Lire: Un Lucien Bouchard gaullien, un blogueur fouetté pour bien peu

Tous les samedis, je vous fais part de mes lectures récentes.

Raif Badawi: c’est la modération qu’on torture !

RaifIl a été fouetté pour ça ? La modération du propos est la première chose qui frappe le lecteur de cette sélection de textes du bloggeur Raif Badawi.

Le prisonnier d’opinion adore son pays, l’Arabie Saoudite, c’est très clair. Il n’est jamais anti-musulman, mais s’interroge sur la sévérité des règles imposées, notamment sur la mixité et la liberté d’expression. Il cherche une façon arabe d’être libéral et moderne.

On sent dans la plume une tristesse pour la petitesse de l’espace laissé au débat dans la théocratie arabe et une soif de liberté. Au cachot, il y est maintenant plus loin que jamais.

Lucien Bouchard: l’art délicat, et rarement apprécié, du pragmatisme

LucienDans cet ouvrage bref mais assez touffu, Jean-François Caron tente de distinguer le pragmatisme de l’opportunisme en appliquant la nuance au cas de Lucien Bouchard.

Couillard regrette d’avoir dit le fond de sa pensée: les ouvriers doivent tous parler anglais!

En fin de campagne, dans une rare déclaration, l’ex-premier ministre Lucien Bouchard a lancé un avertissement. L’enjeu de cette campagne, a-t-il dit, c’est « la langue ».

« J’avoue que ça m’étonne. On sait que la question identitaire a été abordée durant la campagne par le truchement de la charte. Mais pour moi, la vraie question identitaire, c’est la langue. »

Il s’exprimait une semaine après que le chef libéral, Philippe Couillard, ait ravalé 50 ans de lutte pour le droit de travailler en français lorsqu’il a fait — avec une grande sincérité — l’affirmation suivante pendant le débat:

Il manque la fin de la phrase. Il dit:

« La connaissance de l’anglais, Mme David, elle est INDISPENSABLE »

A quelques heures de l’élection, ce dimanche, Philippe Couillard se rend compte de l’énormité de son aveu. Il tente donc de rectifier le tir, en affirmant qu’il s’est MAL EXPRIMÉ:

Message de Couillard aux employeurs: Exigez TOUJOURS l’anglais!

Lorsqu’on est chef de parti, et plus encore aspirant premier ministre, les mots comptent. Les signaux envoyés à la société ont un impact sur les comportements. Et la société québécoise a toujours été très attentive aux signaux linguistiques émis par les élus. Pendant les années péquistes, les entreprises font plus attention à leur politique linguistique. Pendant les années libérales, c’est le contraire.

Je me souviens du jour où Lucien Bouchard avait fait venir les grands distributeurs dans son bureau pour leur dire qu’il n’acceptait pas que l’affichage bilingue revienne dans les grands magasins du centre-ville, ce qui était en train de se faire. M. Bouchard allait, dans son intervention, au-delà de l’exigence légale pour le français. Terrifiés à l’idée de subir une mauvaise publicité, donc une baisse de clientèle, à cause de cette polémique, les grands magasins ont juré de ne rien changer. (Cela s’est dégradé par la suite après l’arrivée du PLQ au pouvoir).

Le tricheur : le film

Un dimanche soir de juin 1994, un demi-million de Québécois étaient au petit écran pour regarder, sur le réseau TVA, le documentaire produit à partir du livre Le tricheur.

Ce document, réalisé par Daniel Creusot, n’a plus jamais été disponible sous quelque forme que ce soit. Or le voici, en exclusivité pour vous, fidèles lecteurs, et pour tous vos  amis. (Attention, il y a six parties — alors cliquez  « lire la suite » mais présenté sans pauses publicitaires !)

Remarque : qu’est-ce qu’on était jeune !

Le Pacte universitaire: Casting désastreux / Bon point de départ

tuitionMême les conseillers en communication les plus incompétents de Mirador n’auraient pas laissé passer l’erreur. Ce mardi, 16 personnalités ont déposé une proposition de réforme du financement des universités.

C’était certain, leur Pacte pour le financement concurrentiel des universités (déjà, le titre est rébarbatif) allait être favorablement accueilli par les libéraux, l’ADQ, le patronat, les recteurs. Qui d’autre devaient-ils convaincre ? Les gens que Lucien Bouchard avait antagonisés la semaine précédente: les progressistes qui sont, pour la plupart, des souverainistes. Qui ont-ils choisi comme porte-parole ? Lucien Bouchard.

Je vous jure: la présence à sa place de Jean Chrétien, Justin Trudeau et Stéphane Dion n’aurait pu avoir pire impact. Quelqu’un n’a-t-il pas songé, pour cet événement prévu de longue date, retirer Lucien Bouchard du portrait ? Oui, m’assure un des membres du groupe. Dans un moment de lucidité, M. Bouchard lui-même a offert de s’effacer. On aurait dû, pour cette fois, l’écouter.