Visite officielle de la première ministre de l’Ontario

Notes pour une allocution préparée à l’intention du chef de l’opposition officielle, Jean-François Lisée
Visite officielle de la première ministre de l’Ontario
Jeudi 21 septembre 2017
La version prononcée fait foi

Madame Wynne, Madame la Première Ministre, je voudrais tout de suite vous mettre à l’aise.

Je suis le chef d’un parti qui souhaite que le Québec devienne indépendant. Et je suis très heureux de vous recevoir dans cette assemblée.

Parce que nous sommes voisins, pour toujours. Quoi qu’il arrive.

Et nous avons intérêt à nous connaître, à nous comprendre, et à maximiser nos coopérations.

Il n’y a pas que la géographie qui nous condamne à la bonne entente. Il y a les décisions croisées de nos entrepreneurs et de nos consommateurs.

Savez‑vous que si le Québec devait disparaître comme par magie, demain, l’Ontario compterait un demi‑million de chômeurs de plus?

Oui, car 500 000 salariés ontariens dépendent de nos achats.

En fait, l’économie ontarienne dépend davantage du marché québécois que le Québec, du marché ontarien.

On vous achète pour deux milliards de dollars de plus que ce que vous nous achetez.

Si l’Ontario disparaissait, Madame, ce serait dramatique pour nous.

Sachez qu’un des fromages les plus populaires ici est fabriqué chez vous, à Ingleside.

Il s’appelle Le P’tit Québec. L’usine est d’ailleurs peut-être alimentée par de l’électricité québécoise.

Sachez, Madame, que le Parti Québécois invite régulièrement le gouvernement libéral du Québec à s’inspirer de vos pratiques.

Lorsque vous faites de grands achats pour le transport en commun, vous exigez 25 % de contenu local. Vous avez raison.

En santé, vous permettez à vos infirmières, à vos pharmaciens et à d’autres professionnels de poser de façon autonome beaucoup plus d’actes cliniques. J’essaie de convaincre notre premier ministre que vous avez la bonne approche.

Vous avez même eu le courage non seulement de limiter la rémunération de vos médecins, mais de la réduire, en plus.

Pourriez-vous en parler pour moi à notre premier ministre?

En éducation, vous fournissez gratuitement, à chaque rentrée, du matériel scolaire aux élèves du primaire et du secondaire.

C’est exactement une de nos propositions.

Il vous arrive de suivre nos traces. Dans trois mois, l’Ontario se joindra au marché du carbone conjoint créé par le Québec et la Californie.

C’est une excellente nouvelle. Lorsque l’Ontario, le Québec et de grands États américains additionnent leurs forces pour la protection de l’environnement, leur poids est considérable et peut être déterminant sur le continent.

L’amitié suppose la franchise. Dont celle de dire que les relations politiques entre le Québec et l’Ontario ont connu des hauts et des bas.

C’est ensemble qu’en 1837, nos patriotes ont versé leur sang pour la démocratie et contre l’arbitraire britannique.

En 1840, c’est contre notre gré que nous avons été intégrés dans une union injuste.

Je note au passage que les Québécois n’ont pas eu le choix, à l’époque, d’assumer la dette de l’Ontario.

Malgré tout, dans cette union, c’est ensemble, avec notre La Fontaine et votre Baldwin, que nous avons obtenu le gouvernement responsable – un énorme gain collectif.

Dans les années 1930, 1940 et 1960, vos premiers ministres Hepburn, Drew et Robarts ont été des alliés du Québec contre les efforts de centralisation d’Ottawa.

Malheureusement, l’Ontario ne fut d’aucun secours au Québec lorsque Pierre Trudeau a décidé d’imposer, en 1981, une constitution qui réduisait nos pouvoirs en éducation et en langue.

Pour citer le document publié ce printemps par l’actuel premier ministre du Québec, ce coup de force historique fait en sorte que politiquement et légalement, les Québécois sont en exil dans leur propre pays.

Je sais que la rectitude politique voudrait que l’on cache, dans ces discours, les sujets qui choquent.

Mais, alors, Madame la Première Ministre, si on ne peut pas en parler dans les moments qui comptent, quand doit-on les aborder?

Notre premier ministre a encore espoir qu’un jour, la nation québécoise soit reconnue dans la Constitution du Canada.

Vous, chef du gouvernement de la province la plus importante au Canada, lui avez déclaré que cela ne faisait pas partie de vos priorités à court, à moyen ou à long terme.

Vous avez été ferme, mais polie. C’est déjà mieux que le premier ministre Justin Trudeau, qui a été ferme, mais impoli.

J’estime qu’il faut se rendre à l’évidence. Nous avons atteint sur cette question un point de non‑retour.

La seule façon pour le Québec de se faire reconnaître comme nation, c’est de se déclarer comme telle, en devenant indépendant.

Nous sommes voisins pour toujours. Nous l’étions quand nous nous appelions le Bas‑Canada et le Haut-Canada.

Nous l’étions dans l’Union. Nous le sommes dans la fédération. Nous le serons demain, si le Québec devient un pays.

Et, ce jour-là, chère voisine, le Québec sera toujours votre deuxième principal partenaire commercial.

Il mangera toujours du P’tit Québec. Il donnera toujours du travail à un demi-million de vos salariés.

Vos électeurs vont continuer à adorer Céline Dion et Arcade Fire et les nôtres, à remplir les salles de Shania Twain et de Drake.

Et à suivre les matchs Canadien/Maple Leafs.

Nos jeunes mariés continueront à admirer vos chutes du Niagara et les vôtres, à se promener en calèche dans le Vieux-Québec.

Et ce sera toujours avec grand plaisir que l’Assemblée nationale recevra la chef du gouvernement ontarien.



37 réflexions au sujet de « Visite officielle de la première ministre de l’Ontario »

  1. Oui l’intelligence au pouvoir et cessons les balivernes et autres entourloupettes pour endormir le peuple.
    Oui à des choix responsables basés sur une logique de pouvoir et de gouvernance responsable.
    En guise d’exemple de cohérence entre la parole et l’acte, je cite en exemple le plan quinquenal mise de l’avant par le gouvernement Macron en matière d’innovation, de formation de la main d’oeuvre, de conservation énergétique et de la capacité de l’état d’avoir de bons outils de gestion.

    Voici le lien

    http://www.batiactu.com/edito/grand-plan-investissement-57-milliards-transition-formation-50512.php

  2. Bravo monsieur Lisée, voici une très belle allocution, tout à fait à la hauteur des grands chefs d’État, hélas, ces allocutions se font de plus en plus rares.

    P.s À cause du vote fragmenté entre les multiples partis politiques, il se pourrait que le Parti libéral soit reporté au pouvoir et que nous ayons à les subir encore et encore. Quelle serait donc la solution?

    • De Québec madame Bédard, je crois qu’on se doit de voter pour le P.Q. et de faire connaître les propositions de M. Lisée dans notre entourage, sur le web etc… Il faut aussi faire connaître les faiblesses des autres partis. Souligner que les libéraux ont été trop longtemps au pouvoir et n’ont rien arrangé vraiment. Ils nous feront tous de belles promesses qu’ils ne tiendront pas, particulièrement le Parti Libéral du Québec. Pour aider le P.Q. on peut faire un don qui aidera pour la publicité et prendre une carte de membre également. Il faut surtout rappeler aux gens la commission Charbonneau et toutes les magouilles qu’on ne connaît pas encore mais qui sortiront bientôt , je l’espère fortement. Merci.

  3. M. Lisée est un tribun hors-paire qui sait exprimer avec rigueur, intelligence les aspirations des Québécois. Ce survol de nos relations avec l’Ontario èlimine les faussetés tant nourrit par le camp adverse . Merci pour ce beau discours.

  4. Impressionnant discours M. Lisée
    Vous êtes le meilleur orateur du Qc !
    Bonne continuité jusqu’au élection on veut élire un Lisée comme 1e Ministre du Qc , j’en rêve même la nuit!

  5. Bravo Monsieur Lisée ! Message qui nous informe de détails, dès plus importants, que je ne connaissais pas ! Je devrais vous lire plus souvent.
    Et comme vous savez parler aux femmes !
    Bravo et sachez que je suis avec et pour vous de tout cœur !

  6. Qu’en ces termes-là les choses sont bien dites ! Bravo, Monsieur Lisée. Je crois que madame Wynne a bien saisi vos mots et leur signification. Reste au PM Couillard et aux anti indépendantistes de tout acabit, d’écarter un peu leurs œillères et de réfléchir objectivement à tous les avantages que l’indépendance représente pour le Québec. Bien sûr, il faut pour cela une ouverture d’esprit que certains, trop nombreux, n’ont pas, hélas !

  7. Il semble bien que plutôt d’opter pour l’une ou pour l’autre de mes deux propositions précédentes, le choix actuel prédominera: le vide constitutionnel pendant tout le mandat de 2018 soit ni proposition au Canada, ni un référendum d’affirmation nationale . Me débarrasser de Couillard et de représenter une sorte de « Couillard moins ou rien  » au yeux du Canada et ce pendant 4 ans , c’est un projet dont l’emballement pour moi est quasi à zéro.

    • De Québec, en tout respect M. Forcier, je crois que vous compliquez tout ça pour arriver …… à rien ou à ce que l’on est présentement. Je suis membre du P.Q. et je ne veux pas que l’on ouvre la constitution ! Ce que je veux c’est un pays ! Merci.

  8. Mais ce sera l’indépendance par défaut d’avoir notre juste place dans le Canada, notre premier choix. On traine cette vision depuis le début. Ça explique sans doute pourquoi après 50 ans de PQ, nous ne sommes pas encore indépendant. Ma vision serait complètement autre et prendrait la forme suivante: 1) Que le PQ annonce un référendum dans le mandat de 2018, mais un référendum d’affirmation nationale avec cette question VOULEZ-VOUS QUE LE QUÉBEC DEVIENNE UN PAYS INDÉPENDANT ? Mais aussi cet objectif, pour rassembler au maximum les Québécois , un OUI à 55%. 2) Suivant un résultat entre 50% et 55%,une proposition explicite, à prendre ou à laisser , connue d’avance, et avec échéancier, serait faite au Canada pour signer la Constitution canadienne. Si le Canada refuse, une déclaration d’indépendance suivrait immédiatement. 3) Si le résultat était inférieure à 50%, de façon responsable, une Constitution québécoise serait élaborée démocratiquement et votée. Cette Constitution, entre autres, prévoirait un référendum à tous les 15 ans conformément au droit des peuples à l’autodétermination et selon la règle démocratique de base , un Oui à 50% plus une voix.
    Voilà, dans ce scénario, c’est le Canada qui serait le choix par défaut plutôt que le Québec comme c’est le cas avec la pédagogie actuelle de mon parti pour faire l’indépendance.

  9. Par ces commentaires critiques à l’égard du NON de Justin Trudeau et de Madame Wynne d’ouvrir la Constitution pour y reconnaître le Québec comme nation, le PQ laisse sous-entendre que le Canada est notre premier choix et l’indépendance un choix par défaut . Si c’est le cas, pourquoi , pour en avoir le cœur net , le PQ ne proposerait-il pas , une fois élu en 2018 de faire une offre au Canada de reconnaître dans la Constitution la nation québécoise en y inscrivant une déclaration d’identité explicite pour éviter la méfiance, bien compréhensible chez les Canadiens entourant un concept de nation sans contenu clair et sujet à toutes les interprétations . Oui, de faire une offre claire en 2018 avec un échéancier précis serait responsable. Et si la réponse est positive tant mieux, sinon nous investirons en 2022 les efforts nécessaires pour réaliser l’indépendance du Québec.

  10. Bravo M Lisée , pour la classe et la pause .
    Question ? **Je note au passage que les Québécois n’ont pas eu le choix, à l’époque, d’assumer la dette de l’Ontario.**
    Est-ce un argument solide lorsque tu fais face à ta propre famille de 10 frères et soeurs + une nouvelle génération votante pendant une bonne partie allumé des fêtes ,de dire que cette dette pourrait possiblement être comptabilisé dans une négociation suite à l’indépendance ??
    La famille qui me dit ( Ben voyons donc !! )

    SVP dites moi OUI .

  11. C’est très bien cette allocution si elle a été prononcée telle quelle devant la PM de l’Ontario. Une chose cloche pourtant. On insiste beaucoup sur le Non de madame Wynne ferme mais poli et le Non de Justin Trudeau ferme mais impoli à la reconnaissance de la nation québécoise dans la Constitution canadienne pour finir par dire, quasiment à regret, que nos derniers espoirs exprimés par le PM Couillard ne seront jamais satisfaits et qu’il faudra recourir à l’indépendance pour s’auto-reconnaître comme nation. C’est comme si on disait à Madame Wynne , notre premier choix c’est le Canada mais comme vous n’êtes pas ouverte , vous et bien sûr Trudeau, et bien, à défaut, ce sera un Québec indépendant.
    Je trouve que c’est une très mauvaise pédagogie de l’indépendance.

  12. Coup ce chance! C’est la 1ère fois que le Québec peut s’adresser au vrai pouvoir. Croyez moi, l’Ontario joue un rôle bien plus important que celui de nous dicter le prix de la marijuana. Vous mentionnez que nous avons payé leurs dettes. C’était là le 1er message que nous aurions dû décoder.

  13. Bravo jean-François ! Contrairement à notre premier ministre, vous avez parlé des « vraies affaires » d’une façon qui était très claire. Vous avez raison, peu importe la suite des choses, nous serons toujours voisins. Aussi bien que les choses soient bien dites et bien comprises.

  14. Bravo. C’est en plein qu’il faut: de la franchise, de l’honnêteté, de la détermination le tout enrobé de politesse et d’élégance. Vive le Québec libre.

    Pierre Cloutier ll.m
    avocat à la retraite.

  15. Tout est clair et limpide. Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire viennent aisément.

    Ne jamais oublier que dans la nuits des longs couteux l’Ontario a détourné le dos au Québec alors qu’en grand nombre par la suite il déclarait leur amour aux Québécois.

  16. Tout est clair et limpide. Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire viennent aisément.

    Ne jamais oublié que dans la nuits des longs couteux l’Ontario a détourné le dos au Québec alors qu’en grand nombre par la suite il déclarait leur amour aux Québécois.

  17. Félicitations M. Lisée,

    Votre exposé était franc, respectueux et vigne d’un chef d’état.

    Nous pouvons entretenir de bonnes relations avec nos voisins canadiens comme nous le faisons déjà avec nos voisins américains.

    Merci d’élever le niveau d’échanges avec nos voisins!

  18. Monsieur Lisée,

    Je vous reconnais bien dans ce texte finement écrit, avec tact et un peu d’humour. Si Mme Wynne prend le temps de le lire et d’y réfléchir, peut-être verrons-nous un peu plus de compréhension envers les québécois et plus d’ouverture au dialogue.
    Bravo!

  19. Très bon discours, monsieur Lisée! J’espère qu’on n’oubliera pas de réclamer le paiement de la dette du Haut-Canada envers le Bas-Canada et la valeur du Labrador arraché lors des négociations de la portion du Québec dans la dette fédérale advenant l’indépendance du Québec.

  20. Monsieur Lisée,

    J’aime en particulier votre ligne :  »Je note au passage que les Québécois n’ont pas eu le choix, à l’époque, d’assumer la dette de l’Ontario. »

    Très subtil mais fort à propos.

  21. Très bien de rappeler au PM Kathleen Weil la vraie histoire du Canada et la relation du Qc et Ont. toujours voisin même avec notre Indépendance. Bravo M. Lisée.

  22. De Québec, M. Lisée votre discours est excellent. Bravo, en espérant que les autres Premiers Ministres du Canada ne se pointent pas à l’Assemblée Nationale car vous devriez réécrire un différent pour chacun. Je ne doute pas que vous en soyez capable mais je n’en voit pas l’utilité. Votre franchise vous honore vis-à-vis l’Ontario et sa Première Ministre. Cependant pourquoi est-elle venue ? C’est vrai qu’on est voisin et qu’ensemble les deux provinces ont un rapport de force envers le gouvernement canadien de Justin Trudeau. La visite est venue et est repartie. M. Couillard fera-t-il la même chose ? C’est ce que je me demande !

  23. Message inspirant et inspiré … Que notre histoire est riche en événement … J’espère qu’on saura la mettre en valeur un de ces jours 😉 bravo !

  24. Wow! J’adore cette allocution. Bien exprimé, avec beaucoup de tact dans les faits énoncés. Je pense pas que M. Couillard aime 😉

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