Message (à peine fictif) des médecins à François Legault: Mille fois merci !

Francois Legault, Gaétan Barrette(Pour illustrer mon propos, je vais me mettre dans la peau de médecins qui écrivent au premier ministre. Cette lettre est donc fictive ou, au choix, un exercice de « réalité augmentée »)

Très cher premier ministre,

Alors que s’achève l’année politique moi et mon groupe d’amis médecins spécialistes et généralistes tenons à vous exprimer notre profonde reconnaissance.


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Comme vous le savez, la dernière décennie fut pour nous une période bénie des Dieux. Nos revenus ont augmenté, pour les médecins de famille, d’environ 50%. Pour les spécialistes, de 60%. Sans que notre charge de travail augmente !

Avant, nous étions la risée du 1% de la population la plus riche. Désormais, on est en affaires ! Songez qu’il y a dix ans, il n’y avait pas plus de 500 d’entre nous qui gagnions un demi-million par an. Une misère. Aujourd’hui, nous sommes plus de 3 500 à faire partie du club des 500 000 $ ! C’est la fête permanente.

Rémunération des médecins

Et puis, cher M. Legault, j’ai un message spécial de la part de nos amis radiologues. Leur rémunération était il y a deux ans de 715 000 $ par an, maintenant ils sont à 835 000 $. C’est pas beau ça ! Et c’est juste la moyenne. Je ne vous parle pas des millionnaires, qui sont nombreux et qui vous embrassent comme si vous étiez leur sœur.

Bon, c’est vrai, on sait que vous n’êtes pas personnellement responsable de notre nouvelle richesse. On le doit surtout aux libéraux et à notre ancien président de syndicat Philippe Couillard. Ah, non, je me trompe, ce n’était pas plutôt Gaétan Barrette ? Enfin, on les confond.

La fenêtre fermée

La raison pour laquelle nous vous sommes reconnaissant, à vous, personnellement, M. Legault est qu’on a bien cru, il y a un an, que nos revenus et nos augmentations scandaleux étaient à risque. Nous avions négocié avec nos amis libéraux une entente qui allait ajouter 7 milliards de dollars à nos revenus d’ici 10 ans. On a négocié ça en vitesse avant l’élection car on avait très peur que quelqu’un d’autre prenne le pouvoir.

L’immense majorité de la population québécoise était contre ces augmentations. Nos primes ridicules, qu’on perçoit pour arriver à l’heure, inscrire un patient sans le voir, mettre un sarrau, n’ont pas cessé de braquer les projecteurs sur notre avidité, alors même que les conditions se dégradaient dans les CHSLD, dans les hôpitaux, dans le personnel de la santé.

Nous savons que nous sommes le lobby le plus puissant au Québec. Nous avons fait plier plusieurs gouvernements. Mais l’an dernier, on se sentait pour la première fois en situation de faiblesse. Pour l’opinion, on avait dépassé toutes les bornes. Les trois partis d’opposition disaient non. L’ancien ministre de la Santé, Claude Castonguay, répétait que le temps était venu de corriger les erreurs du passé, dont celle de nous avoir laissé à nous le contrôle sur notre masse salariale. (On s’en pince depuis 1970, un syndicat qui contrôle la distribution de la paie, c’est fameux !)

Notre refus de céder des actes médicaux aux autres professionnels de la santé, où aux médecins venus de l’étranger, commençaient à déranger beaucoup de monde.

Même dans nos propres rangs, on sentait l’opposition monter. Pas moins de 1000 médecins et étudiants en médecine avaient signé une pétition pour refuser complètement les nouvelles augmentations. Des médecins altruistes. On n’avait pas vu ça depuis le départ à la retraite du docteur Welby. À les écouter, il aurait fallu mettre cet argent là dans les soins. Incroyable !

Vous nous faisiez peur

Vous même nous faisiez un peu peur. Lorsque vous étiez dans l’opposition, M. Legault, vous n’arrêtiez pas de dénoncer les libéraux pour leur manque de courage. Et vous répétiez ce mot avec emphase. Le COURAGE. Puis, pendant la campagne, vous êtes allé jusqu’à dire que vous alliez déchirer notre entente. Pire, vous avez promis à tous les Québécois de nous enlever 1 milliard de dollars par année. On ri pu. Un milliard, ça aurait paru !

On avait bien compris que si vous faisiez ça, vous auriez un appui massif des Québécois et, dans l’Assemblée nationale, le Parti québécois et QS allait vous appuyer et demander d’aller plus loin encore. Jamais les conditions n’avaient été aussi bien réunies pour faire voter une loi spéciale qui allait nous remettre à notre place.

On se préparait à passer un très mauvais moment. On savait qu’il faudrait lâcher quelques gros morceaux, pour préserver l’essentiel. On avait tellement peur qu’on avait embauché Lucien Bouchard pour nous représenter.

On a eu vraiment chaud, peu après votre élection. Vous étiez majoritaire et en début de lune de miel. C’est le moment le plus dangereux pour les privilégiés comme nous. Car c’est en début de mandat qu’un gouvernement courageux peu prendre de front un lobby puissant comme les médecins. Justement, en octobre, vous avez annoncé que vous alliez geler nos augmentations. C’était ce que le Parti Québécois avait prévu de faire. On s’est dit, ça y est, l’heure de vérité est venue.

Heureusement, vous avez reculé en quelques jours seulement. On s’est énervé pour rien !

Vous avez accepté d’attendre jusqu’en septembre prochain, pour voir une étude qui va dire si oui ou non on est payés plus cher qu’en Ontario. En plus, vous nous avez laissé négocier les variables de l’étude. On peut pas perdre quand on écrit les règles du jeu.  Et seulement si l’étude devait, malgré tout, indiquer qu’on est payés un peu plus plus cher, on va commencer à discuter d’ajustements potentiels. Comptez sur nos négociateurs pour trouver des solutions qui vont nous plaire !

Un premier bilan a janvier a indiqué que, tous comptes faits, l’écart entre les ontariens et nous n’était pas si grand. Puis, un bonheur ne venant jamais seul, en février les médecins ontariens ont obtenu des augmentations importantes ! Si ça se trouve, on va pouvoir dire qu’on n’est pas encore assez payés !

Nos amis les Ontariens

On est vraiment contents, cher François Legault, de vous avoir convaincu, quand vous étiez ministre de la santé en 2003, que les médecins devaient être le seul corps d’emploi au Québec à être payé aussi cher qu’en Ontario. Ça c’est la médaille d’or. Peu importe que nos droits de scolarité soient plus faibles, peu importe que le coût de la vie soit plus faible, peu importe que la charge de travail soit plus faible, peu importe que notre mobilité, comme francophones, soit plus faible. On vous a fait signer une lettre d’entente acceptant ce principe maintenant sacré.

Comme on sait que l’Ontario est plus riche que le Québec, ça nous assure d’être toujours beaucoup plus riches que les autres Québécois. On avait peur que le Québec déclare son indépendance par rapport à l’Ontario. C’est ce que proposait le PQ. Heureusement, avec vous, on est rassurés.

Aussi, bravo à votre ministre, qui limite les dégâts. Quand Diane Lamarre et le PQ avait proposé un « big bang » des actes médicaux pour en déléguer à une douzaine de professionnels, dont les paramedics, les pharmaciens, les physiothérapeutes, les ergo et les autres, comme cela se fait ailleurs dans le monde, on a vraiment craint que vous leur piquiez leur idée (elle est ici).

Heureusement, votre ministre s’est limité à élargir le rôle des infirmières spécialisées, mais sans leur donner le rôle central que le PQ proposait, qu’on craignait par dessus tout, et de permettre aux pharmaciens de vacciner, alors on respire.

Aussi, on vous remercie d’avoir remis au calendes grecques l’idée de nous retirer un des plus beaux cadeaux des libéraux, l’incorporation. On fait entre plus de 150 millions par an, juste avec ça. C’est pas beaucoup dans tous les milliards qu’on fait, mais on y tient. C’est comme une cerise sur notre énorme sundae.

Alors voilà, cher premier ministre. On sent que, grâce à vous, la fenêtre d’opportunité pour une vraie réforme du rôle des médecins au Québec se referme. Vos promesses électorales de déchirer notre entente ou de faire preuve de courage sont maintenant loin derrière nous. Nos privilèges sont intacts. Notre rémunération est à l’abri.

Alors merci, François Legault, d’avoir non pas incarné le changement, mais de nous avoir épargné le changement.

C’est avec le sourire aux lèvres qu’on se reverra cet été, comme vous l’avez si bien dit, sur les terrains de golf.

Signé: des médecins reconnaissants


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3 réflexions au sujet de « Message (à peine fictif) des médecins à François Legault: Mille fois merci ! »

  1. Je n avais plus de médecin de familles On m en a trouvé un mais je ne peut jamais le rencontré Quand je parle a la secrétaire elle dis qu’ elle n a pas reçu les horaires du médecin et de rappelé plus tard ou qu’ elle est partis en vacance.Quand ce médecin a accepté de me prendre comme patient c étais parce que je n étais pas un cas lourd Alors je crois bien que c est encore l urgence qui va écopé Ps J aurais vraiment besoin de voir un médecin avant qu il ne soit trop tard Merci.

  2. Si jamais Réjean Hébert devient ministre fédéral de notre santé autant que de celle des gens du Canada sans le Québec, CsQ, à coeur vaillant rien d’impossible, quelle sera la politique d’Ottawa en matière de disparité de rémunération inter provinciale des médecins ?

    Sous-question, en matière de corporatisme dans l’industrie de la maladie. La santé, c’est autre chose. Il y a un passage obligé à faire dirait Charles Sirois côté gestion de l’industrie de la maladie à l’industrie de la santé, saut à un paradigme éducatif et alimentaire plutôt que dépistif et curatif.

  3. Un commentaire hors sujet. Vous êtes récemment revenus sur les CV anonymes. Rappelons que cette idée est pour les enfants d’immigrants, pas les immigrants eux-mêmes. On a beau anonymiser un CV, s’il dit qu’on a fait ses études à l’université de Dakar, ça vend un peu la mèche, non?

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