L’économie va super bien : pour le 1 %

Pendant l’été, quelques billets de blogue choisis, en rappel.

26rattner-graphic-popupCessez de vous en faire avec  la crise, un récent calcul du partage des revenus annuels le démontre : le 1 % de la population américaine peut enfin respirer.

Comme vous le savez sans doute, 1 % des Américains avaient réussi, en 2007, à engranger 23,5 % de tous les revenus générés cette année-là aux États-Unis.

Un exploit — merci Ronald Reagan, merci George W. Bush — qui s’approchait de leur niveau record de 23,9 % atteint en 1928, juste avant la Grande Crise.

Mais, patatras ! Comme pour la crise de 1929, celle de 2008 allait dégrader la part de tarte du 1 % jusqu’à un maigre 18,1 % en 2009. Heureusement, en 2010, afin de rétablir la situation et de remettre les hyper-riches en piste vers un nouveau record historique, l’économie américaine a bien fait les choses.

Ayant généré 288 milliards de plus que l’année précédente, elle a envoyé vers le 1 % des plus riches 93 % de cette somme. Les 99 % qui n’ont pas eu la bonne idée d’être membres du 1 % n’ont récolté que 80 $ par personne. Mais il faut admettre qu’ils ont beaucoup moins de goûts de luxe. Alors ça tombe bien.

Cela fait de la reprise économique actuelle l’expansion la plus sympathique envers les super-riches. Bon, vous allez me dire que la reprise actuelle est à peine visible, qu’elle a un effet minime sur le taux de chômage américain. Que le taux de pauvreté augmente. Certes. Raison de plus pour que la faiblesse de la reprise soit massivement détournée vers le haut de l’échelle.
La reprise des années 1990 sous Clinton était beaucoup plus robuste, et avait versé 45 % de la richesse supplémentaire dans l’écuelle du 1 %. Celle de Bush dans les années 2000 l’était moins — et générait moins de nouveaux emplois —, mais la proportion versée aux plus riches a atteint 65 %. La souffreteuse reprise entamée en 2009 sous l’égide de Barack Obama — que les républicains accusent d’être socialiste — envoie 93 % aux ploutocrates. (Pour tous les chiffres, on peut voir le fichier Excel de Piketty et Saez)

Et au Canada ?

Une nouvelle étude canadienne donne une idée de la composition du 1 % au Canada. On y retrouve massivement des hommes, des diplômés et des gestionnaires d’entreprises et d’institutions financières. Mais les médecins, dentistes et vétérinaires y sont également bien représentés. Voici le tableau :

Qui sont les membres du 1% (Recensement de 2006)
Top 1 % Population totale
Revenu médian 452 887 $ 36 837 $
Part du revenu provenant du salaire 69,9 % 82,7 %
Hommes 82,7 % 48,4 %
Travaillent plus de 50/h semaine 52,2 % 18,6 %
Éducation :
Moins qu’un bac 41,8 % 81,0 %
Bac 28,1% 12,3 %
Médecins, dentistes, vétérinaires 8,4 % 0,5 %
Autres diplômés de second cycle 21,7 % 6,2 %
Âges :
Moins de 35 4,5 % 28,8 %
35-64 79,0 % 54,5 %
Plus de 64 16,5 % 16,7 %
Professions :
Haute direction 14,1 % 0,9 %
Cadres 19,1 % 6,1 %
Professionnels de la santé 11,6 % 2,0 %
Professionnels des entreprises et du secteur financier 7,1 % 1,8 %
Source : Canadian Inequality: Recent Developments and Policy Options

Merci à mon ami Twitter
André N. pour le premier signalement.

Billet d’abord publié en juin 2012.

L’économie va super bien : pour le 1 %

26rattner-graphic-popupCessez de vous en faire avec  la crise, un récent calcul du partage des revenus annuels le démontre : le 1 % de la population américaine peut enfin respirer.

Comme vous le savez sans doute, 1 % des Américains avaient réussi, en 2007, à engranger 23,5 % de tous les revenus générés cette année-là aux États-Unis.

Un exploit — merci Ronald Reagan, merci George W. Bush — qui s’approchait de leur niveau record de 23,9 % atteint en 1928, juste avant la Grande Crise.

Mais, patatras ! Comme pour la crise de 1929, celle de 2008 allait dégrader la part de tarte du 1 % jusqu’à un maigre 18,1 % en 2009. Heureusement, en 2010, afin de rétablir la situation et de remettre les hyper-riches en piste vers un nouveau record historique, l’économie américaine a bien fait les choses.

Ayant généré 288 milliards de plus que l’année précédente, elle a envoyé vers le 1 % des plus riches 93 % de cette somme. Les 99 % qui n’ont pas eu la bonne idée d’être membres du 1 % n’ont récolté que 80 $ par personne. Mais il faut admettre qu’ils ont beaucoup moins de goûts de luxe. Alors ça tombe bien.

Cela fait de la reprise économique actuelle l’expansion la plus sympathique envers les super-riches. Bon, vous allez me dire que la reprise actuelle est à peine visible, qu’elle a un effet minime sur le taux de chômage américain. Que le taux de pauvreté augmente. Certes. Raison de plus pour que la faiblesse de la reprise soit massivement détournée vers le haut de l’échelle.
La reprise des années 1990 sous Clinton était beaucoup plus robuste, et avait versé 45 % de la richesse supplémentaire dans l’écuelle du 1 %. Celle de Bush dans les années 2000 l’était moins — et générait moins de nouveaux emplois —, mais la proportion versée aux plus riches a atteint 65 %. La souffreteuse reprise entamée en 2009 sous l’égide de Barack Obama — que les républicains accusent d’être socialiste — envoie 93 % aux ploutocrates. (Pour tous les chiffres, on peut voir le fichier Excel de Piketty et Saez)

Et au Canada ?

Une nouvelle étude canadienne donne une idée de la composition du 1 % au Canada. On y retrouve massivement des hommes, des diplômés et des gestionnaires d’entreprises et d’institutions financières. Mais les médecins, dentistes et vétérinaires y sont également bien représentés. Voici le tableau :

Qui sont les membres du 1% (Recensement de 2006)
Top 1 % Population totale
Revenu médian 452 887 $ 36 837 $
Part du revenu provenant du salaire 69,9 % 82,7 %
Hommes 82,7 % 48,4 %
Travaillent plus de 50/h semaine 52,2 % 18,6 %
Éducation :
Moins qu’un bac 41,8 % 81,0 %
Bac 28,1% 12,3 %
Médecins, dentistes, vétérinaires 8,4 % 0,5 %
Autres diplômés de second cycle 21,7 % 6,2 %
Âges :
Moins de 35 4,5 % 28,8 %
35-64 79,0 % 54,5 %
Plus de 64 16,5 % 16,7 %
Professions :
Haute direction 14,1 % 0,9 %
Cadres 19,1 % 6,1 %
Professionnels de la santé 11,6 % 2,0 %
Professionnels des entreprises et du secteur financier 7,1 % 1,8 %
Source : Canadian Inequality: Recent Developments and Policy Options

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André N. pour le premier signalement.

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La preuve est faite: le lobbying, c’est payant!

L’ONG américaine Sunlight Foundation vient de publier un rapport sur le taux de rendement du lobbying. Elle a calculé la somme dépensée par les huit entreprises les plus investies dans le lobbying à Washington, et spécifiquement dans le lobbying pour réduire leur fardeau fiscal. Puis elle a calculé de combien leur fardeau s’était effectivement réduit sur la même période.

Le rendement est épatant ! En moyenne, chaque million de dollars dépensé en lobbying produit 2,4 millions d’économies réalisées sur le fardeau fiscal. Le champion incontesté est le géant des Télécoms AT&T: pour chaque million de lobbying, il a économisé 103 millions d’impôts. Voici le tableau:

lobby

 

 

 

 

 

« The system works » (Le système fonctionne. Mais pour qui ?) Cliquer pour agrandir.

(Via Ezra Klein)

Les bonnes nouvelles du 1% – la suite

paul-volcker-150x150Je vous le disais il y a quelques jours, les nouvelles sont bonnes pour le 1% québécois, du moins dans le secteur bancaire, où les salaires augmentent en réjouissante spirale. Réjouissante pour le 1%.

Je restais dans l’anecdote. Dans son blogue du journal Les Affaires, Yvan Allaire fait un calcul plus général et pose une question. D’abord son calcul, de la rémunération médiane des 60 dirigeants des principales compagnies canadiennes. Elle a  :

augmenté de 10,9% annuellement durant cette période de 12 ans. […] Cette rémunération en dollars constants était 2,3 millions $ en 1998 et de 6,2 millions $ en 2010.  En ce qui concerne les PDG des six grandes banques canadiennes, leur rémunération médiane en dollars nominaux passe de 4,4 millions $ en 1998 à 10,8 millions $ en 2010.[…]

les données montrent que la rémunération médiane des chefs de la direction canadiens, qui équivalait à 60 fois le salaire moyen payé dans le secteur privé canadien en 1998, a atteint en 2010 un rapport de 150 fois ce salaire moyen.

Allaire calcule que, pendant ces 12 ans, la rémunération des PDGs canadiens a rattrapé celles de PDGs américains, qui elle même augmentait, évidemment.

Doit-on s’en réjouir ? Incidemment, je suis en train de lire Confidence Men, le récit affligeant que fait le journaliste Ron Suskind des premières années de l’administration Obama et de pourquoi et comment la grande réforme financière n’a pas eu lieu. C’est entre autres parce que Paul Volcker, l’ex président de la FED, fut écarté du cercle des principaux conseillers du président.

Revenant à notre sujet, Volcker raconte à Suskind pourquoi il a refusé, pendant les années 1990, de siéger sur les comités de rémunération des compagnies dont il était le directeur:  « ce qui s’y passait me rendait malade ». C’était en effet le moment où l’ascenseur prenait son envol.

Mais revenons maintenant à Yvan Allaire, qui pose une question qui choque:

Le raisonnement qui soutient cette pratique semble être que les dirigeants canadiens de haut niveau sont mobiles et font partie d’un marché nord-américain du talent ; leur rémunération doit donc s’ajuster en conséquence. La valeur de cet argument n’est pas démontrée et mérite un examen critique. Peut-être ne s’agit-il là que d’une fiction utile mise de l’avant par des conseillers en rémunération.

Bref, selon Allaire, rien ne prouve que, sans ces faramineuses augmentations de salaires, « nos » PDGs auraient été débauchés en masse par des compagnies américaines heureuses de sauter sur ces « aubaines ». Et si ce n’était qu’une fiction?

Et si cette question est choquante pour les PDGs canadiens, ne l’est-elle pas d’autant plus pour les PDGs québécois. Certes, on me faisait savoir ces jours derniers que Louis Vachon dirige une Banque Nationale qui trône, ces dernières années, parmi les banques les mieux gérées en occident et reconnue-t-elle.  M. Vachon vient d’avoir une augmentation de salaire de32%, pour le retenir chez nous. Bien. Mais savons-nous vraiment si quelqu’un lui avait fait une offre? Et, même à salaire égal, est-il certain qu’il ne voudrait pas relever un plus grand défi, à la tête d’une grande banque américaine ?

Et à tout prendre, l’investissement de presque 3 millions (par an) que la banque vient de faire dans la rémunération de son PDG n’aurait-il pas mieux servi l’avoir des actionnaires s’il avait été investi dans, je ne sais, de meilleurs services, une meilleure formation des salariés ou des cadres ? On aimerait voir le calcul de rendement de cet investissement.

La misère des riches

Évidemment il est très mal vu, en plusieurs milieux, de s’attarder trop longuement sur nos pauvres riches. Vous connaissez la chanson: ils ne sont pas assez nombreux. Ils ne sont pas assez riches. Ils paient déjà beaucoup d’impôts.

Certes. Mais se pourrait-il qu’on ne leur rende pas justice et qu’on… sous évalue leur succès ?

C’est la question fort pertinente posée par mon collègue blogueur Léo-Paul Lauzon dans un tout récent billet. Il attire notre attention sur la distinction entre le « revenu fiscal » — celui qu’on déclare au fisc — et le revenu total:

Le revenu fiscal, compte tenu de ses règles particulières, omet plusieurs revenus réels qu’il n’impose pas ou en partie seulement : gains de capitaux, options d’achats d’actions, fractionnement du revenu, fiducies familiales, plus-values matérialisées sur les capitaux, etc. Ces revenus économiques réalisés n’entent donc pas dans les statistiques fiscales, ce qui constitue une grosse omission. Un millionnaire qui détient des capitaux peut déclarer un revenu fiscal annuel de seulement 80 000$ mais avoir réalisé un revenu réel économique de plusieurs millions de dollars. En fait, pour déterminer si les nantis sont trop ou pas assez taxés, il faut prendre leur revenu réel économique et non leur revenu fiscal. C’est à la fois élémentaire et évident […];

Les statistiques fiscales des particuliers ignorent les revenus gagnés par des individus qui sont «incorporés» et qui peuvent gagner des millions$. Ces milliers de contribuables souvent très riches entrent donc plutôt dans la catégorie des statistiques fiscales des compagnies et non plus des particuliers, comme par exemple des médecins, des avocats, des professionnels, des contractuels, etc. qui s’incorporent ;

Chez les hauts salariés, cette incorporation n’est pas une exception, c’est la norme.  Notre 1% va donc nettement mieux qu’on le pensait. C’est rassurant. Évidemment, cela est vrai pour notre 1% et pour celui de nos voisins. Voilà, entre autres, ce qui rend Volcker malade.

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De bonnes nouvelles pour « Notre » 1%

notre1Les nouvelles sont bonnes pour le 1%. Notre 1%. Oui, je sais, je ne cesse de vous dire que notre 1% québécois n’empoche chaque année que 11% de l’ensemble des revenus produits au Québec, une misère comparé aux 24% captés par le 1% de nos voisins américains.

Reste que notre 1% travaille fort pour ne pas avoir l’air trop fou, lors des rencontres internationales dans les palaces.  La médaille d’or revient à l’ex-PDG de SNC-Lavalin, Pierre Duhaime, qui quitte la compagnie en plein scandale, qui a fait chuter la valeur pour tous les actionnaires et entaché la réputation internationale de la compagnie. Punition : il a droit à près de 5 millions de dollars pour amortir sa chute.

Avec Duhaime, le Québec entre donc dans le club sélect des PDGs qui partent avec la caisse, après avoir fait plongé la valeur de l’entreprise.

Pierre Duhaime est donc, pour 2012, le meilleur candidat à notre futur Prix de reconnaissance du 1%.

Il rejoint ainsi les anciens dirigeants de l’Université Concordia qui cumulaient les primes de départ (2,5 millions pour cinq personnes) comme s’ils voulaient absolument prouver que : la séparation, c’est payant !

D’autres PDG qui font simplement leur travail de gérer une entreprise font cependant monter les enchères et leurs CA travaillent fort pour que nos membres du 1% puissent avoir la tête haute.

Ainsi, le président de la Banque Nationale, Louis Vachon, vient d’empocher une hausse de salaire de 32%. Il passe ainsi d’un maigre 5,7 millions en 2010 à 8,5 millions en 2011. Que lui vaut cette extraordinaire progression ? Une année record pour la Banque Nationale ? Non.

Le Conseil d’administration explique la chose très clairement dans un document:

« Les membres du Conseil ont jugé qu’il ne serait pas dans l’intérêt à long terme de la Banque, eu égard notamment à sa capacité d’attirer les meilleurs candidats, de maintenir la rémunération de son plus haut dirigeant au bas de l’échelle de son groupe de référence »

Bref, le CA a jugé que, puisque les 1% dans les autres banques sont mieux payés, le 1% dans notre banque doit être mieux payé. Et vous savez quoi ? Maintenant que Louis Vachon est mieux payé, la moyenne du « groupe de référence » va monter. Une autre banque s’en saisira pour augmenter le salaire de son propre PDG. Ce qui augmentera la moyenne. Ce qui poussera d’autres banques…

C’est beau la finance, non ?

Ne croyez pas que le PDG est le seul en cause. Toute la troupe des hauts dirigeants suit la mouvance:

La chef des finances, Patricia Curadeau-Grou, voit sa rémunération croître de 35 % pour atteindre 3,2 M$
Luc Paiement, premier vice-président à la direction, 3,3 M$, une hausse de 15 %;
Ricardo Pascoe, premier vice-président à la direction, Marchés financiers, touche 5,5 M$, un gain de 10 %.

Heureusement, nous, au Québec, nous avons notre propre modèle. Et notre première institution financière est une coopérative. Oui monsieur ! Et dans les coopératives, on n’imite pas les salaires extravagants du privé, on n’embarque pas dans la construction d’une oligarchie coupée du peuple, des salariés, des membres des Coops.

Pardon — nous interrompons ce couplet coopérat0-lyrique pour vous livrer une nouvelle de dernière minute:

La PDG du Mouvement Desjardins, Monique F. Leroux, a touché l’an dernier 3,1 millions, une augmentation de seulement 3,4%.

Desjardins a plusieurs fois eu ce débat sur la rémunération de ses hauts dirigeants. Doivent-ils être détachés de la course à l’enrichissement des big boss de la finance, ou non ?

La réponse donné est Oui, mais à la traine.

La rémunération de notre coopératrice-en-chef est fondée sur la spirale ascendante des salaires du 1% financiers, mais seulement à 75% de la médiane des patrons des banques et des PDG de fonds financiers. Mme Leroux touche seulement 63% de cette médiane (elle est donc en retrait) mais sa rémunération est comparable à celle des autres PDG de coopératives de même taille.

Évidemment, la totalité de ces salaires sont proprement indécents.

Ils sont indécents en soi, aujourd’hui. Mais ils sont indécents historiquement. Des personnes identiques, dans les mêmes positions, et avec les mêmes responsabilités touchaient dans les années 1950, 1960, 1970 des sommes considérablement moindres, en ajustant bien sûr pour l’inflation.

Pire, ces prédécesseurs qui en plusieurs cas ont construit ces empires financiers, pour ne parler que d’eux, et qui étaient payés beaucoup moins étaient… imposés beaucoup plus ! Qu’on songe que le taux d’imposition marginal aux États-Unis sous Richard Nixon était de 75%. C’est dire que sur le second million empoché, 750 000$ retournait à l’État et à la solidarité.

Et pourtant, le monde tournait. La classe moyenne croissait. La croissance était au rendez-vous. Et les patrons patronnaient.

Ils ne pouvaient évidemment pas concevoir que leur salaire pourrait un jour être multiplié par cinq, dix, trente. Ils savaient que seuls ceux qui inventaient la poudre, ou découvraient du pétrole, ou lançaient une toute nouvelle entreprise devenue florissante, pouvaient connaître un tel enrichissement.

Mais être pour ainsi dire un fonctionnaire de la grande entreprise, monter les échelons, gérer correctement, voire brillamment, et être payé comme si on était un prix Nobel (en fait, beaucoup plus) ? Jamais. Faire plonger sa compagnie, puis être récompensé comme si on n’avait rien fait de mal ? Impensable.

La progression insensée des hauts salaires dans les années 1980, 1990, 2000 et depuis tient à une cause principale. Pas la compétition effrénée pour les « meilleurs joueurs ». Pas l’augmentation du degré de difficulté des tâches. Pas l’augmentation relative des sommes sous gestion.

Non: une seule. La progressive désinhibition des hauts salariés. Ils se sont auto-convaincus que ce qui était anormal était normal. Ils ont quitté le monde de la rémunération réelle, raisonnable. Ils sont entrés dans une bulle d’auto-référence. La bulle du 1%. Les nôtres comme les autres.

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Étonnant: Mitt Romney paierait encore moins d’impôts au Canada!

tumblr_lxh7w6MXGo1qcpel0-150x150C’est une spécialiste de la banque CIBC qui a fait le calcul. Aux États-Unis, le taux marginal d’imposition n’est que de 35% mais les feuilles d’impôts de Romney, rendues publiques ce mardi, ont démontré que le richissime homme d’affaires n’avait un taux effectif (fédéral) que de 15%. C’est que ses revenus ne sont pas de travail mais de rendement sur investissement, ce qui change tout ! (Oui, les ouvriers n’ont qu’à faire comme lui, après tout!)

Jamie Golombek, comptable et directrice de la planification fiscale et des successions à la CIBC Toronto, calcule que si Mitt Romney avait été résident canadien, il aurait encore économisé un point de pourcentage:14,2% plutôt que 15,4%

Sommes-nous donc susceptibles d’être les bénéficiaires d’un « exode des cerveaux les plus riches » des USA vers le paradis fiscal qu’est le Canada? Cela dépend de la province. Golombek calcule ensuite les impôts des États et provinces pour trouver qu’au total, un Mitt Romney habitant en Ontario paierait un peu plus (22,7%) qu’à sa résidence américaine (21,8%) au New Hampshire (je crois, ce n’est pas précisé).

Le calcul n’est pas fait pour le Québec mais si Romney déménageait à Calgary, il gagnerait le gros lot, avec un taux effectif d’imposition total de 16,1% ! La raison: le fisc albertain est beaucoup plus généreux envers les dons charitables. Les importants chèques de Romney à l’église mormone seraient donc plus largement récompensés par les autres contribuables albertains, en manque à gagner.

Bénéfice supplémentaire pour un Romney déménageant en Alberta: il pourrait pratiquer son français !

On peut lire le texte complet dans le National Post de ce samedi.

Mitt Romney: Monsieur 1%

tumblr_lxh7w6MXGo1qcpel0-150x150Les manifestants d’Occupy Wall Street n’auront jamais pu faire autant, pour illustrer la goinfrerie des richissimes plutocrates américains, que le candidat républicain Mitt Romney.

Poussé à rendre public ses rapports d’impôts, il a fait ce mardi une démonstration d’une grande clarté: lui, le multimillionnaire, bénéficie d’un taux d’imposition inférieur à celui des américains ordinaires. Avec un taux de 13% sur les 20 millions qu’il a empoché pour chacune des deux dernières années, il est moins imposé que sa secrétaire.

La raison ? L’essentiel de son revenu consiste en gain de capital (du rendement sur l’investissement) dont le taux d’imposition est fixe, à 15%, donc  n’est pas progressif, contrairement à l’impôt sur le revenu qui peut grimper, aux États-Unis, jusqu’à 30%. Voilà pourquoi les élites américaines structurent leurs emplois pour être payés en gain de capital, plutôt qu’en salaire.

Romney profite du taux d’imposition le plus faible des candidats : Obama est imposé à 28% et Newt Gingrich à 32%.

Intéressant: si le programme économique de Newt Gingrich était adopté, le taux d’imposition de Romney chuterait à: 0%.  En effet, comme beaucoup de conservateurs, Gingrich veut abolir l’impôt sur les gains de capital. Dans son discours sur l’État de l’Union, au contraire, le président Obama a proposé une taxe minimale de 30% sur l’ensemble des revenus des millionnaires.

Mitt Romney devient donc une publicité ambulante pour davantage d’équité dans la contribution de chaque américain aux défis du pays.

Merci Mitt !

Message du 1% au 99%: cause toujours !

2998066_370Alors que les pouvoirs publics se durcissent contre le mouvement Occupons Wall Street, un représentant du 1% de la population les plus riches est venu illustrer combien l’époustouflante inégalité de revenu — dénoncée par les indignés — n’est pas en train de se replier, au contraire.

Le PDG de la compagnie pétrolière américaine Nabors, Eugene Isenberg, vient de fracasser le record absolu de revenu annuel en empochant une prime de retraite de 100 millions de dollars. Il battait ainsi le record établi l’an dernier par le PDG de la mégaentreprise de communications Viacom, à 84 millions l’an dernier.

Or Isenberg a 81 ans. A supposer qu’il vive jusqu’à 101 ans, il devrait dépenser chaque semaine 500 000$ pour venir à bout de sa prime de départ. Remarquez, il lui reste sans doute un peu de monnaie du revenu cumulatif de 740 millions de dollars qu’il a acquis au cours des 20 dernières années à ce poste (sans compter les 100 millions).  Les analystes notent que la somme de 100 millions représente le tiers de tout le profit engrangé par la compagnie l’an dernier, ce qui est beaucoup.

Évidemment, les militants affirmant représenter les 99% sont en émoi. Encore un cas patant de la constitution d’une oligarchie qui vampirise l’économie.

Mais ne pensez pas que les représentants du 1% ne sont pas également fébriles. (En fait, du 0,1%) Ils se demandent tous lequel d’entre eux franchira ce nouveau record, et dans combien de semaines.

Petite leçon d’économie

C’est ce que j’essaie de vous expliquer depuis plusieurs lunes. Il y a l’économie. Elle peut aller bien, elle peut aller mal. Il y a les gens. Ils peuvent aller bien, mais ils peuvent aller mal même si l’économie va bien.

Un rapport du mois dernier de la grande banque américaine JPMorgan en fait une éclatante démonstration. Allons-y par étape. D’abord, voici l’évolution des profits des entreprises (ligne continue) comparée à l’évolution de la richesse nationale américaine (ligne pointillée):

profits

 

 

 

 

 

Le tandem est cassé

C’est net, au cours des derniers mois, et généralement depuis 1990, les profits des entreprises augmentent beaucoup plus rapidement que le GDP, la richesse nationale, (PIB en français). En fait, rapporte la banque, les profits flirtent avec des records vieux de 40 ans. Cela va donc très très bien pour les entreprises.

Et ça ne va pas si mal pour le PIB, qui remonte. Tout irait bien, s’il n’y avait pas… les gens. Dans les entreprises, les patrons et les cadres, avec l’aide d’un certain nombre de salariés, créent de la richesse. Ils la font ensemble. Comment se la répartissent-ils ?

Voici l’évolution de la part de cette richesse qui va aux salariés, de 1970 à aujourd’hui:

labor-share

 

 

 

 

 

Éloquent…

On voit que la réduction de la part de la richesse obtenue par les salariés ne date pas de la dernière crise. On note un premier décrochage au début des années 1990, puis un second avec la crise de 2000.

On pourrait superposer à ce graphique celui de la chute du taux de syndicalisation aux États-Unis et on verrait une belle corrélation. L’absence de pouvoir de négociation chez les salariés est l’équivalent d’un programme d’aide au ballonnement des profits.

Mais cela n’explique pas tout. Il faut voir aussi l’important recul de la redistribution fiscale, par l’État, donc le recul des taux d’imposition sur les profits et sur les plus riches, au cours du siècle:

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(Cliquez pour agrandir)

Il n’est donc pas très étonnant que la répartition de la richesse créée par les Américains ces dernières décennies ressemble à ceci, selon un récent rapport du Center for Budget and Policy Priorities de Washington:

gains

 

 

 

 

Aucun décodage requis…

Une autre façon de montrer comment se réparti la tarte de la nouvelle richesse créée chaque année est de le montrer sous forme de… tarte:

Les 20% de la population la plus riche empochent désormais plus de 50% des revenus annuels.

Vous voyez, c’est ce que j’essaie de vous expliquer depuis plusieurs lunes. Il est possible de faire en sorte que les compagnies aillent bien, sans que les gens aillent mieux. Il est possible de faire en sorte que l’économie aille mieux, que la richesse nationale augmente, sans que les gens aillent mieux.

On peut même créer davantage de richesse en appauvrissant un très grand nombre de gens.

Quelles leçons pour le Québec ? Trouver le moyen d’enrichir le Québec sans appauvrir les Québécois, leur qualité de vie, leur environnement.

Méfiez vous de tout projet de création de richesse qui n’est pas centrée sur l’enrichissement des citoyens.

Bonnes nouvelles pour les riches!

Vous êtes sans doute au courant: la reprise américaine s’essouffle, l’Europe est malade de sa dette, on ne voit rien au bout du tunnel.

Mais il y a une solution: devenez millionnaires ! En effet, selon la firme Deloitte, quelle que soient les progrès de la misère humaine au cours de la prochaine décennie, les millionnaires, eux, vivront un âge d’or — ou plutôt, un prolongement de leur âge d’or. Voyez ce graphique:

riches

 

 

 

 

 

Quelle belle envolée ! (cliquez pour agrandir)

Bref, l’avoir total des millionnaires passera de 92 mille milliards de dollars qu’il est en 2011 à 202 mille milliards de dollars dans… 9 ans.

C’est vrai aux États-Unis, où, selon une étude récente, 50% des Américains estiment qu’ils devraient faire faillite si une dépense imprévue de 2000$ venait grever leur budget. Il est vrai qu’ils sont en ce moment 43 millions à recevoir des « food stamps », donc des bons pour acheter de la nourriture au supermarché.

Une difficulté financière réelle qui poussera plusieurs américains à punir l’administration Obama et à élire à la place des Républicains qui promettent de baisser les impôts… des riches !

Mais les Américains ne sont pas seuls en cause, voici, toujours selon Deloitte qui réalise cette étude pour aider les institutions financières en quête de multi-millionnaires à mieux cibler leurs efforts, la hausse de fortune prévue des millionnaires, par pays:

par-pays

 

 

 

 

 

Le Canada y fait bonne figure mais se fait doubler par la Chine ! (Cliquez pour agrandir)

Nous vivons vraiment une époque formidable !

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