À voir: The Report, sur la torture américaine

La véracité historique est une des grandes qualités du film The (torture) report. Ses producteurs ont été méticuleux dans leur respect d’un épisode historique terrifiant: la normalisation de l’utilisation de la torture dans la CIA post-11 septembre. (Pour une discussion de cette véracité, lire cet article de Slate.)

L’histoire est contée à travers la tentative du personnel de la sénatrice Diane Feinstein de faire une enquête exhaustive de cette pratique, face à une CIA plutôt, disons, réticente.

Adam Driver est excellent dans le rôle de l’enquêteur principal et déterminé, qui passera cinq ans de sa vie à documenter l’affaire et qui sera menacé de poursuites au moment où l’establishment veut enterrer le fruit de son travail.

Le fait que la CIA ait donné les clés, et 80 millions de dollars, à deux pseudo-experts des « interrogatoires améliorés » n’est que l’un des aspects grotesques du récit. On y trouve en filigrane le combat d’une des branches de l’État américain — le législatif, ici le Sénat — contre une autre — l’exécutif, ici la Maison Blanche et la CIA.

En filigrane est posée la question de savoir pourquoi l’administration Obama a refusé d’aller au bout des accusations de crimes de guerre contre des membres de l’administration précédente. La réponse donnée: ayant été élu en promettant de rassembler les Américains au-delà des lignes partisanes, Obama a pris la décision politique de ne pas lancer de bataille juridique contre ses prédécesseurs, ce qui aurait davantage divisé la nation. Obama allait ensuite se rendre compte qu’il allait présider à la pire polarisation de l’histoire du pays, plutôt qu’à l’apaisement de ses divisions.

Maintenant qu’il sait que les Républicains allaient se radicaliser de toutes façons, regrette-t-il de ne pas avoir fait triompher la justice dans cette affaire ? La suite, peut-être, dans ses mémoires attendues pour l’an prochain.

Le film The Report indique cependant clairement que les révélations du rapport du Sénat, du moins dans sa version « courte » de 400 pages, ont été rendues publiques contre la volonté de la Maison-Blanche en décembre 2014. (On peut lire le rapport lui-même en ligne ici (gros PDF).)

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Au Québec, on peut se parler !

Je recommande le visionnement du bref échange entre Judith Lussier et Mathieu Bock-Côté, croqué par Urbania pour son segment Courrier recommandé.

Sur le fond, ce n’est pas transcendant. Mais sur la forme, le dialogue sympathique entre deux chroniqueurs qui sont politiquement aux antipodes est rafraîchissant. Au Québec, on peut s’engueuler sans se détester. Ça me met de bonne humeur.


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