Lire: Les mésaventures mondiales de Justin Trudeau

Rarement un nouveau chef de gouvernement n’a-t-il été accueilli avec autant de retentissement.

Justin Trudeau, pendant ses premiers mois au pouvoir, a le statut d’une vedette internationale.

Le magazine français Le Point titre: « Trudeau, l’anti-Trump ». Le magazine américain Rolling Stone demande « Pourquoi ne peut-il pas être notre président ? »

À une de ses premières sorties, à Manille, une foule de jeunes femmes se pressent contre lui et un journal local le sacre « leader le plus sexy du sommet. »

Avec Emmanuel Macron, aussi nouvellement élu, il semble symboliser une nouvelle génération d’optimisme. Et dans une spectaculaire réception à la Maison-Blanche, Barak Obama l’encense et lui tend le flambeau du progressisme international.

Son allure, sa chevelure, oui, mais aussi le message rafraîchissant d’ouverture lui ouvre les portes: « Si vous cherchez un pays qui possède la diversité, la résilience, l’optimisme et la conviance et qui ne fera pas que gérer le changement, mais en tirera avantage, c’est le moment ou jamais de vous tourner vers le Canada » dit-il à Davos en janvier 2016.

Qu’a fait Justin Trudeau de cette remarquable entrée en scène ? Comment a-t-il transformé ce puissant avantage réputationnel en initiatives concrètes, démontrant que, comme il le disait, « le Canada est de retour » après une décennie Harper de désengagement international du pays ?

Dans ma précédente recension de livre, j’ai montré comment Jean Chrétien avait, dès son premier mandat, laissé une réelle trace internationale, comme Mulroney l’avait fait avant lui.

La lecture de « Un selfie avec Justin Trudeau — Regard critique sur la diplomatie du premier ministre » nous force à constater que Trudeau-fils a gaspillé l’élan que lui donnait sa spectaculaire entrée en scène.

Certes, un an après son élection, l’irascible Trump remplaçait l’amical Obama et allait forcer Trudeau et son équipe à se mettre en mode gestion de crise. Mais le candidat Trudeau avait monté les attentes ailleurs que dans sa relation avec Washington.

L’ouvrage est écrit par le spécialiste des affaires internationales Jocelyn Coulon.  (Transparence totale: Jocelyn a travaillé avec moi au CÉRIUM.) Proche des libéraux fédéraux, Jocelyn avait été candidat déçu lors de l’élection fédérale de 2007. Mais en février 2016, le nouveau ministre de Trudeau aux affaires étrangères, Stéphane Dion, l’embauche comme conseiller politique.

L’aventure durera un an, car Trudeau vire Dion après l’élection de Trump pour lui préférer Chrystia Freeland. Mais cette année suffit pour que Coulon décrive le fossé qui sépare les attentes internationales créées par Trudeau et la petitesse des résultats.

L’ouvrage est utile à plusieurs égards, et au-delà de l’intérêt soulevé par les incompatibilités entre Trudeau maître de l’image et Dion maître des dossiers.

Coulon met en contexte chacune des relations essentielles du Canada. Il révèle comment Ottawa sous Trudeau a raté la réentrée du Canada dans les opérations de paix — qui était pourtant sa marque de commerce depuis Lester Pearson. Comment les relations du pays avec la Russie, un voisin dérangeant mais incontournable, sont complètement viciées par une politique guidée par la diaspora ukrainienne. Leur combat a de la valeur, mais ne peut, explique Coulon, déterminer la totalité de l’intérêt national canadien face aux Russes.

Coulon explique d’ailleurs très bien comment la volonté des partis fédéraux, libéral comme conservateur, de faire des gains politiques chez les communautés culturelles locales — issues d’Ukraine, d’Inde, du Pakistan — ont une influence délétère sur nos relations avec ces pays.

On se souvient de l’humiliation vécue par le Canada lorsque l’ONU lui a refusé un siège au Conseil de sécurité en 2008 et combien Stephen Harper en a pâti. Trudeau a relancé cette quête pour l’obtenir en 2021.

Non seulement le Canada sous Justin n’a-t-il pas posé les gestes attendus de lui par la communauté internationale, mais Trudeau a échoué deux fois à un test important: présenter un discours de chef d’État international devant l’Assemblée générale de l’Onu, consacrant l’essentiel de son discours de 2016 aux problèmes de la classe moyenne canadienne, et celui de 2017 à sa volonté de réconciliation avec les autochtones.

Les membres de l’Assemblée n’ont (presque) pas su ce que le Canada pensait des grands enjeux internationaux. Ils n’ont surtout entendu aucune proposition nouvelle mettant le Canada au premier plan.

Coulon explique pourquoi, sauf virage important, le Canada se dirige vers une nouvelle humiliation, une nouvelle défaite dans sa quête d’un siège au Conseil de sécurité.

Justin Trudeau devait incarner le retour de l’engagement international du Canada, il n’a rien incarné du tout.

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Laïcité: Pourquoi le Canada va dire Non !


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Une réflexion au sujet de « Lire: Les mésaventures mondiales de Justin Trudeau »

  1. « Justin Trudeau est-il en train de rater la chance de faire du Canada un pays essentiel sur la scène internationale au XXIe siècle? » Quatrième de couverture.

    Est-ce que cette chance existe ? En quoi le Canada, dont le Québec, pourrait-il être essentiel sur la scène internationale au XX1e siècle ? Le Canada sans le Québec donc !

    Faire du Canada un pays essentiel, non; substantiel, oui.

    Je ne vois que par un ralentissement de l’exploitation des sables bitumineux. Cette ressource n’appartient pas à Ottawa mais son exportation en relève, non !

    Comment retrouver un siège au Conseil de sécurité avec une politique de réchauffement de la planète.

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