On vit « un équilibre linguistique parfait » dit le PLQ. Sérieux ?

Pour une surprise, c’est une surprise de taille. On vient d’apprendre qu’après 400 ans de soubresauts et de tensions, le Québec a enfin atteint le nirvana linguistique.

Équilibre: Ensemble/Together

Équilibre: Ensemble/Together

Je n’invente rien. Notre ministre responsable de la promotion de la langue, Hélène David, l’a dit hier en répondant aux militants anglophones inquiets pour l’avenir de leur propre langue au Québec. « Je pense que nous avons un équilibre parfait, compte tenu de la situation ».

Wow. Et elle a dit-ça, rapporte Radio-Canada, « posément » et elle a « bien pesé ses mots ». Donc, elle n’avait rien fumé d’illégal. Elle a fait cette déclaration en pleine possession de ses capacités intellectuelles.

Bon, oui, à sa décharge, elle est « sous influence ». Elle a entendu comme nous son premier ministre affirmer avec force que les mesures de renforcement du français, « ça suffit » ! Jugez-en :

Mais lorsqu’on s’extrait de cette influence jovialiste et qu’on met bout à bout les chiffres des recensements jusqu’en 2011 et les projections de l’Office de la langue française sur le poids des francophones (langue d’usage, donc toutes origines confondues) jusqu’en 2056, on obtient un portrait qui ne semble que très imparfaitement équilibré.

D’abord pour la place du français dans le Québec en entier:

québec

Cela paraît net: la baisse enregistrée depuis 2001 va, selon le scénario le plus probable de l’OQLF, se poursuivre et s’accentuer.

Voyons maintenant pour la région métropolitaine de Montréal, donc l’île, Laval, et les couronnes nord et sud:

RMR

Ici, c’est depuis 2006 que la tendance est forte. La proportion de citoyens de la RMR qui parlent principalement le français à la maison fond à bonne vitesse. Mais ils sont toujours majoritaires.

Qu’en est-il dans le chaudron linguistique du Québec, là où se fait — où ne se fait pas — l’intégration linguistique, soit l’île de Montréal. Une image vaut mille francophones:

Mtl

C’est assez net, les francophones vont perdre la majorité d’ici la fin de la présente décennie. Peut-être à temps pour le 150e anniversaire du Canada, en 2017 !

C’est pourquoi j’ai tant insisté, lorsque j’étais ministre de la métropole, pour un programme de rétention des familles sur l’île, sachant que la majorité des familles qui quittaient étaient francophones. (Voir nos propositions ici.)

On nous rétorque que ces baisses sont sans importance, car pendant qu’il y a moins de francophones, il y a de plus en plus de non-francophones qui parlent le français, langue seconde. J’ai déjà traité ce sujet, alors je me permets de vous remettre ici,  un peu remanié, un texte de 2011 que la ministre Hélène David n’a pas (du moins pas encore) lu :

Le Français au Québec: en route pour l’imprudence !

029q2546Le premier ministre Jean Charest a parfaitement raison.

Il faut « contextualiser », a-t-il dit, l’étude publiée vendredi dernier et qui rappelle que le français n’est déjà plus la langue maternelle de la majorité des habitants de l’île de Montréal et ne sera plus la langue parlée à la maison par la majorité d’ici 20 ans.

L’étude met déjà, un peu, ces chiffres en contexte en signalant le déclin significatif du français parlé à la maison dans les banlieues de Montréal.

J’affectionne pour ma part une image pour illustrer la situation:

On peut penser à un canot (l’île de Montréal) avançant sur une rivière qui débouche sur une énorme chute (l’anglicisation).

Dans les années 60, lorsque 85% des jeunes immigrants choisissaient d’être éduqués en anglais, le canot avançait à, disons, 50 noeuds. Les pagayeurs s’empressèrent de freiner cette course folle, notamment grâce à la loi 101.

Ainsi, en 2011, le canot n’avance plus qu’à 25 noeuds. Extraordinaire succès, applaudissent, de la rive, les optimistes.

CanoeWaterfall

En réalité, les pagayeurs réussiraient à ralentir jusqu’à 1 nœud qu’ils ne pourraient échapper à la chute. La seule vitesse du succès est 0, à défaut d’avoir la capacité de faire demi-tour.

Deux arguments sont avancés pour atténuer la portée des mauvaises nouvelles.

Ce n’est pas grave: on gagne au jeu des transferts linguistiques!

« On gagne! », disent-ils, brandissant le chiffre de 51%. Il concerne les « transferts linguistiques » – soit la décision prise par un Québécois allophone de passer, à la maison, de sa langue d’origine (l’espagnol, l’arabe) au français ou à l’anglais. Pour la première fois, en 2006, ces transferts se sont fait majoritairement vers le français. Oui, une majorité très très claire de 51%!

Évidemment, si vous avez un bain d’eau chaude à 90 degrés et que l’eau qui arrive de votre robinet est de 51 degrés… Vous comprenez.

Il est vrai que ce 51% inclut les immigrants arrivés il y a longtemps — qui passent massivement à l’anglais — et ceux qui sont arrivés plus récemment — et qui passent massivement au français. On peut donc escompter que la majorité pour le français sera de plus en plus claire avec le temps. Mais le bain aura le temps de tiédir considérablement dans l’intervalle.

Le problème? Si les transferts linguistiques sont un référendum sur le français et l’anglais, on doit à la vérité d’indiquer que le taux de participation est exécrable. Seulement 38% des allophones font ce transfert. Donc, 62% gardent leur langue d’origine à la maison. C’est énorme.

Ce n’est pas grave: ils parlent français !

Un jour talonné par la journaliste du Devoir Manon Cornellier sur les taux d’assimilation des francophones hors-Québec, le premier ministre Jean Chrétien avait trouvé une bonne réponse:

«Il y a des gens qui abandonnent comme il y en a qui l’apprennent. Il y a des pertes et des gains. » Il y a, ajoute-t-il, « de nouveaux adeptes qui entrent ».

Donc, le fait que des anglophones aient appris le français comme langue seconde en Alberta ou en Ontario compense pour la chute du nombre de gens qui parlent le français à la maison. Des pertes et des gains. C’est la même chose.

C’est la contextualisation qu’on nous sert aujourd’hui. Le français sera minoritaire sur l’île et est en baisse en banlieue, mais ça ne fait rien car ceux qui parlent une autre langue à la maison ont le français comme langue seconde.

Françoise David a même indiqué que, puisque tant d’allophones parlent le français à la ville, on ne pourrait s’inquiéter que si la proportion de Montréalais parlant français au petit-déjeuner avec leurs enfants chutait à… 20%. Donc, pas question de sonner l’alarme avant que 80% des habitant de l’île ne parlent une autre langue en tartinant leurs roties. Et encore, ce n’est pas certain.

Françoise a été chaudement applaudie par deux signatures de La Presse, André Pratte, éditorialiste en chef, et Alain Dubuc, ex-éditorialiste en chef. C’est fâcheux, car le débat linguistique québécois des 60 dernières années nous a offert une constante: la page éditoriale de La Presse s’est systématiquement opposée à toutes les mesures proposées pour assurer le renforcement du français, estimant à chaque fois que ces mesures étaient excessives et que tout n’allait pas si mal après tout.

Son refrain est désormais bien connu: « tout ce qui a été fait jusqu’à maintenant était justifié, mais cette fois-ci, c’est trop. » Or une lecture rétrospective de ce courant d’opinion révèle que ce qui est aujourd’hui accepté comme juste et raisonnable était considéré exagéré lorsqu’il fut introduit.

Pourquoi c’est grave !

Mais pourquoi, cette fois-ci, Françoise, André et Alain ont-ils tort ? Il est vrai que le français langue seconde est plus que jamais enchâssé dans la vie des allophones québécois. Le bilinguisme — non — le trilinguisme y est la norme. Mais il existe une différence de nature entre être un francophone, donc être membre d’une communauté linguistique minoritaire, et connaître le français.

La première résultante d’une minorisation des francophones sur l’île est : l’affaiblissement de la volonté de défense du français.

En effet, tous les sondages, récents comme anciens, révèlent des différences notables entre l’intensité avec laquelle les francophones, les allophones et les anglophones appuient (ou rejettent dans le dernier cas) les efforts du Québec pour protéger et promouvoir le français. La règle est relativement stable : lorsque 80% des francophones sont favorables à une mesure (la prédominance du français dans l’affichage commercial, par exemple), les allophones y sont moitié moins favorables, à environ 40%, alors que, chez les anglophones, il faut diviser par quatre, six ou par huit, selon les questions. Au total, si le nombre de francophones baisse et que le contingent allophone augmente, la société québécoise sera globalement moins convaincue de la nécessité de protéger le français.

Chez un peuple sur la défensive, dont les gestes de préservation de sa langue subissent un procès permanent, la volonté de « tenir » est une denrée précieuse. Les francophones, c’est normal, ne sont jamais eux-mêmes unanimes. Leur volontarisme linguistique est d’ailleurs une entorse à leur comportement général fondé sur un admirable « vivre et laisser vivre » qui motive leur ouverture générale au changement, leur permissivité face à leurs adolescents et leur tolérance marquée (nettement plus qu’au Canada anglais) des choix individuels, notamment homosexuels.

C’est pourquoi ils ont tendance à oublier, entre deux crises linguistiques, les motifs qui ont justifié leurs exigences en matière de langue. C’est ainsi que, régulièrement, une majorité de francophones se prononce en faveur du libre choix à l’enseignement anglophone pour tous, alors que les dispositions balisant ce choix sont essentielles à leur survie linguistique.

L’augmentation du contingent allophone est donc le précurseur d’une baisse de volonté politique de défense du français. Lorsqu’on parle italien chez soi, et aussi bien français et anglais à la ville, pourquoi s’opposer à l’idée que Montréal devienne officiellement bilingue ? Que le libre choix soit étendu à tous à l’école ? Qu’on soit servi en français ou en anglais dans un grand magasin ? On peut penser, vivant au Québec, que cela devrait être autrement. Mais il est difficile de demander à ces concitoyens de se mobiliser durablement pour défendre… une de leurs langues secondes.

Je vous offre une autre image:

une communauté linguistique est une forêt. Ses membres qui ont le français comme langue d’usage — à la maison, avec les enfants — en sont les racines. C’est du solide. Ceux qui ont le français comme langue seconde sont les feuilles. C’est magnifique.

Mais le jour où viendra la tempête…. Vous comprenez.

Ce n’est pas grave: il n’y a pas d’anglicisation!

On nous rétorque que tout cela a peu d’importance car, si la proportion de francophones chute effectivement et que la proportion d’allophones augmente, la proportion d’anglophones, elle, a également tendance à baisser. Il n’y a donc pas d’anglicisation.

En fait, c’est encore plus intéressant.

D’abord, il y a anglicisation, comme le montrent ces chiffres tirés de l’étude de l’OQLF:

anglicisation

L’étude de l’OQLF est claire. La capacité d’attraction du français — l’indice de vitalité — est de 1,09 à Montréal. L’indice de vitalité de l’anglais est bien meilleure: 1,43. On anglicise d’avantage qu’on ne francise.

Mais Montréal est une machine qui importe des immigrants dont près de la moitié n’ont aucune connaissance du français au point d’entrée, en anglicise un bon nombre, puis les exporte sur le reste du continent. C’est cette exportation qui nous sauve. Sans elle, l’anglicisation serait galopante.

animation3À mesure que, sur l’île de Montréal, puis en banlieue, on remplacera les arbres à racines par des arbres à feuilles, à mesure que la volonté collective de défense du français s’étiolera, trouvera-t-on un moment de grand vent ? Arrivera-t-on à un point de bascule ? Si oui, la descente vers l’anglicisation pourra s’accélérer et ne trouver devant elle que bien peu de résistance.

Une autre image, pour finir:

le Québec francophone du XXIe siècle est semblable au coyote du dessin animé. Courant vers sa proie, il a sans le savoir quitté la terre ferme, est passé de la falaise au précipice. Il est, un moment, suspendu dans les airs, dans l’instant où la gravité n’a pas encore réclamé son dû.

Il y a ceux qui espèrent que la gravité, dans ce cas, sera éternellement inopérante.

wile_fall
C’est le contraire de l’équilibre…



25 réflexions au sujet de « On vit « un équilibre linguistique parfait » dit le PLQ. Sérieux ? »

  1. Monsieur Lisée,
    L’idée que vous l’aviez fait exprès m’a traversé l’esprit, mais il aurait aussi bien pu s’agir d’une coquille ou d’une faute d’inattention.
    Par conséquent, dans la mesure où il sème le doute dans l’esprit du lecteur et où il pourrait même servir de mauvais exemple, ce procédé m’est apparu d’autant plus équivoque que votre étude sur la question linguistique est par ailleurs fort pertinente et bien documentée.
    Cordialement,

    N. Paiement

  2. Pour ceux et celles qui se demandent de quoi auront peut-être l’air les Francophones du Québec dans 50 ans (leur façon de s’exprimer en français j’entends), ils n’ont qu’à écouter parler celle que l’on présente comme « LA » joueuse de tennis québécoise qui porte un nom bien français mais que l’on devrait prononcer plus à l’anglaise : « Eudgénie Boucharde ».

    • Eugénie Bouchard a peut-être vécu le même phénomène que j’ai vécu dans les années 1950, c’est-à-dire les expulsions des écoles publiques françaises de tout le Québec si vous n’étiez pas Catholique. À cette époque le Nationalisme à la Lionel Groulx était très populaire, le français était protégé par la religion et vice-versa. Les idiots qui nous ont expulsés des écoles françaises, 20 ans plus tard se sont rendu compte qu’ils s’était tiré dans le pied et il ont créé la loi 101. Cependant ils ne se sont jamais excusé de nous avoir empêcher de nous instruire dans notre langue. C’est la réalité névrotique québécoise !

    • Je ne connais pas la biographie complète d’Eugénie Bouchard. Mais son origine socio-économique me laisse à penser qu’elle a pu fréquenter une école privée. D’autre part, si école publique il y a eu, elle n’a pas nécessairement vécu ce qui se passait dans les années 50 puisqu’elle est née en 1994 et que la déconfessionnalisation des écoles au Québec s’est faite en 1998 (loi 118). Elle n’avait

  3. Je me pose quelques questions…
    La Loi 101 est censée voir à la francisation des immigrants. Serait-elle devenue une passoire? Alors que la plupart des francophones croient qu’elle fait le travail!

    J’ai souvent l’impression que les immigrants ont appris un français minimum, juste assez pour demander « Où sont les toilettes? »

    L’anglicisation des immigrants se passe-t-elle après qu’ils aient appris le français?

    Est-ce vraiment M Bouchard qui a décidé de couper les fonds dédiés à la francisation des immigrants?

    Devant le laisser-aller ou le je-m’en-foutisme des francophones face à l’enjeu politique qu’est la langue française au Québec, pourquoi un immigrant choisirait-il le français aujourd’hui?

    Normand Bianchi, un immigrant de 3e génération …

  4. Je vous admire pour le ton posé que vous utilisez pour décrire ces situations. Pardonnez-moi par-contre d’exprimer que je sens un profond mépris de la part de ce gouvernement qui n’a plus rien de libéral à mon sens, sauf celui qui avait cours dans les années 1920…

  5. Oui, monsieur Couillard a raison, on n’a jamais entendu parler de québécois ne pouvant être servis en français dans une entreprise à charte fédérale. Ce n’est pas ça le problème, le problème, c’est de ne pas pouvoir avoir le droit de travailler en français au Québec. Il ne s’agit pas des clients de ces entreprises, il s’agit des employés qui voudraient travailler en français.

    Je me dis qu’un homme de son intelligence doit bien le savoir. Puis je le regarde aller, puis je me dis que, non, peut-être qu’il ne le sait pas.

  6. Que dire pour que les Francophones finissent par comprendre ce qui leur pend au bout du nez. Il ne faut pas se décourager mais …

  7. M. Lisée, si je suis à 100% pour la défense de ma langue française, je suis aussi à 100% pour l’honnêteté intellectuelle dans l’affichage des statistiques.

    Les graphiques utilisés dans cet article sont tendancieux et exagèrent la gravité perceptible du problème en jouant avec les axes. On parle d’une proportion ici, donc l’axe vertical devrait aller de 0 à 100, et non de 50 à 75. Et l’axe horizontal présente des années mais de façon non-continue (espace de 10 ans, ensuite 5 ans, et finalement une extrapolation avec un espace de 25 ans…).

    Les données montrent que le problème est présent, et assez grave. Mais en utilisant des graphiques aux caractéristiques exagérés, le reste de l’argumentaire perd malheureusement beaucoup de son poids.

    Les mêmes données, avec des axes représentatifs, donnent ceci:
    Québec: http://snag.gy/gaYrX.jpg
    RMR Montréal: http://snag.gy/PemAy.jpg
    Île de Montréal: http://snag.gy/qKS7o.jpg

    • Utilisez les axes que vous voudrez monsieur.Il n’y a pas si longtemps les francophones étaient LARGEMENT majoritaires sur l’île de Montréal.Maintenant il sont à peine majoritaires et dans 20 ans( peut importe vos axes) ils seront MINORITAIRES. Et « vlan »pour Montréal la 2ème ville française au monde!!! La survie d’un peuple monsieur ce n’est pas une question  » d’axes » c’est une question  » d’être ou ne pas être »

    • M. Côté, je suis parfaitement d’accord avec vous.

      Mais pour faire valoir un point, quel qu’il soit, il faut des arguments à toute épreuve, autant pour les analystes que pour la population en général. Les arguments de M. Lisée sont tous excellents, sauf l’utilisation de ces graphiques tendancieux.

      Le simple fait de les utiliser peut venir donner du poids à un adversaire quelconque, qui tentera de convaincre le «peuple» que le reste est aussi exagéré, que ce soit fondé ou non.

      Parfois, malheureusement, la crédibilité peut être une simple question «d’axes», et la survie peut être une question d’image, donc crédibilité.

    • Contrairement à ce que vous dites M. Hatier,la survie ne saurait être une question d’image. C’est une question de confiance en soi, de volonté et de liberté.Les « axes » et les « images » n’ont rien à y voir!!!!

    • En politique, malheureusement, avoir raison n’est pas suffisant. Même la volonté, la confiance en soi et la liberté ne pourront convaincre sans l’image et la crédibilité.

      Je comprends ce que vous dites, M. Côté, et nous partageons ces idéaux.

      Mais M. Lisée joue dans un monde cruel de politique et d’opinion publique qui ne laisse pas passer le moindre défaut d’image.

  8. Est-ce que la ministre David (soeur de l’autre qui, elle, ne sait pas qu’elle est libérale) fait du déni linguistique pour aider Mulcair, avocat anti-Loi 101?
    .

  9. L’article de Julie Pinsonneault, dans le Huffington Post du 28 juillet dernier, m’a fait dresser les cheveux sur la tête.

    « Les élèves québécois maîtrisent le français comme à peu près n’importe quel adulte. Et je vais vous dire, ce n’est pas la grammaire qui est difficile à enseigner. Ce qui est difficile, c’est « vendre » l’utilité du français. Chaque année, je vois les élèves rejeter, avec détachement, le français, et pas seulement au profit de l’anglais. Ils n’aiment pas cette langue et ils ne comprennent pas pourquoi ils doivent l’apprendre. C’est trop compliqué pour rien, pensent-ils. “Pourquoi madame vous nous obligez à parler français ?”, ai-je entendu cette année. Qu’auriez-vous répondu à ça ?
    J’ai même entendu des commentaires similaires de la part d’élèves fréquentant les meilleures écoles privées du Québec. “Pourquoi apprendre le français au Québec ?”
    Peut-être qu’au lieu de vous relater que les élèves ne savent pas écrire, vous pourriez nous donner un coup de pouce pour valoriser notre langue? Si vous y réfléchissez bien, vous constatez que c’est loin d’être une tâche évidente. Ça devient émotif et politique.
    Et comme prof, on a le droit d’être ni l’un ni l’autre.
    Donc, est-ce que j’en ai mangé de la m…, selon vous ? »

    http://quebec.huffingtonpost.ca/julie-pinsonneault/enseigner-francais-ecole-secondaire-education-langue-francaise_b_7880200.html

    D’abord, il faudrait qu’on se mette à aimer le français au Québec, et à en être fier. Partout, même à l’université, on se plaint de la grammaire française. Les francophones sont-ils victimes de leur langue, ou de leur aliénation « cette inhibition par laquelle le sujet ne se voit plus qu’à travers les yeux d’un autre, s’assujettit », comme le dit Borer ?

    Christian Rioux, dans le Devoir, s’indigne : « Or, voilà qu’un discours misérabiliste sur le français se trouve élevé au rang de parole officielle et qu’il est cautionné par nulle autre que la ministre [Hélène David] : “J’vous jure que c’est pas facile, les épreuves uniformes de français, disait-elle. On peut-tu [sic] commencer par relire nos courriels et se dire qu’on n’a pas fait de fautes […]. C’t’une langue difficile, le français. ”

    « […] Une langue ne peut pas être difficile en soi. Elle l’est nécessairement par rapport à quelque chose. La ministre veut-elle dire que le français est plus difficile que les mathématiques, la physique ou la philosophie ? Ou faut-il comprendre que le discours subliminal qui se cache derrière cette prétendue difficulté du français, c’est que celui-ci serait plus difficile que les autres langues ? Que l’anglais, par exemple, pour ne pas le nommer ? » (Rioux, « Le boulet », 16 mai 2014).

    Or l’orthographe de l’anglais est bien plus compliquée que celle du français : « Si souvent encensé par les détracteurs du français, l’anglais compte environ DEUX MILLE graphies pour quarante sons » (R.Thimonnier).

    Dans son article intitulé « La bêtise des bilingaleux », Louis Préfontaine écrit : « Qu’on me comprenne bien ici : de tout temps, l’élite, dans tous les pays, a été multilingue. Il y a une différence fondamentale entre une élite multilingue et la masse des citoyens à qui on impose l’anglais de force, de manière intensive, dès le plus jeune âge. Le premier cas mène aux échanges internationaux ; le deuxième à la disparition. Fulgence Charpentier écrivait déjà, en 1924 : “Dire aux écoliers d’apprendre l’anglais, parce que c’est la langue des affaires et du commerce, c’est prédisposer la jeunesse à se laisser convaincre que l’anglais est la seule langue du succès en affaires et que le français doit vivre dans le domaine circonscrit du foyer. Cette méthode ne peut que déformer l’esprit et le cœur, en enseignant un mensonge.”
    Il est intéressant de noter que cette honte de l’unilinguisme est typique des langues en voie de disparition. En Irlande, par exemple, Henry VIII a envahi le pays et imposé des mesures pour favoriser le déclin du gaélique irlandais (alors la principale langue du pays) ; au début du dix-neuvième siècle, le gaélique avait presque disparu et les enfants avaient honte de leurs parents s’ils ne parlaient pas anglais. Déjà vu. […] »
    http://quebec.huffingtonpost.ca/louis-prefontaine/la-betise-des-bilingaleux_b_6401528.html

    « S’il fallait une preuve de la bilinguisation croissante des esprits au Québec, poursuit Christian Rioux, la ministre nous l’aura fournie sans attendre. Pour peu, on aurait eu l’impression qu’elle parlait du français comme d’une langue seconde. Comme si elle l’observait de l’extérieur. Et cela, la même semaine où un sympathique comique full bilingue triomphait pour une seconde année consécutive au Gala Les Olivier.
    Cette plainte lancinante sur la langue, on l’entend évidemment beaucoup plus rarement en France, en Suisse ou en Belgique. Dans ces pays, plusieurs auront d’ailleurs noté que le Québec n’est plus tout à fait le défenseur du français qu’il a déjà été.
    On voit mal en effet comment nous pourrions jouer un rôle de leader dans la Francophonie en traînant une telle conception de notre langue commune. Que faudrait-il en effet penser d’un capitaine du Canadien qui se plaindrait sans cesse que le hockey est un sport “difficile” ? On lui proposerait probablement d’aller plutôt jouer au curling. »

    http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/408490/le-boulet

  10. Quelle tristesse. Un peuple déjà colonisé qui se rend lui même à l’abattoir, conduit par le Parti Liberal (surtout pas de é, svp) et la discorde entre les francophones. On entend même depuis peu sur le trajet Montréal – St-Jérome, l’annonce des gares faites en francais ET en anglais. Imaginez! Gâaaare Montréal Ouest – Montreal West. Si on capitule devant le fait qu’un allophone/anglophone ne veux pas apprendre quelque chose d’aussi simple que Montréal = Montreal, et que Ouest=West, alors c’est que comme peuple nous avons accepté notre disparition.

    • Si nous vivons dans l’inertie de l’acceptation passive, nous deviendrons une nation qui s’éteindra.

      Y-a-t-il en nous une sève qui court et qui veut germer?

      Y-a-t-il en nous des meneurs qui incarnent les pensées, les jugements et les choix de notre nation?

  11. Je crois que l’un des critères d’évaluation du sens de l’évolution de notre langue est la langue de nos artistes: Or, je constate qu’un nombre impressionnant de nos jeunes chanteurs et chanteuses composent et chantent en Anglais…ils en ont le droit, comme le disait Luc Plamondon récemment…mais ce sont eux nos étendards de la langue française, des porteurs importants de la Langue Française

    • Ça me vient plus facile en anglais… ânonnent-ils!
      Quand la langue seconde de nos jeunes vient plus facilement que la langue maternelle… Lord Durham doit jubiler: on a passé le point de non retour!

  12. Attention aux fautes de français, Monsieur Lisée!

    « Sérieux » s’écrit avec un « X » à la fin!

    Cordialement,

    Normand Paiement

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