On est toujours le xénophobe de quelqu’un, M. Couillard

Voici le texte publié jeudi dernier par Le Devoir, le Journal de Montréal et de Québec et par le site du Soleil (Seul La Presse a décliné.) On peut entendre aussi l’entrevue que j’ai accordée à ce sujet à Richard Martineau.

Cher Premier Ministre,

Votre prédécesseur, Robert Bourassa, a déclaré un jour qu’« en politique, on dit parfois n’importe quoi ». C’est donc dans cette catégorie de déclarations que j’ai d’abord classé vos propos de dimanche dernier, quand vous affirmiez que le PQ et la CAQ avaient « soufflé sur les braises de l’intolérance » et portaient « un lourd passif en matière d’intégration ».

Vous avez été fort critiqué pour avoir fait preuve de partisanerie mesquine, alors que l’heure était à l’unité face aux barbares qui venaient de mitrailler nos frères Français, après avoir semé la mort au Liban et en Égypte. À l’heure où des obscurantistes tuaient pour leur idéal d’un État dictatorial religieux (Bernard-Henri Lévy propose le terme « fascislamisme »), j’estimais que vous aviez erré en blâmant ceux qui, à la CAQ et au PQ, proposent des mesures de francisation et de laïcisation plus ambitieuses que les vôtres.

Mais non. Ce mardi, vous avez récidivé. En pleine Assemblée nationale, vous avez affirmé que « ce discours, que [vous] refer[iez] encore aujourd’hui », reflétait votre dégoût réel pour des « messages qui vont à l’encontre de l’accueil et de l’intégration ». Il faut donc bien vous comprendre. Entre votre vision et celles des deux principaux partis d’opposition, il n’y a pas à votre avis de différence de degrés entre propositions dignes de respect. Non. Il y a la vôtre, juste et bonne. Il y a les nôtres, intolérantes.

Il était savoureux de vous entendre quelques minutes plus tard, mardi, vanter dans un discours d’assez bonne tenue la République française, qui, dites-vous avec raison, « porte les armes de la civilisation contre l’ennemi de l’humanité tout entière », car « frappée pour une deuxième fois cette année dans sa chair et ses symboles les plus précieux : la liberté d’expression et de pensée, la tolérance », etc.

Certes. Mais quelqu’un aurait pu vous glisser à l’oreille que la France pratique depuis un siècle l’interdiction des signes religieux dans le secteur public, que vous voyez comme une verrue purulente du « lourd passif » péquiste. Et ne savez-vous pas qu’au cours de la dernière décennie, la France, tous partis confondus, a interdit le hidjab dans ses écoles et le niqab dans l’espace public, sous peine d’amende ? Vous avez heureusement omis de traiter les Français d’intolérants, même si on sent que vous n’en pensez pas moins. Merci pour eux.

Accusations à venir

Mais je voudrais, cher Premier Ministre, être le premier à vous aviser que vous serez bientôt la cible d’accusations d’intolérance. Oui, car, voyez-vous, on est toujours le xénophobe de quelqu’un.

Et il se trouve que vous avez récemment introduit à l’Assemblée le projet de loi 62, qui prévoit interdire aux employés de l’État québécois de travailler à visage couvert, donc en portant un niqab ou une burka. Vous voulez même interdire aux citoyens de réclamer des services publics ainsi accoutrés.

Et cela, cher Premier Ministre, ne passera pas comme une lettre à la poste chez les débusqueurs d’ethnocentristes. Déjà, mardi, la ministre canadienne de la Justice a appelé, pour la féliciter et lui souhaiter la bienvenue, une dame devenue célèbre pour avoir insisté de porter, lors de sa récente cérémonie d’obtention de la citoyenneté, le symbole extrême de soumission de la femme à l’homme et à l’islam. Une victoire célébrée de concert par les libéraux fédéraux et les plus radicaux des islamistes.

Attendez un peu que vous fassiez voter votre projet de loi. Qu’en dira cette ministre de la Justice, qu’en dira le premier ministre canadien, pour lesquels le droit au niqab est la nouvelle frontière de la défense des droits ? M’est avis qu’ils vont vous accuser de vouloir fouler aux pieds la Charte léguée par Trudeau père, de marginaliser une communauté entière, de faire des amalgames coupables et démagogiques, de stigmatiser des femmes et de les rejeter en marge de la société.

Société distincte

Ils pourraient ajouter que vous avez un « lourd passif » et qu’il fallait s’attendre à ce que vous succombiez, vous aussi, à cette dérive. Oui, oui. Ils rappelleront que vos prédécesseurs libéraux du Québec, avec l’accord du lac Meech, avaient voulu assujettir les femmes québécoises aux rigueurs de la « société distincte » (vérifiez : les féministes canadiennes avaient très peur pour nos conjointes). Pierre Trudeau accusait l’alors chef du PLQ de vouloir ainsi « déporter des anglophones ». Et que n’ont-ils pas dit de la loi 22, lorsque votre parti a institué le français « langue officielle » et restreint l’accès à l’école anglaise ? Je n’ose pas le répéter ici.

Mais pourquoi remonter si loin ? Relisez simplement ce que la presse bien pensante d’outre-Outaouais a écrit sur votre prédécesseur immédiat Jean Charest lorsque, en mai 2010, il s’est aventuré à vouloir légiférer sur le niqab. Tout y est.

Vous serez, cher Philippe Couillard, le xénophobe de quelqu’un. Vous aurez beau dire que votre position est légitime, argumentée, modérée même. Vous aurez beau dire que vous respectez les opinions contraires, sans les partager. Mais voilà. L’opinion contraire ne vous respectera pas, vous. Elle dira qu’il n’y a pas entre eux et vous une différence de degré. Ils diront que vous avez franchi le Rubicon de l’intolérance. Que vous soufflez sur les braises. Que vous faites le jeu des racistes.

Je n’ai pas hâte pour vous, Monsieur le Premier Ministre. Peut-être, ainsi averti, déserterez-vous le champ de bataille, en laissant mourir au feuilleton votre projet de loi, s’il doit vous causer tant de chagrins. Je vous laisse y réfléchir. Mais ça ne m’étonnerait qu’à moitié.



11 réflexions au sujet de « On est toujours le xénophobe de quelqu’un, M. Couillard »

  1. J’aime votre texte Monsieur Lisée même si je suis un canadien fier d’être québécois et vice-versa. Votre texte démontre la complexité de vivre dans un pays de droit. Dans notre pays multiculturel, oui je dis bien multiculturel car ce pays le Canada et le Québec sont composés de plus de cent Ethnies donc nous pouvons utiliser le mot Multiculturel. Monsieur Couillard aura des difficultés avec son projet de développer davantage de laïcité dans la fonction publique car les arriérés venus d’ailleurs, poussés par leurs Imams, voudrons faire du prosélytisme de mil et une façon et la burqa et les voiles en sont. Nous devrions faire comme en France et restreindre les droits des arriérés qui veulent à partir d’une coutume stupide, soumettre la femme comme un être inférieur. C’est mon point de vue de canadien fier d’être québécois mais je sais que les intolérants religieux de toutes acabits se serviront de la chartes des droits contre nous et certains politiciens stupides féliciteront des femmes pour avoir porter le voile durant leurs assermentations comme nous avons vu dernièrement au Fédéral ! Oui Monsieur Lisée, Philippe Couillard aura des difficultés avec ce projet mais moi je ne m’en réjouit pas. De plus, si Justin nous mets des bâtons dans les roues, nous allons le  »fluscher » dans 4 ans ! Il y a des limites à la stupidité !

  2. Excellent rappel historique, Monsieur Lisée!
    Continuez de mettre Philippe Couillard face à ses contradictions et d’en tenir la population informée!

    Normand Paiement

  3. Extrait, In Réenchanter la vie, par Jacques Grand’Maison

    Quand on est collé sur soi, sur ses pulsions les plus immédiates, sur son vécu érigé en vérité prête à porter, sur la spontanéité comme mesure d’authenticité, on ne peut accorder aucun crédit au discernement du vrai et du faux. On le méprise même. On n’y trouve aucune pertinence. Toute distance critique est perçue comme une menace ou même une agression. Mais en fait, combien ont l’esprit blindé, réfractaire à la moindre remise en question, surtout celle d’eux-mêmes. Je ne cherche pas, j’ai trouvé. Vérité sans faille, indiscutable, sans oreille pour entendre autre chose qu’elle-même. Elle devient la valeur unique qui n’a pas besoin des autres valeurs pour se penser. C’est le discernement au point zéro.

  4. Xénophobe pour xénophobe, je le suis pour l’ensemble des anglophones qui sont venus, en autobus, nous dire qu’ils nous aimaient, en fait une minorité dont l’astuce était d’essayer de nous ralentir dans notre élan de séparation.
    Pourtant, le Québec est souverain depuis 1982; Mme Kathleen Wynne, première ministre de l’Ontario l’a mentionné à M. Couillard en août 2014 et M. Marissal de LA PRESSE vient de le répéter à mots couverts. Quand 650 000 Québécois paient plus d’impôt sur leurs dividendes que les autres Canadians, il y a de quoi à devenir xénophobe-anglophobe; pour ces citoyens, c’est une perte totale de 21% pendant 7 ans. Ottawa cherche constamment des moyens de diminuer notre économie et notre réputation. On comprend la situation, le Québec est la vache à lait du Canada, Ottawa ne veut pas que la situation change. Mon dossier, envoyé à l’ONU, contient plus de 50 façons malhonnêtes appliquées contre les Québécois.

  5. Jean Charest a crié haut et fort son testament politique un jour de 2012, au plus fort du Printemps Érable:
    « Ou vous êtes avec nous, ou vous êtes pour la violence ».
    C’était le sommet de sa carrière québécoise qui avait commencé avec le premier caucus libéral faisant suite à son élection à la tête du PLQ:
    « À partir de maintenant, vous devrez apprendre à haïr ceux d’en face », lançait-il à ses députés, en introduction à son premier discours de chef, à la grande surprise de plusieurs, comme Michel David nous l’a rapporté dans ses chroniques de La Presse.
    Entre ces deux moments décisifs de la transformation du PLQ, il a réussi à complètement dénaturé notre rapport les uns aux autres.
    Il semble que ce soit le respect de cet héritage de haine que le premier ministre Couillard veule nous rappeler quasi quotidiennement.
    De 1960 à 1998, nous étions des adversaires politiques parfois coriaces mais sans haine à l’égard les uns des autres. Nous avions droit à la différence de vision, d’option, de pensée, de discours et au droit de le dire sans risque de criminalisation.
    L’implantation systématique d’une culture de haine, de dualité (toi ou moi), de refus du dialogue et de recherche d’une troisième voie dans notre vie politique a considérablement affaibli notre démocratie et créé des rapports non plus d’adversaires mais d’ennemis dans notre société. Alors que l’adversaire est à convaincre, l’ennemi est à abattre.
    Que Dieu nous soit en aide dans la reconquête de notre dignité et que le PLQ trouve la force de renoncer à cet héritage doré sur tranche d’un pouvoir illusoire sur l’âme québécoise et dont le vide intérieur pourrait bien cacher une arme de poing qui tôt ou tard se retournera contre eux.
    Il serait triste et douloureux que l’héritage politique des libéraux, riche d’histoire et si cher aux québécois, s’évanouissent dans la fange de l’aréopage des héritiers mythomanes qui se prennent pour des justiciers.

  6. Bonjour Jean-François
    J’aimerais ici te soumettre une idée.
    Comme actuellement les Libéraux sont au pouvoir a Ottawa et je crois pour un bon bout de temps. Cependant, selon mon frère qui demeure a Toronto,même les Anglos, commencent à rejeter le multiculturalisme à M. Trudeau. Les conservateurs de l’Ouest sont friand de la reine et sont très Britannique, se disent peuple fondateur avec les Français et les peuples Autochtones. Crois tu, pour sortir les Libéraux du pouvoir, ils vont devoir prendre une entente avec les Québécois. Pourquoi le PQ n’approche t’il pas le parti conservateur et essayer , d’avoir un pacte avec eux. Aller chercher avec eux qui respectent les peuples fondateurs de Canada.
    Je crois qu’une alliance, conservateur, autochtone et Québécoise donnerait un pouvoir solide pour défaire les Libéraux du pouvoir a Ottawa et même a Québec.
    Le PQ devrait négocier avec l’Ouest pour la partition des pouvoirs au Canada.
    Ceci est mon point de vue. Qu’est ce que tu en pense ?
    Paul Robert
    Granby, QC
    Membre du parti
    prsolution@videotron.ca

    • C’est la meilleur. Il faut vraiment être innocent pour pondre une telle stratégie à commencer sur une fausse prémisse: « Les Anglos commencent à rejeter le multiculturalisme à M. Trudeau. » Oui, c’est ça. On va refaire le trajet de tentative d’assimilation de tout ce qui ne nous ressemble pas.

      Sortir la langue et la culture d’origine des immigrants comme votre gourou Bernard Landry pense avoir « sorti le Canadien de la jeunesse Québécoise ». Vous les indépendantistes, vous êtes vraiment malades.

  7. « Être le xénophobe de quelqu’un .» Les séparatistes sont les xénophobes des francophones hors Québec « colonisés » et « assimilés ». Lisée est le xénophobe des Québécois qui se disent avoir une « identité Canadienne ».

    • Il n’y a pas de sépartatistes au Québec.Il n’y a que des Souverainistes fiers debouts, confiant en eux et en leur peuple capables de s’occuper eux mêmes de leurs affaires et d’être maîtres chez eux.
      Lisée n’est pas comme vous le dites le xénophobe des Québécois qui (se) disent avoir une « identité (C) canadienne » il a choisi une autre identité que la vôtre.
      Si vous vez le droit d’avoir une  » identité canadienne » sans être xénophobe pourquoi J.F. Lisée n’aurait pas le droit d’avoir une  » identité québécoise » sans être pour autant xénophone?

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