Pourquoi je suis montréalo-optimiste

Pour ceux qui n’étaient pas présents lors de la conférence que j’ai présentée hier devant la Jeune chambre de commerce de Montréal et ses invités, voici le discours que j’y ai prononcé.

Pourquoi je suis montréalo-optimiste

Monsieur le maire, messieurs mesdames les maires,
monsieur le président de la jeune chambre,
monsieur le président du Regroupement des jeunes chambres,
distingués invités,
chers montréalais,

C’est par choix que j’ai voulu prononcer devant la relève montréalaise mon premier discours en tant que ministre responsable de la métropole. Nous sommes à un point critique de l’histoire de Montréal. Dans la vie d’une grande ville, ces points d’inflexion arrivent une fois par génération. Il est possible de mal capter les signaux, de rater le rendez-vous, d’avoir la tête ailleurs. Et alors la ville, cet organisme vivant, surnage jusqu’à l’occasion suivante, mais avec moins de force et de souffle.

Il nous échoit donc de bien saisir la situation qui se présente à nous, de lire correctement la nature et l’ampleur des problèmes, nombreux, mais aussi d’apercevoir les fenêtres ouvertes sur l’avenir et, parfois, s’il le faut, d’en percer de nouvelles.

Je veux d’abord définir trois termes, pour que l’on sache, ensemble, de quoi on parle.

Montréal. La relève. La volonté.

D’abord Montréal. Il ne s’agit plus de la vieille ville, ni même de celle des Olympiques, mais de la Métropole. Le Montréal qui émerge est celui des 82 municipalités de la Communauté métropolitaine. Tous ses citoyens, sur l’île et aux confins de ses couronnes, n’en sont pas encore complètement conscients, et ils ne le seront demain qu’à intensité variable. Mais le Montréal du début du XXIe siècle ne sera grand que s’il mobilise toutes les énergies de la métropole, que s’il agit comme une métropole, que s’il se projette comme une métropole.

Ensuite, la relève. Oui, la relève est composée des jeunes montréalaises et montréalais qui inventent, chaque jour, la nouvelle économie, la nouvelle culture, le nouvel environnement urbain, qui réinventent les quartiers, l’inclusion sociale, l’art de la table et la chirurgie à distance. Mais la relève, et entrepreneuriale, est un état d’esprit et ne connaît pas de limite d’âge. Dans mes premiers Cent-Jours de ministre, j’ai rencontré quelques centaines d’acteurs de la vie montréalaise. Peut-être les pessimistes m’ont-ils fait le plaisir de ne pas répondre à mes invitations, mais je puis rendre compte d’un trait distinctif : je n’ai certes pas rencontré que des Montréalais heureux, mais j’ai rencontré, partout, des Montréalais qui souhaitaient se mettre à la tâche et faire de Montréal une ville plus heureuse, mieux dans sa peau, une ville relevée, une ville debout, une ville qui marche.

La volonté, finalement. Lors d’une inflexion passée de l’histoire de la ville, il s’est trouvé un Jean Drapeau pour saisir l’instant et pousser Montréal encore bien plus loin qu’elle s’en croyait elle-même capable. Jean Drapeau, c’est un exercice de volonté politique pure. Une audace, une vision  ou plutôt des  visions.

Cette volonté est-elle possible aujourd’hui ? Pas dans cette même incarnation. Drapeau, l’expo, le métro tous azimuts, comme les grandes erreurs qu’ont été la cicatrice autoroutière  Ville-Marie, ou un hyperstade qu’il nous incombe de réinventer, tout cela, le bon, le grandiose et le brutal, n’était possible que dans l’ère d’avant. Avant les déficits. Avant la consultation. Avant le pouvoir citoyen. Avant les arrondissements.

Montréal, comme les autres organismes démocratiques avancés, doit certes faire preuve d’autant de volonté, sinon plus, qu’aux heures de Jean Drapeau. Mais cette volonté doit s’incarner différemment. Elle est, comme toujours, tributaire de la force de caractère d’individus. De leur engagement et de leur entêtement.

Mais elle ne peut plus être le fait d’un seul homme, ou d’un groupe restreint d’hommes et de femmes. La volonté politique est le carburant principal du changement. Elle doit exister en ce nouveau siècle en une multitude de lieux, dans une multitude de personnes. Cela exige à la fois l’inventivité et le dialogue, l’audace et la concertation.

La métropole, aujourd’hui, a entamé ce virage. Chose impensable il y a 15 ans, tous les maires de la CMM ont engendré, modifié, puis l’an dernier adopté, leur premier Plan d’aménagement et de développement durable. Pour la première fois, la métropole s’est dotée d’une vision intégrée de son développement urbain, agricole, industriel et écologique.

La concertation culturelle a enfanté le Quartier des spectacles et la Place des festivals. On se bouscule désormais pour se concerter, imaginer et proposer un Quartier de la santé, un Quartier de l’innovation autour de l’ETS et de McGill, une cité des métiers, une régénération du Quartier Latin, des Installations olympiques, du Parc Jean Drapeau, de Griffintown, du quartier Bonaventure et plein de quartiers de la culture locale vivante.

Nous ne sommes plus dans l’apprentissage de la volonté politique concertée. Nous sommes dans son application. Nous sommes, avec un tout petit peu d’efforts, à l’aube de son âge d’or. Toutes ces interminables réunions, ces gallons, que dis-je, ces océans de café tiède sont en train de faire place à des réalisations.

Monsieur le maire. Cela signifie-t-il que les élus doivent s’effacer? Certes non. Nous ne pouvons plus, même si nous le voulions ce qui n’est pas le cas, jouer les despotes éclairés. Il nous est interdit d’hypothéquer, au sens propre, l’avenir, ou de gouverner par fiat. On me dit même que, dorénavant, des rencontres du comité exécutif peuvent être suivies sur internet. Leur cote d’écoute ne souffre que de la concurrence des audiences de la commission Charbonneau. Nous ne sommes plus au siècle de Jean Drapeau.

Notre rôle ne doit pas se limiter non plus à créer un espace où la mobilisation des bonnes volontés peut s’épanouir et se déployer, ce qui est pourtant essentiel. Il ne doit pas se limiter à être simple comptable de ce que la réalité économique et budgétaire permet ou interdit – quoique je me rende compte qu’on doit faire beaucoup de calculs, car la rigueur est aujourd’hui de mise.

Non je crois que notre rôle est d’élaborer et de présenter aux citoyens une idée de ce que Montréal peut et doit devenir dans un horizon de quelques années, de s’y accrocher avec énergie, et de franchir les obstacles, toujours nombreux, qui nous en sépare. Cette idée est bien sûr nourrie par les projets qui poussent dans les têtes et les institutions montréalaises et doit être constamment ressourcée dans un processus permanent de consultation et d’échanges.

Mais le leadership montréalais doit avoir un sens de l’objectif à atteindre et faire les choix qui nous y mènent.

Montréalo-réaliste

Pour être montréalo-optimiste, il faut d’abord être montréalo-réaliste.

Commençons par des évidences. Montréal souffre, depuis quelques années, de deux mots/maux en ion. La corruption et la congestion.

La démonstration est maintenant faite : pendant une décennie au moins, en termes de travaux publics, Montréal fut une ville « fermée ». Fermée à la concurrence, donc fermée à la puissance créatrice du libre marché. Des crapules, des criminels, ont vampirisé une partie de nos budgets et de notre santé démocratique. Ils se sont infiltrés dans notre fonction publique municipale et ont gangréné le financement de certains partis.

Voilà pour la mauvaise nouvelle. Et elle est très mauvaise. Mais n’est-il pas étonnant que Montréal, ayant pour ainsi dire ce sabot de Denver à la roue pendant tout ce temps, ait quand même réussi à traverser, mieux que toute autre en Amérique et en Europe, la crise économique des dernières années?  Imaginez l’énergie qu’il a fallu déployer pour avancer malgré ce boulet? Imaginez ce que l’on pourra faire, maintenant qu’on commence à s’en libérer.

Devant nous, en ce moment, grâce au travail policier et au travail de la commission, et, il faut bien le dire, au travail des journalistes d’enquête, les crapules sont en train de tomber. En couleur et en direct. Et avec eux sont en train de se dissoudre des toiles d’influence et de magouilles construites au fil des ans. Et avec eux sont en train de tomber les coûts des travaux publics.

Vous êtes bien placé pour savoir que le libre marché a horreur du vide. La disparition d’entreprises impliquée dans les magouilles fera place à une nouvelle cuvée d’entrepreneurs en construction, un  nouveau millésime. Et nous pourrons enfin  tirer de l’industrie de la construction le potentiel d’innovation et d’exportation qui lui a fait défaut.

La vigilance est de mise et il ne faut pas croire que le travail est même à moitié réussi. La résilience des réseaux mafieux est légendaire. La criminalité est le côté obscur de la créativité. Comme New York nous l’a appris sous le maire Giulianni, le Québec doit toujours devoir compter d’une unité permanente de lutte contre la collusion et la corruption. Nous menons, aujourd’hui, la grande offensive. Nous devrons, demain, gagner aussi les batailles d’arrière-garde, empêcher que l’ennemi revienne de sa retraite stratégique, tuer dans l’œuf les résurgences.

Le projet de loi 1, adopté vendredi dernier à l’unanimité, constitue notre arme principale contre la corruption. Elle sera en vigueur rapidement et permettra de s’assurer de la probité des soumissionnaires, québécois ou étrangers. À la demande du nouveau maire de Montréal, nous avons apporté la semaine dernière des amendements à la loi, permettant de valider rapidement la probité des entrepreneurs faisant principalement affaire avec la ville, les travaux, pour l’instant suspendus ou reportés, pourront être rapidement revalidés avec des entreprises intègres.

Le partenariat du gouvernement du Québec et de la ville de Montréal pour le retour de l’intégrité dans les contrats publics ira plus loin. Le maire Applebaum et moi annoncerons tout à l’heure la nomination d’un comité-conseil qui reverra au cours des prochains mois les processus d’attribution des contrats et l’efficacité des contrôles de qualité, de probité et de transparence mis en œuvre par la ville.

Le maire Applebaum et moi croyons aussi que nous devons innover et, pourquoi pas? faire jouer aux travaux publics de la ville un rôle témoin pour certains contrats, de façon à la fois à donner à la municipalité une fenêtre sur les coûts et les procédés réels, et de façon à accroître la concurrence public-privé. L’ancienne ville de Hull avait mené une telle expérience et avait économisé des millions de dollars.

Il faut envisager l’heure où notre action résolue contre la corruption n’aura pas seulement mis les fraudeurs hors jeu, mais nous aura donnés un savoir-faire nouveau que l’on pourra exporter à l’étranger. Peut-être même à Toronto, si l’on en croit les premiers témoins experts entendus à la commission. Il n’a jamais été démontré que Montréal était la ville la plus corrompue, car on ne détient pas de points de comparaison valide. Mais il est à notre portée de démontrer que Montréal est la ville qui combat le mieux la corruption. Une ville qui a eu le courage de regarder sa vérité en face, de faire la lumière, et de se relever. C’est de ce Montréal-là dont il faut parler, demain, sur la planète.

La congestion. Je n’ai pas besoin de vous la décrire. Ni de vous dire ce qu’elle nous coûte en termes de développement économique ou de frustration psychologique. Nous savons que, après demain, le nouveau Turcot et la future ligne bleue du métro, et peut-être d’autres prolongements, aideront à faire baisser cette pression.

Mais nous sommes dans l’urgence et nous voulons un impact rapide et réel. Le train de l’Est complété à plus de 60% et sera en opération courant 2014.

Mon collègue des transports Sylvain Gaudreault et moi avons multiplié les rencontres avec l’AMT et la STM ces dernières semaines pour donner un signal clair : nous souhaitons la mise en chantier rapide de plusieurs voies réservées de Bus, y compris, mais pas seulement sur le boulevard Pie IX, pour quadriller l’île et les couronnes, y compris le réseau supérieur, d’une masse critique de voies réservées, permettant de faire faire un bond qualitatif au transport collectif, rapidement et à moindre coût. Je me suis engagé personnellement auprès de la STM à faire sauter les obstacles politiques qui pourraient entraver la réalisation de ces plans, depuis certains arrondissements jusqu’à Québec.

Toujours avec mon collègue Sylvain et avec Daniel Breton à l’environnement, puis avec son successeur Yves-François Blanchet, nous examinons les moyens d’augmenter le covoiturage, y compris dans les bonifications à apporter à Turcot. Notre pratique du covoiturage est très en retard sur celles de plusieurs métropoles. Nous pouvons faire beaucoup mieux, ici encore rapidement et à faible coût.

Les voies réservées et le covoiturage sont nos principaux et plus efficaces outils contre la congestion. Aujourd’hui c’est l’exception, demain cela doit devenir la norme.

La démographie

Avant de parler d’économie, il faut parler de démographie. Comme toute grande métropole, Montréal est la ville des allées et venues. Sa population semble stable. Mais sur 10 ans, un tiers de millions de personnes y viennent et le même nombre la quitte. Montréal est à la fois le lieu où on vient prendre l’ascenseur du savoir et de la mobilité sociale, et le lieu où on vient installer sa misère et son désespoir.

Je sais que c’est beaucoup demander aux métropolitains qui habitent les couronnes. Mais la métropole sera forte si la ville de Montréal et l’île de Montréal réussissent à, non harnacher, c’est impossible, mais infléchir les forces démographiques pour en tirer une meilleure vitalité.

Ainsi, Montréal ne retiendra jamais tous ceux qui sont venus temporairement ici obtenir leurs diplômes et leurs premiers emplois, pour ensuite aller s’installer ailleurs. C’est sa fonction. Mais il peut et il doit en retenir bien davantage. Et la clé réside dans la rétention des familles. Chaque année, 20 000 enfants de 0 à 15 ans traversent les ponts pour s’établir ailleurs. On peut penser qu’ils sont accompagnés d’un ou deux parents, qui ont gravi l’échelle sociale et économique et sont prêts à investir, ailleurs, les épargnes accumulées sur l’île. Et investir, ailleurs, une partie du savoir acquis sur l’île. Comme la majorité de ces parents sont francophones, leur départ participe de la marginalisation de la population francophone de l’île. Il est impérieux d’en retenir un plus grand nombre.

Nous savons que le Québec est le paradis nord-américain des familles. C’est vrai grâce à la fiscalité, à des garderies abordables, à des congés parentaux généreux, à une grande sécurité, à laquelle il faut ajouter ce cadeau saisonnier qui est la neige. La neige gratuite. Les couronnes sont le paradis des familles, pour des raisons d’espace et de coût de l’habitation.

Notre défi est de faire de l’île un paradis urbain des familles. J’ai mis sur pied un comité de pilotage Montréal=Famille, présidé par Édith Cyr et composé des meilleurs praticiens et experts de l’habitation montréalaise. Le comité me rendra un premier jet de propositions pour, au moins, permettre aux familles qui désirent rester sur l’île même en payant un peu plus de trouver l’offre de logement répondant à leurs besoins.

Ce ne sera qu’une première étape. Il faudra ensuite trouver les moyens, y compris financiers, de réduire l’écart de coût entre la ville et la couronne pour élargir le bassin de familles retenues ici. Et attirer celles qui ont goûté à la vie de banlieue, mais aimeraient éviter, pour les dix ans à venir, les engorgements promis par la reconstruction du pont Champlain. (Oui, il faut faire flèche de tout bois.)

Cela passe par des programmes ciblés d’aide à l’habitation. Et j’aurai besoin de vous tous pour mener ce combat et en démontrer la nécessité au moment des choix budgétaires à venir. Cela passe, certainement, par davantage de décontamination, mais aussi par des quartiers plus accueillants, plus verts, plus animés, plus culturels, mieux adaptés à la vie familiale.

Il faut aussi réfléchir à la reconversion des grands équipements laissés partiellement vacants par la construction du CHUM et du CUSM. Avec mes collègues de la santé et des municipalités, je voudrai ouvrir l’an prochain une réflexion sur l’avenir de l’immense complexe du Royal Vic et de l’Hôtel Dieu. Nous nous ouvrirons à toutes les hypothèses et je serai particulièrement attentif à celles qui y intègrent un volet familial.

Retenir ceux qui sont sur le chemin de la réussite, c’est une chose.  Être montréalo-réaliste, c’est voir aussi, toutes visières levées, la réalité de la pauvreté et de la détresse. Les 35% des 0-5 ans qui arrivent au primaire sans avoir développé les cinq habilités nécessaires à la réussite, les décrocheurs scolaires, les étudiants des cycles supérieurs qui quittent sans être diplômés, les diplômés qui ne se trouvent pas d’emploi, les immigrants qui ratent leur intégration, les chômeurs de longue durée et les autres qui n’arrivent pas à leur plein épanouissement, qui s’installent dans diverses formes de dépendance, dans l’itinérance.

Ces groupes-là, ce sont les captifs de Montréal. De ceux-là, il faut parler davantage. Non pour se désoler de leur sort souvent tragique, mais pour affirmer que ce serait utopie de croire que Montréal peut atteindre son plein potentiel en laissant derrière un demi-million d’éclopés de la métropole. Et s’il est vrai que la pauvreté coûte, en soins de santé, perte de productivité et sécurité, 14 milliards par an au Québec, cela représente le tiers, donc près de cinq milliards par an, à Montréal. On n’a tout simplement pas les moyens d’avoir autant de pauvres.

Être montréalo-optimiste, sur cette question, c’est réaliser, avec la Direction de la santé publique de Montréal, que la diversité de cette misère concentrée sur un territoire bien circonscrit rend possibles davantage d’initiatives que celles qui y prennent place présentement. C’est savoir qu’avec un peu de volonté et de budgets, la plupart de ces situations sont réversibles.

Pour beaucoup d’itinérants, il n’y a qu’un logement (et parfois une bonne prescription) qui les sépare du travail et de la vie des Montréalais plus malchanceux. Nous annoncerons sous peu une série de mesures de sortie de l’itinérance et préparons une politique nationale de l’itinérance.

Pour les raccrocheurs, quelques mois de formation suffisent parfois pour bon nombre d’entre eux. Dans ma circonscription de Rosemont, la liste d’attente des raccrocheurs potentiels dans une entreprise comme Insertech atteint plusieurs centaines. Vous m’avez entendu, les raccrocheurs attendent la chance de raccrocher. Il faut mettre autant sinon plus d’effort à réduire ces attentes vers le succès que celles vers une chirurgie.

Inexplicablement, les zones les plus pauvres de Montréal comptent moins de places en garderie que celles qui sont plus aisées. L’annonce par la première ministre et ma collègue Nicole Léger de la complétion du plan de développement des garderies à bas frais éliminera cet écart. De même, l’introduction de la maternelle 4 ans dans les zones défavorisées donnera un coup de pouce de plus à la réussite des bambins qui en ont le plus besoin.

La nouvelle Charte de la langue française participera aussi au recul de la pauvreté à Montréal. Cela vous étonne ? Une partie de l’échec de l’intégration de certains immigrants tient à la faiblesse des mesures d’accompagnement à la réussite. Ma collègue Diane de Courcy propose d’augmenter très significativement ces efforts. Au point d’entrée pour mieux apparier les talents des candidats à l’immigration avec les offres d’emploi.

Le travail entamé sur la reconnaissance mutuelle des diplômes avec la France doit maintenant se développer avec d’autres pays, en particulier en Europe et au Maghreb. Il est bien de pouvoir parler architecture, ingénierie et médecine avec son chauffeur de taxi, mais il serait préférable que chacun puisse donner sa pleine mesure à la société d’accueil.

Et pour ceux qui sont déjà au Québec, nous créons, dans la Charte des droits et libertés, un droit à obtenir des services de francisation et d’intégration. Ce droit, nous allons le mettre en pratique. Il est intolérable que les taux de chômage des jeunes immigrants soient aussi élevés. Intolérable et incompréhensible que ce soit le cas y compris pour ceux, venant d’Afrique du nord, par exemple, qui sont francophone.

Tout ce travail sera évidemment facilité par une augmentation de l’emploi sous toutes ces formes et par une montée générale de l’entreprenariat. Les travaux entourant la réindustrialisation de l’Est de Montréal sont essentiels, comme l’émergence des grappes logistiques écotech et celle de l’intermodale, l’effort annoncé dans le dernier budget pour l’électrification des transports. L’économie sociale irrigue la ville d’emplois et de capital social. Une nouvelle loi-cadre sur l’économie sociale permettra de lui donner des ailes, de lui faire faire, j’espère, un bond qualitatif qui en fera un élément essentiel de notre qualité de vie. Il reste beaucoup de travail à faire et dès janvier, moi et mes collègues de la Métropole annoncerons le déblocage de dossiers petits et grands dans l’île et les couronnes, bref dans la Métropole.

Le gouvernement du Parti Québécois auquel j’appartiens veut donc voir grand et miser sur les Montréalais eux-mêmes. En gardant davantage ceux qui sont venus y réussir leurs vies, en assurant davantage la réussite de tous les autres. Et en faisant de Montréal, j’y viens, un pôle d’attraction pour les talents de partout.

La carte de la créativité

Dans la formation de son gouvernement, Mme Marois a eu quelques idées de distribution des rôles qui ont été à l’origine perçues comme audacieuses. Elle a chargé la même personne, Sylvain Gaudreault, des dossiers de transports et des municipalités. A 100 jours d’avis, on se demande pourquoi cela n’avait pas été fait avant, tant ces deux mandats sont interreliés.

Puis elle a décidé de me nommer à la fois ministre de la métropole, des Relations internationales et du Commerce et du dialogue avec les Anglos-québécois. Bizarre ? Au contraire. Les Anglos-québécois sont pour la plupart à Montréal et la métropole est la plus internationale de nos villes.

J’ai multiplié les rencontres, depuis septembre, avec des

Anglo-québécois de tous les milieux et j’ai senti chez eux une soif énorme. D’abord une soif de reconnaissance de leur contribution à la vie montréalaise, puis une soif de participer pleinement, en partenaires engagés, à l’essor de la métropole et du Québec.

J’ai même rencontré des anglophones, comme le DG de l’hôpital général juif, Hartley Stern, ou le nouveau recteur de Concordia, Allan Sheppard, qui ont quitté l’Ontario pour venir participer à l’expérience montréalaise qu’ils jugeaient plus emballante et plus prometteuse que ce qu’ils voyaient ailleurs. « Mais, leur ai-je demandé, où avez-vous lu ça dans la presse torontoise ? »

Non, ils ne l’avaient pas lu dans la presse torontoise. Ils le savaient grâce à leurs réseaux, aux échos qu’ils avaient du laboratoire d’idées et d’innovation qu’est Montréal et, dans le cas d’Hartley, par ses filles qui avaient fait leurs études à McGill et étaient devenues promontréalaises.

Hartley et Allan nous disent quelque chose sur nous-mêmes que nous devrions savoir et faire savoir. L’avenir de Montréal réside certes dans sa qualité de vie, ses sons, ses saisons, sa joie de vivre. Elle tient plus encore dans sa capacité créative.

En aérospatiale – un secteur qui va remarquablement bien, merci Bombardier, et pour lequel ma collègue Elaine Zakaïb annoncera demain une bonne nouvelle. En recherche et développement, en sciences de la vie, dans la recomposition de son action pharmaceutique plusieurs annoncent en préparation dans ce secteur – en jeux vidéo et imagerie, dans toutes les facettes de l’intelligence artificielle et de la culture, par la croissance constante de ses cohortes d’étudiants et de chercheurs universitaires, Montréal est à l’aube d’un âge d’or de la créativité sous toutes ses formes.

Les concepteurs de l’événement C2-MTL, les gens de Sid Lee et du Cirque du Soleil, ont eu – c’est leur marque de commerce – une longueur d’avance sur le réel. Ils veulent faire de Montréal le Davos annuel de la créativité. Ils ont raison, mais simplement parce qu’ils ont bien lu le réel montréalais.

Le nouvel événement annuel est et doit être la pointe de l’iceberg de la créativité montréalaise. J’ai convaincu le ministre français de l’Économie de venir, en mai prochain, jeter sa propre lumière sur cet événement, accompagné d’une délégation d’innovateurs français sélectionnés entre autres par l’équipe de C2-MTL.

Je n’ai pas eu le temps encore d’en parler aux organisateurs de l’événement, mais j’essaie de convaincre les Japonais et les Israéliens de faire de même pour l’édition de mai 2014.

Ce n’est pas qu’une fête. C’est un pôle d’attraction que nous construisons. Un phare de la créativité. Nous voulons que, partout, demain, on se demande : qu’est-ce qu’ils sont en train d’inventer à Montréal? Si Montréal était une personne, on voudrait que ce soit Steve Jobs. Ou Pierre Dansereau. Ou Lady Gaga. Ou Guy Laliberté. Ou Philippe Stark. Ou Robert Lepage. Mieux encore, tous ceux-là ensemble. On veut créer une attente. Et on veut que, de partout, les meilleurs viennent participer avec nous au laboratoire du XXIe  siècle. Montréal doit devenir la Métropole incontournable de la création et de la récréation. C’est la vision d’ensemble.

Le calendrier

Le calendrier fait parfois bien les choses. Il nous a donné une date : 2017, dans cinq ans. On dit beaucoup, et c’est vrai, que c’est le 375e anniversaire de fondation de la ville. Bien sûr, bien sûr. Mais j’ai un faible pour 2017 à cause d’un autre anniversaire. Le 50e anniversaire de l’Expo. Pour moi, c’est beaucoup plus évocateur.

Vrai, Maisonneuve et Jeanne-Mance ont mis au monde Montréal, il y a bientôt 375 ans. Mais les Montréalais se sont mis au monde il y a bientôt 50 ans. Ils se sont transformés. Ils se sont équipés. Ils ont fait un effort gigantesque d’imagination, de construction, de dépassement. Que Charles de Gaule ait choisi ce moment pour annoncer que le Québec pouvait être libre n’est peut-être pas étranger à mon attachement pour cet inoubliable été. Mais pas seulement.

Le monde entier est venu voir ce que les Montréalais avaient réalisé. Et le monde entier fut étonné de la créativité des pavillons thématiques, des îles réinventées, de la biosphère, du monorail, du tout nouveau métro. Dans leurs propres pavillons, les nations invitées se montraient sous leur jour le plus moderne. Mais ils arrivaient à peine à rivaliser avec la modernité que Montréal leur jetait aux yeux.

A un demi-siècle de distance, l’Expo nous envoie un défi. Montréal 2017 pourra-t-il épater autant que Montréal 67 ? Nous épater nous et épater le monde ? Moi je crois que oui. Moi je crois que tous les ingrédients sont réunis. Que la volonté politique diffuse chez les acteurs de Montréal est palpable. Que les sabots de Denver de la corruption et de la congestion seront bientôt hors d’usage. Que la créativité culturelle, scientifique et économique est en train de se combiner en un cocktail surprenant.

Nous avons moins de cinq ans pour répondre au défi de l’Expo 67. Au défi de Montréal 2017. Alors j’ai une question pour vous. Pour vous tous. Voulez-vous, oui ou non, être de la génération de la vague qui remettra Montréal au monde en 2017

Vous répondez oui, vous les gens de la relève entrepreneuriale de Montréal, votre rôle est essentiel. Moi aussi je dis oui. Le gouvernement du Québec aussi. Nous avons une tâche, à partir de ce moment, c’est de mobiliser tous les Montréalais, de la ville, de l’île, et oui, absolument de l’ensemble de la communauté métropolitaine, pour relever ce défi. Cela commence aujourd’hui.

Merci.



6 réflexions au sujet de « Pourquoi je suis montréalo-optimiste »

  1. Ping : La bonne nouvelle MTL | Le blogue de Simon-Robert Chartrand

  2. M. Lisée
    Les critiques vous font mal, parfois. Je peux vous comprendre et je sympathise avec vous. Mais je suis rassurée. Votre antidote c’est cette nouvelle manière de faire de la politique: pas de langue de bois, pas de niaiseries à la Fournier et semblables verbo-politicailleurs, que des paroles sensées qui annoncent tout un programme d’actions concrètes. Bravo, c’est rafraichissant!

  3. Croire qu’il est possible de ménager la chèvre (les banlieues) et le choux (Montréal) est une dangereuse utopie qui est responsable des principaux maux de Montréal. Le train de l’Est n’est pas un atout pour Montréal, au contraire. Pour chaque auto qu’on enlève du trafic des banlieues en direction de Montréal sans prendre de mesures d’apaisement de la circulation, c’est une nouvelle place pour un potentiel automobiliste. Et c’est une autre famille qui s’installera encore plus loin en banlieue. J’ai personnellement très hâte que quelqu’un au PQ allume et comprenne que les intérêts des banlieues et de Montréal ne sont pas les mêmes. En tout cas, les banlieusards, eux, l’ont compris. Pas étonnant qu’ils continuent de quitter pour les banlieues pour fuir le bruit et la pollution de la métropole et qu’ils y reviennent pour travailler… notamment en empruntant le métro à Laval…

  4. Votre conférence donne le goût d’aller vivre à Montréal !!! Quelle bonne idée de souligner en plus du 375e anniversaire en 2017 le 50e anniversaire de l’Expo 67 qui évoque des souvenirs d’un peuple uni et heureux d’accueillir le « monde » chez-soi… C’est déjà bien parti !

  5. Tout est beau en parole mais un grand problème selon moi à Montréal est la bureaucratie et la santé financière de la ville la connaît-on vraiement tout comme celle du gouvernement du Québec et du Canada?

  6. Il est revigorant d’avoir un regard d’ensemble qui soit cohérent et enraciné.

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