Les propositions du Parti Québécois en immigration : Pour passer vraiment de l’échec au succès

Voici les propositions que nous avons rendu publiques aujourd’hui.


Prologue : des constats douloureux

On ne peut sérieusement faire de proposition de réforme de l’immigration sans faire un énorme constat d’échec de la politique menée depuis 15 ans par les gouvernements libéraux. En cette période préélectorale, on ne peut non plus passer sous silence le danger que représentent les propositions avancées par la Coalition Avenir Québec.

Nous allons d’abord revenir rapidement sur ces constats avant d’exposer nos propositions, réalistes et pragmatiques.

Parti libéral du Québec
Depuis 15 ans, la politique d’immigration libérale est un échec complet 

Échec à adapter la sélection des immigrants pour répondre intelligemment à une pénurie de main-d’œuvre prévisible et prévue depuis longtemps par tous les démographes;

Échec à reconnaître les diplômes et les acquis des nouveaux Québécois pour assurer leur succès d’intégration, entraînant des taux de chômage indécents parmi ceux-ci;

Échec à sélectionner des candidats à l’immigration qui connaissent le français : l’objectif gouvernemental libéral est de n’avoir que 15 % des travailleurs qualifiés ignorant le français. Le dernier décompte en 2017 montre qu’environ 40 % (37,2 %) des travailleurs qualifiés l’ignorent;

Pour l’immigration totale (toutes catégories), seulement 42 % connaissent le français en 2017;

Échec à franciser les nouveaux arrivants : seulement 40 % des immigrants ignorant le français suivent des cours de francisation; parmi eux, selon la vérificatrice générale, 90 % échouent à leurs tests;

Échec à régionaliser l’immigration : après avoir fermé les bureaux régionaux d’immigration, toutes les cibles de régionalisation ont été ratées, 95 % des nouveaux arrivants s’installant à Montréal ou à Québec;

Échec à favoriser vraiment l’intégration : depuis plus d’un an, le PLQ refuse les propositions du Parti Québécois aussi simples que des projets pilotes de CV anonymes qui augmentent pourtant significativement les chances d’obtenir une entrevue d’embauche ou l’interdiction de l’obligation d’expérience locale de travail pour une entrevue d’embauche lorsqu’il y a une expérience étrangère de travail dans le même domaine;

Échec à retenir les nouveaux arrivants : selon l’Institut du Québec, sur 53 250 immigrants reçus en 2016, 20 000 (37 %) ont quitté le Québec.

En 2014, 43 %; ont quitté. 28 612 sont restés sur un total de 50 292 immigrants.
En 2015, 45 % ont quitté. 27 199 sont restés sur un total de 48 981 immigrants.
En 2016 : 37 % ont quitté. 33 582 sont restés sur un total de 53 254 immigrants.
En 2017 : 29 % ont quitté. 37 140 sont restés sur un total de 52 388 immigrants.

Échec à établir une cible crédible : il en découle que les cibles théoriques fixées par les libéraux (50 à 55 000 par an) ou par la CAQ (40 000 par an) sont complètement coupées du réel et n’ont aucun rapport avec une politique d’immigration assurant le succès des nouveaux arrivants, du français et des besoins de main-d’œuvre.
Parti Québécois 
Des propositions concrètes, applicables immédiatement, vers de vrais succès

  • Une vraie politique de succès de l’immigration doit aujourd’hui répondre à plusieurs objectifs simples :
  1. Répondre directement aux pénuries d’emplois en choisissant, parmi les candidats à l’immigration, ceux qui peuvent immédiatement combler les besoins, là où ils se situent, notamment en région et correctement évaluer leurs diplômes et leurs acquis;
  2. S’assurer que les candidats disposent, avant d’arriver, d’une connaissance suffisante du français pour s’intégrer immédiatement dans leur emploi, leur quartier, leur société d’accueil;
  3. Bien vérifier, au point d’entrée, que les valeurs des candidats sont compatibles avec les valeurs et les lois québécoises et renforcer cette connaissance par la suite;
  4. Ne compter que sur les outils actuellement disponibles pour le gouvernement du Québec pour ne rien proposer qui suppose l’accord d’Ottawa.

1) Répondre directement aux pénuries d’emplois 

  • Une voie express pour les offres d’emploi validées

De loin, le meilleur filtre pour choisir un futur employé venu de l’étranger est l’employeur, qu’il soit privé, public, coopératif ou institutionnel.

En ce moment, les employeurs embauchent ces travailleurs de façon temporaire puis, une fois au Québec, ils disposent d’une voie rapide pour obtenir leur Certificat de sélection grâce au Programme de l’expérience québécoise (PEQ). Le même processus s’applique aux étudiants étrangers qui souhaitent rester au Québec. Dans les deux cas, ils doivent démontrer une connaissance intermédiaire du français au point d’entrée.

Un gouvernement du Parti Québécois généralisera cette pratique gagnante qui a fait ses preuves. Mais il ira plus loin. Dans les secteurs et les régions où l’on observe une pénurie d’emplois, une majorité de régions actuellement, l’existence d’une offre d’emploi validée liant employeur et candidat mettra également son dossier dans une voie express d’approbation et de vérification des autres critères, notamment linguistiques.

La généralisation de cette voie rapide incitera les employeurs à augmenter leurs rapports directs avec des candidats potentiels à l’immigration (foires d’emploi à l’étranger, appels de candidatures sectoriels et régionaux, etc.) suscitant ainsi une nette augmentation de la proportion des immigrants qui auront, au point d’entrée, la clé du succès, c’est-à-dire un emploi rémunérateur.

  • Une jonction entre les candidats potentiels et les employeurs

Les dossiers des autres candidats à l’immigration économique qui ont des compétences ou une expérience de travail dans les champs d’emploi populaire au Québec seront rendus disponibles (lorsque les candidats l’autorisent) aux employeurs québécois qui pourront entrer en contact avec eux pour discuter d’offres d’emploi. Le cas échéant, ils seront mis sur la voie rapide.

  • Une prime aux candidats qui s’installent en région

Actuellement, les candidats à l’immigration économique doivent remplir une grille qui leur donne des points qui varient selon leur niveau scolaire, leur expérience de travail, leur connaissance linguistique, etc. Sur un total de 99 points pour une personne seule et 116 pour une personne avec un conjoint, il n’y a que deux points de différence entre le candidat qui veut s’installer en région et celui qui souhaite habiter la région de Montréal. En ce moment, 95 % des nouveaux arrivants s’installent à Montréal ou à Québec.

Un gouvernement du Parti Québécois élargirait considérablement cet écart, donnant deux fois plus de points aux candidats s’engageant à s’établir en région qu’à ceux voulant s’établir dans la métropole.

De même, des candidats qui n’ont pas d’offres d’emploi mais qui s’engagent, dans un document signé, à s’établir en région, obtiendront davantage de points que celui qui ne le fait pas.

  • Le rétablissement des bureaux régionaux du ministère de l’Immigration

On sous-estime l’impact du travail de démolition effectué par le gouvernement de Philippe Couillard dans les services et les institutions régionales depuis son élection. On retrouve, parmi les plus absurdes, la fermeture des bureaux régionaux d’immigration, alors même que les besoins régionaux en maind’œuvre devenaient criants.

Ainsi abandonnés, les acteurs locaux et régionaux se sont substitués à l’action du ministère et ont entrepris leurs propres démarches d’attraction et d’intégration.

Un gouvernement du Parti Québécois rétablira les bureaux régionaux du ministère de l’Immigration, mais en les intégrant étroitement aux initiatives locales et régionales qui se sont structurées ces dernières années pour en maximiser l’efficacité. Cela permettra notamment d’accroître la décentralisation dans les régions en matière d’immigration et de donner plus de pouvoirs aux décideurs régionaux.

  • Inciter les Montréalais d’origine étrangère qui le désirent à s’installer en région

Le programme « Un emploi en sol québécois », mené par la Fédération des chambres de commerce du Québec, a permis à des centaines de Montréalais d’origine étrangère de trouver un emploi et un avenir en région québécoise.

Un gouvernement du Parti Québécois étendra ce programme aux trois régions qui n’y ont pas accès (Bas-Saint-Laurent, Gaspésie, Côte-Nord), et le rendra permanent. « Un emploi en sol québécois » a donné d’excellents résultats. Uniquement pour le projet pilote, ce sont 2 500 emplois rendus disponibles parmi plus de 260 entreprises régionales participantes.

  • Enfin, bien reconnaître les diplômes et les acquis

L’incapacité du gouvernement québécois de correctement reconnaître les diplômes et les acquis des Québécois d’adoption est un scandale permanent.

Un gouvernement du Parti Québécois mettra en place un processus indépendant, certifié et reconnu, de validation des compétences et des diplômes acquis à l’étranger par la création d’un guichet unique de traitement au sein du ministère de l’Immigration qui en assurera l’application en collaboration avec l’Office des professions du Québec et le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur.

La délivrance d’une attestation de qualification québécoise ne devra pas excéder un an et une évaluation préliminaire devra pouvoir être émise au candidat à l’immigration pour qu’il puisse juger, au moment de sa candidature, de la valeur québécoise de son diplôme et du parcours de mise à niveau qu’il doit accomplir pour obtenir une équivalence, lorsque c’est le cas.

Le gouvernement offrira une aide financière remboursable pour les immigrants diplômés qui sont en formation ou en stage de mise à niveau de leurs compétences pour leur permettre de se concentrer sur cette tâche et de pouvoir ainsi offrir rapidement leur plein potentiel à la société québécoise.

Le plus important groupe de nouveaux Québécois disposant d’un diplôme provient d’Afrique du Nord. Il est urgent de reconnaître leurs formations en négociant, notamment avec la Tunisie, le Maroc et l’Algérie, des ententes de reconnaissance réciproque des compétences professionnelles, comme il en existe désormais 92 avec la France.

Par ailleurs, le gouvernement du Parti Québécois agira dans la première année de son mandat pour adopter des mesures robustes en faveur de l’intégration et contre la discrimination, détaillées dans son projet de loi n° 998 : Loi visant principalement à faciliter l’accès au marché du travail aux personnes qui font partie d’une minorité visible en raison de leur origine ethnique ou de la couleur de leur peau et à lutter contre la discrimination et le racisme.

  • Des diplômes dont nous connaissons la qualité : les nôtres

Aucun creuset d’intégration n’est plus porteur que la vie étudiante. L’attraction et surtout la rétention d’étudiants étrangers francophones (langue première ou seconde) sur le territoire offrent une opportunité exceptionnelle à la métropole, à la capitale et aux régions la capacité de générer, sur place, des cohortes de diplômés de haut niveau dont l’intégration est déjà entreprise et dont la valeur des diplômes est indubitable.

Un gouvernement du Parti Québécois maximisera la présence au Québec d’étudiants étrangers dans les filières d’emploi dont le Québec a besoin, notamment en région. Afin de favoriser leur rétention au Québec après leurs études, nous leur offrirons de rembourser sur quelques années les frais de scolarité supplémentaires qu’ils ont payés comme étudiant étranger, s’ils travaillent sur le territoire. Ce remboursement sera modulé de façon à être plus généreux pour les étudiants s’établissant en région.

 

  • Une évaluation réaliste, flexible, et dépolitisée des seuils d’immigration nécessaires

Nous l’avons mentionné plus haut, la fixation de seuils d’immigration exagérément optimistes par les libéraux a conduit à un gaspillage éhonté de temps et d’argent pour les candidats à l’immigration et pour le Québec, conduisant au départ hors de nos frontières pour près de la moitié des candidats sélectionnés et provoquant chez les nouveaux Québécois un taux de chômage honteux. La fixation des seuils de 50 à 55 000 immigrants par an est donc un échec. La proposition de la CAQ de fixer le chiffre fictif de 40 000 immigrants par an ne repose sur rien de concret.

Plutôt que faire de la numérologie, il est plus utile d’admettre que le chiffre idéal est celui du succès de chaque parcours d’immigrant, et non celui d’un seuil arbitraire et trompeur.

L’objectif d’un gouvernement du Parti Québécois sera de maximiser le nombre de candidats à l’immigration qui sont en contact direct avec un employeur et qui détiennent une offre d’emploi valide ainsi que les étudiants étrangers formés dans nos cégeps et nos universités.

Au-delà de ces mesures les plus porteuses de succès pour les nouveaux venus, un gouvernement du Parti Québécois confiera au vérificateur général, assisté par l’Institut de la statistique du Québec ainsi que par des experts en démographie, en emploi et en intégration, le mandat de recommander, d’une part, le nombre d’immigrants dont on peut raisonnablement assurer l’intégration et le succès, compte tenu de l’effort public actuellement engagé, et d’évaluer, d’autre part, les seuils et les investissements optimaux pour l’atteinte d’objectifs démographiques et de main-d’œuvre mesurables.

C’est sur la base de ces recommandations que le gouvernement proposera et adoptera les seuils d’immigration du Québec pour les années à venir.

2) S’assurer que les immigrants ont une bonne connaissance du français au point d’entrée

Il est illusoire de croire que l’augmentation des budgets en francisation va faire disparaître comme par magie un taux d’échec de 90 % et un taux de départ du Québec de 40 à 50 % des immigrants qui viennent chez nous pour découvrir qu’ils n’ont ni la compétence linguistique nécessaire à l’intégration, ni parfois l’envie de l’acquérir, préférant s’installer ailleurs. Le gaspillage d’argent et de temps, pour la société québécoise et pour l’immigrant, est un immense gâchis.

Plusieurs pays européens ont une solution à ce problème : s’assurer que les immigrants connaissent la langue nationale au point d’entrée, et donc, avant d’arriver.

En date de 2013, 17 pays de la zone européenne sur 27, donc 63 %, réclamaient la connaissance de leur langue nationale avant l’entrée dans leur pays (cela exclut bien sûr les réfugiés et les demandeurs d’asile). Un chiffre en augmentation constante depuis le début du siècle.

Parmi les grands pays qui ont adopté cette politique, on retrouve :

Les Pays-Bas, depuis 2006;
L’Allemagne, depuis 2008;
Le Royaume-Uni et l’Autriche, depuis 2011;

On peut penser qu’il est relativement facile d’apprendre l’anglais dans le monde, pour pouvoir s’installer au Royaume-Uni ou en Irlande, où cette politique est également en vigueur, plutôt que le français. Mais que dire alors de l’Allemagne et des Pays-Bas, dont les langues sont plus difficiles et moins courantes que le français?

  • Quel niveau de connaissance du français sera requis au point d’entrée?

Le Québec de 2018 est en demande de main-d’œuvre de toutes les catégories : pour la restauration rapide en Abitibi comme pour des soudeurs sur la Côte-Nord, des plombiers, des infirmières spécialisées, des informaticiens, etc., sur tout le territoire.

La connaissance du français requise au point d’entrée variera selon le type d’emploi à pourvoir. Aucun travailleur qualifié ni aucun conjoint ne sera admis s’il ne présente aucune connaissance du français.

Il y aura plusieurs cas de figure : les candidats qui répondent à une demande d’emploi valide requérant un niveau de débutant pourront se qualifier s’ils réussissent un test de ce niveau. Les candidats détenant une demande d’emploi valide pour des tâches plus complexes devront démontrer leur connaissance intermédiaire ou avancée.

Les candidats qui ne répondent pas à une demande d’emploi devront satisfaire le niveau de français requis par le type d’emploi qu’ils recherchent, sachant que plus leur niveau de français est élevé, plus grandes seront leurs chances d’être sélectionnés.

En ce qui concerne les réfugiés, il n’est évidemment pas question de demander à des gens qui fuient les bombes de suivre des cours avant d’atterrir chez nous. Dans leur cas, on leur donnera des cours de français rémunérés obligatoires lors de leur arrivée, préalables à leur entrée sur le marché du travail. La francisation sera donc assurée dès leurs premiers mois sur notre sol.

  • Une idée fausse : il n’y a pas assez de francophones pour combler les besoins du Québec

On entend souvent cet argument. Exiger une connaissance du français au point d’entrée réduirait le bassin de recrutement à la France, la Belgique, au Maghreb et à l’Afrique francophone. C’est tout simplement faux.

Selon la dernière estimation de l’Organisation internationale de la Francophonie, on trouve dans le monde, en additionnant ceux pour qui le français est la langue première et ceux pour qui elle est une langue seconde, pas moins de 274 millions de francophones!

Voici le nombre de personnes, par pays non francophones de l’OCDE, qui parlent le français et qui pourraient immigrer au Québec sans aucune difficulté en démontrant une connaissance suffisante du français :

Allemagne : 12,0 millions
Royaume-Uni : 10,5 millions
Italie :  9,4 millions
Espagne;  5,0 millions
Pays-Bas :  3,6 millions
Canada anglais :  2,8 millions
Portugal :  2,4 millions
États-Unis :  2,1 millions
Suède :  1,1 million
Pologne :  1,0 million
Autriche :  1,0 million
Irlande :       590 000
Finlande :       510 000
Danemark :       436 000
Norvège :       325 000
Israël :       300 000

Il est intéressant de noter que la proportion de Portugais (23 %), de Hollandais (21 %), de Britanniques (16 %) et d’Allemands (14 %) qui parlent le français est supérieure au nombre de Canadiens hors Québec qui le parlent (10 %). Sans compter, évidemment, les 63 millions de Français, les 8 millions de Belges et les 117 millions de francophones d’Afrique. On trouve aussi des concentrations importantes au Vietnam (650 000), en Thaïlande (556 000) et ailleurs. Aux États-Unis, chaque année, 1,3 million d’étudiants l’apprennent au secondaire et 216 000 l’apprennent aux études supérieures.

En Asie, entre 2009 et 2013, le nombre de gens apprenant le français seulement dans l’offre des Alliances Françaises a augmenté d’un million! Le nombre de Chinois et d’Indiens qui apprennent le français au secondaire et aux études supérieures est faible, mais en croissance marquée. L’attrait des études supérieures en France (35 000 jeunes Chinois y étudient) et la présence de plus en plus forte de ces deux pays en Afrique francophone sont les moteurs de ce regain.

Témoin de cette tendance il y a 20 ans, 32 universités chinoises enseignaient le français. En 2014, on en comptait 142!

En janvier dernier, le président français Emmanuel Macron s’exprimait comme suit devant des étudiants chinois :

« Le français est un atout pour l’avenir. C’est aujourd’hui la cinquième langue la plus parlée au monde, la quatrième langue d’Internet, la troisième langue des affaires, la deuxième langue la plus apprise dans le monde qui sera parlée par plus de 700 millions de personnes au milieu du siècle. »

Et c’est sans compter le réseau de près de 500 lycées français qui accueillent près de 350 000 élèves dans 137 pays. Le taux de succès au baccalauréat français y est de 97 %. Il y a là un terreau de recrutement de grande qualité pour le Québec.

Pour l’ensemble des candidats à l’immigration d’Amérique latine, la proximité entre l’espagnol et le français fait en sorte qu’un soudeur résidant à Buenos Aires ou à Santiago, motivé à immigrer au Québec, pourra obtenir une connaissance suffisante du français en quelques mois.

Lorsqu’on connaît ces chiffres, comment prétendre sérieusement que le Québec ne pourrait pas trouver, chaque année, quelques dizaines de milliers d’immigrants connaissant le français au point d’entrée?

  • Une idée fausse : l’apprentissage du français avant l’arrivée au Québec est inaccessible

Plusieurs ententes ont été conclues partout dans le monde avec des écoles de langues reconnues par le ministère de l’Immigration (MIDI), principalement avec des Alliances Françaises locales.

Les écoles partenaires du ministère disposent de nombreuses ressources documentaires portant sur le Québec. En suivant une formation en français langue seconde chez un partenaire du ministère, les futurs immigrants pourront même se familiariser avec la société québécoise.

La liste inclut plus de 150 écoles de langues réparties sur une quarantaine de pays, en Asie, en Amérique latine, en Amérique du Nord, en Europe et en Afrique. Plusieurs nouvelles ententes sont déjà envisagées avec de nombreux pays. Un gouvernement du Parti Québécois continuera d’augmenter ces ententes pour faciliter l’apprentissage de la langue française à tous ceux et celles qui souhaitent immigrer au Québec.

De plus, un fait peu connu : le ministère de l’Immigration rembourse jusqu’à 1 500 $ de cours de français à un candidat étranger qui a réussi son diplôme et obtenu son Certificat de sélection. Une offre qui serait maintenue et publicisée par un gouvernement du Parti Québécois.

  • Une idée fausse : réclamer le français au point d’entrée nous privera de spécialistes

Ces exceptions existent déjà. Dans le cadre de la Stratégie en matière de compétences mondiales, les entreprises, les institutions et les universités qui ont besoin d’une main-d’œuvre à compétence unique et spécialisée peuvent leur faire délivrer un permis temporaire de travail de quelques années pour une personne ne connaissant que l’anglais.

Le Parti Québécois maintiendra ces exceptions, comme celles qui prévalent pour les immigrants investisseurs. Cependant, si ces salariés temporaires souhaitent ensuite s’établir au Québec pour devenir résidents permanents, ils devront démontrer une connaissance suffisante du français pour obtenir leur Certificat de sélection du Québec.

 

3) Bien vérifier, au point d’entrée, que les candidats à l’immigration s’engagent à respecter les valeurs et les lois québécoises

La CAQ a lancé un débat absurde sur un « test des valeurs » qu’elle voudrait faire passer aux candidats à l’immigration trois ou quatre ans après leur arrivée sur le territoire. Faute de quoi la personne se verrait refuser son Certificat de sélection du Québec et deviendrait « sans papier », donc sujette à l’expulsion par le Canada. On a vu que cette proposition est inapplicable est néfaste.

La CAQ a entretenu la confusion entre ce test et les examens que doivent passer au Canada et ailleurs les résidents permanents qui veulent obtenir leur citoyenneté. Ces tests existent et sont parfois très exigeants, mais en aucun cas les personnes qui échouent à un test ne sont considérées comme « sans papier » ou reconduites à la frontière. Ils demeurent résidents permanents avec tous les droits et les devoirs d’un citoyen, sauf ceux de pouvoir voter, de se présenter aux élections et quelques autres attributs de la citoyenneté. Dans la plupart des cas, leurs enfants nés au pays en sont automatiquement citoyens. On est donc loin des dérives de la CAQ.

Le fait est que le Québec oblige depuis plusieurs années tous les candidats à l’immigration adultes à signer une déclaration des valeurs. Cette signature est obligatoire pour que la demande soit valide. Voici le document :

 

 

Difficile de voir ce que la CAQ lui reproche. Ces dernières semaines, on a signalé qu’il n’y est pas question des droits des LGBTQ+. Cet ajout nous semble approprié. Lorsque le gouvernement du Parti Québécois aura inscrit dans la loi l’interdiction de signes de conviction pour les personnes en autorité (juges, policiers, gardiens de prison et futurs éducateurs en garderies installées et enseignants du primaire et du secondaire), ces précisions seront ajoutées, pour bien informer les candidats intéressés par ces fonctions des règles qui s’y appliquent.

  • Des cours de familiarisation au Québec, une cérémonie officielle de bienvenue

Dans la première année de l’installation des nouveaux arrivants, ceux-ci seront tenus de suivre un certain nombre de demi-journées de cours de familiarisation avec le Québec. Ils en auront pris l’engagement dans leur dossier de candidature. Les employeurs qui ont délivré une offre d’emploi auront pris l’engagement de dégager leurs nouveaux salariés pour ces demi-journées, sans réduire leur rémunération.

Les cours permettront aux nouveaux Québécois de mieux apprivoiser les droits et les devoirs, le fonctionnement des services, de la justice et de la démocratie québécoise, ainsi que d’acquérir des rudiments d’histoire et de culture québécoises. Les cours, obligatoires, pourront comporter des travaux accompagnant l’apprentissage, mais il n’y aura pas de notes ou d’examens.

À la fin de la période de cours, les nouveaux arrivants seront invités à une cérémonie officielle leur souhaitant la bienvenue au Québec, organisée par le gouvernement québécois, en présence de députés ou de représentants des élus locaux.

4. Ne compter que sur les outils actuellement disponibles pour le gouvernement du Québec, donc ne rien proposer d’urgent qui suppose l’accord d’Ottawa

Il est parfaitement illusoire de concevoir, en 2018, une politique d’immigration québécoise en se fiant à la bonne volonté du gouvernement fédéral. Les impératifs de la pénurie de main-d’œuvre, des besoins des régions pour l’attraction d’étudiants étrangers, et de mesures fortes pour freiner le déclin du français dans la métropole, ne peuvent dépendre que du bon vouloir des partis fédéraux dont l’idéologie multiculturaliste est réfractaire à la différence québécoise et qui, de plus, s’affronteront à l’élection fédérale de 2019, rendant toute négociation sérieuse impossible.

Il serait évidemment préférable que le Québec puisse avoir davantage son mot à dire sur les critères du regroupement familial, notamment sur les exigences linguistiques pour les personnes en âge de travailler. Il serait évidemment préférable que le Québec demande officiellement la suspension de l’Entente entre le Canada et les États-Unis sur les tiers pays sûrs, pour que cesse enfin le passage honteux de milliers de demandeurs d’asile par des entrées irrégulières, une demande que fera un gouvernement du Parti Québécois. Il serait préférable que le Québec dispose de la totalité de ses pouvoirs en matière d’immigration, notamment pour faciliter l’émission des visas qui bloquent souvent à Ottawa pour des raisons étranges. Il serait finalement préférable que le Québec soit indépendant, pour mettre fin une fois pour toutes au malentendu permanent d’immigrés qui viennent au Canada et qui sont surpris d’y découvrir une nation francophone.

Mais le programme du Parti Québécois pour son premier mandat en matière d’immigration évite complètement l’écueil fédéral. Ses mesures sont applicables immédiatement et changent complètement la donne pour l’emploi, pour les régions et pour le français.

 

i Dans un rapport de 2011, donc huit ans après l’élection des Libéraux, le Vérificateur Général notait l’énorme retard du Québec par rapport aux autres nations dans l’efficacité de la sélection en fonction des compétences et notait : « • Seulement 9 p. cent des candidats sélectionnés présentaient un profil répondant aux exigences dans les domaines de formation privilégiés par le Québec . »

iiii Y compris, dès 2000, dans le livre Sortie de Secours – Comment échapper au déclin du Québec (Boréal), de l’actuel chef du Parti québécois.

iii http://www.midi.gouv.qc.ca/publications/fr/recherches-statistiques/BulletinStatistique-2017trimestre3  ImmigrationQuebec.pdf p.8

iv http://www.vgq.gouv.qc.ca/fr/fr_publications/fr_rapport-annuel/fr_2017-2018-Automne/fr_Rapport2017-2018- AUTOMNE_chap04.pdf

v indiquer la source

vi

vii On peut le consulter ici : Loi visant principalement à faciliter l’accès au marché du travail aux personnes qui font partie d’une minorité visible en raison de leur origine ethnique ou de la couleur de leur peau et à lutter contre la discrimination et le racisme

viii Tiré du rapport final sur la 3e enquête du Conseil de l’Europe : l’intégration linguistique des migrants adultes : Politique et pratique https://rm.coe.int/CoERMPublicCommonSearchServices/DisplayDCTMContent?documentId=09000016802fc3b2

ix https://www.francophonie.org/Estimation-des-francophones.html

xx Toutes ces données tirées du Rapport 2014 de l’OIF : https://www.francophonie.org/Langue-Francaise-2014/projet/Rapport-OIF-2014.pdf

xixi Voir ici : https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/services-aux-citoyens/preparer-son-expatriation/scolarite-en- francais/article/agence-pour-l-enseignement-francais-a-l-etranger-aefe

xii Voir ici : http://www.immigration-quebec.gouv.qc.ca/fr/employeurs/embaucher-temporaire/talents- mondiaux/index.html

 



18 réflexions au sujet de « Les propositions du Parti Québécois en immigration : Pour passer vraiment de l’échec au succès »

  1. Je suppose qu’il existera un résumé de cette excellente politique du genre « cette politique en cinq minutes » que l’on pourrait retrouver dans le Journal de Montréal.

  2. Cette proposition est bien pensée et bien écrite. Bravo à ceux/celles qui l’ont réalisée. Elle très supérieure aux discours de la CAQ / PLQ.

    Le présent commentaire veut souligner deux éléments majeurs d’une politique de main-d’oeuvre/immigration.

    Le premier élément porte sur la prémisse que les besoins en main-d’oeuvre entraînent nécessairement une immigration massive; ce que veut faire croire le discours officiel de notre élite économique.
    À cet égard, l’exemple de l’Allemagne d’après-guerre est pertinent.
    L’Allemagne d’après-guerre faisait face à des besoins massifs de main-d’oeuvre. Son approche(réussie) a été d’émettre massivement des permis de travail valables pour de longues durées. L’obtention subséquente de la citoyenneté étant un privilège soumis à des critères stricts. Cette approche permettrait une planification à long terme qui éviterait l’immigration massive désordonnée actuelle.

    Un second facteur à considérer est la tendance à la robotisation croissante qui va changer la nature du travail et réduire les besoins en main-d’oeuvre non spécialisée. C’est la voie privilégiée par le Japon qui fait face à une population en décroissance et vieillissante. Il faut voir leurs vidéos montrant que ce que des robots peuvent faire. Une politique complémentaire favorisant la robotisation dans les entreprises est nécessaire
    En conclusion, la politique d’immigration doit s’insérer dans une politique de main-d’oeuvre qui tient compte des deux éléments mentionnés dans ce commentaire.

  3. Je m’inquiète des délais pour accueillir des immigrants francophones diplômés prêt au travail.
    En mois ou année s-v-p. Un État qui promet à des immigrants de les accueillir doit le faire dans des délais raisonnables. Pour moi ce délais est de 6 mois. Avons-nous assez de fonctionnaires pour atteindre ces cibles? Je me suis faits raconter des histoires d’horreur à ce sujet.

  4. Et bien Bravo Jean-François

    Un document complet qui mérite d’être largement diffusé.

    Tout ce qui manque c’est un front de boeuf, une arrogance pour dénoncer la fragilité de la proposition de la CAQ, un verbe coloré pour montrer que nous mettons nos gants de boxe.

    La table sera bientôt mise et nous serons où les belligérants logeront. Qui osera frapper, qui encaissera et qui aura de la difficulté à répondre. Les formules chocs sont aussi porteuses de contenu.

    bonne bataille

  5. Un bon plan d’action pour l’immédiat. Mais une politique à long terme devrait nécessairement prendre en compte la robotisation.

    La révolution de l’automatisation sera bien plus importante que les autres révolutions, parce qu’elle affectera surtout le secteur des services, et qu’elle touchera autant les économies avancées que les pays en voie de développement.Au début des années 2020, les investissements rapides dans l’automatisation permettront de compenser plus de la moitié des destructions d’emplois qu’elle aura provoqués.
    Mais à la fin des années 2020, l’automatisation pourrait avoir éliminé 20 à 25 % des emplois américains actuels, et mis au chômage 40 millions de travailleurs. Les plus touchés seront ceux qui perçoivent les plus petits salaires, ou des salaires moyens.

  6. Vous avez raison, M. Lisée, mais votre projet a une série de « vulnérabilités ». Parmi d’autres, il ne répond pas à la grande question : pourquoi avoir des immigrants au Québec? L’immigration serait-elle une vraie solution pour la crise démographique ou pour la pénurie de main-d’oeuvre? La CAQ et le PLQ ont donné des réponses à cette question, mais on attend toujours la réponse du PQ…
    Pour vous aider à réfléchir un peu sur les enjeux de la question, je vous rappelle une situation bizarre…
    Il y a quelques années, un démographe québécois et son ami ont écrit un essai, très bien reçu par la cupola péquiste de l’époque, sur cette question de l’immigration. Il s’agit de « Le remède imaginaire. Pourquoi l’immigration ne sauvera pas le Québec » (2011), un essai pseudo-académique et xénophobe, à mon humble avis, mais qui a apporté un grand prix aux auteurs (Richard-Arès, 2012) et a assuré à l’un des auteurs, Guillaume Marois, une place parmi les membres du Conseil supérieur de la langue française (CSLF). A l’époque, M. Marois n’était qu’un titulaire d’une maîtrise en démographie et son CV académique était très raréfié… Cependant, madame Pauline Marois, la PM péquiste du Québec, a trouvé bon de signer sa nomination pour le CSLF! Une récompense d’un(e) Marois pour un autre Marois? Un signe que le PQ de Pauline Marois accepterait les conclusions (xénophobes) du démographe Marois? Moi, je n’en sais rien…
    Bon, Pauline Marois est maintenant histoire, mais ses erreurs hantent toujours la relation du Parti Québécois avec les « communautés culturelles » et, en revenant à notre présent, il est peut-être le temps que le PQ trouve une place honorable pour les néo-Québécois dans le projet de nation-building québécois. Alors, pourquoi des immigrants au Québec?
    (Pour éviter tout malentendu et pour respecter la terminologie proposée par le projet de M. Lisée, je pourrais être identifié comme un « Montréalais d’origine étrangère ». Alors, honni soit qui mal y pense…)

    • Les attaque « ad hominem » sur les auteurs de l’étude Le remède imaginaire. Pourquoi l’immigration ne sauvera pas le Québec » en disent long sur les connaissances de M Cristian.

      Qu’il étudie donc le rapport suivant :

      Selon un rapport de l’Institut Fraser en 2015, les immigrants sont un fardeau fiscal de 27 à 35 milliards de $ par année en 2014 pour le Canada, soit de 7 à 8 milliards de $ par année pour le Québec.

      L’Institut Fraser explique que ce fardeau fiscal est dû au fait que les immigrants payent moins en impôts que le coût des services qu’ils reçoivent du gouvernement.

      (https://www.fraserinstitute.org/studies/immigration-and-the-welfare-state-revisited-fiscal-transfers-to-immigrants-in-canada-in-2014)

      Le mythe selon lequel l’immigration a un impact positif net sur l’économie canadienne en prend pour son rhume. Le vieillissement de la population et le financement des pensions est un autre mythe entretenu sur le même thème. Ce qui compte, ce sont les capitaux accumulés pour rendre l’économie plus productive, et non pas le nombre de personnes qui dépendent des services publics.

      Ce qui fait la richesse d’un pays, c’est le produit intérieur brut PIB par habitant, pas le nombre de personnes dans ce pays. Tous les économistes le diront.
      Voir : (http://www.radio-canada.ca/regions/colombie-britannique/2013/08/29/002-rapport-selection-immigrants-institut-fraser.shtml )

      Combien coûte, sur une base nette, l’immigration au Québec? La population a droit de savoir.

  7. De Québec. Enfin voici des propositions claires et sensées pour l’immigration ! Nul autre parti ne vous arrive à la cheville. On voit que vous avez pensé à tout tout tout et que rien n’est laissé au hasard. C’est très rigoureux et je vous dit bravo pour ça et l’ensemble de ce que veux le Parti «québécois !

    • Tant qu’à y être je corrige aussi je vous dis. Une chance que je suis née au Québec ! J’en fais des fautes, je ne me relis pas assez et je l’envoie trop rapidement. Je vais essayer de faire mieux la prochaine fois !

    • C’est aussi ce que je remarque Guylaine. Le PQ ne mérite que des éloges pour cette recherche très bien documentée. Cela mérite un accueil massif. Bon succès pour la suite des choses!

  8. D’accord avec l’ensemble des propositions.

    Je soumets une question qu’aucun parti n’a osé mettre sur la table : le TAUX DE RÉTENTION DES IMMIGRANTS ET RÉFUGIÉS, tant pour ceux qui parlent raisonnablement le français à leur arrivée que pour ceux qui ne parlent pas français.

    • Je m’excuse : Jean-François Lisée souligne le problème de rétention dans son texte. Toutefois, est-il possible de connaître le taux de rétention des arrivants ayant une connaissance raisonnable du français en regard du même taux pour ceux n’ayant pas de connaissance du français ?

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