Lettre ouverte à M. Denis Coderre: Montréal fait partie du Québec

Monsieur le maire, cher Denis,

Vous me savez partisan d’une réelle décentralisation des pouvoirs et d’un statut pour la métropole. Je m’y étais engagé lorsque j’étais ministre de la métropole et l’ai appuyé comme chef du Parti Québécois. J’estime d’ailleurs que la loi votée par le gouvernement libéral est encore trop timide. En habitation, par exemple, j’aurais aimé donné davantage de latitude à Montréal pour mieux répondre aux besoins criants de logements sociaux et abordables.

Je dois cependant exprimer mon désacccord total avec votre tentative d’utiliser le statut de la métropole pour vous soustraire aux lois de l’Assemblée nationale portant sur la laïcité et le vivre-ensemble.

Monsieur le maire, Montréal fait partie du Québec. Les Montréalais sont membres de la nation québécoise.

Dans votre prétention d’exclure Montréal des décisions de l’Assemblée nationale, vous semblez oublier un élément essentiel. Les Montréalais sont représentés à l’Assemblée nationale par des députés de plusieurs partis. J’en suis. Les questions d’immigration et de laïcité font partie des enjeux qui déterminent le vote des électeurs montréalais au moment de leur choix de députés.

Vous indiquez avec raison que les décisions que nous pourrions prendre sur le port de la burqa ou du niqab, par exemple, aura davantage d’impact à Montréal qu’en régions. Vos collègues maires des régions pourraient utiliser votre argument et se déclarer maîtres des décisions touchant la forêt, les mines, les pêches. Ils ne le font pas.

Vos déclarations de cette semaine font craindre une dérive malsaine. Souhaiterez-vous demain soustraire Montréal de certaines dispositions actuelles ou futures de la loi 101 ? Du Code du travail ? Du Code criminel ?

Le maire et les élus de Montréal sont des personnes importantes qui doivent bien sûr être consultées sur un ensemble de sujets qui peuvent avoir un impact sur la vie dans la cité. Les arguments que vous invoquez, par exemple, sur l’inapplicabilité de la proposition libérale quant au port du voile intégral à l’entrée des autobus sont parfaitement valides.

(Dans l’état actuel du projet de loi libéral, si on le comprend bien, certaines personnes devraient enlever leur voile si le conducteur veut vérifier que leur visage correspond à leur photo de leur carte Opus, pour éviter la fraude. D’autres qui ont un simple ticket en seraient exemptés. Ceux qui seront contrôlés pourraient demander un accommodement!) C’est évidemment absurde. Comptez sur l’opposition du Parti Québécois pour faire valoir ces arguments avec force.

Mais les décisions concernant l’avenir de la nation sont prises à l’Assemblée nationale. Montréal a droit au respect. L’Assemblée nationale aussi.

Bien cordialement,
Le député de Rosemont,

Jean-François Lisée



12 réflexions au sujet de « Lettre ouverte à M. Denis Coderre: Montréal fait partie du Québec »

  1. M. Lisée,

    J’ai lu aujourd’hui que vous cherchez des suggestions pour aider à protéger le français au Québec. Une façon simple serait de voter une loi spécifiant que le gouvernement du Québec ne communiquera qu’en français avec tout immigrant trois ans après son arrivée. On pourrait aussi resserrer les règles de communication en anglais de la part du gouvernement avec le citoyen. Seules les familles ayant le droit d’envoyer leurs enfant à l’école anglaise devrait pouvoir communiquer en anglais avec le gouvernement. Cette série de mesures forcerait l’apprentissage du français.

    La francisation des entreprises est une farce. J’ai travailler 25 ans dans le milieu pharmaceutique à Montréal et tout ce passait en anglais malgré le certificat de francisation de l’entreprise. Ce sont les unilingues anglophones qui dictaient la langues de travail et ceux-ci n’étaient pas intéressés à apprendre le français. Pas nécessaire se disaient-ils. Tous les francophones parlent déjà anglais. Certains renonçaient même à faire partie d’ordres professionnels pour éviter d’apprendre le français et c’était toléré et camouflé par l’entreprise.

  2. Je n’ai pas entendu le maire Coderre dire que si le projet de loi 62, et ses nouveaux amendements, devenait loi qu’il demandera que la métropole soit soustraite à son application. Par contre je l’ai entendu dire que le service à visage découvert pourrait être une mesure inapplicable ce avec quoi vous êtes d’accord M. Lisée. Il a simplement commenté la question qui a été posée par les journalistes lundi à la ministre Vallée et qui a évité de répondre clairement. Alors, je ne comprends pas les reproches et les avertissements que vous servez au maire Coderre. Pour ma part, j’ai aussi commenté cette question des journalistes laissée sans réponse. J’ai proposé aux journaux dès mardi le 16 le texte suivant :
    HORS DE L’AUTOBUS…
    Hier ,15 août, reprenait à l’Assemblée nationale le débat concernant le projet de loi 62 sur la neutralité. Deux considérations l’ont marqué. D’une part, la ministre Vallée en a élargi la portée l’étendant aux municipalités et sociétés de transport mais n’a pas voulu ou pu répondre à la question de savoir si un chauffeur d’autobus devra, au nom de la dispensation d’un service public à visage découvert, tel que le prévoit son projet, refuser de faire monter à bord une femme portant le niqab. D’autre part, les partis d’ opposition (PQ-CAQ-QS ) sont revenus avec la proposition d’inscrire dans le préambule de ce projet le mot laïcité soulignant ainsi, officiellement, que le Québec est devenu un État laïque .
    À l’évidence et avec raison, aucun chauffeur d’autobus ne se permettra une telle discrimination à l’égard de ses usagers. En fait, cette règle de la réception des services à visage découvert est inapplicable dans la majorité des cas , seule l’obligation de dispenser le service à visage découvert l’est possiblement. Cet aspect-clé du projet est donc à retravailler.
    Quant à l’inclusion du terme de laïcité en préambule du projet, s’il n’est pas déjà là, c’est que celui-ci réfère à la nécessité d’interdire, en conséquence, plus ou moins le port de signes religieux. Or, cette interdiction serait contraire à la Charte des droits et libertés de la personne laquelle est le référentiel de base, en matière de droits, à protéger pour le gouvernement libéral qui ne veut surtout pas avoir à justifier l’adoption d’une clause nonobstant. Et il a bien raison.
    Alors comment avancer ? Je propose qu’on adopte de façon consensuelle cette Déclaration de laïcité d’invitation et non d’interdiction et qui pourrait être placée en préambule de ce projet de loi 62 avec les ajustements conséquents:

    DÉCLARATION DE LAÏCITÉ
    1) L’État québécois et toutes ses institutions sont laïques et ne sont en aucune façon des lieux de culte, en conséquence, l’expression religieuse doit y être ou devenir plutôt discrète, en particulier, pour préserver socialement et en toute égalité, l’authenticité corporelle de l’homme , de la femme et des transgenres .
    2) La neutralité de l’État , de ses institutions, et de leur personnel à l’égard des religions, des croyances ou incroyances religieuses est un devoir moral.
    3) La Charte des droits et libertés de la personne du Québec est la référence première en ce qui concerne le respect des libertés des citoyens y oeuvrant, en particulier la liberté de conscience et de religion.
    4) La liberté de religion permet donc à un citoyen ou à une citoyenne qui le désire de porter un signe religieux, à sa convenance, pour y donner ou recevoir un service et ce, en toute dignité et respect, en montrant minimalement son visage.
    5) La liberté de conscience, est choisie pour être au coeur de la laïcité québécoise, et elle précède tout choix religieux.
    6) En conséquence, à chaque année , une journée ( ou une semaine ? ) est dédiée à cette liberté. Chacun et chacune est alors invité(e) à s’abstenir de porter un signe religieux.
    7) Au nom de cette liberté de conscience, l’Assemblée nationale a choisi de remplacer son crucifix, un élément important du patrimoine, et de façon digne, par l’inscription stylisée de trois valeurs ancestrales et aussi de dialogue pour tous les Québécois : la LIBERTÉ, la FIDÉLITÉ et le PARTAGE.

    Je l’ai aussi fait parvenir au maire Coderre tout en lui suggérant de s’en faire le proposeur au nom de la ville de Montréal , ce qui serait une façon constructive de participer au débat québécois sur le vivre-ensemble en tant que nation comme vous le dites si bien M. Lisée. À bien y penser , vous devriez lui souffler à l’oreille que s’il s’y mettait, vous pourriez peut-être l’appuyer….

  3. Très bien dit, M. Lisée et d’une façon très polie. Vous auriez pu ajouter par exemple que c’est peut-être l’entraînement qu’il a eu pendant de nombreuses années à Ottawa qui le pousse à traiter avec mépris l’Assemblée Nationale. Ou bien alors le fait qu’il a été battu à la chefferie à Ottawa par un joli clown. Ça, M. Lisée, ce n’est pas notre problème et il devra s’habituer à vivre avec ses frustrations.
    Salutations cordiales.
    Jacques Faille

    • De Québec, bien dit M. Faille. Il ne faut pas oublier que M. Denis Coderre a été ministre libéral au fédéral !

  4. M. Le maire Coderre est un homme d’ambition et difficile à circonscrire, il s’est d’ailleurs impliqué dans le dossiers des migrants Haïtiens comme s’il était soudainement devenu ministre de l’immigration. Malheureusement il joue dans un trop petit carré de sable et veut l’agrandir. Il est clair que M. Coderre ne souhaite pas rester maire d’une trop petite ville, il vise certainement la fonction de premier ministre et se doit de séduire la minorité anglo-québécoise et les immigrants pratiquement majoritaires de l’île de Montréal. Ce sont eux qui ont maintenant le pouvoir et le contrôle des trois paliers de gouvernement fédéral, provincial et municipal. Ainsi en demandant à Québec d’exempter l’île de Montréal de sa législation, il parle pour une majorité de gens qui souhaite littéralement que Montréal se détache politiquement du Québec.

    • Bonne idée on devrait créer la province de Montréal qui serait gouverner pour l’éternité par le parti libéral ,et le reste du Québec le serait par des partis qui ne sont pas corrompus comme le parti libéral. On pourrait même faire une élection référendaire et avoir une bonne chance de la gagner avec plus de 60% des voix,ce qui ferait taire les fédéralistes.

  5. Logement, emploi et reconnaissance des diplômes sont des dossiers plus facile à régler lorsque vous détenez une majorité de sièges à l’Assemblée nationale et que le PLQ a déjà 12 ministres sur l’Île de Montréal.

    Je regarde régulièrement les offres d’emplois à Rivière-du-Loup et je pense que ce serait plus facile à un immigrant d’y travailler et de se loger, qu’à Montréal, pourquoi ?

  6. De Québec, on ne peut qu’être en accord avec vos propos, M. Lisée. Très bon texte qui veut dire ce qu’il veut dire. De la cohérence il en faut dans tout et c’est dans votre réponse à M. le Maire Coderre.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *