Lire: Pauline et le pouvoir au quotidien

Comme tous les samedis, mes suggestions de lecture.

Pauline Marois au microscope

9782764634356Je me souviens d’avoir surpris Dominique Lebel dans son minuscule bureau de l’absurdement labyrinthique cabinet de la première ministre, rue Sherbrooke à Montréal. Il avait la tête dans les mains.

« Tu as l’air accablé ». Il l’était. Un article du matin avait fait déraper une négociation qui aurait du mieux se passer et qui allait ajouter à nos épreuves du début 2013.

J’avais applaudi à deux mains l’arrivée de Dominique autour de Pauline Marois, car cet ancien des jeunesses péquistes, de cabinets de Jean Doré et Gilles Baril, devenu entrepreneur et haut dirigeant de Cossette, me semblait superbement doué pour aider le nouveau gouvernement à surmonter une tare congénitale au Parti québécois: la difficulté à communiquer.

Pauline: Au moins, les femmes étaient avec toi !

Chère Pauline,

Je t’ai écrit au lendemain de l’élection. En 36 heures, 90 000 Québécois sont venu lire l’hommage rendu, des centaines ont ajouté en commentaire leur émotion à la mienne, plusieurs avouant leur peine, leur choc, leurs larmes.

Qu’y a-t-il à ajouter ? Ceci: j’ai reçu hier soir une information que je veux partager avec toi, avec toutes les lectrices et tous les lecteurs de ce blogue.

On a beaucoup dit, depuis que tu diriges le Parti Québécois, que les femmes étaient plus dures avec toi que les hommes. Que ta présence, qui a pourtant permis aux femmes de briser le plafond de verre du pouvoir, ne t’avait pas mérité leur reconnaissance. Que ton combat pour les garderies à bas coût — qui ont permis à 70 000 femmes d’entrer sur le marché du travail — que ton combat pour les congés parentaux — qui ont permis à des dizaines de milliers de couples de choisir d’avoir un enfant de plus — que tout ça n’avait pas suscité pour toi un regard approbateur de la part des femmes québécoises.

Très chère Pauline

Très chère Pauline,

La politique est ingrate. Ça, tu le savais. Tu l’avais vécu. Plusieurs fois. Tu t’étais relevée. Plusieurs fois. Tu nous avais, tous, relevés. Et depuis 18 mois, c’est tout le Québec que tu as relevé, le sortant des marais de la collusion, de l’immobilisme, de la résignation. Tu n’en a pas été récompensée. Loin s’en faut. Mais nous savons tout ce que tu as réparé, tout ce que tu as fait, tout ce que tu as mis en branle.

Nous savons, et nous le dirons sans relâche, combien ta compétence et ton énergie ont été notre boussole pendant ces 18 mois. Combien ta bonne humeur, ton écoute et ton esprit de décision nous ont servi de modèle, pendant ces 18 mois — et à l’avenir pour notre vie entière.

Les corrompus contre-attaquent: la Marois, « elle va y goûter »

Qui a intérêt à ce que Pauline Marois ne soit pas première ministre lundi soir?

Disons-nous les vraies vraies affaires. Depuis 18 mois, elle a mené une offensive sans merci contre tous les corrompus du Québec. Les Gilles Vaillancourt, accusé de gangstérisme, et tous ses amis en veulent à la chef du PQ d’avoir laissé la police faire son travail. Sont-ils des dizaines ou des centaines les cadres d’entreprises d’ingénierie, d’architectes, d’avocat, de comptables véreux qui s’étaient enrichis, avant elle, et qui ont perdu soit leur emploi, soit leurs bonus, soit leur réputation à cause d’elle?

À cause de Pauline Marois, de son équipe et de sa loi 1, les géants de l’ingénierie, les SNC-Lavalin, Dessau, Axor, qu’on croyait intouchables, ont été exclus de tout contrat gouvernemental pendant plus d’un an. Hier triomphants ils devaient, penauds, démontrer à l’Autorité des marchés financiers qu’ils avaient viré les crapules en leur sein, modifié leurs codes, changé leur culture.

Lettre à Philippe Couillard: le tough des toughs

Cher Philippe,

Si j’ai bien suivi, vous avez décidé, ces jours derniers, de faire peur à Pauline Marois. « Elle va y goûter » avez-vous dit, si elle ose soulever des questions éthiques à votre sujet.

Car vous êtes « pas mal plus tough que le monde pense ». Je vous crois. Il faut être tough pour faire campagne pour un parti dont des anciens ministres reçoivent à répétition des policiers chez eux — dont vous, cher Philippe; tough pour jouer les purs quand 11 responsables de votre parti sont sous enquête pour financement illégal. Il fallait être particulièrement tough pour cacher pendant deux mois au public que les policiers ont perquisitionné votre quartier général, ce que vous avez fait l’été dernier.

Je comprends donc que vous voulez rouler les mécaniques, utiliser des gros mots — vous « détestez le gouvernement Marois » avez-vous dit, ajoutant qu’il veut « fourrer le monde » . Vous voulez ainsi tenter d’éviter de répondre pour un gouvernement libéral qui a, pour dire le moins, laissé le Québec s’enfoncer dans la corruption neuf ans durant.