Indépendance et PQ: Petit cours d’autodéfense intellectuelle

Chacun a droit à sa propre opinion. C’est entendu. Mais chacun n’a pas le droit à ses propres faits. Dans le débat qui s’ouvre sur l’avenir du Parti québécois et de l’indépendance, rien ne me semble plus utile que de faire la guerre aux clichés et aux fausses perceptions, qui,  malheureusement, semblent dominer le discours.

Les indépendantistes ont un devoir de ténacité : il est très difficile de faire du Québec un pays, je ne vous l’apprends pas. Mais la difficulté n’altère en rien la justesse du combat. Ils ont aussi un devoir de lucidité. Les innombrables commentateurs de la chose politique gagneraient également à se débarrasser d’un certain nombre d’idées aussi courantes que fausses.

Idée fausse #1: Si on ne parlait que d’indépendance, on aurait 35% du vote, car c’est le nombre d’indépendantiste au Québec.

En fait: Ce chiffre de 35% est juste. Mais il est comme les 70% de Québécois qui souhaitent abolir la monarchie. Un parti qui ferait de cette abolition son thème central n’obtiendrait pas 70% du vote. C’est une opinion parmi d’autres. Elle ne détermine pas le choix électoral. Les dernières données disponibles indiquent qu’environ 16% des Québécois appuient  »fortement » l’indépendance. Pierre Alain-Cotnoir, analyste-sondeur, disait un jour que les autres souverainistes, les « mous », « s’intéressent à l’indépendance comme vous et moi nous intéressons au curling ».

Bref, le PQ peut décider de tout miser sur l’indépendance. Ce serait un choix respectable. Mais alors il doit savoir qu’il renoncerait ainsi à tout espoir raisonnable de prendre le pouvoir dans l’avenir prévisible. Il priverait surtout les Québécois de la capacité de s’offrir un gouvernement écologiste et de justice sociale. Dit plus crûment, ce choix donnerait à la CAQ un passeport pour un second mandat.

Idée fausse #2: Si on parlait d’indépendance tous les jours, on pourrait faire bouger l’opinion publique.

En fait: Même à l’ère d’Instagram, l’immense majorité de l’information politique transite par les grands médias. Or ces médias détestent la répétition. Ils ne la répercutent presque jamais. Ces deux dernières années, nous avons concrètement parlé d’indépendance au sujet de la Davie, de la légalisation de la mari, des délais de justice, de la langue, de l’immigration, du pétrole et de l’environnement, plusieurs fois par semaine. Vous l’apprenez ici. Normal, les médias n’estiment pas que l’argumentaire souverainiste, même mis au goût du jour, répond à leur définition de ce qu’est une « nouvelle ». (Ils sont aussi imperméables à l’argumentaire fédéraliste, soit dit en passant, et nous font grâce des odes au Canada entonnés quotidiennement par Justin Trudeau). Et même lorsqu’on réussit à traverser l’écran, il faut savoir qu’en période non-électorale, seulement un électeur sur deux suit la politique.

Le travail de conviction militant est essentiel pour constamment former et aguerrir les troupes qui seront actives au moment des grands événements — changements sociaux, crises politiques, campagnes électorales ou référendaires — qui, eux, font évoluer l’opinion.

Idées fausse #3: De toute façon, les jeunes sont désormais à Québec Solidaire.

En fait: La seule mesure disponible pour le premier octobre dernier indique que 65% des francophones de 18-35 ans n’ont pas (je répète, pas) voté QS. Le tout dernier coup de sonde de Léger montre que, même chez les 18-25 ans francophones, 62% n’ont toujours pas (je répète pas) l’intention de voter QS. Il n’y a pas « une » jeunesse. Il y a « des » jeunesses.

Idée fausse #4 : Les jeunes pensent que laïcité, c’est du racisme. Donc que le PQ est raciste.

En fait :
Le dernier sondage sur le sujet (Crop, novembre 2018) confirme tous les précédents : près de 60% des 18-34 veulent interdire les signes religieux chez les juges et policiers, 50% veulent aussi les interdire chez les enseignants[1] (43% contre). Ces éléments, les plus controversés du combat pour la laïcité, sont donc majoritaires chez les jeunes. Trop, même, à mon avis, car ils sont 40% à vouloir que les récalcitrants soient congédiés. C’est dire que le PQ a un avenir chez les jeunes s’il assume son engagement laïque, pas s’il tente de le camoufler ou de ressembler à QS.

[1] Comme 51% des électeurs de QS.

Idée fausse #5 : La dernière tentative de rénovation du PQ a été un échec. Le PQ n’écoute pas les milléniaux.

En fait : L’opération « Oser repenser le PQ » de Paul Saint-Pierre Plamondon a produit des propositions dont 90% ont été adoptées lors d’un Conseil national de 2017. Une proposition voulant réserver un quota de sièges électifs aux membres de la diversité a fait grand bruit car elle été rejetée à la demande… d’une déléguée milléniale issue de la diversité ! Les délégués réunis ont suivi son conseil.

Reste que des milliers de nouveaux milléniaux sont entrés dans le parti grâce à l’opération, leur poids à tous les étages des instances du parti a augmenté significativement. On peut donc parler d’un succès organisationnel certain, qui n’a malheureusement pas eu d’effet électoral.

Idée fausse #6 : Le Parti québécois est le parti d’une génération.

En fait : Les têtes fondatrices du parti, Lévesque, Laurin, Grégoire, Parizeau, étaient de la Grande génération, celle des parents des baby-boomers. Le gouvernement Lévesque de 1976 a été formé par ces deux générations. Le premier X, André Boisclair, a fait son apparition dans le gouvernement Parizeau en 1994. Ministre senior (Environnement, Affaires municipales) il deviendra chef en 2005. Puis, 11 des 24 ministres du gouvernement Marois furent des X, à des postes de grande responsabilité (Finances, Trésor, Santé, etc). Les Y font leur apparition après 2014 avec une rapidité telle qu’ils forment 20% des candidats péquistes en 2018. Ensemble, les X et les Y constituaient 66% des candidats. Même avec le départ de Catherine Fournier, les X et Y dominent le caucus des députés (7/9). Ils forment 100% de l’exécutif du PQ.

Bien qu’il soit exact de dire que l’attractivité électorale du PQ envers les jeunes est en déclin, il faut enfin reconnaître que les baby-boomers ont formé le facteur principal, mais jamais unique, de l’électorat péquiste, qui a toujours mordu dans les autres générations. Alors chaque fois que vous entendrez un journaliste, un chroniqueur (ou un démissionnaire) affirmer que le PQ est le parti d’une génération, sachez que, volontairement ou non, il vous désinforme. La vérité est qu’aujourd’hui le PQ est dirigé par ses 3e et 4e générations.

C’est notamment pourquoi, malgré l’amoncellement de pierres tombales qu’on veut empiler sur lui, le Parti québécois n’est pas tuable. Toute stratégie visant à l’exclure de l’équation, ou à souhaiter son décès, tient de la pensée magique. Est vouée à l’échec. Comme QS et la CAQ, le PQ est là pour durer. Au lieu de tirer dessus, il faut en tirer le maximum.


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Plusieurs des éléments de cet article sont développés dans « Qui veut la peau du Parti Québécois ? » disponible sur laboitealisee.com

Ce texte est également publié dans Le Devoir.

 

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10 réflexions au sujet de « Indépendance et PQ: Petit cours d’autodéfense intellectuelle »

  1. Je me bats pour la souveraineté du Québec depuis 1954. Depuis l’Alliance laurentienne, en passant par le RIN, le PQ et même QS. Durant toutes ces années, j’ai connu d’amères déceptions. Les dernières: votre défaite personnelle et celle du PQ.L’auteur de « Dans l’Oeil de l’Aigle », méritait un bien meilleur sort. Les Québécois méritaient comme premier ministre bien mieux qu’une personne qui n’avait et n’a toujours comme projet de société son avancement personnel.
    Il me semble que le problème de nos indépendantistes depuis toujours est de rêver au grand soir et ne pas travailler à petite journée, de jour en jour, de semaine en semaine, d’année en année. La formule magique du référendum gagnant plutôt que la besogne régulière qui, comme la goutte d’eau, vient à bout du rocher le plus dur.C’est dans une guerre politique, bien planifiée et de longue haleine, que nous pourrons espérer atteindre l’indépendance. Une série de petits gains, de petites victoires jusqu’à la grande victoire finale. Une telle approche est beaucoup plus exigeante qu’un référendum gagnant mais c’est la seule qui peut conduire au succès.L’article #1 du PQ : »Le PQ s’engage à construire un véritable état français en Amérique du nord ».
    Dans les années « 70 et « 80, plusieurs d’entre nous s’impliquaient en politique municipale, scolaire. Pour avoir une influence. En 2018, combien de maires « sympathisants » avions-nous?
    Le référendum gagnant, comme alternative à l’action véritable et constante, est un véritable poison .

    • Je trouve que vous exagérez trop quand vous écrivez que les Québecois.es méritaient mieux pour premier ministre qu’une personne « qui n’avait et n’a toujours comme projet de société (que) son avancement personnel ».

      François Legault n’a pas comme projet que son avancement personnel, plus que Jean-François Lisée ou Manon Massé, j’admettrais.

      Vous savez mieux que moi j’imagine que Charles Sirois et j’en passe, 13 je dirais, ont été les fondateur.es d’Avenir Québec dont Mme Anglade et le doc Barrette, je ne sais pas.

      Ce brave François est l’auteur de Cap sur un Québec gagnant : Le projet Saint-Laurent. Je dirais 2013. 26 $… Je suis né sur le bord du Saint-Laurent, y ai fait de la chaloupe avec trois de mes frères et baigné jusqu’à 17 ans.

      Les péquistes avaient mieux pour projet, oui, un véhicule santé, éducation, langue et j’en passe, un VUS incroyable, mais les électeur.es ont voté. La règle en démocratie est le consentement mutuel à la majorité. Elle date. J’ai lu Francis Dupuis Déri : Démocratie : Histoire d’un mot, aux États-Unis et en France.

      Robert Dutil a proposé une alternative géniale en 1995 : La Juste Inégalité : Essai sur la liberté, l’égalité et la démocratie. Une formule hiérarchique plutôt que directe de démocratie représentative. Modulaire.

      Sans indiscrétion et sans obligation de votre part, êtes-vous le François Ricard auteur de La génération lyrique : Essai sur la vie et l’oeuvre des premiers-nés du baby-boom, 1992 – 1994 ? J’ai lu avec plaisir et profit.

  2. Je ne peux qu’être d’accord avec vous monsieur Lisée. J’ai publié d’innombrables textes dans l’opinion du lecteur dans le Nouvelliste pour aider notre parti mais lorsque je suis trop franc, ils ne sont pas publiés. Heureusement on en a publié trois avant l’élection dont un le 12 septembre 2018, sous le titre <> et un autre le 27sept sous le titre <>. Ils ont aussi publié mes <> le 3 octobre. Que voulez-vous, on sait à qui appartiennent les Hebdos de la province tout comme la Presse de Montréal qui ne sont là que pour nous combattre. Desmarais est parti mais son empire contrôle encore beaucoup de choses dont les médias. Mais je ne lâcherait pas pour autant et continuerai à défendre notre lange et combattre le multiculturalisme qui comme les cours d’étique religieuse qui ont tout fait pour endoctriner nos jeunes qui acceptent tout au nom de la diversité. Ce n’est pas non plus avec QS que se fera l’indépendance, ce parti étant trop marginal. Ce n’est qu’un monstre à deux têtes qui est contrôlé par on ne sait qui. Vous avez posé la bonne question au débat mais…

  3. Quand on veut tuer son chien on dit qu’il a la rage, les médias annoncent la mort du PQ depuis dix à quinze ans. Certains (es) journalistes ont un petit sourire quand ils daignent parler du PQ. Le combat du PQ est celui décrit par Cervantes dans son Don Quichotte. Malheureusement, je désespère de voir la situation politique et pas qu’au Québec, la série d’élus des dernières années le prouve, Trump, Macron, Trudeau, Legault en sont quelques exemples. Personnes parmi les élus ne parle de démocratie, mais tous parlent d’économie et tous sont à genoux devant les banques et les oligarques de tout acabit. Nous vivons une bien triste époque et je vous trouve bien courageux de garder un certain optimisme en cette époque de perte de repère, perte de valeur et surtout perte d’humanité.

  4. Je trouve que c’est une analyse juste et bien cousue. En octobre 2018, je n’ai pas voté pour le Parti Québecois, j’ai voté pour Jean-Francois Lisée et votre texte ainsi que l’ensemble de votre oeuvre m’indique que je ne me suis pas tromper, malgré les résultats décevants aux dernières élections je reste fier et convaincu que vous étiez celui qui devait prendre les commandes du Québec.

    Que Jean-Francois se fasse battre par un menteur avéré comme Marissal c’est une chose, que le PQ soit bon deuxième après QS dans Rosemont je peut l’accepter mais ce qui est difficile d’accepter c’est la raison pour laquelle les choses ont prit cette tournure.Une population qui majoritairement ne s’informe pas, des hommes et des femmes qui possèdent un bac de recyclage pour y déposer leurs carton, leur plastique et leurs sens du devoir qu’ils osent espérer, sera repris, transformé et utiliser par d’autre. Un bac de composte pour les pelures de banane, les feuilles mortes et leurs sens critique en espérant que leurs mixture nauséabonde puissent servir d’engrais sur d’autres terres que la leurs puisqu’ils ont abandonné il y a très longtemps l’idée de faire pousser quoi que ce soit dans leurs jardin. Pour finir ils ont aussi une poubelle pour leur curiosité intellectuelle (rien d’autre dans la poubelle, tout se recycle ou se composte a ce qu’on dit). Quand les gens ignorent, ils ignorent et ce jusqu’au jour ou leurs survie en est compromise, bien évidement je parle de leur survie individuelle car qui aujourd’hui se préoccupe d’une survie nationale? Peut-on encore utiliser le mot  »nationale » sans se faire traité de fasciste? Monsieur Lisée, mes hommages et ne lâcher surtout pas, vous êtes un grand du Québec que ce soit en politique, sur papier, en personne, que ce soit en français ou bien en anglais dans un avenir proche si on ne reprend pas le flambeau que vous avez tenté de garder allumé avec une grande dignité qui vous honore.

    p.s. J’ATTENDS MON LIVRE.

  5. L’impopularité du PQ est réversible s’il retrouve son identité originelle dans un rassemblement en son sein des forces vives de la société québécoise, dans la détermination et l’audace de faire du Québec un pays affranchi du carcan politique, constitutionnel, colonial rocanadian, en plus de proposer de faire du Québec un pays souverain progressiste économiquement et socialement créant un modèle concret de développement durable renouvelant nos façons de consommer, de produire, de travailler, bref de vivre en répondant aux grands enjeux environnementaux, ceux du changement climatique et de la rareté des ressources. On ne peut qu’espérer une refondation heureuse du PQ devenu l’ombre de ce qu’il était il y a 25 ans de cela.

  6. Je suis d’acord Avec vous M.Lisée, surtout avec le fait que les médias manipulent l’information en ne donnant pas les sujets importants d’enjeux du PQ. Moi personnellement j’ai toujours eux l’impression que les médias surtout La Presse et Radio-Canada ne cherchent qu’à abolir carrément la PQ. Ce qu’on a jamais condamné, c’est que les deux derniers dimanche soir à l’émission « tout le monde en parle » avant les deux dernières élections provinciales, on n’a invité que des journalistes analystiques qui étaient carrément fédéraliste: Ex: Diane Hébert, Jean Lapierre etc… Et condamnait l’indépendance comme le démon en personne etc…

  7. Bonjour M. Lisée,

    J’apprécie beaucoup votre personne et votre capacité d’analyse. Il est important que vous soyez toujours non loin pour aider le mouvement à mieux se comprendre. Moi, je vote PQ depuis toujours et j’ai beaucoup espéré avec vous au commande. Car pour moi, vous avez la meilleur tête politique du Canada. Vous entendre sur tous les sujets furent très instructifs et votre argumentation solide à tous moments.

    Nous savons que QS ne vit que pour nuire au mouvement souverainiste et au PQ. La stratégie de rapprochement fut nécessaire pour que tous voient ce qu’ils sont réellement. Sans QS, le PQ serait au pouvoir aujourd’hui. Nous le savons puisque les gens ont majoritairement voté pour débarquer le PLQ. Or QS a enlever le poucentage de votes critique pour mettre le PQ comme option valable pour remplacer le PLQ. Vous savez bien, à la fin beaucoup ont voté, même des souverainistes, pour la CAQ. Juste pour être certain de la défaite des Libéraux. J’ai vu ce mot d’ordre circuler sur le réseau social.

    J’ai fait ma part de militantisme ainsi 2 autres de mes amis sur le net pour la cause du PQ. Et oui, je fus une militante très engagé autrefois et bien que plus membre, mon allégeance n’a jamais changé.

    Cependant aujourd’hui, je suis en réflexion car trop de petits mouvements souverainistes divise les forces. Voilà pourquoi, il faut bien repenser cette alliance. Également les enjeux du mondialisme deviennent de plus en plus une urgence alors comment concilier les deux. La mondialisation, si on ne là combat pas, elle noiera le peuple québécois. Ceci est une possibilité qu’il faut neutraliser rapidement.

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