Les enjeux existentiels de politique internationale pour le Québec

L’extrait de mon discours du CORIM du 11 février portant sur les intérêts premiers du Québec dans le monde:

Verbatim :

La politique internationale du Québec sert, comme celle de toutes les autres nations, ses intérêts et ses valeurs.

L’intérêt premier du Québec est de constamment créer les conditions de son propre épanouissement. Pour une nation francophone qui forme 2% de la population nord-américaine, cela signifie contribuer sans relâche, sur tous les forums, avec inventivité et combativité, à un monde qui valorise la diversité culturelle et linguistique, plutôt que l’uniformité; un monde qui reconnaît aux nations la capacité de faire des choix linguistiques et culturels qui ne soient pas minés par la logique commerciale.

J’ai parlé de la Convention de l’UNESCO sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles, mais on doit savoir aussi que la loi 101 a servi d’inspiration pour défendre les langues nationales en Arménie, au Brésil, en Catalogne, en Estonie, Lettonie et Lituanie, au Pays Basque, en Pologne au Nunavut et en Chine. Autant de victoires du multilinguisme, autant de recrues dans le combat de la diversité.

L’autre intérêt premier du Québec est de préserver sa propre capacité de déterminer son destin national. Nous sommes une nation non  indépendante. Le choix de le devenir nous appartient. La lucidité – d’autres diraient la realpolitik –  nous impose un constat : plus le Québec sera fort, plus il aura les moyens d’exercer ce choix sans entraves.

Qu’est-ce que la force québécoise ? L’addition de tous ses atouts. À l’interne : sa santé démocratique et la robustesse de ses institutions, le niveau de formation de ses citoyens, son poids économique, ses ressources naturelles, la qualité de ses produits et services, de sa recherche, de son inventivité. À l’étranger : sa projection politique, économique et culturelle.

Politiquement, les alliances tissées avec les régions-phare de l’Europe — Bavière, Catalogne, Rhône-Alpes, Flandres, Wallonie — et, grâce à notre ténacité, autour de la grande table de la Francophonie politique, sont autant de pierres posées à l’édifice de notre crédibilité internationale.

Aux États-Unis, le patient travail de présence active au sein des forums des Gouverneurs de l’Est et des Grands lacs, puis dans l’alliance des États engagés dans le marché du carbone, fait de nous un interlocuteur de premier plan. Wall Street est depuis longtemps apprivoisé par les emprunteurs du Ministère des Finances et d’Hydro, dont la clientèle est appréciée et convoitée.

Certains nous reprochent d’avoir voulu que la France réitère sa position historique de « non-ingérence et non indifférence » envers le Québec. Ils présentent la chose comme un caprice de souverainistes. Jean Charest, fédéraliste, avait pourtant bien compris que le mépris affiché naguère par Nicolas Sarkozy envers cette tradition réduisait le rapport de force du Québec. Sitôt sorti de la cérémonie où le président venait de commettre cet écart, M. Charest s’empressait d’indiquer aux journalistes que la France « n’aurait d’autre choix » que d’appuyer le Québec en cas de référendum positif.

Quelle importance pour lui, pro-canadien ? La même que pour le ministre John Baird, qui s’est invité à Paris une semaine avant notre venue l’automne dernier pour tenter d’influencer la décision, la même que pour l’ambassade canadienne qui fut assez insistante, nous disent nos amis français, pour prévenir en vain l’Élysée et Matignon que cette formule n’était pas opportune.

Elle donne au Québec un surplus de rapport de force, référendum ou pas. Que l’on sache, à Ottawa, Washington et ailleurs, que la France, quatrième puissance mondiale, se tiendra aux côtés du Québec quoi qu’il arrive confère à la nation québécoise, immédiatement et en permanence, un intangible mais significatif supplément de tonus.

Tout cela s’additionne. Tout cela concourt au rapport de force du Québec. Il y en a que cela inquiète. C’est probablement bon signe…



9 réflexions au sujet de « Les enjeux existentiels de politique internationale pour le Québec »

  1. Avant de songer à prendre notre place à l’internationale, ne vaudrait-il pas mieux commencer par récupérer la nôtre ici?

  2. Écoutez Lisée : ce n’est pas l’anglais mais le francais qui est en danger à Montréal. Pour défendre l’anglais, faites vous élire dans Westmount.

  3. Arrêtons de rechercher l’approbation de tout le monde avant d’agir dans le sens des intérêts du Québec. Les temps ont changé depuis De Gaulle… C’est maintenant la globalisation capitaliste et en contre partie, l’individualisme national et le protectionnisme politique et social qui semblent tirer les ficelles… mais, je ne suis pas spécialiste en géopolitique internationale.

    • Comme vous, je ne suis pas spécialiste. J’adhère à vos propos. Nous sommes dans une période de « chacun pour soi » et je fais les poches des autres pour m’enrichir.

    • On dirait un commentateur de hockey qui vient d’avaler une pastille de menthe pour masquer l’odeur de la cigarette. Il y a mieux en stock sinon il y a de bons photographes au Québec.

  4. M. Beaubien,
    N’oubliez pas que la France n’est pas un état fédéral, et il est très difficile pour les français de concevoir que le permis de conduire ou le certificat de naissance soit de juridiction provinciale. Je n’ai jamais vu en France de police municipale, les policiers font partie de la police nationale. La France est un état centralisé, et pour eux fédéralisme = fédéralisme européen, donc quelque chose de positif.

    Mais comme il est question ici de politique internationale, permettez-moi de vous parler de ce qui est selon moi le plus important présentement: l’émergence d’un droit commercial international, qui est en voie d’avoir plus d’importance que le droit national ou provincial. Les traités qu’on envisage de signer comme le libre-échange avec l’Europe ou le partenariat transpacifique, contiennent forcément des clauses d’arbitration des litiges commerciaux permettant a des sociétés de poursuivre les gouvernements. Les montants très élevés réclamés dans de telles poursuites risquent de rendre caduques des lois votées par des gouvernements démocratiquements élus. L’enjeu est de taille: nous risquons de perdre le contrôle de notre développement économique, au profit d’un laissez-faire capitaliste global,.

    • Cher Monsieur Lefebvre. Il semble que vous ne souhaitez pas que les français comprennent la différence du Québec. Pour les policiers municipaux, il a fort longtemps qu’il y en a et bien armés dans toutes les municipalités. Le gendarme à képi, poli, qui s’adressait au citoyen français en faisant le salut militaire et claquant les talons et lançant un « bonjour Monsieur » fort sympathique, est aussi révolu. Aujourd’hui on se la joue « flic » américain: on vous jette par terre en hurlant « mets tes mains sur la tête connard » comme si les insultes pouvaient rendent les arrestations plus humaines .
      Vous semblez oublier ou ignorer que les régions, les départements et les municipalités acquièrent, tous les jours, davantage de pouvoir dans la gestion des deniers publics au détriment du pouvoir central. Le jacobinisme c’est fini depuis longtemps. La France se tourne vers l’exemple de l’Allemagne et ses « Landers ».
      Les élus du parlement Européen de Strasbourg et L’Europe « exécutive » des fonctionnaires de l’Union Européenne de Bruxelles, se dirigent vers un « new Deal » avec une diminution et une standardisation des pouvoirs étatiques qui feront que vous ne pourrez plus vous adresser à la France comme c’est le cas maintenant, vous devrez passer par une Europe aux portes fermées. Le mot d’ordre est « protectionnisme » pour contrer les asiatiques, les indiens et bientôt les américains incluant le Canada et le Québec. Un certain « maccarthisme » se met en place pour éliminer ceux qui ne veulent pas se plier aux diktats de la conformité sacro-sainte Européenne.
      L’avenir du Québec c’est de traiter avec les régions comme Lyon le fait avec Montréal depuis plus de 20 ans en dehors de toutes interventions de nos élus provinciaux ou fédéraux qui tentent de récupérer les auras de cette bonne entente initiée en dehors de leurs programmes gouvernementaux.
      Ah je viens de voir passer la police municipale. Elle traque les « Roms » qui font les poubelles…

  5. Monsieur le Ministre. Ne rêvons pas au sujet des français même si un vent de gauche mène le pays depuis mai dernier et que la girouette à changé de direction, la position du Président Hollande est la même : Amitié et cousinage. Ce n’est pas de la diplomatie affirmée.

    Vous avez vu le coup de force de Sarkozy sur TV 5. Le Canada et le Québec payent 15 millions de dollars pour TV 5 Monde. et la France ZERO pour TV 5 Québec.
    Ca ressemble à un recule. Ne rêvons pas, le « Vive le Québec libre » de de Gaulle est loin dernière nous, 1967. Il faut prendre les choses en main et parler directement au peuple français par des expositions d’information sur le Québec. Cela c’est déjà pratiqué et ça été payant. j’en sais quelque chose, je l’ai fait. Une semaine, une quinzaine, un mois du Québec avec une exposition d’information, des chanteurs, des artistes visuels, des festivals de cinéma. La joie de voir des drapeaux du Québec sans la feuille d’érable à côté pour faire désordre. Approcher le peuple, les petits élus, c’est convaincre les politiques. Vous allez me dire « pas d’argent ». Détrompez-vous, les mairies, les centres commerciaux sont prêts à payer pour avoir une semaine du Québec. Les « Centre Leclerc » dans leurs vastes espaces d’accueil en Bretagne ont accueilli l’exposition d’information sur le Québec gérée par la Délégation Générale avec, en suppléments, des expos photo, de peintures, un petit festival de cinéma, résultat : Des milliers de français ont compris la différence Québec Canada grâce à cette visibilité aujourd’hui disparue. Pour vous sensibiliser à notre état d’éloignement, actuellement je suis en bagarre avec les fonctionnaires français qui ne comprennent pas que l’état civil relève du Québec et que le Canada ne peut pas délivrer de certificat de naissance. Les policiers lors d’une contrôle veulent voir un permis de conduire canadien. On m’a souvent demandé un document du Ministère de l’éducation du Canada… La liste est longue.

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