Réchauffement : C’est foutu, à moins que…

Toutes les prévisions sont glauques, en matière de réchauffement climatique. Malgré les efforts combinés, croissants, des États et des citoyens responsables, tout indique que nous allons rater notre rendez-vous de réduction des Gaz à effet de serre de 2030 et que, donc, on sera partis pour une série ininterrompue de catastrophes.

Dans ce scénario, le plus probable, notre action ne visera qu’à limiter l’ampleur des dégâts et à s’adapter à une nouvelle et méchante météo.

À moins que.  À moins que surgisse un ou des événements de grande ampleur qui change la donne. Je ne parle pas d’une profonde récession mondiale qui réduirait l’activité économique, donc l’émission de CO2, quoique ce n’est pas impossible.


Ceci est le texte de ma balado hebdomadaire Lisée101 sur l’actualité politique. Ces textes sont publiés huit jours après qu’ils aient été rendus disponibles aux abonnés de la balado. Alors, prenez huit jours d’avance,  abonnez-vous ici.


Non, j’évoque le scénario où, pour des raisons strictement économiques, le comportement simultané de suffisamment de millions d’humains changeait, avec pour conséquence de réduire beaucoup plus rapidement que prévu nos émissions polluantes.

C’est la thèse, contestée, mais fascinante de Tony Seba. Diplômé du MIT, professeur à Stanford, investisseur et entrepreneur à Silicon Valley, Seba soutient que, d’ici 2030, notre rapport à l’énergie et à la voiture va changer du tout au tout, faisant s’effondrer littéralement l’industrie du pétrole, du charbon et du gaz et l’industrie automobile.

Tout un programme. Son raisonnement est simple. Lorsque l’européen, le nord-américain, le chinois moyen verra qu’il lui coûte moins cher de produire sur le toit de sa maison de l’énergie solaire et de le stocker dans sa batterie personnelle, que d’acheter cette électricité à son Hydro-Québec locale, il se tournera rapidement vers cette solution moins couteuse.

À quel moment arrivera ce seuil magique, où le prix de son propre Kw sera plus faible que celui du réseau électrique ? Presque partout dans le monde, ce seuil vient d’être atteint. Les prévisions actuelles indiquent que le prix du photovoltaique diminuera encore de 15 à 35% d’ici cinq ans.  De rentable, le transfert des particuliers, et des PME, au solaire deviendra économiquement irrésistible. L’augmentation de la capacité de stockage des batteries et la baisse de leur coût nous emporte dans le même sens.

Des balados en rafale !

L’Agence internationale de l’énergie estime que, dans le monde, 100 millions de particuliers vont faire ce choix d’ici cinq ans. Ce qui ne suffirait pas à provoquer une transition massive.

Seba croit que ces prévisions sont trop timides. Il affirme que le passé récent démontre que les comportements peuvent changer beaucoup plus rapidement.  L’introduction du IPhone a révolutionné l’industrie téléphonique en moins de 5 ans, et réduit à néant des géants de la photographie qui, comme Kodak, se pensaient éternelles, mais ont dû fermer leurs portes. La transition vers l’achat en ligne, plutôt que dans les commerces, provoque en ce moment la faillite de géants du détail, notamment Sears.

Seba affirme que d’ici 12 ans, donc dans le délai imparti, la ruée vers le solaire individuel sera si grand qu’il poussera à la faillite la majorité des mines de charbon et des centrales électriques au charbon, 30% de la production de pétrole et de gaz, un grand nombre de compagnies d’électricité. Beaucoup de pipelines, oléoducs et gazoducs, dit-il, seront laissés à l’abandon.  Ses détracteurs affirment que le changement en question est plus lourd que de s’acheter un téléphone intelligent ou de commander des bottes sur Amazon. Que l’utilisation de ces techniques se feront, oui, mais lentement.

Il répond que l’écart de prix entre l’autogénération d’énergie et l’achat d’électricité conventionnelle sera bientôt si grand, que l’offre des entreprises pour aider à installer le matériel sera si alléchante, que seuls les gens les plus conservateurs résisteront à l’appel. (Comme Elon Musk qui affirme que sa nouvelle génération de panneaux solaire est, pour les particuliers, une « machine à imprimer de l’argent« .)

Seba en rajoute une couche, en annonçant pour très bientôt l’effondrement de l’industrie automobile. Il présume que l’offre de voitures électriques autonomes va révolutionner notre rapport à la voiture. Il admet que les tests ne sont pas encore complètement concluants, mais il est certain que ces obstacles seront bientôt surmontés. Selon son raisonnement, d’ici cinq à 10 ans tout au plus, dans tous les milieux urbains du monde, le dilemme sera le suivant. Dois-je acheter, ou racheter une voiture, où puis-je plutôt utiliser pour ces déplacements un taxi autonome électrique ?

Sa réponse : l’utilisation du taxi autonome électrique coûtera 10 fois moins cher, au km parcouru, que la voiture individuelle au pétrole, trois fois moins que la voiture individuelle électrique. Ce n’est pas la ferveur écologique, mais le calcul économique qui conduirait des dizaines de millions d’automobilistes à faire le changement.  Tout en gardant, cependant, le confort d’avoir la voiture à soi tout seul pour le trajet, ce qui est une forte motivation de beaucoup d’automobilistes.

(Pour les mordus: sa présentation en entier est ici:)

Selon les calculs de Seba, une fois que les véhicules électriques autonomes seront autorisés et offerts sur le marché, il ne faudra que 9 ans pour qu’ils délogent 95% de la circulation automobile existante. C’est colossal. Cette transition réduirait évidemment le nombre de voitures en circulation. Les voitures actuelles ne sont utilisées que 4% du temps. Les taxis autonomes le seraient 40% du temps. Selon Seba, en 9 ans, le nombre de voitures simultanément en circulation aux États-Unis chuterait de 80%. C’est difficile à croire. Mais même avec un recul de 30 ou 20%, l’impact serait gigantesque sur la congestion, la pollution. Adieu nombre de stationnements, de postes d’essence et évidemment, de police d’assurance-auto individuelle.

Seba a de mauvaises nouvelles pour l’Alberta. L’impact combiné du solaire individuel et des taxis autonomes électriques réduira, je l’ai dit, de 30% la production mondiale de pétrole d’ici 2030, réduisant son prix à 25$ le baril. À ce niveau, les sables bitumineux ne sont pas rentables. Seul le pétrole conventionnel pourra résister à la chute des prix.

On veut très fort y croire. Pour l’instant, ses pronostics pour le coût du photovoltaïque se réalisent. Reste à voir si l’engouement des acheteurs est à la hauteur et à la vitesse qu’il promet. Son optimisme pour le véhicule électrique autonome est beaucoup plus problématique. La voiture qu’il décrit n’existe pour l’instant pas, où alors à un niveau très expérimental. Elle est ce qu’on appelle de niveau 5. Seules des voitures semi-autonomes de niveau 3 et 4 sont en ce moment testées un peu partout, dans des conditions quasi idéales. La pluie, la neige semblent encore être des défis insurmontables.

On ne peut compter complètement sur l’avenir que nous prévoit Seba. Mais s’il n’a qu’à moitié raison, ce serait déjà énorme.


La bande-annonce de ma dernière balado Lisée101/Actualités

La bande-annonce d’une récente balado Lisée202/Des histoires du Québec

 



9 réflexions au sujet de « Réchauffement : C’est foutu, à moins que… »

  1. L’énergie réclame des ressources pour être transformée et stockée. Les ressources, à leur tour, réclame de l’énergie pour être récolté et transformée etc. À 2% par année de croissance de la consommation d’énergie, elle double en 37 ans elle se multiplie par 7 en 100 ans et par 400 millions en 1000 ans.

    -Philippe Bihouix

    https://www.youtube.com/watch?v=Oq84s9BLn14
    https://www.youtube.com/watch?v=Bx9S8gvNKkA&t=4s

  2. Bonjour, c’est bien beau tout ça, sauf qu’on oublie que plusieurs pays s’en fout comme de l’an quarante ! On vient de découvrir en Iran un énorme gisement de pétrole. Que pensez vous que les dirigeants de ce pays vont faire ? L’exploiter bien entendu. Et c’est comme ça que ça se passe dans plusieurs pays délinquants. J’aimerais bien croire qu’on peut renverser la vapeur, malheureusement je n’y crois plus tellement. Préparons nous au pire, d’année en année !

  3. « Toujours dans le domaine de la récupération, le gouvernement devrait aussi obliger la SAC, à récupérer les bouteilles de vin. »

    La meilleure chose à faire avec les bouteilles vides de vin, c’est de les réutiliser. Pour qui ne fait pas son vin, la SAQ devrait offrir un re-plein à 3$ de moins ou plus que le coût initial de la bouteille, dépendant de la qualité du vin de ce remplacement, pour des vins des plus courants. Selon la règle de Parento, 80 % des bouteilles seraient recyclées. Gratis.

    En famille, à l’époque, nous recyclions les bouteilles de bières 22 onces en y mettant le jus de tomates du jardin en conserve.

    Je fais mon vin; je les réutilise depuis des années sans autre précaution que deux rinçages. C’est économique, écologique, excitant; aussi enivrant et engraissant si on fait pas attention !

  4. La vidéo que vous utilisez date de 2017. Dans ce vidéo il rapporte les paroles de Elon Musk disant que Testla aurait atteint le niveau 5 des voitures autonomes en 2019. L’année 2019 se termine bientôt et nous ne sommes pas là et de loin. Je me demandes si elles seront là en 2030. Pas sur, c’est vraiment un problème complexe.

    M. Seba est « Over optimistic ».

  5. Je vous fais parvenir un texte que j’ai fait parvenir à tous les partis politiques durant la dernière campagne électorale.
    Québec environnement 2018
    Il est grand temps d’agir

    Bonjour, nous sommes présentement en campagne électorale et il y a très peu de place donnée à l’environnement. Il y a pourtant des décisions à la foi faciles et importantes qui n’ont pas été prises par le gouvernement en place. Nous allons tous régulièrement porter au supermarché nos canettes vides. Il nous arrive tous aussi que la machine qui gobe et écrase nos canettes refuse l’une de celles-ci. Malheureusement les canettes refusées terminent souvent dans les ordures. J’ai appris il n’y a pas très longtemps que si un marchand ne vend pas un produit, que ses machines qui absorbent les canettes n’accepteront pas celle qui ne sont pas vendus dans son commerce. Ses machines sont toutes simplement programmées pour n’accepter que les canettes qui y sont vendues. À mon avis c’est une décision inacceptable. L’aluminium est un des métaux les plus polluants à produire, mais le plus facile a récupéré. Le gouvernement devrait donc intervenir pour que les machines des marchands acceptent toutes les canettes vendues sur le marché. Toujours dans le domaine de la récupération, le gouvernement devrait aussi obliger la SAC, à récupérer les bouteilles de vin.

    Mon second sujet porte sur les automobiles. Le gouvernement pourrait imposer au constructeur automobile, que tous les véhicules vendus au Québec soi muni du système arrêt démarrage. C’est un système qui fait en sorte, l’orque l’on immobilise son véhicule pour plus de 10 secondes, soit à une lumière de circulation, ou à cause de la densité du trafique, que le moteur arrête de tourner. Pour repartir, il suffit simplement d’appuyer sur l’accélérateur. Bien sûr durant l’arrêt du moteur, tous les équipements électriques à bord continuent de fonctionner. Cela permettrait d’économiser des tonnes de carburant par année. En Europe cela fait plus de cinq ans déjà que tous les véhicules sont munis de ce système. Ici en Amérique certains constructeurs automobiles offrent déjà ce système. Toujours dans le domaine des moteurs. Le gouvernement Charest avait l’intention d’interdire progressivement les très polluants moteurs deux-temps. Le puissant lobby de Bombardier avait empêché à l’époque la mise en place de cette loi. Il serait grand temps de remettre de l’avant ce projet de loi.
    Ce sont là des suggestions qui demandent simplement une volonté politique motivée par une conscience éclairée des problèmes environnementaux.
    Raymond Falardeau, retraité et directeur de l’observatoire de Val Bélair.

  6. Je suis totalement d’accord (et comment ne pouvait-on pas l’être!) avec l’analyse du Dr Tony Seba.
    Il faudrait s’assurer, quand même, que l’égoïsme de commerçants n’enlève pas l’avantage collectif à la faveur de l’avantage personnel.
    Vous vous rappelez une dizaine d’années passées quand les lunettes de vue étaient faites en verre… Les opticiens sortirent les lunettes de vue en plastique optique en disant que les prix auraient baissé drastiquement…
    La vérité fut que les excuses et les mensonges furent inventés pour justifier une hausse du prix aux consommateurs… et, aujourd’hui on paye les lunettes de vue plus cher que dans le passé.
    Les différents «marchés libres» concoctés avec les pays étrangers devaient porter -selon les politiciens qui les proposaient- à une baisse de prix substantielle et, de plus, une occupation plus élargie de l’actuelle.
    La vérité fut que la baisse des prix fut d’une infime proportion au contraire des profits des multinationales qui grimpèrent de 250% au lieu de 25% tout en baissant la force de travail pour la délocalisation des postes de travail en Chine.
    Aujourd’hui on a des prix de vente à la «Wal-Mart» et qualité à la «Wal-Mart» et une réduction des salaires -quand sont là- à la «Wal-Mart».
    On est perdants sur toute la ligne et les résultats sont sous les yeux de tout le monde.

  7. D’autres changements, moins importants et moins difficiles je l’avoue, mais jugés par plusieurs impossibles ont été faits sans douleur comme la baisse du tabagisme, le port de la ceinture de sécurité, et l’alcool au volant. Des changements qui se sont réalisés en quelques années seulement.

    Au niveau de l’adoption des technologies, le passage de la voiture à cheval à l’automobile a pris un peu plus de 20 ans, Internet, le téléphone intelligent et les réseaux sociaux se sont imposés en moins de 10 ans. Bien sûr, la lutte aux changements climatiques est d’une autre ampleur, mais les solutions existent.

    En y mettant nos efforts et notre créativité nous avancerons et sans croire aux miracles technologiques, probablement que la science nous réserve d’autres surprises.

    Pour accélérer le changement, nous pouvons compter sur la formidable capacité mobilisatrice des réseaux sociaux. Paradoxalement, ils pourraient nous sauver.

    Scientifiquement vôtre

    Claude COULOMBE

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *