La (trop) froide passation des pouvoirs

Ce matin, les nouveaux ministres québécois entrent dans leurs bureaux. Les hauts fonctionnaires les accueillent, tous sourires (n’étant pas certain de leur sort prochain), armés de grands cahiers d’information.

Les ministres ne verront pas trace de leurs prédécesseurs, qui ont quitté les lieux avec leur personnel et leurs effets personnels il y a quelques jours. Il y a une froideur dans cette transition qui n’a pas lieu d’être.

On a vu, la semaine dernière, Philippe Couillard reçue par Pauline Marois pour la passation des pouvoirs. Pas de chaleur dans le contact mais, au moins, une rencontre, un décorum, une politesse. Un entretien, ensuite, scripté certes par les adjoints, mais où le dialogue est possible, des messages peuvent être envoyés, sinon entendus.

Il y a surtout le symbole de la continuité du pouvoir et du respect des individus.

Les Français ont deux ou trois choses à nous apprendre sur l’esprit démocratique et républicain. Lors de chaque changement de régime (et de chaque remaniement), la passation des pouvoirs entre ministres se fait en personne.

Le ministre sortant reçoit le nouveau ministre devant le ministère, le conduit au bureau pour un entretien de longueur variable. Les deux ministres se présentent ensuite devant le personnel rassemblé et ils y vont chacun d’un petit laïus. Ils se serrent la main. Le ministre sortant part, le ministre entrant retourne au bureau pour voir aux affaires.

Les journalistes sont présents. Il y a parfois de l’émotion, parfois un peu de tension, parfois de l’humour. Mais toujours ce sens de la continuité de l’État au-delà des individus. Et une sorte de bienséance imposée.

Je le soumets comme suggestion, pour la prochaine fois…

Post scriptum: Il y a parfois des couacs, comme lorsqu’en 2011 le ministre Brice Hortefeux a oublié quelque chose à la fin de la cérémonie. Voir ici:

Mais, bon. C’est l’intention qui compte.



23 réflexions au sujet de « La (trop) froide passation des pouvoirs »

  1. Effectivement, il serait plus civilisé que les ministres sortants procèdent à la passation des dossiers eux-mêmes avec la collaboration des sous-ministres qui les ont gérés. Mais, pour ça, il faudrait le respect de la fonction et des individus. Malheureusement, dans notre système, l’arrivée du nouveau est le plus souvent interprétée comme le désaveu du partant. Toute trace de son passage est alors récupérée pour alimenter son discrédit et son incompétence alléguée. On repart à zéro comme si on réinventait la roue ou le bouton à quatre trous.
    Dommage. Dans la rupture, nous perdons beaucoup de compétence, d’expertise et de mémoire commune.
    Peu de gens savent que la continuité et la stabilité de l’État sont assurées par la fonction publique. Sans une fonction publique forte et stable, les soubresauts sociaux et politiques plongeraient l’État dans le chaos à tout propos.
    Je me permettrai une petite anecdote. Lors de l’arrivée des conservateurs de Brian Mulroney à Ottawa, personne n’avait d’expérience du pouvoir. Mis à part les six mois de Joe Clark, ils n’avaient pas été au pouvoir depuis Diefenbaker. Et, bien sûr, ils n’ont pas bénéficié d’une transition accompagnée de la part de ceux qui quittaient.
    Six mois après l’élection, les ministres et députés se scandalisaient sur les ondes de toutes les radios, que les fonctionnaires continuaient à appliquer les politiques libérales.
    Tant et aussi longtemps qu’un mémo n’arrive pas sur le bureau d’un fonctionnaire pour l’informer d’un changement de procédures ou d’orientation, il opère « as usual ». Il peut avoir compris, tout comme la population, que le nouveau gouvernement aura des politiques différentes du précédent mais l’administration publique n’est pas affaire d’initiatives personnelles ni d’humeur du moment. Il s’agit de règles clairement énoncées et scrupuleusement appliquées, de procédures qui assurent la continuité des services et des opérations de l’État en tout temps. À défaut, l’État devient anarchique ou paralysé. Voilà pourquoi, à force de vouloir réduire la fonction publique, on finit par rendre l’État inopérant. L’État ce n’est pas d’abord le parlement, l’État c’est d’abord la fonction publique. Sa qualité, sa stabilité, sa compétence, son autonomie sont garants de notre sécurité.
    Les gouvernements peuvent changer, la fonction publique demeure.

  2. Tiens…..On devrait peut-être ajouter cela dans la charte des valeurs québécoises et obliger tout le monde à être poli, surtout quand ils viennent nous visiter aux maritimes!

  3. Moi aussi je suis de l’avis que la passation des pouvoirs est trop froide. Par contre j’ai l’impression que la froideur ne ce manifeste pas seulement à ce niveau et la cause de ce malaise entre les partis ce trouve plutôt dans la pratique quotidienne. À mon avis la politique comme elle est pratiqué jusqu’à ce jour est trop accentué sur la compétition de vouloir être le meilleur. – Celui qui a les meilleurs projets, les meilleures idées, les meilleures recettes. Si j’aurais à faire la politique je me souhaiterais justement de travailler au grand changement concernant la collaboration seine et droite entre les partis représentés à l’assemblée nationale. Je ferais tout ce que je pourrais pour qu’un vrai échange constructif et respectueux puisse ce faire. C’est possible de réaliser cela. Ce n’est pas un projet de quelques jours, plutôt de quelques mois…peut être un an. Mais je mettrais tout mes efforts à écouter l’opposition et à intégrer le meilleur des autres à mon meilleur. – Imaginez le potentiel de talents qui serait uni pour la solution d’un problème à régler. De plus tous les participants de l’assemblé nationale ce sentiraient respectés et inclus pour mener à bien ce qui est en cause. Si la pratique quotidienne entre les partis s’adoucit j’en suis persuadé que la passation des pouvoirs ce manifesterait d’une façon plus chaleureuse.
    Je dirais comme nouvel esprit de la nouvelle aire : Chacun pour SOI…mais ENSEMBLE…! De cette façon on peu y arriver.

  4. Je ne suis pas surprise, c’est dans la continuité rude des choses. Cessez de nous comparer aux Français nous n’avons pas cette capacité ou cette caractéristique de dire à son interlocuteur les pires insultes avec esprit et aplomb. Dommage! Alors nous nous tenons coïts quand cela est possible ou nous utilisons des expressions comme on en a entendues à lAssemblee Nationale

  5. Je pensais que cela se faisait. Lors que j’ai obtenu le poste de directeur d’école dans les années 80, j’ai été reçu par le directeur sortant, nous avons faait le tour de la bâtisse et des dossiers, et je me suis senti plus à l’aise que si je m’étais assis de suite sur une chaise qui appartenait à quelqu’un d’autre.

    Comment installer une continuité ou un semblant de continuité dans un État si on ne cherche pas à construire des ponts entre des gestionnaires, peu importe leur credo politique, qui travaillent au mieu^x-être du même État. ?

  6. A chaque jour nous avons des petits au le cœur sur le manque de savoir vivre des gens en général.

  7. Il y a d’abord l’assermentation qui se fait en deux ou trois séances, les vainqueurs ensemble, les perdants ensemble, et les minorités à part. Rien pour faciliter les relations d’autant plus que les formules d’assermentation ne sont peut-être pas les mêmes.
    Au lieu de passer chaque député séparément, on pourrait peut-être en assermenter cinq à la fois pour sauver du temps et pour réunir tous les élus dans une même assemblée, en permettant également aux non-élus d’assister à cette séance inaugurale.
    Jean Lapointe a dit : les souverainistes ne sont pas des gens fréquentables parce qu’ils veulent «briser» le Canada. M. Lapointe je suis une personne non fréquentable, je pense que le Canada veut, au contraire, briser notre nationalité en se vengeant quand il surimpose, par exemple, 650 000 Québécois sur leurs dividendes par rapport aux impôts dans les autres provinces. Il y a plein d’exemples de ce style qui font que ce ne sont pas « les gens peu fréquentables », les souverainistes qui cherchent la chicane, pour employer une expression à la mode, ce sont les anglophones des autres provinces; et là, je ne parle pas des anglophones citoyens ordinaires qui ne savent pas ce qui se passe ici depuis 1867, parce que les Québécois n’écrivent pas dans leurs journaux quotidiens.
    Dans les prochaines quatre années, nous verrons à corriger la situation et nous chercherons à mettre de l’enthousiasme dans notre projet. Personnellement, je commence le 23 mai avec une conférence sur l’économie du Québec massacré par le Canada.

  8. Chère M.Lisée, je comprends bien votre étonnement, mais il faudrait placer les choses en perspective. Je m’explique: M.Couillard est habitué de voir la population comme des patients et avec ses accolites du moment (Les 2 doc. Bolduc & Barrette), il veut montrer la(sa) voie. Je n’excuse pas la froideur que vous avez constatée, mais un docteur reste un docteur… On peut s’attendre à voir le vrai coté de l’homme, souhaitons que la suite soit plus cordiale et le climat plus conviviale.

  9. M. Lisée
    Si je vous comprends bien, vous n’êtes pas fier de mme Marois. Elle a mis des jours et des jours avant de rencontrer M. Couillard. Et sa froideur restera gravée, bien visible sur les écrans !
    Et vous osez faire la leçon, vous qui, même avant que Mme Marois ait annoncé sa retraite, vous lorgniez son poste !
    Je vous ai assez lu, je supprime mon adhésion à votre blogue !

    • Cher M. Rathé,
      Sachez que Mme Marois était prête à faire la passation des pouvoirs bien plus tôt. Le délai est entièrement attribuable à la demande de l’équipe de M. Couillard. Une demande qui a été respectée, courtoisement, tout simplement.
      Je suis extrêmement fier de Mme Marois.
      cordialement,
      JFL

    • S’il y a bien quelqu’un qui n’est pas froide, c’est bien Madame Marois. C’est quelqu’un de très chaleureux et qui à du cœur. Et son cœur est à la bonne place. Je peux en témoigner personnellement.
      À mon avis vous ne savez pas de quoi vous parlez. Savez-vous c’est facile de lancer de tel propos sur quelqu’un. À votre place je ferais le ménage dans ma propre cour avant de m’occuper de la cour des autres.
      Un peut de douceur vous ferais sûrement du bien. Bien à vous.

  10. Je crois que oui les anciens et les nouveaux détenteurs de postes devraient se rencontrer pour les membres du personnel du secteur .

  11. LE PLQ a commencé sa campagne dans les radios-poubelles… C’est tout dire. Ce sont des trublions qui marchent à l’insulte et à la grossièreté (je parle des élus, pas des sympathisants qui sont plutôt polis).

    Il y a un tel climat de violence politico-verbale au Québec… Les quéssistes ne donnent pas leur place non plus

  12. Apres 18 jours, je m’ interroge sur le vote péquiste envers le parti libéral ou laCAQ, partis fédéralistes. Quelqu’un pourrait commenter ce fait?

  13. Je pensais que cela se faisait. Lors que j’ai obtenu le poste de directeur d’école dans les années 80, j’ai été reçu par le directeur sortant, nous avons faait le tour de la bâtisse et des dossiers, et je me suis senti plus à l’aise que si je m’étais assis de suite sur une chaise qui appartenait à quelqu’un d’autre.

    Comme installer une continuité ou un semblant de continuité dans un État si on s’en préoccupe si peu ?

  14. Il pourrait effectivement y avoir plus de chaleur et de « vrai » suivi. Après tout, nous sommes peu nombreux au Québec et au fond, pas si loin des valeurs des uns et des autres. Tout le monde se connaît, ou presque. Même si le nouveau détenteur d’un ministère rêve de faire tabula rasa, il pourrait laisser la chance à son prédécesseur de saluer les membres du ministère qui ont travaillé avec lui. Puis expliquer certains dossiers nécessitant un suivi immédiat. Mais il semble qu’ici, on désire vraiment démontrer qu’on ne s’aime pas ou qu’on est à des milliers de km les uns des autres.

  15. Il ne faut quand même pas oublier que, pour les libéraux ou la plupart d’entre eux en tout cas, les souverainistes ne sont pas des gens fréquentables parce qu’ils veulent «briser» le Canada.

    Ils n’oseront pas le dire mais vous êtes considérés par beaucoup d’entre eux vous les ministres comme de véritables traîtres. Cela a déjà été dit à Ottawa.

    Pas étonnant alors que les rapports soient froids pour ne pas dire glacés.

    A ma connaissance la situation en France est différente. Les gens de gauche et les gens de droite ont quelque chose en commun: ils sont de la même république. En matière constitutionnelle ils sont du même bord. Alors qu’ ici ce n’est évidemment pas le cas.

    Je vous trouve donc un peu pas mal naïf monsieur Lisée.

    Vous vous illusionnez si vous vous attendez à ce que les nouveaux ministres libéraux acceptent vos propositions.

    On dira peut-être que j’exagère mais je ne pense pas. Il suffit de se rappeler ce que ces gens disent de nous les souverainistes pour conclure que j’ai probablement raison.

    • On pourra quand’même avoir la politesse de se rencontrer tel que ça se passen en France et sûrement dans bien d’autres pays civilisés. La haine n’a pas de la place dans un parlement, pourtant la froideur en indique le contraire.

    • Vous m’avez enlever les mots que je voulais écrire. Deux situations complètement différente en France la nation n’a pas peur de disparaître, les français n’ont pas peur pour leur langue etc.
      Voyons Mr Lisée, votre vie de couple vous influence ou vous êtes encore sur le choc!

    • Monsieur Lapointe, je ne crois pas qu’une rencontre entre un ministre sortant et un ministre élu débouche sur des propositions. Vous êtes bien naïf et peu connecté sur la réalité d’une telle rencontre. Quand j’ai rencontré mon collègue directeur, en 1982, il m’a remis les dossiers et ne s’est pas permis de me «conseiller» sur la façon de les traiter.

      Vous n’y êtes pas du tout.

  16. Encore dans ce domaine, on aurait à apprendre des Français qui ont des manières de faire tout à fait exemplaires. Pour avoir déjà vécu cette situation, ce que vous suggérez devrait être appliqué ici, la continuité de l’État passe bien avant les intérêts partisans.

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