L’information, un service essentiel

Proposition #23 du candidat Jean-François Lisée

En démocratie, l’information est un service essentiel. C’est à la fois le projecteur braqué sur ce qui se dit, se fait, se décide, le carburant de la discussion publique, le garde-fou de l’intégrité. Moins une population est informée, localement ou nationalement, moins elle est équipée pour s’engager dans la chose publique, peser sur les décisions, faire émerger de nouvelles voix, des réformes, des leaders.

Comment va l’information au Québec ? Son état de santé est préoccupant. Son tonus décline. Les conditions de son atrophie s’accumulent.

Le gouvernement québécois ne peut rester les bras croisés et laisser s’affaiblir un bien public aussi important que l’information. Il doit cependant garder une saine distance avec le quatrième pouvoir : créer les conditions de sa vitalité, sans lui dicter sa conduite.

Il faut travailler sur plusieurs axes

Éviter la désertification de l’information en régions

LES FAITS

Selon une étude réalisée par Influence communication (IC), « depuis le début des années 2000, on constate une augmentation globale de 42 % du volume de nouvelles, mais une chute globale de l’information régionale de 88 %.

Ainsi selon IC, en 2001, 8,17 % des nouvelles diffusées à l’échelle nationale étaient des nouvelles locales. En 2015, ce chiffre se situe à 0,92 %.

Les 3 grandes régions (Montréal, Québec et Saguenay) généraient 59 % des nouvelles locales en 2001 et 91 % en 2015. Les 14 autres régions généraient chacune en moyenne 2,92 % de l’information locale en 2001 et 0,65 % en 2015.

Selon l’étude de IC, la « chute globale de l’information régionale est une conséquence directe de la diminution de la présence médiatique dans les régions : d’une part, les journaux, les réseaux nationaux d’information, la radio et la télévision y sont de moins en moins présents, d’autre part, les médias régionaux, tels que les hebdos, diminuent eux aussi. (…) De façon générale, nous remarquons une uniformisation importante de la nouvelle. L’ensemble des médias traite des mêmes sujets dans le même angle. (…) Cette uniformisation et polarisation de la nouvelle se fait aux dépens de la particularité régionale. La mise en réseaux de l’ensemble des médias et la diminution de la représentativité régionale sont des facteurs qui favorisent la polarisation et affectent clairement la diversification de l’information. »

L’appauvrissement des services de Radio-Canada en régions, le retrait de correspondants locaux au Soleil, la fusion des hebdos de Québécor et de Transcontinental sont autant de signaux alarmants

Nous avons le devoir d’agir car cela n’est pas sans conséquence.  IC conclue qu’il « existe clairement une corrélation entre la place accordée à l’information locale et le taux de participation aux élections municipales. Nous avons remarqué que les régions où l’on retrouve une forte proportion de contenu attribué à l’information régionale comptent sur un taux de participation plus élevé aux élections municipales. »

Une récente étude américaine va dans la même direction : la fermeture d’une source d’information locale induit une baisse du taux de participation électorale municipale, une baisse du nombre de candidatures aux postes électifs municipaux et un remplacement moins fréquent des élus par de nouvelles figures politiques[1].

Des « Carrefours de l’information »

Comment pallier le manque croissant d’information régionale ? Le rapport Payette exprimait la volonté de remettre l’information régionale sur le devant de la scène et recommandait de « doter Télé-Québec d’un mandat d’information axé sur l’information régionale et interrégionale ». Il parlait d’une plateforme web alimentée par les médias indépendants et coopératifs locaux de chacune des régions du Québec, avec des rédacteurs en chef et des chroniqueurs régionaux.

Dans le secteur culturel, la Fabrique culturelle, lancée en 2014 avec la participation des dix bureaux régionaux, est un succès.

Il faut faire de même pour l’information générale et plus encore, surtout tant que l’internet haute vitesse ne sera pas accessible sur tout le territoire québécois, et considéré comme un service essentiel.

Je propose de mettre sur pied des « Carrefours de l’information » constitués autour des dix bureaux régionaux de Télé-Québec[2], qui produiraient de l’information locale et régionale pour alimenter un bulletin avec un contenu 100% régional, incluant des nouvelles nationales. Les reportages seraient produits par les équipes locales, en partenariat avec les médias et groupes communautaires, coopératifs et indépendants.  Ce bulletin, au départ bi-hebdomadaire, en visant la quotidienneté, serait diffusé sur les ondes de Télé-Québec et accessible aussi sur le web. Le web permettrait de compléter l’information par des nouvelles additionnelles et des dossiers locaux et régionaux.

Une émission d’affaires publiques hebdomadaire, diffusée sur le signal de Télé-Québec, complèterait l’offre.

Des locaux seraient rendus disponibles, à prix coûtant, à des entreprises de presse ou à des pigistes qui souhaitent les occuper.

L’implantation de ces carrefours sera graduelle et à géométrie variable, ciblant d’abord les régions où l’offre d’information locale et régionale est déficiente. L’objectif n’est pas de remplacer les joueurs locaux lorsqu’ils offrent une information adéquate, mais de suppléer à leur absence dans certains marchés et d’être complémentaires dans d’autres.

Il faut, de plus, se pencher sur les problématiques spécifiques à Laval et à la Rive-Sud de Montréal. Leur proximité aux médias de l’île a contribué à une faiblesse de la quantité et de la qualité de l’information locale qui a pu contribuer, dans le cas de Laval, à l’impunité dont a profité pendant des décennies le maire Gilles Vaillancourt, aujourd’hui accusé de gangstérisme.

Mise sur pied d’un crédit d’impôt et de coopératives

Je retiens du rapport Payette et de propositions avancées par le SCFP en mai 2016 la création d’un crédit d’impôt salarial pour les journalistes en régions[3] et la création de coopératives pour partager les services et en réduire les coûts, coopératives que je logerais dans ces carrefours[4].

Les correspondants de presse dans les plus petites localités auraient aussi droit à ce crédit d’impôt et aux services de la coopérative régionale.

Soutenir nos médias : Passer à l’action dans un mode de concertation

Plusieurs rapports et experts concluent depuis déjà trop d’années à la crise structurelle des médias, crise qui a un impact sur l’état de la démocratie. Plusieurs recommandations ont été proposées. Mais les suites ont été très modestes, dans certains cas inexistantes.

Selon le guide des médias 2015 d’Infopresse, la migration des revenus publicitaires vers les médias sociaux est en train de saigner les entreprises de presse québécoises. Il estime à 878 millions de dollars le montant des revenus publicitaires numériques au Québec, une somme colossale. Les revenus de l’industrie diminuent, entre autres en raison de l’exode des investissements publicitaires vers les médias sociaux, lesquels sont détenus par une poignée de géants américains.

Ces derniers mois, la Coalition pour la pérennité de la presse d’information au Québec, regroupant 146 journaux, presse les gouvernements du Québec et du Canada d’agir.

 La Coalition demande, entre autres, l’instauration de crédits d’impôt remboursables pour couvrir une partie des coûts des investissements numériques et de production, de même qu’une exemption de contribution payable en argent aux services de collecte sélective ; l’abolition des taxes de vente pour les journaux vendus et une augmentation significative du budget gouvernemental en placements publicitaires dans les journaux québécois. Elle croit aussi que ses membres devraient avoir accès à des programmes semblables à ceux que reçoivent l’industrie cinématographique et l’industrie télévisuelle pour protéger des milliers d’emplois.

Sans se commettre immédiatement sur chacune de ces mesures, il est certain qu’il faut s’engager résolument dans cette direction.

Je réunirai dès la prise de pouvoir, un groupe d’expert chargé de faire des recommandations à temps pour le premier budget de mon gouvernement.

Information et démocratie : pour un ministère des Institutions démocratiques

Je propose de confier la responsabilité politique de toute mesure gouvernementale reliée aux médias d’information sous l’autorité d’un nouveau ministère des Institutions démocratiques.

Un des soucis impératifs de ce nouveau ministère serait de s’assurer de l’indépendance des médias par rapport au pouvoir politique et économique.

Il faut intervenir pour assurer, partout, l’indépendance de l’information. Il n’est pas question ici d’intervenir dans le droit des propriétaires de fixer une ligne éditoriale ou des priorités dans les thèmes traités. Mais de s’assurer que les salles de rédaction sont, dans l’exercice de leurs fonctions de collecte, de traitement et de diffusion de l’information, protégées contre les pressions politiques et commerciales.

a) Cela passe par le renforcement du Conseil de presse, qui réunit représentants des entreprises de presse, des journalistes et des citoyens. Personne ne peut être forcé d’y siéger, mais je propose que toutes les entreprises de presse soient tenues d’y cotiser et de faire état, dans leurs médias, des décisions du Conseil les concernant.

b) Je propose que le Conseil élabore avec ses membres une « Charte de l’indépendance des salles de rédaction », que les entreprises de presse seraient tenues de respecter.

Investir dans la compétence civique

Les travaux de notre collègue Henry Milner et de plusieurs autres le démontrent : la baisse de consommation d’information généraliste conduit à une baisse de participation électorale, tel que nous l’avons mentionné d’entrée de jeu.

C’est pourquoi plusieurs pays scandinaves et la France ont investi pour renforcer cette compétence civile. En France, l’État et les éditeurs de presse se partagent les frais d’un programme offrant gratuitement un quotidien, une fois par semaine, aux jeunes de 18 à 24 ans. L’arrivée des journaux sur tablettes numériques offre à la fois des opportunités et des défis pour imaginer, au Québec, un programme semblable.

Il faut aussi créer les conditions d’une hausse de la participation électorale, qui a tendance à baisser partout en Occident ces dernières décennies, notamment chez les nouveaux électeurs.

Les Scandinaves, là encore, ont su renverser la tendance en s’assurant d’organiser, avant chaque élection, une simulation électorale dans les maisons d’enseignement secondaires. Cette pré-élection est un événement national, dont les résultats sont rendus publics. Les jeunes y prennent, avant 18 ans, l’habitude de s’informer (donc de lire des journaux), d’entendre les arguments, de voter.

Une fois l’habitude de voter prise, même dans une simulation, elle reste. Des initiatives semblables existent au Québec et au Canada, mais pas à large échelle. Notre décision récente de tenir des élections à dates fixes rend la chose plus facile à planifier et à mettre en œuvre.

Je voudrais mettre cela en place à temps pour l’élection de l’automne 2022[5].

Une combinaison des deux initiatives — abonnements gratuits ou incitation à la lecture de journaux, papier ou numérique — et simulations d’élections, y compris locales, constituerait pour le Québec un excellent investissement dans la qualité de sa démocratie.

[1] SCHULHOFER-WOHL, Sam et Miguel GARRIDO. (2009) Do Newspapers Matter ? Evidence From the Closure of The Cincinnati Post. National Bureau of Economics Research. http://ideas.repec.org/p/pri/wwseco/1140.html

[2] Ces bureaux sont à Val d’Or en Abitibi-Témiscamingue, à Carleton-sur-Mer en Gaspésie-Îles-de-la-Madeliene, à Rimouski pour le Bas-Saint-Laurent, à Trois-Rivières pour la Mauricie-Centre-du-Qu.bec-Lanaudière, à Québec pour la Capitale-Nationale-Chaudières-Appalaches, à Sept-Îles pour la Côte-Nord, à Gatineau pour Outaouais-Laurentides, à Sherbrooke pour l’Estrie-Montérégie, à Ville Saguenay pour le Saguenay-Lac-St-Jean et à Montréal, au siège, pour Montréal et Laval.

[3] Le rapport Payette, p 94 : Nous recommandons : • Qu’un crédit d’impôt de 35 % à 40 % soit accordé à l’embauche de journalistes professionnels, reconnus comme tels par l’association professionnelle, dans une entreprise de presse reconnue par le Conseil de presse du Québec  ; •     Que le crédit d’impôt soit uniquement valide pour les nouvelles embauches ou les dépenses salariales additionnelles. Ainsi, l’attribution du crédit d’impôt sera conditionnelle à ce que la masse salariale des journalistes professionnels augmente de manière à ne pas permettre de remplacer des emplois non subventionnés par des emplois subventionnés  ; •          Qu’un montant maximal de l’aide fiscale soit fixé  ; •              Que le programme soit mis en place pendant au moins cinq ans pour avoir un effet structurant sur l’industrie.

[4] Le SCFP propose de limiter le crédit d’impôt aux journalistes de nouvelles : « «Le crédit d’impôt pourrait être versé pour chaque travailleur de l’information œuvrant directement à la production de nouvelles factuelles si le média accepte de se conformer à un Code de déontologie reconnu et indépendant, comme celui du Conseil de presse du Québec. Le journalisme d’opinion serait exclu de l’application du crédit d’impôt», de plaider Denis Bolduc, secrétaire général du SCFP-Québec. (Lire ici : http://scfp.qc.ca/communiques/comite-permanent-du-patrimoine-canadien/)

[5] (J’avais abordé toute la problématique du taux de participation et de la compétence civique avec Henry Milner et le spécialiste électoral André Blais dans un épisode de Planète Terre, ici.)

Vous êtes plutôt d’accord ?
Joignez-vous à ma campagne

Voici les propositions que j’ai mise de l’avant
depuis mon entrée dans la campagne, le 16 mai dernier.

Proposition #1: Chasser les libéraux. Réussir l’indépendance. Dans cet ordre.

Proposition #2: Immigration : Le chemin du succès

Proposition #3: Santé : Gel de l’enveloppe de rémunération des médecins

Proposition #4: Inégalités sociales : Un Québec riche de son équité

Proposition #5: Sièges sociaux : Miser sur la Caisse de dépôt et le développement régional

Proposition #6: Identité : La concordance culturelle

Proposition #7: Priorité PME : Moins de paperasse, plus d’entrepreneuriat

Proposition #8: Laïcité – une approche résolue et responsable

Proposition #9: Compte à rebours 2022 !

Proposition #10: Anticosti – Enfin sortir des faux-fuyants !

Proposition #11: Incarner la laïcité et l’ouverture

Proposition #12: Le pipeline Énergie Est: Pourquoi il faut dire Non et Non !

Proposition #13 : Pour un processus d’évaluation et de consultation « digne du 21e siècle »

Proposition #14 : Développement régional : rétablir les budgets et reconstruire les outils de développement dans le respect des régions



5 réflexions au sujet de « L’information, un service essentiel »

  1. D’abord, félicitations pour votre victoire plus ou moins inattendu (sauf vers la fin). Je vais peut-être finir par voter PQ si vous réussissez à réduire la taille de l’état québécois. Beaucoup de gens qui votent contre le PQ le font parce qu’il est trop à gauche, et le Québec profond est foncièrement conservateur.

    À propos de Télé-Québec, est-il vrai que le CRTC ne permettrait pas à Télé-Québec de mettre sur pied des bulletins d’informations télévisées parce qu’il s’agit d’une télévision publique provinciale?

    Merci, de Québec

    • En passant, je suis totalement en désaccord avec ce que le premier ministre a osé dire sur vous… Il est censé être un homme cultivé mais il démontre une ignorance crasse de ce qu’est l’extrême-droite. Il fait partie de ces nombreuses figures publiques qui malheureusement défigurent la langue française en galvaudant les expressions ce qui finit par leur enlever leur vrai sens. Lors de ma première carrière comme enseignant à l’éducation des adultes, j’ai enseigné (entre autres) à des skinheads qui eux vénéraient les vraies attitudes de l’extrême-droite. Finalement… honte à Philippe Couillard! On a davantage besoin de lui comme médecin que comme premier ministre! C’est le principe de Peter dans son cas…

  2. Félicitations pour votre programme. Je suis soufflée par toutes les idées et le contenu de votre programme.
    Bonne chance et mon appui vous est acquis.

  3. De Québec : Oser, réussir. Votre proposition est excellente et redonnera vie à Télé-Québec. Je ne regarde pas tellement ce poste, il y en a tant qu’on a un vaste choix de programmes ailleurs. Mais je suis fatiguée d’entendre des bulletins de nouvelles répétitifs. Je me promène de Radio-Canada à TVA et c’est du pareil au même. Au moins, dans ma ville, nous avons les nouvelles locales même les fins de semaine. Parfois je me mets dans la peau de quelqu’un qui habite une autre région et je me dis que ça doit donc être plate d’écouter ce qui se passe à Montréal et Québec. Votre proposition redonnera vie à chaque région et tout le monde sera content. Cela apporte aussi du travail pour les autres régions. Enfin, Télé-Québec sera au même niveau des autres pour l’information. IL ne faut que s’en réjouir !

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