Lu à Toronto: « L’espèce québécoise » en voie de disparition ?

C’est fou ce qu’on peut lire sur le Québec dans la presse torontoise. Tellement qu’on ne s’émeut plus. (En tout cas, pas moi, depuis que j’ai été décrit comme un « vampire » par une columnist du Globe and Mail l’an dernier.)

Mais il arrive qu’un propos anti-québécois, venu d’une signature connue et à plusieurs égards respectée, arrive à nous tirer un sourire, tant l’outrance sur le Québec est maintenant permise dans les grands quotidiens, dits sérieux, canadiens.

La perle de la semaine va à Preston Manning, personnalité refondatrice de la droite canadienne des années 1990, à l’origine du Reform party — dont Stephen Harper était membre — puis de l’Alliance, dont la fusion avec l’ancien Parti progressiste-conservateur a conduit au parti qui dirige aujourd’hui le Canada.

Bien que fortement campé à droite, Manning est considéré comme un penseur de bon calibre, dont l’influence compte.

Trêve d’introduction, lisons sa prose du Globe and Mail du 14 novembre, d’abord en version originale (il parle du Québec):

“Cultural despair” [that affects Québec] may also shape the social mores of a society, with significant biological and demographic implications. One wonders to what extent the province’s low birth rate, its high abortion rate, its growing preference for non-procreational sexual unions and its increasing demand for government-sanctioned assisted suicide are manifestations of this phenomenon.

It is ironic that those who promote and defend such mores among Quebeckers are regarded as “progressive,” while a biologist presented with evidence of these characteristics among a non-human species would see them as regressive – leading not to the preservation but rather to the endangerment and potential extinction of the species in question.

Maintenant en traduction libre:

La « désespérance culturelle » [dont souffre le Québec] peut aussi moduler les pratiques sociales d’une société, entrainant d’importants effets biologiques et démographiques. On peut se demander dans quelle mesure le faible taux de naissance de la province, son haut taux de suicide, sa préférence croissante pour des unions sexuelles non consacrées à la reproduction et sa demande grandissante pour le suicide assisté sanctionné par l’État sont des manifestations de ce phénomène.

Il est ironique de constater que les gens qui défendent et promeuvent ces pratiques chez les Québécois sont vus comme des « progressistes », alors que si on présentait à un biologiste des preuves de ces comportements observés chez une espèce non humaine, ils les verraient comme régressives — menant non à la préservation, mais à la mise en danger et potentiellement à l’extinction de l’espèce en question.

Ça ne s’invente pas.

Je ne veux cependant pas vous laisser croire, chers lecteurs, qu’il ne s’écrit que des inepties sur le Québec dans la presse torontoise, y compris dans le Globe.

On y a trouvé, mi-septembre, un excellent papier expliquant comment la Charte québécoise trouvait à sa racine deux courants: le féminisme et le républicanisme français. À lire ici.



27 réflexions au sujet de « Lu à Toronto: « L’espèce québécoise » en voie de disparition ? »

  1. Nous faisons partie d’une des espèces en voie de disparition. Nous sommes sous respirateur artificiel et le fédéral attend patiemment la fin.

  2. Quelques fois les remarques de ceux ou celles qu’on considère comme des « ennemis » nous permettent de mieux se connaître…il y a, à mon humble avis, une part de vérité dans les écrits de manning. Il faut voir les québécois (es) du futur comme des citoyens ayant la planète comme terrain de jeu. Un peu comme les Céline Dion et les j.f. Lisée d’aujourd’hui qui sont des précurseurs…:-)

  3. Merci davantage pour l’autre article que vous avez mis en référence au bas du vôtre.

    Son auteur, Konrad Yakabuski, est chroniqueur au Globe and Mail. Il s’était mérité à mon passage 58 commentaires. Le temps de vérifier, celui de Preston Manning n’en a récolté que 33. Je ne crois pas que la date de publication soit la racine de la différence d’intérêt.

    J’ai lu une dizaine de commentaires, d’abord ceux à Yakabuski puis ceux à Manning, le reste en diagonale. Les appréciations des commentaires sont fortement favorables à Yakabuski. Le monologue de l’intellectuel est mieux apprécié que celui du politicien.

    Après avoir lu Manning, je ne sais pas pourquoi Joe Finger Ledoux de Robert Charlebois m’est venu en tête. J’ai eu une petite gêne à mettre en lien. Après avoir lu Yakabuski je vous l’offre. À vous de cherchez auquel des deux référencés cette chanson va le moins mal.

  4. Complètement loufoque ce M. Manning …il termine son commentaire sur une note positive….les jeunes vont sauver la cohorte de Québécois restants . C’est d’un ridicule consommé …pathétique …ce genre d’inepties me laisse pantois !!!
    michel ste marie Biologiste. Bonne continuation M. Lisée… Vivement la CHARTE et un PAYS .

  5. C’est bien ficelé aurait dit Mme Boucher. Elle aurait eu 76 ans le 31 janvier dernier. C’est damnément bien ficelé, je rectifierais.

    Je comprends que Preston Manning à 71 ans prêche pour sa paroisse, principalement à des convertis et à quelques missionnaires en exercices à quelques points stratégiques au Québec. Il espère une meilleure place pour les X Québécois, moi aussi.

    Tout comme lui, je suis vendu à une politique d’espoir pour eux. En ce sens par contre, je mise moins sur une jeune génération redécouvrant les valeurs spirituelles d’un St-Jean-Baptiste que sur l’exercice de leur droit de vote dès la naissance par les moins de 18 ans. Exercé par chacun des deux parents le temps qu’il faudra il va sans dire, en majorité âgés entre 25 et 45 ans.

    L’alternative serait de retirer l’exercice de ce droit aux plus de 65 ans, question d’économie, de rebalancement des poids politiques générationnels et d’espérance de vie.

  6. Voilà ce que je disais dans une partie de mon commentaire qui n’a pas été publié probablement parce que dit trop directement, faut être politiquement correct dans nos commentaires parce que ces derniers seront effacés par ce qu’on dit être des modérateurs mais j’ai une petite idée là dessus.
    Ce papier ne pourra être effacé il est dans vigile.net Mr Lisée!
    http://www.vigile.net/Le-niqab-fiscal-et-economique

  7. C’est pratique, déngrer les autres. Ça détourne l’attention de ses propres défauts.

    Pendant que les anglos dénigrent les seuls vrais Canadiens que nous sommes, ils ne voient pas leurs propres crimes, le nettoyage ethnique qu’ils ont pratiqué et pratiquent toujours contre tout ceux qui étraitent au Canada avant eux, les camps de concentration autochtones, les génocides, les massacres, les déportations, les apartheids et les exiles forcés.

  8. Mr. Manning, you preach exactly what you despaise of Québec ! What a spinner and propagandist you are, God you would have fit well with Adolf Hitler team with Rebentrop, Vonpapen, Guering and all his power suckers for whom a human being not Arian was an expendible comodity !

  9. C’est qui, ces réacs qui insultent les personnes gaies et les Québécois et Québécoises qui choisissent les unions libres??? Et les femmes ont le droit de plus strict de se faire avorter, c’est notre corps, après tout. Les femmes ne sont plus des potiches pour rester à la maison, sans salaire propre, et s’exposer ainsi à la violence machiste.

    Et non, les masculinistes, je ne crois pas que la plupart des hommes soient violents. Ce n’est pas le problème; c’est le fait qu’une personne sans revenu propre, homme ou femme, jeune ou vieux, s’expose aux exactions.

    M. Lisée, vous trouverez mes répliques contre Manning, et contre les réactionnaires bien d’ici, aux commentaires au pied de la prêche de Preston.

    Ciao

    Lagatta (Petite-Italie, Montréal)

  10. « (le Québec) …sa préférence croissante pour des unions sexuelles non consacrées à la reproduction » … J’en croyais pas mes yeux de lire cette phrase. On croirait entendre un curé de village particulièrement revêche et arriéré.

    Je ne suis pas surprise de votre texte qui surligne ces propos, plus surprise cependant de certains commentaires qui suivent. Heureusement, j’ai tout de même découvert que je ne suis pas la seule à penser que ce Manning ne parle pas comme une personne chagrinée de notre situation. On dirait bien qu’il s’en réjouit. Il veut nous assimiler, que l’on soit tous pareils, c’est à dire comme lui. Penser comme il pense.

    À l’entendre, c’est à croire que l’on fait tout pour s’éliminer de la carte, que c’est un geste volontaire. On est loin de la reconnaissance de deux nations distinctes.

  11. N’empêche que l’auteur de l’article torontois a raison. Nous sommes nos propres bourreaux et nous disparaissons à une très grand vitesse. Vivement un pays du Québec!

  12. Si Manning s’etait prononcer pour la chartre Lisee l’aurait publie partout.Quel demagogue cet arrogant personage.Chapleau le caricature si bien!

  13. Le Ottawa Citizen a de très bon articles qui permettent de saisir l’influence et l’énorme emprise qu’a le parti conservateur sur son électorat et sur les travailleurs de la fonction publique. Cela peut devenir inquiétant. Je vous suggère la lecture suivante:

    « Fear not the Fordian hordes »:

    http://www.ottawacitizen.com/opinion/op-ed/Fear+Fordian+hordes/9206571/story.html

    Je vis à Ottawa, je travaille à Ottawa. Je vois des changements énormes qui s’opèrent ici, des décisions qui ne tiennent pas la route et qui briment nos droits. Des organismes publiques qui devraient défendre nos droits ainsi que la règle de la loi retardent constamment leurs décisions ou refusent tout simplement de rendre une décision. Pendant ce temps, il y a des gens (dont je fais parti) qui paient la note, parfois très salée. Je sais de quoi je parle.

  14. Comme vous le disiez si bien sur le plateau de TV5Monde devant Yamina Benguigui :

    « Nous sommes comme un couple qui ne se parle plus, ou presque, nous ne sommes plus amoureux, nous ne sommes plus fâchés, nous sommes indifférents l’un à l’autre… nous sommes mûrs pour le divorce. »

  15. Il nous faut prendre celà avec humour. On dérange beaucoup mais ils auront une grande surprise bientôt. Le temps et le gouvernement fédéral travaillent pour nous…Nous allons avoir un sauveur sous peu… Peut-être dans la crèche de Noel…

  16. Il en demeure pas moins que le choix du nombre d’immigrants qui entre au Pays du Québec pose plusieurs problèmes. Je n’apprendrai rien à personne en disant que l’immigration est une arme pour les fédéralistes. D’ailleurs l’opinion de ceux-ci sur le projet de charte en dit long là-dessus.
    J’ai toujours pensé qu’une politique familiale bien faites pour encourager les femmes à avoir des enfants, être capable de demeurer avec les enfants à la maison sans qu’elles ne soient pénalisées et bien les Québécoises et beaucoup de Québécoises choisiraient la famille avec plusieurs enfants.
    Les problèmes ont les a vu venir avec tous ces gens qui arrivent aux Québec sans toutefois avoir tous les éléments pour bien choisir ces nouveaux arrivants. Je crois que c’est une priorité de revoir tout cela.
    J’ai travaillé au bureau des Garants Défaillants quatre années et je peux vous dire que c’est du sérieux tout ce qui se dit là et tout ce qui s’y passe.

  17. « high abortion rate » ne serait pas plutôt « son haut taux d’avortement » ?
    Et non suicide?!

    Sinon c’est pas faux que présenté à un biologiste, ces actions observées chez une espèce laisserait croire à une non-préservation de l’espèce. Mais il faudrait dire à Manning que le même biologiste en dirait autant d’une espèce qui détruit son environnement à grande gorgée de pétrole et de creusage dans le sable bitumineux.

  18. Je n’ai aucune sympathie pour ce monsieur Manning et pour le Globe and Mail qui lui a ouvert ses portes, mais, sur le fond, il n’a malheureusement pas complètement tort: le taux des naissances est encore trop faible au Québec pour assurer la survie de notre nation, les niveaux d’avortement y ont été exceptionnellement élevés et les unions libres sont plus répandues chez nous qu’ailleurs au Canada. Les chiffres sont là pour le démontrer. Mais qui oserait soulever ces questions au Québec? Les raisons de nos malheurs et reculs collectifs ne viennent pas que de l’extérieur du Québec, saurons-nous un jour l’admettre?

  19. Frankly my dear i don »t give a damm..autrement dit je me contrefous des remarques destructives du Canada..Pour moi c’est un autre pays dans mes pensées et dans mon coeur.J’aime les canadiens sauf les extrémistes comme Manning et ses amis fédérastes arrogants et négatifs…

  20. It’s interesting that the minister « responsible for anglophone relations » should be trying so hard to drum up anglo-paranoia in his blog. This was evident in his response to the NY Times article about the values charter as well. What JF Lisée doesn’t address here is the fact that Preston Manning’s opinions would not be taken seriously by the majority of English Canadians who do not share his very right-wing views. I would like to see Mr. Lisée address criticisms of Quebec that come from within the Franco-Quebec community. Why not start with the eloquent manifesto against the charter that has been endorsed by so many leading Quebecers, most of the French: http://quebecinclusif.org/manifeste-2/

  21. A voir l’espèce anglo ces dernier jour et un maire de la plus grande ville canadien se comporté de manière aussi animal, moi comme Québécois je n’ai aucune leçon a tirer . Avec un référendum volé en 1995 par les fédéralistes et leurs discours hypocrites je ne suis pas surpris du mépris qu’ils nous portent.

  22. Bien d’accord qu’il faut faire un certain recul par rapport à ce que Manning dit, mais pas trop, pour quand même être capable de pouvoir y réfléchir.

  23. Ce qui me frappe toujours dans ce genre de commentaire, de la part du reste du Canada, c’est le manque total de compassion par rapport à la problématique «d’extinction» de l’espèce québécoise. Quand nos partenaires canadiens parlent-ils de sauver la culture québécoise? Jamais. Nous n’existons pas! Pire, si on pouvait nous noyer dans une mer des nations, ils s’en réjouiraient jusque sur notre tombe sans verser une larme.

    Peut-on être en union avec un partenaire aussi introverti?

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