps, c’est auprès des jeunes qu’il faut développer les sens d’identité, le rêve de construire un pays pour nous, qui nous ressemble. J’ai 76 ans, je suis indépendantiste depuis l’âge de 12 ans, au moment où il n’y avait même pas de mouvement indépendant.
    Il faut enseigner l’histoire du Québec, notre histoire depuis l’arrivée de Champlain, sinon nous disparaîtrons. Il faut faire germer dans le cœur de tous les jeunes l’amour du Québec. Laissez les vieux de mon âge; soit nous sommes indépendantistes, pour les autres il n’y a rien a faire. Notre avenir est passé.

  8. Ceux qui ont voulu que le Québec demeure dans le Canada ont une constance à leur actif, ils ont tous d’une façon ou d’une autre été impliqués dans des magouilles payantes.

    Et avoir 2 niveaux d’État et les chicanes pour alimenter les débats, cela permet à plusieurs au sein de la population, de ne plus suivre les activités politiques.  » niveaux politiques et un 3ème si on prend le municipal, tout est en place pour faire la passe.

    Vous vous souvenez de ce jour d’automne de 1995, où des Canadien(ne)s venus de partout du Canada se sont présentés à Montréal avec le jeune Jean Charest pour nous dire : Restez, on vous aime ! N’abandonnez pas le Passport avec lequel vous êtes les bienvenue partout sur la planète, comme si un Passport du Québec n’aurait pas la même signification.

    S’ils nous avaient tant aimé, ils ne seraient pas rentrés le même soir chez eux, ils auraient voulu consommer cet Amour en passant une nuit à Montréal.

  9. De Gaulle et le Parti tireront tant qu’ils voudront vers le haut, si la poussée ne vient pas de la base, rien ne se passera. Le Parti n’écoute pas beaucoup je trouve mais il parle … et si on changeait de stratégie? Les citoyens, en général, veulent du changement: si on arrêtait d’être stupidement électoraliste? On me dira que c’est la règle du jeu et je répondrai qu’il est temps d’arrêter de jouer et qu’il est démontré que la règle, ici, ne s’avère pas efficace.

  10. Il me semble qu’il y a des choses que l’on oublient. D’abord le fait que Charles de Gaule était un des rares témoins vivant de la dernière guerre mondiale qui aurait fait 50 millions de morts. Il a connu l’occupation et la libération de la France. La liberté devait avoir pour lui un sens qui échappait à tous nos politiciens de salon.
    Il me semble aussi que René Lévesque, alors correspondant de guerre, était aussi un de ces témoins.
    De l’autre côté, je ne me souviens de rien de P.E Trudeau avant qu’il aille à Ottawa, autre que j’avais lu quelque part qu’il écrivait dans Cité libre, journal que je ne connaissais pas et partant, sans importance pour moi. À partir du temps où il était devenu Premier ministre, il m’a semblé que Fidel Castro avait été le seul chef d’État étranger qu’il admirait. De l’à, peut-être, son goût pour la dictature. Si ça se discutait plus souvent, je pourrais peut-être, et d’autres aussi, découvrir le vrai du faux.

  11. Après la béquille canayenne, voici la béquille gaulienne…? Je ne suis pas sûr que cela puisse élever le niveau de conscience et de mobilisation d’un peuple si peu soucieux actuellement des enjeux qui le concernent pourtant directement !
    Merci pour votre courage ! Lisée-Sisyphe roule son rocher…

  12. De Québec, bonjour M. Lisée. Vous avez totalement raison. Il y a trop de gens qui tente de nous tirer par le bas. Montrons leur que nous sommes capables de monter toujours plus haut et de voler vers un pays , le Québec ! Je crois que le général De Gaulle nous a donné un coup de main car c’est encore d’actualité d’en parler.

    • Deux sujets pour le prochain congrès national en septembre.
      1-La suggestion de Joseph Facal dans son article « PQ: la fin d’ une époque ?
      (3) »
      paru dans le Journal de Québec le 4 juillet dernier où Facal dit « si le PQ est
      élu ,il enclenchera la procédure forçant la tenue de négociations
      constitutionnelles visant à réparer l’ affront de 1982 .L’avis de la Cour suprême
      oblige le gouvernement à répondre .On verrait ce qu’il est prêt à concéder aux
      Québécois » .
      2-La langue française sera minoritaire dans la région de Montréal
      d’ici 2031.

    • De Québec, M. Larivière, il n’y a pas que Montréal dans la province de Québec. Pour le reste, M. Facal n’a pas le monopole de la vérité tout comme vous et moi. Ce qu’il nous faut ce sont des idées constructives. Cependant je dois vous dire que je ne lis pas M. Facal. Merci.

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