Le futur chemin de croix vert de la CAQ (texte)

Dominic Champagne, CAQ, environnementDe la belle ouvrage. Le conseil général du virage vert de la CAQ a atteint tous ses objectifs. Il est vrai que les attentes étaient faibles, le parti n’ayant jamais démontré d’intérêt pour l’environnement.

Le premier ministre Legault  a promis qu’il réaliserait essentiellement ce que le Parti libéral avait annoncé avant lui.


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En électrification, qui était le clou de son son spectacle, son plan est en fait moins ambitieux que la politique présentée par la première ministre Pauline Marois il y a maintenant… six ans !

Mais, mais, parce que les attentes étaient faibles, et beaucoup parce que les écologistes Dominic Champagne et Karel Mayrand se sont dit satisfaits, en fait, enthousiaste, le premier ministre sort de cette opération avec un halo vert qu’on ne lui avait jamais connu.

Une comptabilité verte créatrive

C’est de la belle ouvrage car, en douce, François Legault a ouvert la porte à ce que Québec n’atteigne pas les cibles de réduction des Gaz à effet de serre de l’accord de Paris. Il avait déjà annoncé, il y a quelques mois, que ces cibles étaient inatteignables pour 2020,  compte-tenu du peu de progrès réalisées jusqu’ici. C’était vrai.

Ce qui est nouveau est qu’il prépare maintenant le terrain pour justifier que le Québec n’atteigne pas, ou du moins pas de la façon dont on l’envisage jusqu’ici, les cibles fixées pour 2030.  En déclarant avec force qu’il n’y aurait ni taxe supplémentaire sur l’essence, ni péage supplémentaire, ni bonus-malus sur les modèles de voiture,  donc aucune mesure ayant un impact suffisant pour changer vraiment les habitudes de consommation d’ici 11 ans, l’atteinte des cibles relève, non du pragmatisme, comme il le dit, mais de la pensée magique.

Le tour de passe passe est le suivant: François Legault introduit une autre base de calcul. En ce moment, sur tout le territoire de l’Amérique du nord, le Québec est l’endroit où on émet le moins de gaz à effet de serre. C’est vrai. Et c’est vrai depuis longtemps, pour la simple raison qu’on a ici de l’hydroélectricité comme source principale d’énergie, plutôt que du charbon, du pétrole, du gaz ou du nucléaire.

À partir de ce principe, on aurait pu justifier de ne rien faire en matière de réduction des GES depuis des décennies au Québec, ou simplement se donner l’objectif de rester, parmi les 60 provinces et États, celui qui émet le moins de GES par personne, ce qui est relativement facile. D’ailleurs, dans son discours au Conseil général, François Legault a pris cet engagement. « Nous resterons les premiers ». On peut le faire les mains dans les poches.

Legault a réemballé son projet d’exportation d’électricité avec du papier cadeau de couleur vert foncé. Je le cite :

 « On va se dire une chose : la plus grande contribution que pourrait faire le Québec pour sauver la planète, ça serait d’aider nos voisins à remplacer des centrales au charbon, des centrales au gaz, par de l’hydro-électricité propre. Il n’y a aucun [autre] moyen qui pourrait contribuer autant et aussi vite à lutter contre les changements climatiques. Aucun ! »

Il l’a ensuite répété en anglais.

Autrement dit, si on exporte de l’hydroélectricité, on n’a pas besoin d’être aussi sévère pour nous serrer, chez nous, la ceinture verte.

Il est allé encore plus loin pour préparer le terrain avec cette phrase. Je cite :

« Pour certains, les seules actes qui comptent sont celles qu’on prend ici, au Québec. Mais les GES n’ont pas de frontières. »

Je prévois que le gouvernement caquiste se mettra à calculer l’impact écologique positif, chez nos voisins, de l’exportation d’électricité propre, dans le calcul de réduction des Gaz à effets de serre au Québec qu’il nous promet pour l’an prochain. D’ailleurs, le premier ministre a déjà un chiffre. Les ententes en cours dit-il, permettront de réduire de 5 milliard le nombre de tonnes de GES dans le nord-est américain. 5 milliards, c’est beaucoup.

 

Pourtant, un chemin de croix

Mais est-ce que tout cela lui permettra de se présenter à l’électorat, en 2022, avec un bilan écologiste suffisant pour passer la rampe ?

Sa réponse est oui. Il a déclaré qu’il avait déjà hâte à la campagne de 2022.

Mais la vraie réponse est non. Malgré cette comptabilité écologiste créative,  la CAQ se présentera à la prochaine élection comme le gouvernement qui, à répétition, aura consciemment fait des choix qui nuisent à l’environnement. Je répète, qui nuisent.

Il aura bien sûr, on l’espère on le souhaite et on le pense, mis en œuvre plusieurs des mesures de bon sens évoquées ces derniers jours. Mais c’est autre chose qu’on retiendra.

Je suis bien placé pour en témoigner. J’étais membre d’un gouvernement qui avait sorti le Québec du nucléaire, de l’amiante, des petites centrales, qui avait mis fin à l’exploration du gaz de schiste, membre d’un gouvernement qui avait dépensé 700 millions de dollars en programmes d’économie d’énergie, annoncé un ambitieux programme d’électrification des transports et augmenté d’un milliard le financement du transport en commun.

Mais tout ce qu’on en a retenu, à l’exception de tout le reste, fut la volonté du gouvernement Marois de trouver du pétrole sur l’île d’Anticosti et le lancement de la cimenterie de Port Daniel.  Demandez au Québécois moyen ce que le gouvernement Marois a fait en matière d’environnement, c’est tout ce qu’il vous répondra : Anticosti et la cimenterie. Rien d’autre.

C’est la règle. On ne vous applaudira pas pour ce que vous avez fait pour l’environnement. On vous condamnera pour les gestes posés en sens inverse.

Or l’acte d’accusation que se prépare la CAQ est impressionnant.

Une des premières décisions du gouvernement caquiste cet automne a été d’appuyer un projet d’usine d’Urée à Bécancour, au centre du Québec, usine qui produira autant de tonnes de gaz à effet de serre que 180 000 automobiles supplémentaires sur les routes au Québec.

Ce sera le premier projet nuisible à l’environnement estampillé François Legault.

Le premier ministre a aussi donné un appui clair et net au projet Énergie Saguenay qui importera du gaz naturel des sables bitumineux albertain pour le liquéfier dans une usine au port de Saguenay puis l’exporter.

Les promoteurs affirment que leur tuyau et leur usine produiront peu ou pas de gaz à effet de serre. Le problème vient cependant de l’autre bout du tuyau, en Alberta, où la pollution est massive. Le projet approuvé par la CAQ ajoutera dans l’atmosphère l’équivalent de 2 millions de voiture de plus par an.

En fait, son impact sera trois fois pire que celui de la cimenterie de Port-Daniel. Trois fois pire.

Le gouvernement de la CAQ va plaider qu’il n’est pas responsable de la pollution créée en dehors de son territoire et qu’il ne faut donc pas le calculer. Ah, mais si c’est vrai, s’il ne faut pas additionner dans le bilan du Québec la pollution crée ailleurs par nos projets, alors il ne faut pas non plus soustraire la pollution réduite aux États-Unis grâce à nos exportations d’électricité. Il faut choisir.

Sur le projet Énergie Saguenay, la CAQ vient d’ailleurs de perdre un allié précieux. Jusqu’à récemment, le député péquiste de Jonquière, Sylvain Gaudreault, s’était gardé de dénoncer le projet, affirmant qu’il attendrait d’abord l’étude du Bureau d’audiences publiques en environnement. Mais devant l’énormité des chiffres, et malgré la popularité du projet dans sa région du Saguenay, le député Gaudreault et son parti viennent de larguer les amarres et de s’opposer franchement au projet, laissant la CAQ porter, seule, l’odieux du projet.

Mais ce n’est pas fini.

Le REM et le 3e lien

Le chemin de croix vert de la CAQ compte encore deux stations

D’abord, ses projets de prolongement du REM

La congestion dans les couronnes de Montréal est une plaie, comme sur l’île. Pour y remédier, la CAQ a promis en campagne électorale et récemment soumis à la Caisse de dépôt deux projets de prolongements du Réseau Express Métropolitain, sur la rive nord et la rive sud.

Une fois les projets déposés, ils seront soumis au Bureau d’audiences publiques sur l’environnement, le BAPE. Or on sait déjà exactement ce que le BAPE pense du REM. Il l’a dit en 2012 dans un rapport dévastateur.

Il le redira encore davantage pour les nouvelles rallonges. Il redira que le choix technologique du REM est le moins apte à réduire le nombre de voiture en circulation et les GES. Il redira que le concept est beaucoup trop couteux et que d’autres modes de transports devraient être choisis à la place. Bref, il dira que c’est le pire choix environnemental possible.

François Legault fut à l’époque de ceux qui ont rejeté du revers de la main les conclusions du BAPE. Un peu comme le maire Denis Coderre qui avait déclaré « le BAPE c’est pas le PAPE », la CAQ n’avait que faire de ces empêcheurs. C’était avant que l’environnement ne soit devenu un sujet aussi épineux.

Le BAPE donnera donc deux yeux au beurre noir, très mérités, au gouvernement caquiste sur ses projets d’extension du REM.

Reste l’étape la plus douloureuse du chemin de croix. La plus grande cicatrice à orner le bilan de la CAQ dans quatre ans aura été tracée par un projet purement politique: le troisième lien de Québec.

Il n’existe à ce jour pas la moindre étude démontrant que ce troisième lien est nécessaire et bénéfique pour réduire durablement la congestion à Québec. En fait, une étude récemment publiée sur les déplacements automobiles dans la région ne peut trouver aucune masse critique de voitures suffisamment importante pour justifier la construction de ce troisième lien.

Les libéraux avaient mis sur pied un bureau de projet qui devait se pencher, non seulement sur des scénarios, mais sur l’opportunité du projet. Normalement, avant de se lancer dans une entreprise de cette envergure, le conseil des ministres doit se prononcer sur son opportunité. Autrement dit, poser la question : en a-t-on vraiment besoin ?

Mais le gouvernement de la CAQ a décidé de sauter cette étape. Et de déclarer tout simplement que le dossier est opportun, sans devoir le justifier de quelque façon que ce soit.

François Legault s’est engagé à faire la première pelletée de terre du troisième lien avant la prochaine élection. Ce qui signifie qu’il faudra produire d’ici là les plans et devis et, précédemment, passer par la case BAPE.

Le gouvernement tentera d’écrire le mandat du BAPE sur le troisième lien de la façon la plus limitée possible. Mais les experts du BAPE en ont vu d’autres et trouvent toujours le moyen de dire les vérités qu’ils découvrent. Et ils diront l’évidence: le troisième lien, même avec un volet de transport en commun, ne pourra qu’augmenter l’émission de gaz à effet de serre. Rien ne le justifie, sauf la volonté de la CAQ de remporter des sièges à Québec.

Bref, dans chaque dossier majeur qui aura mis en opposition, d’une part l’environnement, d’autre part l’économie ou la politique, la CAQ aura sacrifié l’environnement. Leurs mesures de reconversion du mazout dans les écoles ne feront pas le poids face aux millions de tonnes de GES que leurs projets industriels et routiers vont faire pleuvoir.

Leur Anticosti et Port Daniel s’appelleront …  Usine d’urée, Énergie Saguenay, REM et, surtout, troisième lien.

C’est la croix que portera François Legault, aux prochaines élections, chaque fois qu’on abordera la question cruciale de l’environnement.

Bonne chance François


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En voici un extrait:

 



Une réflexion au sujet de « Le futur chemin de croix vert de la CAQ (texte) »

  1. Mon cher Jean-François,
    je trouve vos interventions très pertinentes. Je trouve dommage que vos interventions ne soient davantage reprises par les journalistes car il y a beaucoup de matières à réflexion.
    Un petit conseil linguistique: essayer de trouver une personne qui pourrait réviser vos textes avant publication.

    Au plaisir,

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