La loi de la gravité

Le saviez-vous ? Avant qu’Isaac Newton ne découvre la gravité, tout le monde prenait les choses à la légère. La boutade s’applique superbement à la soudaine épiphanie de membres du gouvernement Trudeau face à l’immigration.

« Je crois que personne n’a besoin d’un briefing pour comprendre que, s’il y a plus de gens qui ont besoin de se loger, cela va avoir un impact sur la situation du logement », affirmait cette semaine l’un des architectes de l’immigration massive trudeauiste, car jusqu’à récemment titulaire de ce portefeuille, Sean Fraser, mais qui, depuis l’été, est puni par là où il a péché, car il est désormais ministre du Logement.

Son successeur, Marc Miller, est allé jusqu’à déclarer que le pays avait « perdu le contrôle » du nombre d’étudiants étrangers au pays, mais que cet état de fait était la responsabilité des provinces, dont certaines tolèrent la présence sur leur territoire de ce qu’il a appelé des « puppy mills ». En français, il s’agit d’« usines à chiots ». Il parle de ces écoles privées qui sont des usines à diplômes de qualité incertaine, délivrés dans un temps record à des étudiants pour beaucoup venus de l’Inde et de la Chine, et qui leur donne, selon les généreuses règles en vigueur, un accès rapide à la citoyenneté.

Une des meilleures recettes de la mauvaise foi politique est d’identifier, à l’intérieur d’un problème majeur, un élément réel, mais secondaire, et de faire semblant qu’en s’y attaquant, on prend l’enjeu de front. Car, au fond, les membres du gouvernement Trudeau pensent-ils qu’avoir haussé à un demi-million par an le nombre d’immigrants permanents est excessif ? Non. 

« Les Canadiens sont presque unanimes dans leur appui à l’immigration. C’est un avantage extraordinaire. Nos seuils actuels d’immigration permanente sont ceux dont on a besoin pour notre économie », a déclaré sans rire Justin Trudeau. Tous les sondages récents démontrent au contraire que l’appui des Canadiens aux seuils d’immigration connaît une chute historique. Près des trois quarts jugent — avec sagesse — qu’il faut réduire les seuils au moins le temps que se résorbe la crise du logement. Si la tendance se maintient, il y aura bientôt unanimité.

Le festival du sophisme

Peut-être pense-t-il que les milieux d’affaires torontois, qui ont plaidé pendant des années pour une augmentation de l’immigration et qui alimentent sa caisse électorale, sont toujours avec lui. Pas selon leur Pravda, le Financial Postqui résume ainsi le consensus ambiant : « La décision du premier ministre Justin Trudeau d’augmenter considérablement l’immigration […] sans fournir un soutien adéquat a créé une longue liste de problèmes économiques, notamment une inflation plus élevée et une faible productivité. » L’économiste en chef de la Banque TD, Beata Caranci, résume la chose ainsi : Trudeau « screwed up ». 

Comment le jugement du premier ministre peut-il être aussi éloigné du réel ? Les solutions, explique-t-il en empirant son cas, sont à portée de main : les 500 000 permanents par an peuvent trouver à se loger, prétend-il, pour peu que les universités dénichent des logements pour leurs étudiants internationaux et les entreprises pour leurs travailleurs temporaires. Il suffisait d’y penser. Car dans l’univers trudeauiste, il y a trois marchés distincts du logement. Incrédule ? Rappelons qu’on parle d’un homme qui, ayant obtenu pour ses vacances en Jamaïque un hébergement d’une valeur de 84 000 $, a déclaré que, « comme énormément de familles canadiennes, on est allés rester chez des amis pour les vacances de Noël ».

On s’ennuie du temps où il débitait des phrases creuses. Car ses nouvelles déclarations sont pires : fausses. Il continue à affirmer qu’il nous faut davantage d’immigration pour résoudre les pénuries de main-d’oeuvre. Mais puisque le Canada a reçu plus de deux millions d’arrivants en deux ans, ne devrions-nous pas avoir réglé le problème et être en surplus de main-d’oeuvre ? 

L’économiste Pierre Fortin a conclu de la revue de la littérature scientifique récente que cette conclusion « n’est rien d’autre qu’un gros sophisme ». Chaque immigrant qui pourvoit un emploi requiert la création d’un autre emploi pour lui fournir tous ses services. Idem pour la prétention que l’immigration nous enrichit (l’impact est non significatif) ou nous rajeunit (même résultat). On continue cependant à entendre politiciens, patrons et commentateurs répéter ces sornettes.

Pour entrer dans le détail, disons qu’il est vrai que, si on déverse un million de Chinois au Québec ayant chacun 1000 $ en poche, le PIB va croître d’un milliard. Si vous êtes un PIB, c’est la joie. Si vous n’êtes pas un PIB, c’est moins drôle. Et s’il s’agissait d’éviter un déclin démographique en maintenant la croissance récente de la population du Québec, le démographe Marc Termotte a conclu qu’il ne faudrait, pour ce faire, toutes catégories comprises, que 58 000 immigrants par année, plutôt que les 580 000 actuels — les 55 000 permanents et les 528 000 non permanents. Donc, le dixième.

Les sophismes sur les bienfaits de l’immigration ne seraient que du bruit de fond si les conséquences ne devenaient pas si graves, pour le logement, l’éducation — 1500 classes d’accueil supplémentaires au Québec — et, au bout du compte, l’explosion de l’itinérance.

Difficulté cognitive

Des esprits tordus prétendent que la difficulté cognitive des libéraux fédéraux en matière d’immigration tient à cette information, rapportée dans Le Soleil par Hélène Buzzetti : « À leur dernier congrès, le sondeur Dan Arnold a révélé que les électeurs nés à l’extérieur du Canada sont les plus susceptibles de voter libéral. Leur niveau d’appui au Parti libéral a dépassé celui des non-immigrants par 8 points à l’élection de 2015, par 13 points en 2019 et par 19 points en 2021 . » Réduire le flot d’entrées de cette manne électorale est un pensez-y bien, surtout pendant une traversée du désert.

François Legault a de son côté utilisé la formule Miller : identifier une partie du problème et faire comme s’il s’agissait de l’essentiel. Le trop-plein de demandeurs d’asile, écrit-il à Trudeau, ne peut plus durer. Certes. Mais Legault a toujours eu le loisir de limiter le nombre d’étudiants étrangers et de travailleurs temporaires sur son territoire. Il a choisi de ne pas le faire. Sa ministre Christine Fréchette se plaint qu’une bonne part des immigrants temporaires ne sont que du ressort d’Ottawa. Mais c’est parce qu’elle refuse d’invoquer l’entente Canada-Québec sur l’immigration pour exiger d’en avoir le contrôle.

C’est le malheur particulier des Québécois d’être en ce moment gouvernés à Ottawa par des trudeauistes qui prennent leurs lubies de grandeur postnationales pour des vérités et à Québec par un premier ministre qui avouait en campagne électorale ne pas être « un génie en herbe de l’immigration ». Cela paraît.

Paul St-Pierre Plamondon a beau jeu de pousser ce cortège de sophistes dans leurs contradictions, et d’éclairer combien la passivité de la Coalition avenir Québec (CAQ) est navrante et combien le projet canadien est contraire, non seulement à nos intérêts, mais à la simple bonne gestion de nos affaires. Il semble être le seul à comprendre la gravité de l’enjeu. Il mérite donc, pour cette semaine, le prix Isaac Newton.

(Ce texte a d’abord été publié dans Le Devoir.)

Les expulsions barbares (+ échanges avec le député solidaire Guillaume Cliche-Rivard)

De mauvaises langues accusent le député Sol Zanetti d’avoir atteint le summum de l’exagération en gonflant, puis dégonflant, une balloune depuis son siège de l’Assemblée nationale jeudi dernier. Je ne suis pas d’accord. Juste avant, en point de presse, un autre député solidaire avait fait pire.

Au cas où on déclare atteinte, voire dépassée, la capacité d’accueil du Québec et qu’on veuille limiter le nombre d’immigrants temporaires au Québec, passés de 47 000 en 2007 à 470 000 cette année, il a dit ceci : « Si on définit qu’elle est remplie [la capacité d’accueil], on coupe qui ? On va commencer à faire des déportations massives ? On va commencer à dire que ces 100 000 là, qui sont de trop, peut-être, qui ont déménagé ici, qui ont eu des contrats, qui ont eu un logement, qu’on leur a donné un permis, qui travaillent dans le réseau de la santé et dans l’éducation… On va leur dire : “C’est terminé ? […] Vous savez quoi, là, on s’excuse, on vous a fait venir pour rien, on s’est trompé, finalement, on n’a pas la capacité de vous avoir” ? »

Je vais vous étonner. Il s’agit d’un député qu’on estimait jusque-là crédible et posé : Guillaume Cliche-Rivard. Il est avocat, expert en immigration. Comment peut-il ne pas savoir qu’on parle ici des temporaires qui, comme leur nom l’indique, sont bien temporaires. L’immense majorité des étudiants étrangers qui peuplent McGill et Concordia et anglicisent le centre-ville prennent la poudre d’escampette dès qu’ils ont leur diplôme en poche. L’immense majorité des travailleurs agricoles volent retrouver leur famille latino-américaine une fois la récolte terminée. Les autres savent tous que leur séjour affiche une date de péremption, ce à quoi ils ont librement consenti.

Bref, si on décidait, selon le chiffre évoqué, d’admettre désormais 100 000 personnes de moins, ce qui nous maintiendrait toujours à un niveau historiquement excessivement élevé, il suffirait d’attendre que ceux qui souhaitent repartir repartent et de ne donner des autorisations qu’à 370 000 candidats, plutôt que 470 000.

L’introduction du terme « déportation » dans un débat sur l’immigration qui se déroulait depuis quelques mois dans un contexte apaisé est simplement honteuse. S’il tient à sa crédibilité, Cliche-Rivard doit faire amende honorable.

Sur le fond, il affirme ne pas savoir si, oui ou non, notre capacité d’accueil est atteinte. Il voudrait qu’une équipe d’experts se penche sur la question. C’est une idée tellement bonne que je la proposais en 2018 lorsqu’on ne comptait sur le territoire que le quart du nombre de temporaires actuel.

On peut bien, comme le fait la ministre de l’Immigration, Christine Fréchette, par un appel de projets de recherche, en obtenir une analyse plus fine et régionalisée. Mais refuser d’admettre aujourd’hui que l’ajout depuis cinq ans de centaines de milliers de personnes supplémentaires aggrave les crises du logement, de la santé et des garderies me rappelle ceux qui, face aux méfaits du tabac ou du réchauffement climatique, réclamaient davantage d’études.

Heureusement, un grand nombre de Québécois ont entendu parler de la loi de l’offre et de la demande. Début octobre, 71 % d’entre eux (comme 68 % des Canadiens) ont déclaré au sondeur Ipsos qu’imposer un plafond d’admission aux étudiants étrangers serait une bonne façon de réduire la pression sur les logements abordables. Logiques, 75 % des Québécois (71 % des Canadiens) pensent qu’il faut revoir à la baisse les cibles d’immigration le temps que se résorbe la crise du logement. (Mémo au politburo de QS : ce sentiment est partagé par 66 % des 18-34 ans, votre électorat principal.)

Qui, parmi nous, à part les élus solidaires, figure parmi les dissidents de la loi de l’offre et de la demande ? Le gouvernement fédéral, bien évidemment. L’inénarrable ministre de l’Immigration, Marc Miller, a redit récemment qu’il fallait davantage d’immigrants pour construire davantage de logements. (Marc, ça ne marcherait que s’ils les bâtissaient avant d’arriver ou s’ils les emmenaient avec eux. Un pensez-y-bien.)

Plus terre à terre, son collègue Pablo Rodriguez, qui semble admettre l’existence d’un problème, a prétendu que l’augmentation du nombre de temporaires était la faute du Québec. Mme Fréchette affirme au contraire que c’est la faute du fédéral. Peut-on savoir qui remporte la palme de cet édifiant concours de Ponce Pilate ?

Mardi, dans ces pages, la spécialiste Anne-Michèle Meggs a mis clairement la responsabilité sur les épaules du Québec.

À l’exception des demandeurs d’asile, le Québec a indubitablement le pouvoir de réduire le nombre d’étudiants étrangers, qui comptent pour 44 % des temporaires, mais il ne le veut pas ; il a indubitablement le pouvoir de limiter le nombre de travailleurs temporaires (17 %), mais il ne le veut pas.

Sur le reste, les 36 % du Programme de mobilité internationale, Québec a omis d’exiger un droit de veto lors de sa création pendant l’ère Harper. Le gouvernement Legault — au pouvoir pendant l’explosion des temporaires et en possession depuis avril 2022 d’un rapport des experts Pierre Fortin et Marc Termotte l’avisant de sa « perte de contrôle » du dossier — a choisi de ne pas utiliser le levier à sa disposition : réclamer, comme le lui permet l’entente Canada-Québec, l’ouverture de discussions qui lui permettraient d’en reprendre le contrôle.

Bref, alors que 7 Québécois sur 10 savent que l’explosion du nombre d’immigrants rend intenable — et probablement insoluble — la crise du logement, entre autres, nous sommes en présence d’une opposition solidaire fantasmant sur des « déportations » massives et d’un gouvernement caquiste qui se prétend nationaliste, mais refuse d’utiliser les pouvoirs que détient déjà la nation.

Bref, bienvenue au Québec.

(Ce texte a d’abord été publié par Le Devoir.)

M. Guillaume Cliche-Rivard a fait publier une réplique dans le Devoir du lendemain, la voici:

Avant de trancher sur notre capacité d’accueil, il faut en débattre

Dans une chronique publiée mercredi dans Le Devoir, Jean-François Lisée s’en est pris directement à mes propos relatifs à la capacité d’accueil du Québec en matière d’immigration. En plus de déformer ma pensée et d’attaquer ma crédibilité, il m’a demandé de me rétracter. Voici ma réponse.

La semaine dernière, Québec solidaire (QS) a refusé d’appuyer une motion à l’Assemblée nationale qui déterminait que la capacité d’accueil du Québec était dépassée. Pourquoi ? Parce qu’encore à ce jour, nous n’avons aucune définition de ce que signifie cette capacité d’accueil et des éléments qui la composent. Nous n’avons pas non plus fait le débat pour la quantifier ni établi le chiffre à partir duquel on peut la juger dépassée. Nous avons donc à nouveau demandé qu’un comité d’experts non partisan se penche sur la question.

Si la science nous démontre alors que notre capacité d’accueil est bien atteinte et ne peut être bonifiée, alors je suis prêt à accepter ce fait. Mais nous estimons que c’est de cette façon qu’il faut traiter du dossier, et non en votant à la volée une motion à l’Assemblée.

Je suis allé présenter cette position en point de presse et j’en ai profité pour soumettre quelques questions à ceux, comme le Parti québécois (PQ) ou la Coalition avenir Québec (CAQ), qui estiment que notre capacité d’accueil est dépassée. Essentiellement, je leur ai demandé, si tel était le cas, quelles étaient leurs solutions. J’ai soumis quelques options.

D’abord, il est possible d’investir dans notre capacité d’accueil afin de la bonifier. Sinon, il est possible de viser un plan de réduction du nombre de temporaires sur cinq ans pour revenir à des niveaux préétablis. Finalement, tout en soutenant que je serais surpris que cela soit la position choisie, une autre option serait d’exiger le départ d’un certain nombre de résidents temporaires, tout en démontrant du même souffle comment cette proposition serait déraisonnable et peu envisageable. J’ai donc soumis ces scénarios afin que ceux qui exigent un meilleur contrôle de l’immigration nous expliquent de quelle manière ils suggèrent de procéder.

Or, M. Lisée et d’autres m’ont accusé de soulever le spectre des déportations massives et ont attaqué ma crédibilité sur tous les fronts. Évidemment, plutôt que nous expliquer quelles étaient leurs avenues pour régler maintenant une situation qu’ils jugent incontrôlable, ils ont préféré déformer mes propos.

M. Lisée prétend que l’immigration temporaire est toujours éphémère, mais rien n’est moins vrai aujourd’hui. Une importante part de l’immigration permanente provient des temporaires : prétendre le contraire relève de l’ignorance ou de l’aveuglement volontaire. En commission parlementaire, l’ensemble des acteurs économiques nous ont expliqué que ces travailleurs temporaires répondaient à des besoins permanents.

Il faut d’ailleurs admettre que nous sommes bien dépendants de nos médecins étrangers, de nos travailleurs agricoles, de nos étudiants en région, et plus encore. Je sais pertinemment que ces personnes posent une pression en matière de logements et d’accès aux services sociaux, notamment, mais je me permets aussi de rappeler qu’une grande partie d’entre eux ont reçu une autorisation émise par le gouvernement du Québec après vérification de la pénurie de main-d’oeuvre dans leur secteur.

J’ai été très clair sur le fait qu’il n’est pas acceptable d’avoir un système d’immigration qui compte sur plus de 470 000 résidents temporaires maintenus dans un statut précaire. Ce que je demande, c’est un débat posé sur la question avec des experts afin d’établir un plan de match. Aussi, ce que je demande, c’est que ceux qui prônent une réduction de l’immigration nous expliquent leur solution à court terme, sans éviter les questions difficiles et que l’on comprenne pleinement ce qu’ils proposent.

D’ici là, je continuerai de soulever ces incohérences, qu’il leur en plaise ou non.

Réplique du chroniqueur (intégrale)

Cher Guillaume Cliche-Rivard,

Vous aviez une belle occasion d’admettre que, dans le feu d’un point de presse que j’ai cité très exactement et que chacun peut aller lire sur le site de l’Assemblée nationale, vos paroles ont dépassé votre pensée lorsque vous avez évoqué le risque de « déportations massives ». Vous choisissez dans cette réplique de maintenir cette position honteuse. Elle ne vous grandit pas. Y a-t-il une règle imposée aux élus Solidaires par le Politburo interdisant d’admettre qu’il leur arrive, comme chacun d’entre nous simples mortels, de commettre des erreurs ?

Sur le fond, vous choisissez l’aveuglement sur la gravité de la situation sociale causée par une augmentation incontrôlée de l’immigration. Au sujet du logement, la Banque nationale nous informait hier qu’il n’est « pas surprenant que les constructeurs d’habitations ne parviennent pas à suivre cet afflux inattendu de nouveaux habitants dû à l’immigration et que, par conséquent, le déficit de l’offre de logements se soit aggravé pour atteindre le pire niveau jamais enregistré. » 

Vous affirmez que ceux qui veulent réduire le nombre d’immigrants doivent dire comment ils procéderont. Pourquoi pas ? C’est donc précisément ce que je décris dans mon texte: 1) en laissant partir ceux qui veulent repartir 2) en n’accordant pas de nouveaux permis aux futurs candidats.

N’appartient-il pas à celui qui introduit le concept de « déportation massive » de démontrer pouquoi il pense que cette issue est vraisemblable ? Vous ne le faites pas, parce que vous êtes incapable de le démontrer. Refusant d’admettre que c’est un dérapage, vous vous enfoncez. C’est dommage.

Vous rapportez des témoignages affirmant que des détenteurs de permis temporaires en santé ou en garderies occupent des postes permanents. Je n’en disconviens absolument pas. Mais vous semblez continuer à nier les enseignements de la science en immigration, résumée en avril 2022 dans le rapport de l’économiste Pierre Fortin: l’augmentation du nombre d’immigrants provoque une augmentation quasi identique de la demande de services, en santé ou en garderie comme ailleurs. C’est une spirale sans fin. En conséquence, une réduction du nombre d’immigrants réduira le nombre de postes nécessaires ou, en situation de plein emploi comme on la vit maintenant, réduira la pression excessive sur nos services.

Les économistes de la Banque nationale ont publié avant-hier ce tableau extrêmement éloquent de l’impact de l’immigration récente sur le logement, un sujet qui vous est cher, et avec raison, à QS:

Sauf pour en connaître la granularité, pour citer Fitz, le débat sur la capacité d’accueil est désormais donc derrière nous. Les chiffres sur le logement sont terrifiants. Nous avons dépassé le point critique. Libre à vous de continuer, pour des raisons de pure rectitude idéologique, de jouer à l’autruche.

Jean-François Lisée

Tous nos cris maritimes

Avez-vous remarqué qu’en France, ils « montent » dans une voiture, comme dans une calèche ou dans un train, alors qu’au Québec on y « embarque », comme dans, ben, une barque ? Le parler québécois est ainsi truffé d’expressions maritimes — les gréements des navires ont fait en sorte que tout chez nous est bien ou mal « gréé », y compris mâles et femelles. Bien plus que les cousins de l’Hexagone, on prend le large, car on a le vent dans les voiles à la moindre occasion. Quand on navigue en eaux troubles, notre capitaine doit saisir le gouvernail puisque nous sommes tous dans le même bateau. Il faut parfois jeter l’ancre pour éviter le naufrage économique, politique ou culturel.

Le symbole de la ville de Québec est d’ailleurs un majestueux bateau. La ville n’attend-elle qu’une bonne brise et une marée favorable pour larguer les amarres ? Où mettrait-elle le cap ? À l’envers de l’hiver, probablement, ainsi que l’a conseillé en chanson Charlebois à Jacques Cartier (l’explorateur, pas le pont).

Si j’aborde le sujet (« aborder », vous la comprenez ?), c’est qu’on a beaucoup utilisé des métaphores maritimes pour parler d’immigration ces derniers temps. Le projet canadien d’atteindre 100 millions d’habitants d’ici la fin du siècle provoquerait pour ainsi dire une inondation, une montée des eaux, une vague démographique, un tsunami linguistique tels que le Québec et sa différence en seraient engloutis.

L’usage de termes relatifs à l’eau dans notre discours politique est ancien. Dans un discours électoral en 1970, René Lévesque distinguait ainsi le rôle des deux ministères de l’Immigration : celui d’Ottawa, « pour lequel on paye » et qui a le droit de « continuer à nous noyer », et celui de Québec, créé « pour enregistrer la noyade » et qui ne fait que la gérer.

S’il affirmait cela aujourd’hui, il serait accusé de promouvoir la théorie du « grand remplacement », de susciter la haine et de relayer des thèmes d’extrême droite. N’ayez crainte : c’est exactement ce que ses détracteurs disaient de lui à l’époque, le « grand remplacement » en moins et les accusations de nazisme en plus.

Il n’était cependant pas le seul à user d’images aqueuses pour évoquer le destin des francophones. On a beaucoup retenu du discours de Pierre Elliott Trudeau au Congrès américain en 1977 l’envolée où il décrivait la possible indépendance du Québec comme « un crime contre l’histoire de l’humanité ». C’était mémorable, en effet. Mais dans ce même discours, il s’était engagé aussi à offrir « aux Canadiens parlant français » « leur plus solide garantie contre la submersion dans l’Amérique du Nord peuplée de 220 millions d’anglophones ». La submersion. Toi aussi, Pierre Elliott ?

Possédant une calculatrice, je me suis amusé à prévoir ce que donnerait un simple prolongement, d’ici 2100, de l’augmentation récente de la population canadienne. Réponse : 100 millions d’habitants. L’« Initiative du siècle » ne fait que défoncer une porte ouverte. Si on suivait plutôt l’objectif trudeauiste d’additionner un demi-million d’immigrés par année, on atteindrait 85 millions. Mais puisque l’an dernier un million de nouveaux venus se sont joints à nous, le prolongement de cet apport donnerait, au tournant du siècle, 115 millions de Canadiens.

Si j’étais Canadien — je veux dire de coeur —, j’en serais ravi. D’autant qu’Andrew Coyne, du Globe and Mail, a signalé que, selon les prévisions démographiques de l’ONU, un Canada de 100 millions d’habitants en 2100 équivaudrait à la population de la Russie et au quart de la population des États-Unis (plutôt que le neuvième). Il dépasserait aussi le Japon (74 millions), le Royaume-Uni (70 millions), l’Allemagne (69 millions), la France (61 millions) et l’Italie (37 millions). Le Canada serait le second pays du G7 en nombre d’habitants et, pourquoi pas, le deuxième en matière de puissance et d’influence. Cela, écrit Coyne, « a le potentiel d’être complètement transformationnel ». Les Canadiens talentueux et ambitieux, ajoute-t-il, « n’auraient plus à quitter le Canada à la recherche de la gloire : la gloire serait ici. Notre pays serait le genre d’endroit où viennent les meilleurs et les plus brillants plutôt que le lieu d’où ils viennent ».

Franchement, ça fait rêver. En anglais, évidemment. Car il est maintenant acquis que, malgré les assurances données par Trudeau aux Américains en 1977, la submersion des francophones s’est poursuivie, à l’ouest du Québec, à un rythme de 50 % d’assimilation par génération (10 % en Acadie). Il est acquis aussi que, même avec ce que Coyne décrit comme « 50 ans d’insanités linguistiques » au Québec, le français y est toujours en eaux troubles, la marée anglo-américaine ne descendant jamais.

Si on devait mettre à l’eau une « Initiative du siècle » québécoise, sa boussole ne viserait pas les grands nombres, mais la grande originalité. Pas une île francophone isolée en Amérique, mais un grand port battant le pavillon de la langue française et ouvert aux échanges. À ceux et celles qui prétendent que nos métaphores océaniques sont exagérées, font trop de vagues et éclaboussent des matelots qui n’y sont pour rien, à ceux et celles dont nos cris maritimes atteignent la fenêtre et arrachent l’oreille, je réponds que notre navire ne peut simplement pas accueillir tous les marins du monde. Nous devons choisir avec sagesse ceux qui peuvent le mieux s’amarrer à nos quais.

La diversité est un trésor à explorer et chaque navire qui accoste nos rivages apporte de nouvelles richesses, mais la sage régulation du flot de l’immigration est une indispensable bouée de sauvetage.

(Ce texte a d’abord été publié dans Le Devoir.)

Dire « Basta ! » à Roxham (intégral)

de Ygreck du Journal de Mtl, toujours excellent !

Mettons les choses au clair. Si vous ou moi étions Haïtiens, Cubains, Guatémaltèques, entre plusieurs autres, nous remuerions ciel et terre, vendrions tous nos biens, nous endetterions jusqu’aux yeux pour arriver en territoire états-unien, prendre la route qui mène au chemin Roxham et tenter notre chance d’avoir, pour nous et nos enfants, une vie immensément meilleure au Canada.

Les informations circulent vite dans les milieux de l’immigration des pays du Sud. Il y a six ans ce mois-ci, Justin Trudeau a lancé son gazouillis annonçant « À ceux qui fuient la persécution, la terreur et la guerre, sachez que le Canada vous accueillera ». La version anglaise a récolté pas moins de 600 000 mentions « J’aime ».

Dans un premier temps, paniqué par l’afflux de demandes, Ottawa a annoncé que plus de 90 % de ces demandeurs finiraient par être renvoyés, car ne satisfaisant pas aux critères de l’asile. Plus récemment, un nouveau bilan faisait état de 50 % de refus. On sait cependant que pas moins de 35 000 personnes sont disparues dans la nature et préfèrent vivre sans papiers au Québec et au Canada plutôt que d’être reconduites dans leur pays d’origine. Vous et moi ferions pareil. D’autant qu’Ottawa prévoit régulariser sous peu la situation d’un demi-million d’entre elles.

Voyez, vos (nos) chances de succès sont passées de 10 % à 50 % à potentiellement 100 %. Venir au chemin Roxham, c’est le bon choix.

J’ai toujours sur les questions d’immigration été très clair. La société d’accueil doit poser ses conditions au point d’entrée. Elles doivent être précises, compréhensibles, prévisibles. Le contrat social entre nous et les futurs membres de notre société s’incarne là, dans la décision du migrant d’accepter ces conditions. Une fois ce pas franchi, notre attitude doit être d’une totale ouverture.

C’est pourquoi, ministre, j’ai appuyé les milliers de réfugiés du tremblement de terre haïtien qu’Ottawa menaçait d’expulser ; chef du PQ, j’ai dénoncé pendant la campagne de 2018 l’absurde projet de la Coalition avenir Québec (CAQ) de faire reconduire à la frontière les immigrants qui, trois ans après leur arrivée, échoueraient à des tests de valeurs ou de français ; commentateur, j’ai réclamé que tous les réfugiés et demandeurs d’asile ayant soutenu la santé et l’économie québécoises pendant la pandémie, sans exception, se voient accorder un certificat de sélection du Québec, ce que la CAQ a honteusement refusé de faire.

J’ai aussi insisté pour qu’une connaissance du français au point d’entrée soit indispensable pour les immigrants en règle, mais que le niveau de français soit modulé en fonction de l’emploi visé. (Des exemples navrants de rigidité sont bien exposés dans le documentaire Essentiels, sur Télé-Québec.)

Le refus canadien d’agir

Que faire avec Roxham ? On sait exactement quoi, et depuis le début. Ottawa n’avait qu’à utiliser la clause qui suspend notre accord avec les États-Unis pour faire en sorte que tous les demandeurs d’asile se présentent à un poste-frontière régulier. S’il ne souhaitait pas froisser les Américains, il aurait suffi de modifier la loi fédérale sur l’immigration pour appliquer à Roxham les termes de l’entente. Par conséquent, immédiatement, les agents auraient pu y refuser sur-le-champ les demandes d’asile qu’ils jugeaient non fondées, donc la moitié.

Savez-vous que des milliers de demandeurs sont acceptés à Lacolle ou ailleurs, s’ils font la démonstration qu’ils sont en danger et qu’ils ont de la famille au Canada ? C’est le cas de beaucoup d’Haïtiens. Mais certains préfèrent passer par Roxham car, à Lacolle, un douanier peut leur opposer un refus final. Par Roxham, puisqu’ils entrent en territoire canadien, ils ont droit de faire appel après un premier refus.

On nous annonce que la renégociation de l’entente avec les États-Unis ne sera pas finalisée lors de la venue de Joe Biden en mars et qu’il faudra attendre que le Congrès américain adopte un changement législatif, ce qui est ces jours-ci aussi facile que d’apprendre la nage synchronisée à un essaim de mouches noires.

La nouvelle ministre de l’Immigration du Québec, Christine Fréchette, a dit « basta ! » (un vocable emprunté à l’italien qui veut dire « ça suffit ! »). Oui, mais comment cette injonction se traduira-t-elle dans les faits, lorsque le flot, passé de 16 000 en 2017 à 39 000 l’an dernier, atteindra 50 000 cette année, 60 000 l’an prochain ?

Au sujet de l’attitude de Justin Trudeau dans ce dossier, on ne peux dire mieux que le journaliste et analyste Paul Wells: « Si 99 % des demandeurs d’asile traversaient la frontière à moins d’une heure de route de Toronto ou de Vancouver, cette question retiendrait beaucoup plus l’attention du gouvernement de Justin Trudeau. Heureusement pour sa tranquillité d’esprit, Montréal n’est pas un vrai endroit pour la plupart de ses conseillers politiques. »

Les options

Je ne connais que deux options aptes à forcer la main d’Ottawa. Certains proposent d’envoyer la Sûreté du Québec. Elle ne pourrait pas bloquer la frontière, qui relève du fédéral, mais la route, de compétence québécoise, derrière les installations fédérales d’accueil. Ce qui signifierait que les agents fédéraux continueraient de recevoir les migrants, mais ne pourraient les faire sortir de leur enclave, forçant Ottawa à renvoyer les candidats vers Lacolle. Je suis opposé à cette hypothèse, angoissante pour les migrants et politiquement intenable, car — visualisez une barricade de policiers québécois bloquant l’accès à des fonctionnaires fédéraux — d’un coût réputationnel énorme.

L’autre solution est de réclamer d’Ottawa qu’il laisse au Québec sa juste part de ces réfugiés, soit 20 %, notre poids démographique, et qu’il se charge de répartir les autres dans le reste du pays. Sinon, le Québec le fera pour lui. En fait, Ottawa a commencé à opérer ce déplacement l’an dernier, pour environ 10 % des demandeurs. Mais il le fait de façon aléatoire et franchement indélicate, débarquant chez des migrants sans prévenir pour les conduire en Ontario. Je propose que cette démarche soit transparente et prévisible.

Lors d’un débat assez vif que j’ai eu avec mon collègue Tom Mulcair sur Qub Radio, nous avons évoqué une hypothèse où les demandeurs d’asile exprimeraient, au point d’entrée, une préférence de destination: le Québec, l’Ontario, les Maritimes, l’Ouest ? Notons que dans le cas des réfugiés syriens, Ottawa décidait unilatéralement comment les répartir dans le pays, sans les consulter. Mais ce serait déjà un énorme progrès.

André Sirois, ancien conseiller juridique à la Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada, m’écrit ceci à sujet ceci:

Il faudrait peut-être ajouter à ce débat qu’il y a des années –depuis au moins 1979 sauf erreur– qu’Immigration Canada s’applique à disperser les nouveaux immigrants à travers tout le Canada. En dispersant les illégaux du chemin Roxham Immigration Canada ne ferait que continuer l’application d’une politique déjà ancienne. et bien acceptée 

Je propose de toutes façons de donner un ultimatum à Ottawa de procéder à une juste répartition, sinon le Québec prendrait en charge dès leur arrivée les francophones et les personnes qui ont de la famille immédiate au Québec, donc ceux pour qui le succès d’intégration est le plus élevé, mais reconduirait quotidiennement les autres à Ottawa ou à un lieu qui nous serait indiqué. Le second contingent en importance est formé de Nigérians, des anglophones, qui trouveront dans le ROC de meilleures conditions d’intégration. 

J’ajoute pour ceux qui s’indigne qu’on fasse une sélection linguistique que ce tri est effectué pour les immigrants réguliers, qui doivent démontrer une connaissance du français dans leur processus, qu’il pourrait l’être, si le Québec le décidait, pour les immigrants temporaires. On ne voit pas pourquoi il serait interdit pour les demandeurs d’asile.

J’ai été évidemment traité de tous les noms pour avoir formulé cette proposition. Un autrement estimable chroniqueur de La Presse, Yves Boisvert, l’a déclarée « abjecte ». Il n’avait pourtant pas jugé bon d’exprimer ce dégoût envers la pratique fédérale. Je lui ai demandé si, les services d’accueil montréalais étant débordés, il trouverait abject qu’on les déplace par bus à Québec, qui  est plus loin encore, ou s’il craignait spécifiquement que l’Ontario les maltraite. J’attends la réponse.

S’il existe d’autres options réalistes, je suis tout ouïe.

Une exigence de lucidité

Cette solution ne tarirait pas le flot. Seules les mesures légales fédérales précitées permettraient de le réduire de moitié. Le Québec aurait à vue de nez recueilli l’an dernier 10 000 de ces demandeurs irréguliers, donc quatre fois moins. Ce nombre pourrait doubler en quelques années, mais, au moins, ce serait gérable.

Finalement, il y a la question de savoir si, en cas de suspension de l’entente canado-américaine par Ottawa, les candidats sachant que la moitié d’entre eux seront interdits d’entrée ne franchiront pas la frontière ailleurs. Un certain nombre, oui. Le mal est fait, les passeurs sont installés, ils ont intérêt à ce que ça dure. Cependant le nombre serait réduit. Les migrants qui se sont présentés ces derniers mois avec leurs valises et leurs poussettes n’acceptent de faire le trajet que parce qu’ils savent que le passage est facile, l’accueil garanti, le repas chaud à distance de marche, un toit assuré dès le premier soir. Le calcul serait complètement différent s’il s’agissait de traverser forêts ou champs, sachant que personne ne vous attend de l’autre côté.

Je sais que des lecteurs estimeront qu’il ne faut pas évoquer ces hypothèses. Ils ont raison d’estimer que chacun de ces migrants a une histoire, un espoir, une valeur humaine irréductible. Mais puisque les frontières existent, il faut les gérer. Ce qui signifie dire parfois oui, parfois non. Et ces réponses ont, sur chaque migrant, des conséquences pour toute une vie.

La lucidité exige que ces questions soient posées, puisque Justin Trudeau refuse d’agir depuis six ans. J’estime que le Québec doit dire « basta ! » à l’intenable statu quo canadien à Roxham et prendre les moyens pour opérer un vrai changement. J’estime tout aussi essentiel qu’une fois parmi nous, chacune des personnes que nous accueillons obtienne immédiatement ce premier passeport pour la dignité qu’est le droit de travailler — et pour les travailleurs agricoles, qu’ils puissent changer d’employeur à leur gré. Qu’on leur offre ensuite une passerelle rapide vers un statut de résident permanent sans leur faire subir la tartufferie d’examiner leur demande d’asile, d’en refuser la moitié, de les pousser à la clandestinité, puis de les régulariser dans une amnistie.

Bref, soyons fermes et rigoureux au point d’entrée, et mettons tout en oeuvre, ensuite, pour que ceux qui nous choisissent et qu’on a choisis obtiennent le droit, et développent l’envie, de devenir pleinement Québécois.

(Une version plus courte de ce texte a été publiée dans Le Devoir.)

Non-assistance à langue en danger

Ce qui est bien avec les historiens du futur, c’est qu’on peut leur faire dire ce qu’on veut. Alors je m’y mets : pour les historiens du futur, les élections québécoises de 2022 furent décisives. Le 3 octobre, il fut décidé de laisser le français décliner irrémédiablement.

J’en imagine aisément un dire ceci, tiens : « La revue des plateformes et des discours des partis de la campagne de 2022 offre un puissant paradoxe. Alors que Statistique Canada venait de confirmer, en août, une tendance lourde de déclin du français, les politiques proposées par quatre des cinq principaux partis ne pouvaient qu’accélérer cette tendance. Tout s’est déroulé comme si l’essentiel de la classe politique, y compris le parti le plus susceptible de reprendre le pouvoir, refusait non seulement de prendre à bras-le-corps l’enjeu qui aurait dû être le plus important pour la nation — sa survie linguistique dans sa métropole —, mais rivalisait d’ingéniosité pour alimenter les conditions du recul de la langue. »

Le démographe Guillaume Marois a intégré les seuils d’immigration promis par les différents partis dans le modèle du Laboratoire de simulations démographiques de l’INRS. Cela lui permet d’en prévoir les effets sur le Québec et la grande région de Montréal.

Résultat : si on choisit les 50 000 immigrants par an de la CAQ ou du Parti conservateur, la proportion de francophones dans les 82villes de la région de Montréal passerait de 65 % en 2021 à 59 % en 2061. Les 70 000 du PLQ et les 80 000 de Québec solidaire feraient chuter cette proportion jusqu’à 57 %. Les chiffres des 20 dernières années attestent que le déclin est plus rapide sur l’île que dans la région. En appliquant cette règle, on peut estimer que les francophones de l’île, actuellement à 48,2 %, ne seront dans 40 ans, avec les scénarios PLQ/QS, plus que 40,7 %.

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Or, ces simulations sont outrageusement optimistes, car fondées, on le sait désormais, sur des chiffres d’immigration bien en deçà de la réalité. Au 31 décembre de l’an dernier, 177 000 immigrants temporaires, non comptabilisés dans les seuils, étaient parmi nous. Et entre le 1er janvier et le 1er juin de l’année en cours, 100 000 personnes se sont installées au Québec, soit le double du seuil prévu pour l’année entière.

François Legault a beau brandir la proportion de locuteurs du français parmi les immigrants permanents économiques qu’il sélectionne et rejeter du revers de la main l’impact des autres, affirmant que « ce sont des temporaires », le fait est que sont entrées au Québec depuis trois ans, massivement à Montréal, au moins 120 000 personnes ne parlant pas français et qu’il ne propose rien, absolument rien, pour endiguer le flot, constamment renouvelé et en forte augmentation, de temporaires.

Le déni, un choix

Face à cette réalité, le déni ne peut être une erreur. Il est un choix. Tous les chefs de parti ont pu lire les données de Statistique Canada et les rapports de Pierre Fortin et Marc Termote selon lesquels le Québec a perdu le contrôle de son immigration. Dans un moment de franchise, François Legault a même indiqué : « À 50 000, il y a un déclin. Donc, si on fait la même recette, on va avoir le même gâteau. »

Comment ces partis justifient-ils de maintenir ou d’accélérer la course du bolide francophone vers le mur ? En faisant une impasse coupable sur le phénomène des temporaires et en utilisant pour le reste des arguments auxquels ils ne peuvent croire sérieusement, ou du moins qu’ils devraient savoir extrêmement risqués.

Le premier est la promesse de régionalisation. Les futurs immigrants — dans le cas de QS, ils entraîneraient une augmentation de 10 % de la population québécoise en 10 ans — seraient pour la première fois de notre histoire massivement implantés en région. Vous avez entendu la CAQ annoncer vouloir « faire de Québec le deuxième pôle d’attractivité pour l’immigration » ?

Que disait le plan stratégique du ministère de l’Immigration en 2001, il y a 21 ans ? Je cite : « Faire de la région de la Capitale-Nationale le deuxième pôle d’attraction des immigrants ». Certes, des mesures supplémentaires d’incitation sont proposées, mais après 50 ans d’échec de la régionalisation, comment peut-on sérieusement s’y fier, lorsque l’avenir de la langue est en jeu ?

Puis il y a le mirage de la francisation. La vérificatrice générale nous dit que c’est un échec. Le taux d’inscription est trop bas. Le taux de rétention est trop bas. Le taux de succès est trop bas. Libéraux et solidaires clament : on n’a qu’à augmenter les budgets ! Cela a été essayé, voyez-vous. Entre 2013 et 2021, ces budgets ont grimpé de 250 %, selon les livres des crédits annuels du ministère de l’Immigration.

Il n’existe qu’un indicateur fiable de l’incidence de cette hausse : le recensement. Malgré cette injection de fonds : 1. la proportion des résidents du Québec qui affirment parler français a chuté de 0,8 point, une première en 30 ans ; 2. la proportion des résidents de l’île de Montréal qui ne parlent que l’anglais est passée de 10 % en 2016 à 12 % en 2021,d’après les calculs du chercheur et essayiste Frédéric Lacroix ; 3. pour la première fois depuis les années 1970, la proportion des allophones qui adoptent le français à la maison a chuté ; et 4. l’assimilation de francophones à l’anglais dépasse désormais la totalité des assimilations au français.

La dynamique du déclin est simple. Une anecdote très courante chez nos concitoyens anglos l’illustre bien. Un client anglo s’adresse à un commerçant en français. Après quelques phrases, les deux se rendent compte qu’ils sont anglos, s’esclaffent et passent à l’anglais. Normal. Plus le français régresse, plus ce comportement se généralise. Voici ce qu’écrit Marc Termote dans son rapport du printemps : « Dans la région de Montréal, on observe et continuera à observer un écartèlement croissant entre le français de moins en moins utilisé “à la maison” et le français resté plus ou moins majoritaire dans l’espace public. Peut-on concevoir une société soumise durablement à un tel comportement quasi schizophrénique ? Comment réagiront les immigrants (et les anglophones) lorsqu’ils constateront que le français est minoritaire, ce qui est sur le point d’advenir sur l’île de Montréal (et le sera dans une ou deux générations dans l’ensemble de la région métropolitaine) […] ? »

Ils réagiront en passant à une autre langue commune, celle de la culture de masse, de l’argent et du continent, l’anglais. Comment le leur reprocher ? Puisque les Québécois auront décidé, aux urnes en 2022, de laisser tomber leur langue, pourquoi les non-francophones, eux, devraient-ils mener un combat qui n’est pas le leur ?

En France, il existe l’infraction pénale de « non-assistance à personne en danger », punissable de cinq ans d’emprisonnement. Au Québec, caquistes, libéraux, solidaires et conservateurs pratiquent la non-assistance à langue en danger. Ils devraient subir une lourde sanction aux urnes, le 3 octobre. Sinon, c’est le français qui sera puni.

(Ce teste a d’abord été publié dans Le Devoir.)

Les accros

Le tollé est assourdissant. Il vient de chaque recoin de la province. Du coeur de la métropole jusqu’au village le plus éloigné. Le boulanger est aux abois. L’usine est en panique. L’hôpital et l’école sont en manque. Les économistes clament que « les entreprises font face à une pénurie sévère et qui s’aggrave ». Il s’agit de « la plus grande menace économique » qui puisse nous guetter. La chambre de commerce connaît le remède : « Il faut “booster” l’immigration ! »

Vous connaissez cette rengaine ? Elle n’est pas d’ici. Ces cris d’alarme viennent tous de l’Ontario, l’endroit en Occident où l’immigration est la plus importante. Depuis 2016, hors pandémie, nos voisins ont accueilli chaque année 175 000 immigrants. Puisque la population québécoise équivaut à 60 % de l’ontarienne, il nous faudrait pour suivre le rythme recevoir plus de 100 000 immigrants par an.

Mais là n’est pas mon propos. J’ai plutôt une question. Pourquoi les 1 250 000 immigrants arrivés en Ontario depuis 2011 n’ont-ils pas pourvu tous les postes de boulanger, de soudeur, d’infirmière et de professeur vacants ? C’est quand même bizarre. Combien en faudrait-il pour résoudre cette satanée pénurie ? Le double ? Le triple ?

Une gigantesque fumisterie

Présenter l’immigration comme un remède à la pénurie de main-d’oeuvre est une gigantesque fumisterie. L’économiste Pierre Fortin dit la chose plus poliment que moi dans le rapport qu’il a produit pour le gouvernement québécois au printemps : « L’idée […] que l’immigration peut résoudre les pénuries parce qu’elle accroît la population en âge de travailler n’est rien d’autre qu’un gros sophisme de composition ; cette idée est basée sur une logique incomplète qui “oublie” de tenir compte que l’immigration finit par faire augmenter la demande de main-d’oeuvre et non seulement l’offre de main-d’oeuvre ; et elle est aussi contredite par une analyse statistique fine du comportement des régions du Canada de 2015 à 2021 et par certains exemples concrets des dernières années. »

Fortin a procédé, pour ce rapport, à une nouvelle revue de la littérature scientifique. L’immigration lutte-t-elle efficacement contre le vieillissement ? « Cet espoir est contredit par la littérature de recherche, qui a clairement démontré que l’effet de l’immigration sur le rapport de dépendance des personnes âgées est très petit. » L’âge moyen des immigrants est trop élevé pour inverser la tendance. L’immigration nous enrichit-elle, économiquement ? Elle fait grossir l’économie en soi, mais, écrit Fortin, « il n’existe aucune preuve scientifique que la croissance du niveau de vie des Canadiens réagirait positivement (ou négativement) à une expansion accélérée de l’immigration et de la population ; ce résultat est confirmé par les synthèses disponibles de la littérature de recherche et par une analyse statistique simple effectuée pour la présente étude ».

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Une surenchère électorale

Puisque tel est l’état de la science, pourquoi sommes-nous encore aux prises avec une surenchère électorale à ce sujet ? François Legault et Éric Duhaime en veulent 50 000 par an, affirmant qu’il s’agit là de la capacité d’intégration du Québec, une affirmation qui s’appuie sur exactement zéro étude (comme, d’ailleurs, leur certitude de la nécessité d’un troisième lien). Dominique Anglade en veut 70 000 par an la première année, puis autant que les entreprises en région en voudront. Québec solidaire et le Conseil du patronat — même combat ! — en veulent 80 000 par an.

Il n’y a évidemment aucun doute que l’entreprise, individuelle, souhaite son boulanger et son soudeur. Aucun doute que le patronat est exaspéré par le nouveau pouvoir de négociation des salariés : la pénurie de main-d’oeuvre oblige les employeurs à les traiter, et à les payer, convenablement. Pour certains, l’adaptation est difficile.

Mais comment expliquer l’incapacité de comprendre que les immigrants créent autant d’offres que de demandes d’emploi, que c’est un cycle dont on ne peut sortir ? Et puisqu’il est, malgré tous les obstacles administratifs, tout de même plus rapide de faire entrer des immigrants que de construire les hôpitaux, les écoles et les logements supplémentaires dont ils ont besoin, le genre d’avenir démographique qu’on nous propose fragilisera nécessairement nos systèmes de santé et d’éducation et creusera la pénurie de logements.

La meilleure explication nous est soufflée par une excellente communicatrice de Québec, Catherine Dorion. « Dans le fond, a-t-elle dit à un autre sujet, c’est un peu comme une ligne de coke, le monde se dit : “Ah, tiens ! Je vais prendre ça, je vais être moins saoul, je vais avoir de l’énergie.” Sauf qu’une heure après, qu’est-ce qui arrive ? Il te faut une autre ligne de coke. »

La députée solidaire parlait du troisième lien et de l’ajout d’une autoroute supplémentaire devant soulager les bouchons de circulation. Au début, ça marche. Comme une ligne de coke. Mais peu après, les automobilistes, attirés par la nouvelle voie, sont encore plus nombreux qu’avant. Ils ont besoin d’une nouvelle dose. Exactement comme pour les seuils d’immigration.

Ceux qui veulent avoir une idée de ce que donnerait dans 10 ans l’application des programmes d’immigration des partis (autres que celui du PQ, qui veut revenir aux 35 000 par an de l’ère pré-Charest) n’ont qu’à faire un petit tour en Ontario. Ils verront que rien n’est réglé — ou plutôt que les choses sont aussi, sinon plus, déréglées qu’ici, surtout en habitation et en logement. Et qu’on y entend les mêmes balivernes sur la nécessité de prendre une dose encore plus forte d’immigration.

Finalement, j’y pense. J’ai intitulé cette chronique « Les accros ». Peut-être aurais-je dû l’appeler « Les pushers ».

(Ce texte fut d’abord publié dans Le Devoir.)


Mettez de l’histoire dans vos oreilles !

Fichiers audios

Le Louisianisateur

L’heure est grave. François Legault pointe un doigt accusateur vers un gouvernement qui, par son insondable incurie, met en cause la « survie de la nation ».

Les chiffres sont incontestables. En trois ans, le coupable a déroulé le tapis rouge à 90 000 unilingues anglophones, massivement regroupés à Montréal, et à 30 000 autres qui ne connaissent rien à la langue de Vigneault. Il est grand temps de nommer le responsable : le gouvernement de François Legault.

On aura beau chercher dans les mandats de Philippe Couillard, Jean Charest, Robert Bourassa, on ne trouvera nulle part, avant la CAQ, un gouvernement qui en a fait autant, avec l’immigration, pour affaiblir le français et angliciser Montréal. S’il y a un louisianisateur au Québec, c’est François Legault. Et encore : on n’a pas encore les chiffres de 2022 et, sans la pandémie, c’eût été pire encore.

On pourrait parler de pompier pyromane si François Legault tentait aujourd’hui d’éteindre ce feu de forêt linguistique. Il n’en est rien. Alors que le sinistre, majeur, se trouve dans l’afflux d’immigrants temporaires dont la présence est constante et croissante, Legault n’agite son boyau que vers le petit feu de broussaille de la réunification familiale. Une fois soustraits les mineurs et les retraités, on ne trouve, là, que 3000 adultes non francophones par an.

La question de l’immigration est compliquée. L’indulgence doit-elle nous conduire à excuser l’incompétence du premier ministre en la matière ? Pendant la campagne de 2018, incapable de répondre à des questions simples au sujet de l’immigration dont il avait fait son thème phare, il admit ne pas être « un génie en herbe ». Il a eu quatre ans pour se mettre à niveau. Il ne l’a pas fait.

D’autant qu’avant ses déclarations de dimanche dernier, il avait à sa disposition les documents les plus à jour qu’on puisse espérer : les rapports que l’économiste Pierre Fortin et le démographe Marc Termote ont produits pour son gouvernement et qui braquent les projecteurs sur le dérapage linguistique opéré par l’afflux de temporaires non francophones.

Ils ne mâchent pas leurs mots. L’accélération fulgurante, voulue par Ottawa et permise par Québec, provoque chez nous « la perte de contrôle de sa politique d’immigration permanente », dit Fortin, et « le risque d’un recul important de la francisation de sa population immigrante ». Termote renchérit : « Pour que l’immigration temporaire ne contribue pas à fragiliser la présence du français, aussi bien dans l’espace public que dans l’espace privé, il faudrait que le pourcentage de francophones parmi ces immigrants soit au moins égal au pourcentage de francophones dans la population d’accueil ». Un tel constat, conclut-il, « devrait suffire à justifier une intervention croissante du Québec dans la gestion de cette immigration ».

Mais Fortin décrit un ministère de l’Immigration « submergé par un tsunami d’immigrants temporaires » — 177 000 l’an dernier — sur lesquels « le ministère n’exerce qu’un contrôle timide ». Comme Termote, il note que le gouvernement québécois détient, en ce moment, le pouvoir de limiter leur nombre ou d’exiger qu’ils aient une connaissance préalable du français. Un pouvoir qui existe dans l’entente Québec-Canada, confirment au Devoir le négociateur québécois de l’entente, Louis Bernard, et l’ex-responsable de la planification au ministère de l’Immigration, Anne Michèle Meggs.

Pourquoi ne le fait-il pas ? Fortin tente une explication : « Le gouvernement, écrit-il, craint sans doute les accusations d’irréalisme et de cruauté » de la part des cégeps et universités anglophones et des employeurs qui utilisent ces programmes comme des bars ouverts. Bizarre, car la mère patrie de l’anglophonie, le Royaume-Uni, n’hésite pas, elle, à exiger une connaissance préalable de l’anglais à ses futurs immigrants, y compris temporaires. Cruelle Albion !

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Non seulement cette gestion a été inexistante depuis l’arrivée au pouvoir de la CAQ, mais son premier document de planification, de 2019, se donnait l’objectif d’augmenter de 15 % le nombre de ces temporaires. Ce qu’Ottawa a fait, et bien au-delà, avec plaisir.

Cette réalité, autrement plus grave que la question de la réunification familiale, nous oblige à poser une question grave. Si quelqu’un, au pouvoir, souhaitait que se poursuive sans interruption l’arrivée de tous ces temporaires qui anglicisent Montréal, que ferait-il ? D’abord, il gouvernerait pendant quatre ans sans jamais réguler ce flot. Ensuite, il ferait une fixation sur un objectif secondaire, sans grand impact — la réunification des familles — pour lequel il ne peut agir seul. Surtout, il ferait mine de ne rien pouvoir faire sans obtenir des pouvoirs que, c’est certain, il n’obtiendra jamais dans le cadre canadien. Tout cela en feignant d’être très préoccupé par la survie linguistique de son peuple.

Je suppose que si François Legault lit ces lignes, il s’indignera que je lui fasse un tel procès d’intention. C’est que la distance qui sépare ses discours de ses actions en immigration impose la plus grande sévérité, à l’heure où il demande aux Québécois un aller simple vers un cul-de-sac.

Sur le fond, où va-t-on ? « Dans la région de Montréal, on observe, et on continuera à observer un écartèlement croissant entre un français de moins en moins utilisé à la maison et le français resté plus ou moins majoritaire dans l’espace public, écrit Termote. Peut-on concevoir une société durablement soumise à un tel comportement quasi schizophrénique ? Comment réagiront les immigrants, et les anglophones, lorsqu’ils constateront que le français est minoritaire, ce qui est sur le point d’advenir sur l’île de Montréal et qui le sera dans une ou deux générations dans l’ensemble de la région métropolitaine ? »

Comment ils réagiront ? En faisant de l’anglais la langue commune, tout simplement. Et en remerciant celui qui a rendu la chose possible : François Legault.

(Ce texte fut d’abord publié dans Le Devoir.)

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Le français, langue gruyère (intégral)

Un groupe de salariés de Lachine se lance à l’assaut de la multinationale Amazon. Ils souhaitent faire de l’entrepôt local le second établissement syndiqué de la pieuvre amazonienne sur le continent. On applaudit des deux mains à leur détermination et à leur courage, sachant l’acharnement avec lequel Jeff Bezos et ses sbires se battent contre les tentatives d’organisation ouvrières.

Le combat des syndicalistes de Lachine est d’autant exemplaire qu’il est initié par une dizaine d’immigrants récents,  appuyés par la CSN. Les travailleurs de l’entrepôt sont massivement issus de l’immigration et des communautés culturelles. Une personne impliquée dans ce mouvement nous apprend que la dynamique linguistique au sein de l’entrepôt est particulière. « Quand les patrons veulent se parler entre eux et ne pas se faire comprendre des employés, ils parlent français. » Ah bon ? « Oui, les cadres sont des petits blancs francophones de 28 ans qui sortent  de leurs cours d’administration, mais la langue de travail sur le plancher est l’anglais car sociologiquement, énormément d’employés ne maîtrisent pas le français » nous apprend cette source, abasourdi par ce retournement de situation linguistique. Le journaliste de Quebecor Dominique Cambron-Goulet, qui a travaillé dans l’entreprise en 2020, nous confie que l’anglais est même la langue de communication des récents immigrés latino-américains, pourtant francotropes. Il ajoute que ses supérieurs maghrébins, qui eux, parlaient bien le français, insistaient pour qu’il utilise sur son ordinateur la version anglophone du logiciel d’Amazon, tant il n’était pas familier avec les options de sa version française.

Près d’un demi-siècle après l’adoption de la Charte de la langue française, on n’arrête pas de s’étonner de la difficulté de faire du français la langue commune au Québec. Pas une semaine ne passe sans qu’une anecdote fasse ressurgir dans l’espace public une vérité désagréable : un refus plus ou moins assumé, plus ou moins militant, du français.

Le message vient d’en haut – du président d’Air Canada, du Conseil d’Administration du CN, du choix de la gouverneure générale du Canada – il vient aussi d’en bas – des serveuses du Tim Horton sis devant le Théâtre du Nouveau Monde, refusant à Serge Denoncourt un café dans sa langue, du personnel de santé du grand hôpital de l’Est de Montréal, HMR, n’offrant des services qu’en anglais à un proche du député de Rosemont.

L’association militante MÉDAC a tenté de convaincre les assemblées d’actionnaires de grandes entreprises québécoises d’indiquer dans leurs statuts et règlements que le français était leur langue officielle et commune.  À la Banque Nationale et à la Laurentienne, chez Métro et à CGI, tous les CA ont recommandé de voter contre la proposition, estimant que les dispositions légales étaient suffisantes et qu’il ne fallait pas en rajouter. Dans chaque cas la Caisse de dépôt et de placement a également voté contre. Les votes Oui n’ont nulle part dépassé les 2%.

Apprendre le français ? Un « génocide culturel » !

Jusqu’au directeur-général du Conseil en éducation des Premières nations, Denis Gros-Louis, qui dénonce dans L’actualité « l’approche coloniale » du Québec envers les jeunes autochtones qui ont l’anglais comme langue seconde. Ils ont certes le droit de fréquenter un Cégep anglophone. Mais Québec leur envoie un « mauvais message » selon lui, « qu’ils doivent s’assimiler s’ils veulent réussir ». Pourquoi ? Parce que  comme leurs camarades de classe, ils devront réussir des cours de français. Au Québec. En 2022. Une honte !

Il frappe plus fort encore en anglais affirmant que c’est un « génocide culturel ». Voici ce qu’il dit à la CBC:

Forcing Indigenous students whose third language is French to take five French courses in English CEGEPs amounts to « cultural genocide, » said the head of the First Nations Education Council of Quebec. 

Denis Gros-Louis and other Indigenous leaders say that having to succeed in so many French courses could significantly bring those students’ averages down, impeding their chances of graduating and securing the university education of their choice.

Requests over the past six months to meet with French Language Minister Simon Jolin-Barrette about the issue have been denied, Gros-Louis said. 

« I see it as cultural genocide because it says to our students: ‘If you want to graduate, if you want to go to university … well, force yourself to become a good French-speaking Québécois and forget your roots,' » Gros-Louis said.

Que fait le gouvernement ? On sait ce que fait celui qui siège à Ottawa : il augmente massivement le nombre de permis d’immigration temporaire qui échappe à tout contrôle québécois et utilise un logiciel qui, étrangement, bloque 80% les demandes de visas d’étudiants africains francophones. On l’a déjà écrit ici, la combinaison de l’inaction linguistique de Québec et de l’action linguistique d’Ottawa en immigration a fait entrer à Montréal, avant la pandémie,  63 000 unilingues anglophones. Un rythme qui devrait désormais s’accentuer, compte tenu des ambitions fédérales. Normal qu’on en trouve dans les Tim Horton.

Avant de devenir premier ministre, François Legault se plaignait qu’on insistait trop sur la connaissance du français dans la sélection des immigrants. Aurait-il enfin vu la lumière ? Son ministre Jean Boulet a attendu la fin du mandat pour s’ouvrir à cette réalité : « si on veut protéger le français, assurer sa pérennité, c’est fondamental qu’on ait une immigration francophone ». Sur son élan, il enfonce cette autre porte ouverte  « Avec l’immigration francophone, c’est plus efficace que seulement les services de francisation ». Sa détermination nouvelle l’entraîne à frapper un grand coup. Faire de la connaissance préalable de la langue nationale une condition éliminatoire pour les futurs immigrants, comme le fait le Royaume-Uni ? Non. Il commande un rapport.

Connaître le français, sans l’utiliser

S’assurer que les nouveaux arrivants et les membres québécois des minorités linguistiques connaissent le français serait un bon début, certes. On apprenait récemment qu’on avait tous erré en croyant que l’éducation offerte aux anglophones les rendait bilingues à la fin du secondaire. Nuance, ils sont légalement « réputés » bilingues.  Une réputation surfaite, car 35% des meilleurs d’entre eux, devenus cégépiens, échoueraient à suivre un cours en français. Notez aussi qu’une fois passé le diplôme secondaire, personne ne demande à un professionnel de la santé anglophone de prouver qu’il peut soigner quelqu’un en français. Une lacune que la loi 96 prétend combler, via les offices professionnels, rétives. Ne retenons pas notre souffle.

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J’ai demandé à Statistique Canada de m’indiquer le taux de non-bilinguisme des jeunes Franco-Ontariens de Toronto, de 20 à 34 ans. Seuls 5% d’entre eux ne parlent pas la langue de la majorité. Idem pour les jeunes francophones de Moncton. Pourquoi donc 20% des jeunes Anglo-montréalais du même âge n’arrivent-ils pas à parler français ? Mystère.

Mais même parmi ceux qui entendent le français, des données indiquent qu’ils en font un usage à ce point modéré que le principe de la langue commune ressemble à un gruyère où les trous dominent sur le fromage. L’Office québécois de la langue française mesure notre consommation culturelle. Ses dernières données, datant de 2014, nous apprennent que parmi la population anglo-québécoise, 74% affirmaient ne pas lire de quotidiens francophones, 82% ne syntoniser de radio francophone, 86% ne pas écouter de chansons francophones et ne pas lire de livres ou de magazines en français. Aussi,  90 % n’écoutent pas notre télé et 93% ne visionnent pas nos films.

C’est mieux chez les Québécois issus de l’immigration. Deux tiers d’entre eux affirment parler le français. Parmi ceux-là, on en trouve quand même le tiers qui ne lisent ni livre ni revue en français, 40% qui boudent la télé et le cinéma francophone et 50 % qui ne lisent pas les quotidiens et 53% qui n’écoutent pas de chansons en français.

Le tableau général. Ici les données pour la langue tierce incluent ceux qui ne parlent pas le français.

Il y a des moyens à prendre pour faire vraiment du français la langue commune et pour partager plus largement la richesse de la culture québécoise. Ils ne passent ni par les incantations de la CAQ en matière d’immigration et d’éducation, ni par le jovialisme linguistique dont on revoit des signes dans les gazettes. Le temps ne joue pas pour nous. Ottawa non plus.

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Zemmour: le cavalier de l’insoluble (intégral)

Il faudrait l’intercession combinée des fantômes de Napoléon et de Jeanne d’Arc, ses héros, pour que la nouvelle vedette de la politique française, Eric Zemmour, soit élu président de la République française en mai prochain. La stabilité avec laquelle les enquêtes d’opinions donnent plusieurs dizaines de points d’avance au pourtant mal-aimé président Emmanuel Macron dans un match l’opposant à Zemmour sont convaincants.

Mais cette élection n’est qu’une étape vers un assaut présidentiel plus vraissemblable de Monsieur Z lors de l’élection suivante, en 2027. L’enjeu, en mai, dans la dynamique des élections à deux tours (mon système favori) est que ce survenant accède au second tour, donc au débat qui l’opposerait au meneur, Macron. C’est statistiquement possible, car il habite la marge d’erreur avec la candidate de la droite classique, Valérie Pécresse, et l’héritère du Front National (renommé Rassemblement National), Marine Le Pen. (Suivez comme moi l’évolution des sondages ici.)

Un horizon favorable

L’important pour lui est justement qu’au lendemain de ce scrutin, l’horizon va s’éclaircir. L’incapacité de Le Pen de porter son mouvement au pouvoir, apres une troisième tentative, sonnera le glas de sa carrière (qu’elle le reconnaisse ou non). Ses troupes, 15% de l’électorat, se replieront naturellement et massivement vers l’étoile montante Zemmour et son nouveau parti, Reconquête, lui offrant un socle d’environ le tiers des électeurs, devenant la première force politique française. La capacité de son parti, dans les élections municipales, régionales, européennes qui ponctueront le second et dernier quinquennat de Macron permettront de suivre son enracinement.

Car voilà, Macron tirera sa révérence en 2027, c’est la règle. Il aura des successeurs potentiels de bon calibre, notamment son ancien premier ministre Édouard Philippe. Mais le macronisme, cette méthode de gouvernement qui ne se définit que par les états d’âme du moment de son inventeur, ne peut que se dégonfler une fois celui-ci reparti dans les conseils d’administrations financiers dont il est issu. Zemmour ne manquera pas d’adversaires, certes. Mais aucun ne sera, cette fois, invincible.

Les enclaves islamisées

Son principal atout réside en une donnée que personne n’ose nommer et qui ne fera que croître avec les années: le caractère insoluble de ce qu’on appelle là-bas de façon très désagréable (pour moi, du moins) le « séparatisme ». Il s’agit du développement d’enclaves urbaines, en banlieue des grandes villes, ou, une fois franchie une rue ou un boulevard, on se croirait en Iran, en Arabie ou en Afghanisatn. Des lieux ou toutes les femmes sont voilées et absentes des cafés ou des places, des lieux ou l’Imam arbitre les différents et règle les conflits selon les préceptes de la loi Islamique. La langue commune y est l’arabe et, sur les écrans plasma, on vit le soir au rythme des images venues de contrées ou regne le croissant d’or. Des associations de femmes, y compris musulmanes, résistent avec des manifestations « à moi la rue ».

Combien y a-t-il de ces enclaves ? Toutes les grandes villes du monde possèdent des Chinatowns qui semblent également vivre selon des règles impénétrables pour les entrangers et Paris a son quartier juif qui défie le temps et les modes. Lors de mon premier séjour aux États-Unis, pays du melting-pot, j’ai été renversé de constater qu’à Boston, Chicago ou Philadelphie, en plus, bien sûr, de quartiers blancs et noirs distincts, chacun savait ou étaient les quartiers polonais, italiens, irlandais, latinos, bien vivants après plusieurs générations d’établissement.

Le problème n’est pas le fait, assez courant, d’être regroupé dans la ville par ethnie ou par religion. Il réside plutôt dans le niveau d’adhésion ou de rejet de la norme commune. L’islamisme radical présente,  selon les mots d’Emmanuel Macron,  « une volonté revendiquée, affichée, une organisation méthodique, pour contrevenir aux lois de la République et créer un ordre parallèle, ériger d’autres valeurs, développer une autre organisation de la société, séparatiste dans un premier temps, mais dont le but final est de prendre le contrôle complet. »  

En décembre, un sondage Ifop révélait les progrès de cette approche : les deux tiers des élèves musulmans du secondaire estiment que les normes et règles édictées par leur religion « sont plus importantes que les lois de la république ».  La même proportion estime que leur « religion est la seule vraie religion ». Puis il y a la question de la décapitation, en 2020, de l’enseignant Samuel Paty qui avait montré en classe des caricatures de Mahomet pour parler de liberté d’expression. Si une écrasante majorité de lycées musulmans condamnent l’acte (75%), il en reste 12% qui condamnent mais « partagent certaines des motivations » de l’auteur du meurtre, 9% qui se disent « indifférents » et 4% qui ne condamnent tout simplement pas.

La chose est d’autant plus inquiétante que de la frange islamique radicalisée, sourd quelque fois par an en France un crinqué qui décide, ici, d’attaquer au couteau un gendarme, là, de faire rouler un camion sur la foule, là encore, de décapiter un professeur. Aucun cas semblable n’est issu de la frange radicalisée des quartiers juifs ou chinois.

Une majorité des Français croient au Grand remplacement

La récurrence de ce phénomène est tel que plus de 6 français sur 10 tiennent désormais pour avérée la théorie du « Grand ramplacement » selon laquelle on serait à quarante ou cinquante ans seulement de la mise en minorité des français non-musulmans, ou du moins des français de moins de quarante ans.

La popularité de Zemmour et de ces thèses surfe sur cette incroyable vague. Elle ne résiste pas à l’examen. Ces calculs supposent que 100% des Français issus de l’immigration de pays musulmans soient croyants et pratiquants et le restent. C’est faux. Au point d’entrée, seulement 80% le sont (une partie choisissent de venir en France justement pour quitter leur environnement religieux). À la génération suivante, les incroyants passent de 20 à 35%. Les jeunes femmes en quête de liberté s’échappent de ces enclaves, souvent au prix de déchirements familiaux, pour goûter la liberté. L’autre calcul fautif repose sur la fécondité beaucoup plus forte chez les immigrées musulmanes (de 3 à 4 enfants par femme) que chez les autres (moins de 2). Or, dès la seconde génération, les femmes adoptent le comportement moyen, donc moins de deux enfants, ce qui casse la dynamique fantasmée du Grand remplacement. Globalement, les musulmans ne formant, selon les calculs induits — le recensement français interdit de faire préciser l’origine ethnique — qu’entre 3 et 7,5 % de la population, la distance remplaçant cette proportion de l’acquisition d’une majorité semble soit infranchissable, soit s’inscrire sur une durée très longue.

Et si les plus dévôts d’entre les musulmans se substituent effectivement aux Français de souche dans certains quartiers, ces Francais ne disparaissent pas mais déménagent ailleurs sur le territoire, et les musulmans laicisés à leur suite. Ils ne sont donc pas « remplacés » mais « déplacés ». (Le meilleur déboulonnage du concept que j’aie trouvé est ici: bitly/libé)

Je l’ai écrit d’emblée, ce problème est insoluble. Il est assez réel pour que Macron lui-même, qui s’était présenté au départ comme plutôt comme un multicuturaliste à la Trudeau, fasse voter une loi contre le séparatisme et que ses services traquent et expulsent les Imams radicaux. Son ministre de l’Intérieur, Gérard Darmanin, faisait récemment le compte de l’action anti-séparatiste: « 13 associations diffusant l’idéologie islamiste ont été dissoutes depuis 2017 », « sur les 2 500 lieux de culte musulman que compte notre pays, seuls 92 sont soupçonnés de séparatisme, 21 sont fermés ».

Toute la classe politique française admet que cette cohabitation de la France laique et de la France islamique pose problème et mérite qu’on s’y attarde, sauf, loin à gauche, Jean-Luc Melanchon. Il prône plutôt la créolisation générale de la population, une intention louable qui serait, en l’espèce, moins risible si les Imams des enclaves précitées ne dénonçaient pas l’exogamie comme un crime contre Dieu et contre le prophète.

La méthode Zemmour

Revenons à Zemmour. Il est le seul à prétendre à la fois que le Grand Remplacement est en marche (d’ici 2060 dit-il) et qu’il en détient le remède. Élu, il ferait valider par référendum le principe de l’immigration zéro, la réduction massive du droit d’asile, le renvoi dans son pays d’origine de tout immigrant ou détenteur de la double citoyenneté reconnu coupable d’un délit ou de tout immigrant qui chôme depuis plus de six mois. Qu’il aille chômer chez lui, dit Zemmour. Il retirera également toutes les aides de l’État équivalentes à l’aide sociale ou l’accès à des soins médicaux non urgents à tout résident qui n’aura pas cotisé aux régimes. Admettons que ces mesures permettent, à la marge, de réduire l’influx de nouveaux musulmans, si tant est qu’elles soient applicables, car notons que les pays d’origine refusent bruyamment de reprendre les ressortissants que la France tente de leur renvoyer.

Reste que cela ne fera rien pour faire disparaître les enclaves existantes. Que faire ? Zemmour estime que la France perd une partie de son identité puisqu’un nombre croissant d’enfants recoivent à la naissance des prénoms qui n’avaient pas cours aux heures bénies de Napoléon Bonaparte. Il interdirait donc les Mohamed et, ajoute-t-il avec mépris, les Kévin. Il existait effectivement depuis 1803 une loi qui obligeait les parents français à ne choisir que dans une liste de prénoms autorisés par l’État civil. La loi ne fut abrogée qu’en 1993. Zemmour la rétablirait, sans toutefois la rendre rétroactive.

Les enfants s’appelleraient donc Gérard plutôt que Yasser. Mais encore ? C’est là que la méthode Zemmour entre dans un épais brouillard. Il interdirait le port de tout signe religieux sur la place publique. Voiles, kippas, croix, turbans. Sauf pour les membres du clergé. (Avis à mes lecteurs laicisants: partisan de l’égalité de l’affichage de conviction, il m’apparaît absurde de permettre l’affichage politique ou social sur la place publique, mais non religieux. Je ne fais que deux exceptions: la prison ambulante pour femmes que constitue le Niqab et la Burqua, qui devrait être interdite au Québec comme elle l’est au Maroc, et le port de coiffes du Ku Klux Klan, véritables provocations racistes ambulantes. Pour le reste, sauf si vous travaillez dans l’État et sur les heures de travail, allez et affichez-vous !)

On n’ose songer au problème d’application de l’interdiction Zemmour. Ne faudrait-il pas des escouades de la moralité présidentielle dans ces quartiers, à l’image des gardiens islamistes iraniens qui, à l’inverse, intimident les femmes non voilées ? Ne faudrait-il pas des bataillons de gendarmes, voire le recours à l’armée ? Cette volonté de contrôle ne pourrait évidemment conduire qu’à un braquage. Zemmour, prétendant éviter la « guerre civile », serait assurément le déclencheur de conflits brutaux (localisés) et d’une recrudescence d’un terrorisme islamiste vengeur.

Mais voilà, il n’en a cure. Cela n’arriverait que s’il devenait effectivement président. Dans l’intervalle, le pourissement de la situation, l’absence de réponse crédible, ou du moins satisfaisante, des élites politiques, mettent la France en marche, non vers le grand remplacement, mais vers la Zemmourisation.

(Une version plus courte de ce texte fut publié dans Le Devoir.)


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