Les vendeurs de REM

Vous avez trouvé l’appartement de vos rêves, en ville. Reste à choisir votre mode de transport. Devez-vous acheter une voiture, vous fier au transport en commun, utiliser ponctuellement des taxis ou Communauto, marcher ou pédaler, ou alors moduler vos choix en fonction des usages ?

Impatient de trouver des réponses, vous vous présentez chez un spécialiste des transports. Votre choix : un concessionnaire Ford spécialisé dans la vente de camions F-150. Après avoir soigneusement étudié votre cas, il a trouvé une solution faite sur mesure pour vous : l’achat d’un Ford F-150 ! Peut-être deux, d’ailleurs.

(Ce texte a d’abord été publié dans Le Devoir.)

Si vous estimez que la démarche ici décrite est absurde, sachez que c’est précisément celle qu’ont utilisée nos deux derniers gouvernements pour décider des investissements les plus massifs consentis depuis 50 ans dans les transports en commun à Montréal.

Plutôt que de réunir des experts pour déterminer le meilleur cocktail de solutions apte à déplacer le plus de gens possible au meilleur coût possible, le libéral Philippe Couillard, puis le caquiste François Legault, sont allés cogner à la porte — et seulement à la porte — d’un vendeur de Réseau express métropolitain (REM) : la Caisse de dépôt. Elle avait développé le concept à Vancouver, souhaitait amortir son investissement et en faire un produit d’exportation. Après avoir soigneusement écouté le client potentiel, le vendeur a eu cette idée géniale : vendre des REM.

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Les désavantages du REM. Par où commencer ?

Je ne blâme pas la Caisse ni le concessionnaire Ford. Il ne leur appartient pas de nous dire qu’on trouverait mieux ailleurs. Que leur produit est presque aussi lourd qu’un métro là où un tramway suffirait. Que sa consommation de ciment est telle que les GES utilisés pour le produire réduisent significativement les gains induits par l’utilisation de son mode de transport. Que le nombre d’automobilistes attiré par sa technologie est minime comparé à d’autres solutions. Qu’il est quasi-certain que ses wagons seront construits en Inde plutôt qu’au Québec. Que ses structures en hauteur en milieu urbain vont défigurer le paysage, quels que soient nos efforts pour y mettre de la couleur ou des plantes grimpantes. Et qu’alors que le transport en commun, comme d’ailleurs les routes, est par définition déficitaire, le REM, lui, réclame un rendement annuel d’au moins 8 % pour l’éternité. Il est possible que le BAPE dise un jour ces choses. Mais comme le remarquait avec aplomb Denis Coderre au temps de ses rondeurs, « le BAPE, c’est pas le pape ! » Ce qui, évidemment, clôt la discussion.

Quand M. Couillard a commandé son premier REM, il était question de relier le centre-ville à l’aéroport, une revendication forte des gens d’affaires et des hôteliers, dont l’absolue priorité par rapport à d’autres besoins n’a jamais pu être établie et dont l’absence n’a empêché aucun voyageur de s’y rendre ni n’a freiné les travaux permanents d’agrandissement de l’aérogare. (Des lignes de bus ordinaires transportent jusqu’à 30 000 passagers par jour. Le REM de l’aéroport coûte plus d’un milliard et transportera moins de 6000 passagers par jour.)

Si on tenait vraiment à s’y rendre, le tramway qui sera un jour construit pour relier le centre-ville à Lachine aurait très bien pu y conduire les passagers, dans exactement le même minutage (car le REM fait un grand détour par le nord). Cette solution moins coûteuse aurait aussi offert un service à plusieurs dizaines de milliers de passagers supplémentaires. Aéroports de Montréal avait d’ailleurs construit sa gare pensant que les rails arriveraient de ce côté. Le choix des vendeurs de REM oblige à casquer 500 millions de plus. Le mot gabegie vient à l’esprit.

La future cicatrice sur René-Lévesque

Pensez-vous un instant que la mairesse Valérie Plante souhaitait qu’un train surélevé vienne bloquer le paysage sur René-Lévesque et dans des quartiers densément peuplés comme le prévoit le nouveau projet de REM de l’Est ? Jamais. Ancien député de Rosemont, je me suis époumoné à réclamer un tramway dans l’Est. Nous avons toujours su que ce mode de transport pouvait conduire les passagers jusqu’au bout des lignes de métro verte et bleue, ou encore plus loin vers le centre-ville. Mais pourquoi nous retrouvons-nous avec un mastodonte sur pattes jusqu’à Place Ville-Marie ? Parce que le modèle d’affaires du vendeur du REM l’impose. Alors que n’importe quel planificateur de transport en commun prévoit que le passager peut changer de mode de transport, ce qui optimise le trajet et l’investissement, le vendeur de REM, lui, ne fait des sous que si le passager est dans son wagon à lui, et dans ceux de personne d’autre. L’horreur surélevée qui nous est promise ne sert qu’à ça : brancher le REM de l’Est au REM de l’Ouest, ce que personne n’avait demandé, simplement pour que le passager reste captif du choix de la Caisse.

Pourquoi, au moins, ne pas faire rouler le REM au sol sur René-Lévesque ? Peut-être parce que le modèle d’affaires de la Caisse exclut l’idée que des chauffeurs, qui ont la mauvaise habitude de se syndiquer, conduisent ses trains, ce qui est indispensable pour faire des arrêts au sol.

Un « projet signature »

Le grand argument est financier : avec la Caisse, on a accès à des milliards qui, sinon, ne seraient pas disponibles. Un avantage qui se dépréciera au cours de décennies de surcoût de 8 %. Mais admettons. Pour les projets de REM de l’Ouest et de l’Est dont le coût réel dépassera les 20 milliards, la Caisse en investit 7. Avec les 13 milliards restants, sans les contraintes du REM, on aurait fait immensément mieux.

Mais puisque nos premiers ministres nous ont plongés dans ce tunnel financier, ne boudons pas notre plaisir d’en faire, comme le veut le mot à la mode, un « projet signature ». Oui, que la station outrageusement coûteuse de l’aérogare porte le nom « Philippe-Couillard », et que la monstruosité surélevée qui déparera René-Lévesque s’appelle « François-Legault ». Ils persistent ? Eh bien qu’ils signent !


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Lire: Pauline à la page

Elle a bien failli tirer un trait définitif sur la politique. Un faux départ, au tout début. Embauchée comme attachée de presse de Jacques Parizeau en 1978, elle sort de cette expérience, écrit-elle, «traumatisée». Et elle promet qu’on ne l’y reprendra plus: « J’avais essayé, je ne m’y étais pas sentie à l’aise, point final.» La porte de la politique, ajoute-t-elle, était « verrouillée à double tour».

Que s’est-il passé, exactement, pendant les brefs sept mois de son passage au cabinet de Monsieur pour provoquer une telle révulsion de la chose politique ? Elle, si organisée dans les fonctions importantes qu’elle avait assumée dans le domaine du service social, explique qu’elle était désormais dans le noir complet sur ce que seraient ses activités du jour. Accompagner le ministre dans ses déplacements, réagir au gré de ses décisions et des chocs médiatiques, cela la pesait. Elle ne décidait de rien. Sans compter, écrit-elle. « l’importance des jeux de coulisses», les interprétations fausses de ce qui a été dit ou fait. L’obligation d’être toujours sur ses gardes.

Dans ce passage comme dans quelques autres de Pauline Marois – Au delà du pouvoir, l’ex-première ministre lève le voile sur des moments charnières de son parcours politique. Mais, comme si elle laissait à un biographe à venir la tâche de combler les vides, elle se réserve le droit de nous cacher l’anecdote, le dialogue, le détail croustillant qui nous ferait mieux comprendre de quoi ces moments étaient faits.

Il y a dans ce livre bien écrit — ses plumes Élyse-Andrée Héroux et Laurent Émond donnent à Mme Marois une éloquence qui sert superbement le récit — une double volonté: aborder le parcours dans son entier, y compris les moments difficiles, oui, mais se garder de régler des comptes où de nuire à ses ex-collègues.

La rivalité qui l’a opposée à Bernard Landry ne peut évidemment être esquivée. Elle y consacre plusieurs passages, indispensables à la compréhension des choses, mais ne mine pas complètement ce filon qui aurait pu dominer un ou deux chapitres. (Par contraste, l’autobiographie de Guy Chevrette fait de son propre conflit avec Landry le fil conducteur de l’ouvrage. L’hagiographie consacrée l’an dernier à M. Landry par Jean-Yves Duthel, truffée d’erreurs factuelles, est une enfilade de règlements de compte.)

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Comme souvent avec les autobiographies de personnalités politiques, on trouve au début du livre les meilleures pages. Le milieu familial, l’enfance, les passions, rébellions et amours, l’éducation. La rencontre de cette fille de milieu modeste avec les élèves friquées du Mont-Jésus-Marie de Québec impriment chez Pauline Marois une aversion des inégalités sociales qui ne la quittera pas. Sa vie entière est expliquée là, dans le refus de l’inégalité des chances et dans la volonté d’offrir aux plus modestes, et aux femmes, des avantages alors réservés uniquement aux hommes et aux riches.

Pauline en trois temps

Michel Chartrand est allé à Brébeuf mais parlait comme un charretier. Pauline tient de sa mère, puis de son éducation, le souci d’une langue de qualité. C’est la jonction entre cette façon de s’exprimer et la richesse accumulée par son entrepreneur de mari qui ont produit l’écueil le plus important que la vie mettra sur sa route.

Les toilettes de la Castafiore

Elle croit savoir exactement quand, qui et quoi ont cristallisé l’image de grande bourgeoise qui allait tant lui nuire. Lors de son arrivée au Ministère de la santé, en 1999, des travaux de rénovation sont en cours dans des locaux vétustes. La journaliste Elisabeth Thomson, de la Gazette, demande à voir les plans. Elle découvre qu’une nouvelle toilette, située entre deux salles de réunion, est plus coûteuse que les autres car elle est silencieuse. La facture des travaux s’élève à 400 000 $ au moment où le système de santé vient de subir une cure minceur. Mme Marois affirme qu’elle a appris l’existence de cette toilette dans le journal. L’affaire devient aussi virale qu’elle pouvait l’être avant l’invention des réseaux sociaux. Commentateurs et caricaturistes s’en donnent à cœur joie. Ne manquait que Serge Chapleau pour la dessiner en Castafiore pour que la mayonnaise prenne.

Mme Marois nous entraîne dans sa folle aventure, où elle accouche successivement d’une grande réforme, puis d’un enfant, à répétition. Il y a une forme d’héroïsme dans cette succession de tâches, impossibles à réaliser pour le commun des mortels et des mortelles.

Cette dame, dite « de béton» par Stéphane Laporte, a une constitution de fer. Mais elle nous révèle pourquoi elle ne s’est pas battue, au lendemain de la démission de Lucien Bouchard début 2000, pour prendre sa place. Elle était, pour une rare fois de son existence, en panne d’énergie. Hésitante. Bernard Landry, qui se préparait à cette éventualité depuis longtemps, avait cumulé de très nombreux appuis au conseil des ministres et dans le caucus. Pauline pouvait penser remporter le vote des membres, dont beaucoup étaient issus des réseaux de la santé et de l’éducation, où elle avait excellente réputation. Mais il lui aurait fallu toute son énergie. Ce serait pour une autre fois.

Elle nous raconte avec beaucoup de justesse la nuit du Métropolis, de la victoire électorale et de l’attentat politique qui, au fond, la visait. Elle fut, ce soir-là, admirable de sang froid, de sens de la décision et de la responsabilité.

Ensuite, les chapitres consacrés à son mandat de première ministre ne sont pas sans intérêt. Mais ils m’ont fait le même effet que la lecture des Mémoires de René Lévesque. Jusqu’à la prise du pouvoir, on sent la capacité de recul, l’émotion, parfois l’auto-dérision. Ensuite, non. On assiste à une défense du bilan gouvernemental, efficace mais sans grande nuance. C’est aussi le passage où Mme Marois se garde de raconter les débats internes, vifs et très intéressants, qui ont jalonné certaines de ses réformes.

C’est pourquoi j’aimerais proposer aux éditeurs la règle Lévesque/Marois. Si un ancien premier ministre souhaite écrire son autobiographie, exigez deux tomes. Un premier, sur tout le parcours de la naissance jusqu’aux portes du pouvoir, publiable immédiatement. Un second, sur les années de pouvoir, qui ne serait écrit que 10 ans plus tard.

Cette réserve étant émise, le parcours de Pauline Marois est à plusieurs égards exemplaire. Si cette lecture peut susciter 1000 vocations politiques, elle aura ajouté au legs considérable de notre première première ministre.

Pauline Marois – Au delà du pouvoir. On peut commander l’ouvrage ici.


A quatre heures du matin, le 16 octobre 1970, un événement inédit dans l’Occident de l’après-guerre se produit. Les libertés des citoyens sont suspendues. Près de 500 Québécois sont emprisonnés, presque tous pour simple délit d’opinion. Les résidences de 37000 Québécois, presque tous indépendantistes, sont perquisitionnées, sans mandat.

Ce livre raconte comment est née, a grandi puis s’est imposée dans la tête de deux premiers ministres l’idée d’infliger à la société québécoise un choc psychologique apte à traumatiser, non seulement les petits réseaux d’appui au terrorisme felquiste, mais l’ensemble du mouvement nationaliste. Il relate comment ils ont dû surmonter de nombreux obstacles pour y arriver : manœuvrer, inventer des complots et une inexistante «insurrection appréhendée».

L’étonnante empreinte planétaire du Québec

Québec internationalImaginez un chercheur qui devrait décrire le Québec, mais sans y mettre les pieds et sans rien connaître de son économie, de sa culture ou de sa démographie.

Il devrait décrire le Québec à partir de sa présence internationale. Il devrait, en fait, le déduire.

L’empreinte culturelle

Suivant l’actualité cinématographique, il constaterait que presque chaque année depuis dix ans, un film québécois ou un film réalisé par un Québécois, est en nomination aux Oscars, aux Golden Globes comme au Festival de Cannes et qu’il n’est plus rare qu’il en reparte avec un prix. Il saurait que HBO, Netflix et autres géants de la diffusion inondent de scénarios des réalisateurs nés non loin du Saint-Laurent. Il verrait que le logo du Québec apparaît presque systématiquement à la fin des grandes productions de super-héros et de voyages dans l’espace.

Poursuivant ses recherches culturelles, il noterait que des gens de la ville de Québec sont chargés de réimaginer les plus grandes productions de l’histoire de l’Opéra dans son temple newyorkais, le MET. Il apprendrait que d’autres Québécois dominent depuis maintenant longtemps les scènes de Las Vegas et que des chanteurs d’ici occupent régulièrement les marchés francophones et, dans un cas, anglophones des ventes. On lui dirait que leurs troupes de danse sont reconnus de Philadelphie à Berlin. Il constaterait aussi que les meilleurs jazzmen, humoristes et contorsionnistes convergent, chaque année, lorsqu’il n’y a pas de pandémie, vers la métropole québécoise pour partager leur art.

Notre chercheur saurait, car il a des comparables, que le Québec n’est pas une superpuissance culturelle, car il n’est ni Hollywood, ni Paris. Mais il conclurait que le Québec est une puissance culturelle.

L’empreinte économique

Il devrait aussi remplir son calepin de notations économiques. Il apprendrait que dans les tunnels de métro de 40 villes et sur les chemins de fer de 21 pays, du Chili à l’Ouzbékistan, roulent pas moins de 100 000 véhicules portant un logo québécois, Bombardier.

Il apprendrait qu’en Aérospatiale, la métropole québécoise est sur le podium des trois grandes places mondiales et que des hélicoptères et avions québécois sillonnent le ciel de 100 pays. Ils atterrissent dans des aéroports américains, russes ou africains. Des aéroports parfois conçus et construits par des ingénieurs québécois.

Il noterait aussi que le Québec est une référence en matière de coopératives. On lui dirait que 2800 coopératives du monde entier sont venues fêter à Lévis, cette décennie, l’année internationale des coopératives. Et ils en sont revenus avec cette information étonnante que le premier employeur privé au Québec n’était pas Wal-Mart, comme ailleurs, mais une force financière majeure et coopérative, le Mouvement Desjardins. On lui dirait aussi que le Chantier de l’économie sociale du Québec est un point de référence mondial en la matière.

L’empreinte politique

Continuant ses investigations, notre chercheur s’intéresserait au poids politique du Québec. À Washington, il apprendrait qu’un des plus grands accords de libre-échange de l’histoire, l’ALENA, n’existerait tout simplement pas sans le poids politique mis dans la balance par le Québec il y a bientôt 35 ans.

À Bruxelles, on lui expliquerait qu’un autre accord historique, entre toute l’Europe et le Canada, n’existe qu’à cause de la volonté du Québec de le voir émerger.

À San Diego, on lui dirait que l’alliance entre la Californie et le Québec fut essentielle pour réduire sur tout le continent les émissions polluantes des voitures et que cette alliance forme aujourd’hui la base du seul marché du carbone en vigueur sur le continent.

À New York, on lui expliquerait que l’électricité québécoise est une des clés de la transition écologique du nord-est américain.

À Paris, on lui dirait que la force de caractère du Québec fut déterminante dans la conception d’une convention internationale protégeant la capacité des États à soutenir leurs cultures nationales. Convention d’abord portée par le Québec, la France et le Canada, puis par la Francophonie, puis par tous les pays du monde, sauf deux.

Dans plusieurs capitales africaines, il apprendrait que le Québec est un des gouvernements les plus influents d’une organisation qui en compte 77, l’Organisation Internationale de la Francophonie.

À Haïti, au Maghreb, en Afrique sub-saharienne, on lui dirait que les Québécois de 65 organisations de coopération humanitaire membres aident des populations locales à devenir plus autonomes, sur tous les plans.

Il apprendrait que, ces dernières années, le Directeur général des élections du Québec a accompagné la transition démocratique au Mexique, au Bénin, à Madagascar, au Cap Vert, en Tunisie. On lui dirait que cet organisme et l’Assemblée nationale du Québec sont, partout en Afrique francophone, constamment actifs dans la consolidation des institutions démocratiques.

L’empreinte en éducation et en sciences

À Boston, la grande ville intellectuelle américaine, on lui dirait qu’elle ne connaît qu’une rivale, en termes de nombre d’universités, d’étudiants locaux et étrangers : Montréal. Et que la métropole est régulièrement choisie comme meilleure ville au monde où étudier.

S’intéressant à la science, on expliquerait à notre chercheur que l’équivalent du prix Nobel en matière d’Intelligence artificielle, le Prix Turing, a été remis au chercheur québécois Yoshua Bengio, considéré comme un des trois parrains de l’Intelligence artificielle au monde, que Montréal est un des pôles planétaires de la recherche en cette matière et du développement des règles éthiques devant s’appliquer dans ce nouvel univers..

On lui expliquerait que l’excellence scientifique québécoise n’est pas nouvelle car un Québécois, Pierre Dansereau, est le père de l’écologie, qu’un autre, Hans Seyle, a le premier décrit le stress. Que Jacques Beaulieu, à Québec, a fait faire un pas de géant à l’utilisation du laser. On lui dirait le rachitisme a été battu en brèche parce que des chercheurs québécois ont su comment enrichir le lait. Il apprendrait qu’on a su dépister l’hypothyroïdie congénitale chez 150 millions de nouveaux nés grâce aux travaux de Jean-H Dussault. Ou encore que Bernard Belleau a conçu le 3TC, premier médicament mondialement utilisé contre le Sida. Au cours des 30 dernières années, grâce aux chercheurs québécois…
… on comprend mieux les mécanismes de la douleur et la maladie d’Alzheimer,
… on connaît des gènes prédisposant au cancer du sein,
… on a découvert la capacité des neurones de se régénérer dans le système nerveux central,
… on sait diagnostiquer précocement la scoliose et des infections bactériennes fulgurantes.

Et on invente, pour les voitures électriques, les piles les plus performantes.

Une excellente lecture d’été !

On lui dirait aussi que le Québec est habitué à être en orbite. C’est à Saint-Hubert qu’on construit le Bras Canadien de la station spatiale internationale. Des Québécois ont non seulement été astronautes mais un ex-funambule québécois fut un des premiers touristes de l’espace.

Une empreinte sur les politiques publiques

Notre chercheur trouverait aussi des empreintes digitales québécoises dans les politiques publiques d’autres pays. On vient d’Europe étudier nos politiques d’économie sociale, de Catalogne emprunter nos législations linguistiques, des États-Unis s’informer sur nos garderies ou sur nos Fonds d’investissements syndicaux, et Ralph Nader est intarissable sur notre assurance-médicaments. La France et le Canada se sont inspirés de nos lois sur le financement électoral. La pratique de médiation développée au Québec pour soustraire les litiges du lent processus judiciaire intéresse les pays européens, l’Australie, le Mexique et plusieurs autres. Et nos juristes ont oeuvré à la formation des juges chinois, contribuant à renforcer l’État de droit dans un pays qui en a cruellement besoin.

Il comprendrait que le Québec est présent au monde, qui le lui rend bien : 350 entreprises européennes et 350 entreprises américaines ont choisi le Québec, comme 65 organisations internationales. Il sourirait en apprenant que lorsque le richissime Qatar a tenté de déplacer, de Montréal vers Doha, le prestigieux et imposant siège de l’Association du transport aérien international, l’IATA, les pays membres ont massivement préféré rester à Montréal.

On pourrait lui parler aussi longtemps des sportifs venus du Québec, qui montent régulièrement sur les podiums olympiques, surtout lorsque le temps des jeux d’hiver est venu.

S’il s’intéresse à la guerre et à la paix, il saura que des Québécois ont versé leur sang pour faire reculer les nazis, et qu’on se souvient d’eux en Hollande comme à Dieppe, qu’une vingtaine sont morts en Afghanistan contre les Talibans mais qu’ils sont particulièrement fiers de leur rôle dans des missions de paix. On lui dirait que c’est à Montréal que s’est déroulé, pourtant dans un froid glacial, la plus grande manifestation mondiale visant à refuser de s’engager dans un conflit inutile, l’invasion américaine en Irak, et plus récemment une des plus grandes manifestations mondiales sur le climat, en présence de Greta Thunberg.

De retour dans son bureau, avec toutes ses notes, qu’en retiendrait notre chercheur ? Difficile à dire. Mais il est facile d’imaginer ce qu’il ne déduirait pas. Il ne croirait pas qu’un peuple de seulement 8 millions de personnes soit responsable de tout ce rayonnement. Il ne croirait pas que le PIB de ce peuple ne le hisse pas, au moins, dans le G20. Il aurait beaucoup de difficulté à comprendre que ce peuple ne soit pas membre des Nations Unies et qu’il ne puisse presque jamais voter dans les forums où se décident de grands enjeux où il a pourtant tant à dire et à offrir.

Non, de tout ce qu’il aurait appris, notre chercheur dessinerait dans son rapport les contours d’une nation forte, fière et, assurément, indépendante.


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La course à obstacle trudeauiste de Réjean Hébert (texte)

Réjean Hébert, Justin TrudeauDifficile de dire qui prend le plus grand risque, dans l’étonnant flirt en cours entre l’ex-ministre péquiste Réjean Hébert et le premier ministre libéral Justin Trudeau.

La motivation de Réjean Hébert a le mérite d’être limpide. Il a consacré sa vie à développer son modèle de grand virage des soins à domicile pour les personnes âgées. Ministre à Québec, le temps et,  il faut bien le dire, l’argent, lui a manqué pour réaliser son projet.


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Il rêve maintenant d’en devenir le maître-d’œuvre à Ottawa et de l’imposer, tout simplement, aux provinces, dont le Québec. Il indique comment il s’y prendrait dans les entrevues qu’il donne ces jours-ci : en modifiant la méthode de financement fédéral de la santé, donc en obligeant le Québec et les autres de prioriser ce que lui, de son poste de ministre de la santé du Canada, voudra qu’ils priorisent.

Lui qui dénonçait, à Québec, les empiétements d’Ottawa dans la santé propose maintenant de faire passer ces empiétements à la vitesse supérieure. Il est donc parfaitement, sur ce point, Trudeau-compatible. Oui, mais, sur les autres points ?

Ne devient pas trudeauiste qui veut !

Le ticket d’entrée dans la tribu trudeauiste est de plus en plus difficile à obtenir. Il ne suffit pas de vouloir y aller. Il faut gagner sa place.

Lorsque Jean Lapierre est retourné au Parti libéral du Canada, après un passage remarqué au Bloc Québécois, il a dû se soumettre à quelques pirouettes. Par exemple, à la question de savoir s’il avait voté oui ou non au référendum de 1995, il a du faire semblant de ne pas s’en souvenir.

L’exemple plus récent de Yolande James doit nous servir d’indicateur pour juger de la difficulté qu’aura Réjean Hébert à arborer le chandail libéral fédéral.

Ex-ministre de l’Immigration de Jean Charest, Yolande James avait été choisie par Justin Trudeau comme une excellente candidate dans le comté sûr de Saint-Laurent pour une élection partielle en avril 2017.

Mais comme, au Parti libéral, il y a encore des conventions d’investiture, Mme James a dû se battre pour devenir candidate. Et elle a dû se battre contre ce qui est considéré comme politiquement incorrect dans l’idéologie trudeauiste.

Or Yolande James avait posé un geste de lèse-trudeauisme, comme ministre de l’immigration. Sous sa gouverne, une femme musulmane avait voulu prendre un cours de francisation en portant son voile intégral, un niqab. La ministre James avait appuyé la décision des autorités scolaires de réclamer de cette dame qu’elle prenne le cours à visage découvert.

Les autres candidats pour ce poste, dont une certaine Marwah Rizqy, lui ont beaucoup reproché cette position qui va à contre-courant du multiculturalisme érigé chez les trudeauistes comme un dogme.

Très motivé à se retrouvée députée fédérale, et probablement ministre, Yolande James a fait son acte de contrition, affirmé qu’elle avait évolué sur cette question, qu’elle n’agirait plus de la même façon.

Cela n’a pas suffi. Elle fut battue à la convention. Durement. Les portes du trudeauisme ne la laisseraient pas passer.

Excellent pour la fête des pères !

Retourner sa veste sur la laïcité

Revenons à Réjean Hébert. Il devrait savoir que la question de la laïcité fera partie de la campagne électorale à venir.  Justin Trudeau a déclaré qu’il est « impensable » que la loi québécoise sur les signes religieux soit appliquée. Son ministre de la justice, le futur collègue de Réjean Hébert et député de Verdun,  l’a déclaré « inacceptable ». Les deux ont affirmé que, lorsque la loi sera en vigueur, Ottawa va agir pour protéger les droits des minorités religieuses. Reste simplement à savoir quelle sera cette action.

Et qu’en dira Réjean Hébert ? Lors du débat sur la Charte des valeurs du gouvernement Marois, il était ministre de la santé. Les banques de données regorgent de citations du ministre Hébert se disant favorable à l’interdiction des signes religieux, non seulement en éducation, mais dans le milieu de la santé. Il en était un promoteur enthousiaste.

Son ancien collègue Bernard Drainville lui a demandé en entrevue s’il appuyait le projet de loi actuel. Il a déclaré n’avoir pas d’opinion à ce sujet.

Les trudeauistes trouveront un peu courte cette réponse. Devenu trudeauiste, Réjean Hébert devra avoir une opinion là-dessus. Il devra se renier, très clairement. Et il apprendra peut-être, comme Yolande James, qu’il ne suffit pas de changer d’opinion pour passer le test. Car lorsqu’on marche sur la peinture, on laisse des traces.

Bref, la course à obstacles qu’entreprend maintenant Réjean Hébert est à haut risque. Dans le pire des scénarios, il réussirait à se faire élire dans un parti libéral qui se retrouverait dans l’opposition pour quatre ou huit ans.

Le risque mal calculé de Trudeau

Posons maintenant la question de la motivation de Justin Trudeau. On mesure mal, du Québec, combien la psychée fédéraliste d’Ottawa est encore marquée par l’aventure conservatrice de Lucien Bouchard. Brian Mulroney avait cru à la conversion fédéraliste de Lucien Bouchard, lui avait donné des portefeuilles considérables. Mais dès que la souveraineté, que chacun croyait morte (comme d’habitude)  a repris du poil de la bête, Bouchard a voulu revenir à ses anciennes amours. Il a démissionné avec fracas du cabinet pour aller former un parti, le Bloc Québécois, qui allait décimer les conservateurs au Québec.

Réjean Hébert n’est pas Lucien Bouchard, non. Mais les cercles fédéralistes ont tiré de l’épisode Bouchard la conclusion qu’il ne faut jamais faire entrer dans le cénacle un ancien souverainiste. Le risque est trop grand. Aucune profession de foi fédéraliste ne peut effacer la suspicion causée par les péchés séparatistes antérieurs.

Et il n’y a rien de pire, comme motivation, de se faire dire par une nouvelle recrue que la souveraineté n’est plus à l’ordre du jour, comme le fait Réjean Hébert. Car, si elle le redevient, à l’ordre du jour ? Les fédéraux ont déjà joué dans ce film-là,  et ils ne veulent pas de remake.

Justin Trudeau a donc un prix politique à payer en recrutant un ancien ministre de Pauline Marois. Chroniqueurs et adversaires mettront en doute la qualité de son jugement.  Ils feront tourner en boucle les déclarations d’hier du bon Dr Hébert.

Soit Trudeau a un mal fou à se trouver des candidats de valeur, soit il a mal mesuré son risque.

L’opération est donc une double course à obstacles pour Trudeau et pour Hébert.


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Message (à peine fictif) des médecins à François Legault: Mille fois merci !

Laïcité: au nom de qui Valérie Plante parle-t-elle ?

Sur la laïcité, Valérie Plante et Denis Coderre sont sur la même longueur d’onde. Mais qu’en pensent vraiment leurs électeurs ?

La mairesse de Montréal a pesé de tout son poids, hier, contre le projet de loi sur la laïcité déposé par le gouvernement québécois. L’opposition officielle à l’hôtel de ville réclame que Montréal soit exempté de son application, rien de moins !

Disons d’abord que les opinions de ces élus sont légitimes et qu’ils pourront l’exprimer dans la consultation qui précédera l’adoption de la loi par l’Assemblée nationale. Mme Plante s’insère parfaitement dans les traces de son prédécesseur Denis Coderre qui s’opposait, en principe, à ce genre de mesures mais qui avait poussé le bouchon un peu plus loin en laissant entendre qu’il n’appliquerait pas ses dispositions dans sa ville. J’étais à l’époque ministre responsable de la Métropole et je l’avais semoncé à ce sujet (Il avait même récidivé lors de la loi libérale sur l’interdiction du voile intégral, beaucoup plus timide – voir plus bas).

Valérie Plante n’a pas, pour l’instant, franchi ce pas, contrairement à la Commission scolaire du Montréal anglophone qui a clairement affiché sa volonté de ne pas appliquer la loi.

Avant d’aller plus loin, une question de base se pose. Mme Plante et les conseillers municipaux de Montréal ont le droit d’avoir des avis sur la question, mais sont-ils représentatifs de leurs électeurs ? Pour qui parlent-ils ?

Il serait utile d’avoir un sondage effectué dans les limites de la ville de Montréal pour en avoir le cœur net. Nous détenons cependant une intéressante approximation: le sondage effectué par la maison CROP en novembre dernier, donc il y a à peine quatre mois, avec un échantillon représentatif couvrant la Région Métropolitaine de Montréal.

Que découvre-t-on ?

La mairesse Plante se plaint que la loi s’applique aux policiers (et policières) de Montréal, qui sont pourtant sous son autorité. Or qu’ont répondu les Montréalais ?

Interdiction des signes religieux chez les policiers:

65% POUR, 29% CONTRE

Pour ce qui est de l’interdiction chez les enseignants, la marge est aussi forte:

58% POUR, 35% CONTRE

En fait, force est de constater que le projet de la CAQ (et, dois-je ajouter, la position du PQ que j’ai défendue et défends toujours) est MOINS SÉVÈRE que l’opinion exprimée par les Montréalais.

Le projet de loi prévoit une clause grand-père protégeant les droits acquis des policiers, enseignants et juges. Or..

56% des Montréalais sont CONTRE cette clause.
En fait, 48% (contre 44%) préféreraient que les récalcitrants soient CONGÉDIÉS !

L’excellente décision des parlementaires québécois de déplacer le crucifix hors de l’enceinte du pouvoir, le Salon bleu, n’est pas appuyée par les Montréalais:

54% auraient préféré MAINTENIR LE CRUCIFIX au Salon Bleu, contre 30% favorables à son retrait.

La conclusion coule de source. Dans ce débat, le PQ et la CAQ cherchent un point d’équilibre entre la volonté populaire favorable à la laïcité et ceux qui y sont opposés. Le PQ et la CAQ ont mis de l’eau dans leur vin, pour maximiser les chances de succès de la réforme.

Pour l’instant, on ne peut en dire autant de la mairesse. Dans le doute, peut-être devrait-elle écouter ses citoyens.


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18 septembre 2017

Lettre ouverte à M. Denis Coderre: Montréal fait partie du Québec

Monsieur le maire, cher Denis,

Vous me savez partisan d’une réelle décentralisation des pouvoirs et d’un statut pour la métropole. Je m’y étais engagé lorsque j’étais ministre de la métropole et l’ai appuyé comme chef du Parti Québécois. J’estime d’ailleurs que la loi votée par le gouvernement libéral est encore trop timide. En habitation, par exemple, j’aurais aimé donner davantage de latitude à Montréal pour mieux répondre aux besoins criants de logements sociaux et abordables.

Je dois cependant exprimer mon désaccord total avec votre tentative d’utiliser le statut de la métropole pour vous soustraire aux lois de l’Assemblée nationale portant sur la laïcité et le vivre-ensemble.

Monsieur le maire, Montréal fait partie du Québec. Les Montréalais sont membres de la nation québécoise.

Dans votre prétention d’exclure Montréal des décisions de l’Assemblée nationale, vous semblez oublier un élément essentiel. Les Montréalais sont représentés à l’Assemblée nationale par des députés de plusieurs partis. J’en suis. Les questions d’immigration et de laïcité font partie des enjeux qui déterminent le vote des électeurs montréalais au moment de leur choix de députés.

Vous indiquez avec raison que les décisions que nous pourrions prendre sur le port de la burqa ou du niqab, par exemple, aura davantage d’impact à Montréal qu’en régions. Vos collègues maires des régions pourraient utiliser votre argument et se déclarer maîtres des décisions touchant la forêt, les mines, les pêches. Ils ne le font pas.

Vos déclarations de cette semaine font craindre une dérive malsaine. Souhaiterez-vous demain soustraire Montréal de certaines dispositions actuelles ou futures de la loi 101 ? Du Code du travail ? Du Code criminel ?

Le maire et les élus de Montréal sont des personnes importantes qui doivent bien sûr être consultées sur un ensemble de sujets qui peuvent avoir un impact sur la vie dans la cité (…). Mais les décisions concernant l’avenir de la nation sont prises à l’Assemblée nationale. Montréal a droit au respect. L’Assemblée nationale aussi.

Bien cordialement,
Le député de Rosemont,

Jean-François Lisée


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Lettre ouverte à M. Denis Coderre: Montréal fait partie du Québec

Monsieur le maire, cher Denis,

Vous me savez partisan d’une réelle décentralisation des pouvoirs et d’un statut pour la métropole. Je m’y étais engagé lorsque j’étais ministre de la métropole et l’ai appuyé comme chef du Parti Québécois. J’estime d’ailleurs que la loi votée par le gouvernement libéral est encore trop timide. En habitation, par exemple, j’aurais aimé donné davantage de latitude à Montréal pour mieux répondre aux besoins criants de logements sociaux et abordables.

Je dois cependant exprimer mon désacccord total avec votre tentative d’utiliser le statut de la métropole pour vous soustraire aux lois de l’Assemblée nationale portant sur la laïcité et le vivre-ensemble.

Monsieur le maire, Montréal fait partie du Québec. Les Montréalais sont membres de la nation québécoise.

Dans votre prétention d’exclure Montréal des décisions de l’Assemblée nationale, vous semblez oublier un élément essentiel. Les Montréalais sont représentés à l’Assemblée nationale par des députés de plusieurs partis. J’en suis. Les questions d’immigration et de laïcité font partie des enjeux qui déterminent le vote des électeurs montréalais au moment de leur choix de députés.

Vous indiquez avec raison que les décisions que nous pourrions prendre sur le port de la burqa ou du niqab, par exemple, aura davantage d’impact à Montréal qu’en régions. Vos collègues maires des régions pourraient utiliser votre argument et se déclarer maîtres des décisions touchant la forêt, les mines, les pêches. Ils ne le font pas.

Vos déclarations de cette semaine font craindre une dérive malsaine. Souhaiterez-vous demain soustraire Montréal de certaines dispositions actuelles ou futures de la loi 101 ? Du Code du travail ? Du Code criminel ?

Le maire et les élus de Montréal sont des personnes importantes qui doivent bien sûr être consultées sur un ensemble de sujets qui peuvent avoir un impact sur la vie dans la cité. Les arguments que vous invoquez, par exemple, sur l’inapplicabilité de la proposition libérale quant au port du voile intégral à l’entrée des autobus sont parfaitement valides.

(Dans l’état actuel du projet de loi libéral, si on le comprend bien, certaines personnes devraient enlever leur voile si le conducteur veut vérifier que leur visage correspond à leur photo de leur carte Opus, pour éviter la fraude. D’autres qui ont un simple ticket en seraient exemptés. Ceux qui seront contrôlés pourraient demander un accommodement!) C’est évidemment absurde. Comptez sur l’opposition du Parti Québécois pour faire valoir ces arguments avec force.

Mais les décisions concernant l’avenir de la nation sont prises à l’Assemblée nationale. Montréal a droit au respect. L’Assemblée nationale aussi.

Bien cordialement,
Le député de Rosemont,

Jean-François Lisée

Métropole: le match Lisée vs Coiteux

J’ai eu le plaisir de croiser le fer jeudi soir dernier avec le nouveau ministre de la métropole, Martin Coiteux. J’ai pensé vous faire rapport et vous présenter les principaux extraits. Les voici:

1) Chômeurs montréalais ou albertains?

Jamais au cours des quatre dernières années le taux de chômage n’a-t-il été si élevé sur l`île de Montréal. Pour venir en aide aux chômeurs albertains, le gouvernement fédéral allonge de 20 semaines la période de prestations. Le ministre de la Métropole entend-il demander le même traitement pour les chômeurs montréalais ? Voyez-vous même: il n’est d’aucune utilité.

D’abord un bref fait saillant :

Puis l’intégrale de l’échange :

2) L’effet libéral sur l’emploi à Montréal

Plutôt que de reconnaître que la situation de l’emploi est préoccupante, le ministre Coiteux veut toujours blâmer le gouvernement précédent. C’est son choix. Pourtant, jamais les conditions d’un décollage de l’économie montréalaise n’ont-elles été aussi bien réunies, même en intégrant dans l’argumentaire des éléments de la propagande libérale.

D’abord un fait saillant:

Puis l’échange complet :

3) Investir dans les écoles ou pour les médecins?

En campagne électorale en 2014, le PLQ et M. Coiteux personnellement, avaient promis d’ajouter sur 10 ans 15 milliards de dollars supplémentaires. La promesse a été brisée. La seule promesse tenue, et amplifiée, fut celle de sur-rémunérer les médecins.

Un fait saillant:

L’échange complet :

4) Trudeau dans le métro et un Toit du stade sans calendrier

Nous avons eu de la visite à Montréal la semaine dernière: le premier ministre Justin Trudeau, pour faire une annonce concernant le métro de Montréal. Mais pourquoi n’y avait-il aucun représentant du gouvernement québécois à cet événement ?

Pendant la campagne électorale de 2014, Philippe Couillard avait promis de s’occuper du toit du stade « dans les premières semaines » de son mandat. Deux ans plus tard, on nage toujours dans le noir.

Un fait saillant:

L’intégrale de l’échange:

Le ministre Coiteux tente de me piéger en m’accusant de n’avoir « rien fait » sur la question du stade alors que j’étais ministre. C’est à la fois mensonger et mesquin, comme tous les acteurs du dossier le savent très bien. Mais il veut ainsi que j’utilise le temps qui m’est alloué pour me défendre, plutôt que pour le questionner. Ça n’a pas marché.

5) L’abandon honteux de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont

Le PLQ ne pouvait être plus clair en campagne électorale: le grand hôpital vétuste de l’Est de Montréal, Maisonneuve-Rosemont, a besoin d’être complètement rénové rapidement. C’était une promesse. Une promesse brisée.

Et maintenant l’intégrale:

La technique Coiteux est ici utilisée à plein. 1) l’évitement. Il fait semblant de ne pas comprendre la question et répond à côté, à répétition (peut-être ne saisit-il vraiment pas la différence entre la rénovation de HMR d’une part et les travaux déjà avancés pour l’urgence et la dialyse, d’autre part); 2) la mesquinerie. Tous les acteurs de Maisonneuve-Rosemont savent l’effort que j’ai mis sur ce dossier, tous savent que les projets de l’urgence et de la dialyse ont progressé sous notre ministre Réjean Hébert. L’abandon par le gouvernement libéral de sa promesse formelle de rénovation à la population de l’Est est honteux, la méthode Coiteux dans cet échange l’est tout autant.

En conclusion, et nous ?

Lorsque j’étais ministre de la métropole, je me faisais un devoir de répondre le plus complètement possible aux questions de l’opposition. L’alors député caquiste Stéphane Le Bouyonnec avait d’ailleurs écrit que j’étais le ministre qui répondait le plus complètement aux questions. Et si je pouvais être critique envers mes prédécesseurs, je ne manquais jamais de reconnaître leur contribution. Jamais je n’aurais agi comme le fait Martin Coiteux ici.

Quoiqu’il en soit, pour ceux qui ne se souviennent pas du travail réalisé par l’équipe du Parti québécois dans la métropole pendant nos 18 mois de pouvoir, en voici un aperçu :

Lire: Pauline et le pouvoir au quotidien

Comme tous les samedis, mes suggestions de lecture.

Pauline Marois au microscope

9782764634356Je me souviens d’avoir surpris Dominique Lebel dans son minuscule bureau de l’absurdement labyrinthique cabinet de la première ministre, rue Sherbrooke à Montréal. Il avait la tête dans les mains.

« Tu as l’air accablé ». Il l’était. Un article du matin avait fait déraper une négociation qui aurait du mieux se passer et qui allait ajouter à nos épreuves du début 2013.

J’avais applaudi à deux mains l’arrivée de Dominique autour de Pauline Marois, car cet ancien des jeunesses péquistes, de cabinets de Jean Doré et Gilles Baril, devenu entrepreneur et haut dirigeant de Cossette, me semblait superbement doué pour aider le nouveau gouvernement à surmonter une tare congénitale au Parti québécois: la difficulté à communiquer.

Dans son journal politique, Dans l’intimité du pouvoir, Dominique met en forme et livre une partie de ce qu’on le voyait écrire dans ses petits carnets noirs, du jour de notre élection en septembre 2012 à celui de notre défaite en avril 2014. La difficulté de communiquer n’est nulle part aussi évidente que dans le récit quotidien qu’il fait, en fin de livre, du naufrage que fut la campagne électorale de 2014.

Mais cette finale glauque, où Pauline perd le contrôle de l’agenda et n’a plus prise sur le réel, arrive en contrepoint de tout le récit qui précède où, au contraire, la première ministre apparaît au pouvoir comme une personne complètement aux commandes, complètement impliquée, complètement dédiée au bien commun.

Dominique ayant été responsable des dossiers économiques, le livre peut pêcher de ce tropisme. La présence et le poids des acteurs économiques surprendra le lecteur qui croit le PQ étranger à la chose. L’insistance de la première ministre à suivre personnellement les grands dossiers d’investissement pour stimuler la croissance et l’emploi, les rencontres à répétition avec les investisseurs étrangers (contribuant à la récolte record de 1,3 milliards $ d’investissement étrangers à Montréal en 2013), son cadrage personnel des négociations avec l’Europe ou avec Pétrolia, autant de signes tangibles, et trop peu connus, de l’engagement de Pauline pour l’économie et l’emploi. (Note partisane: si le PLQ n’avait pas mis à la poubelle notre politique économique Priorité Emploi, que tous avaient applaudi, le Québec n’irait pas si mal qu’aujourd’hui.)

L’auteur arrive bien à faire comprendre au lecteur l’inimaginable pression qui s’exerce au quotidien sur l’équipe d’un chef de gouvernement. Il entrelarde ses journées infernales de touches familiales (il a trois filles), de son jogging dans les villes du Québec et du monde où l’entraîne sa patronne et de notes sur ses lectures du moment et, cela est un tantinet agaçant, du nom de tous les excellents restaurants où il casse la croûte.

On apprend toujours des choses

Apprend-t-on des choses ? Oui, mais pas de scandale. Ministre de ce gouvernement, membre du Comité d’orientation et du comité ministériel sur l’économie (j’étais au commerce extérieur), j’y ai appris que l’équipe Marois avait envisagé une prise de participation stratégique dans l’aluminium, alors en grave difficulté donc plus abordable, puis l’avait écarté. Tiens donc.

J’y trouve la confirmation que la CAQ avait envoyé des signaux clairs de sa volonté de ne pas nous renverser au budget 2014, ce qui nous aurait donné le loisir de gouverner plus longtemps. (Je l’avais appris, d’une autre source, après le déclenchement de l’élection ce qui m’avait mis de fort méchante humeur.) Les membres du Comité d’orientation auraient sans doute aimé en être informés avant de conseiller la première ministre sur l’opportunité de déclencher l’élection. Je ne dis pas que la recommandation aurait été différente, et Dominique rend un grand service en racontant comment il semblait logique pour tous de déclencher en mars 2014 —  ce qui semble en rétrospective ahurissant.

Il y a des passages qui font sourire. Dominique semble surpris que, lors d’une réunion du Comité d’orientation en octobre 2013, s’enclenche sur la Charte une discussion « beaucoup plus houleuse que prévu ». Puis il ajoute: « Les ministres argumentent en sachant très bien que les choses vont suivre leur cours ». Façon de dire: cause toujours !

Il confirme dans un autre extrait l’absolue prépondérance des équipes du ministère des Finances dans tout les débats ayant un angle économique :

« Martine Ouellet et Bernard Lauzon viennent me rencontrer au cabinet de Montréal. Je les reçois dans mon bureau dénudé aux chaises dépareillées. Lauzon était le conseiller économique de Jacques Parizeau avant d’entrer dans la fonction publique au milieu des années 1990. Il est aujourd’hui haut fonctionnaire aux ressources naturelles. Lui et Martine Ouellet viennent discuter du dossier des redevances minières. Lauzon a fait ses propres calculs et projections et il me présente le résultat de ses recherches à la manière d’un professeur d’université. Ses résultats sont très différents de ceux des Finances. Je me dis qu’il faut quand même être culotté pour faire soi-même des projections qui viennent contredire celles de la batterie d’experts du ministère des Finances. J’admire l’audace, mais je ne vois pas bien à quoi rime tout ça. »

Dominique admet par la suite que nous avons beaucoup déçu dans ce dossier des redevances, dont une hausse marquée était une promesse électorale clé. La chute rapide des cours des métaux rendait le pactole promis inatteignable, mais Martine avait la conviction que les Finances sous-estimaient le potentiel encore disponible. Le témoignage du conseiller Lebel montre qu’il n’était tout simplement pas la peine de tenter de contredire, même avec la science déployée par un des élèves les plus brillants de l’économiste Parizeau, les conclusions des Finances. (En fait, sous Parizeau, on disait que le budget était « le budget Lauzon » tellement il y était impliqué.) J’aime à penser qu’à la place de Dominique, j’aurais organisé un débat entre Lauzon et l’expert des Finances sur ce dossier, devant moi et au moins un expert externe, pour aller au fond des choses et conseiller correctement la première ministre.

Je pourrais encore chipoter* sur tel ou tel dossier, par exemple lorsqu’il s’étonne que « la commande qui paraissait acceptable à l’automne s’est transformée en cauchemar au contact du réel. » Le conseiller semble n’avoir pas capté les signaux d’alarme envoyés par les ministres.

Plus globalement, je conseille au lecteur de lire d’abord les 3 dernières lignes de la page 422 et les sept premières de 423 du livre (6 avril 2014, juste avant la défaite) et ensuite la page 19 (10 septembre, six jours après l’élection de 2012)**.

Plus on connaît Couillard, plus on s’ennuie de Pauline

Il y a maintenant deux ans que les Québécois ont collectivement décidé de ne pas renouveler leur confiance à Pauline Marois. La période de deuil est terminée. La comparaison avec celui qui fut choisi à sa place peut se déployer.

Une des critiques les plus féroces de Pauline a ouvert le bal, dimanche dernier, dans Le Journal de Montréal. Lise Ravary. Extrait:

« Madame Marois, mea culpa

Il m’est déjà arrivé d’écrire que le gouvernement Marois se classait parmi les pires des 50 dernières années. Mea culpa. Malgré les cafouillages et les débordements autour de la charte des valeurs, il y a avait de la vie dans ce gouvernement, de l’intelligence, de la passion, des débats.

On pouvait ne pas être d’accord avec les choix de Pauline Marois, mais autre chose que du fluide glacial coulait dans ses veines.

Le refus de Philippe Couillard de prendre en considération les préoccupations sur la langue, l’immigration ou l’islamisme témoigne d’une distance malsaine avec l’électorat. »

Le livre de Dominique Lebel arrive à point pour rappeler à ceux qui l’ont déjà su et apprendre à ceux qui ne le savent pas, combien les Québécois étaient choyés d’avoir au gouvernail une femme de la trempe de Pauline Marois.

Son énergie, son honnêteté intellectuelle, son ouverture, sa détermination se déploient, à chaque page de ce journal politique. Il lui arrivait — rarement — de perdre pied. Et je termine en citant cette entrée de journal du lendemain d’un jour difficile. Car c’est exactement la Pauline telle que nous l’avons connue:

« Mardi 11 juin 2013.

Madame apparaît, radieuse. Le contraste est saisissant. La femme hésitante du caucus de la veille a laissé place à la battante. Chaque jour est un jour nouveau. Sa capacité de rebondir semble n’avoir aucune limite. C’est probablement l’une de ses grandes forces, cette manière de repartir à neuf chaque matin. »

*   *   *

*Ce genre de journal est inestimable pour les chercheurs, journalistes et historiens. Il est donc impardonnable que l’éditeur n’ait pas prévu d’index.

**Note à Dominique: tu vois, avec cette énigme, je vais mousser tes ventes !

J’ai aussi corrigé sur ma page Facebook deux inexactitudes me concernant.

À votre tour !

Vous l’avez lu ? Commentez-le ou faites des suggestions.

Pour les précédentes recensions, c’est ici.

3 péages sur les ponts fédéraux de Montréal ? Quels dommages ?

Avec mes collègues Martine Ouellet et Stéphane Bergeron, j’ai réclamé ce jeudi que le gouvernement québécois se penche sérieusement sur les impacts qu’aurait le scénario envisagé cette semaine par Ottawa d’imposer des péages non seulement sur le futur pont Champlain, mais également sur Jacques-Cartier et sur Honoré-Mercier.

 

Il est particulièrement inquiétant que le ministre responsable des Transports et ministre responsable de la région métropolitaine, Robert Poëti, affirme ne pas vouloir lire les études actuellement disponible et ne semble pas intéressé à avoir des munitions, ne semble pas intéressé à vouloir documenter l’impact négatif qu’aurait ce péage ou ces péages sur la région métropolitaine.

Puisque maintenant il est avéré que le gouvernement fédéral songe à un péage sur trois ponts, nous lui demandons de commander une étude québécoise du ministère des Transports à des exports locaux ou internationaux sur l’impact qu’aurait un péage sur trois ponts sur la congestion routière et sur l’économie de la région métropolitaine. Que le gouvernement du Québec ait ces munitions, que le gouvernement du Québec documente l’impact d’une décision aussi grave prise unilatéralement par le gouvernement fédéral. Nous souhaitons que le gouvernement du Québec se mette à se tenir debout, à se préoccuper de la chose, à documenter les impacts et à pouvoir débattre avec le gouvernement fédéral sur la base de faits scientifiques avérés.

 

Nous avons également interrogé le ministre Poëti à l’Assemblée ce jeudi:

AJOUT: Comment Ottawa compte AUGMENTER la congestion à Montréal, au profit des riches !

Avec le péage sur Champlain, Ottawa propose d'augmenter la dose de congestion à Montréal

Avec le péage sur Champlain, Ottawa propose d’augmenter la dose de congestion à Montréal

Le rapport commandé par Ottawa sur l’impact d’un péage sur le pont Champlain était secret. Ottawa voulait le garder secret. Le ministre québécois des transports, et de la métropole, Robert Poëti, trouvait normal qu’il reste secret.

On sait maintenant pourquoi. Radio-Canada l’a obtenu et ses résultats sont catastrophiques.

Un péage sur le Pont Champlain provoquerait un déplacement de circulation vers les autres ponts et en ferait exploser l’utilisation. Le Pont Jacques-Cartier serait utilisé à 135% de sa capacité. Le Pont Victoria ? à 175% !

« Le péage aurait pour effet de réduire la circulation sur le nouveau pont et cela soulève des inquiétudes parce que la circulation détournée ne peut être absorbée ailleurs sur le réseau, » note l’étude.

Or que se passera-t-il aux abords des Ponts Jacques-Cartier et Victoria ? Des embouteillages monstres à Longueuil et dans l’Est de Montréal, aux artères-clés Papineau et Sherbrooke.

Ottawa nous propose donc un cauchemar de la congestion montréalaise, alors même que nous savons que la congestion chronique coûte entre un et trois milliards de dollars à l’économie montréalaise, en ce moment. On a peine à imaginer le coût supplémentaire que la congestion Made-in-Ottawa va coûter.

Ce mercredi, le Directeur parlementaire du budget, à Ottawa, a déposé son propre rapport sur l’impact d’un péage. On y trouve ce graphique percutant:

péage

Le message est clair: les faibles revenus et les membres de la classe moyenne refuseront de payer. Ils préféreront les bouchons. Donc: les riches pourront traverser le fleuve rapidement !

Ottawa veut construire, avec notre argent, un pont qui va servir aux riches. Et qui va appauvrir l’économie montréalaise et créer une congestion quasi-permanente aux deux bouts des autres ponts Montréalais ! Bravo !

Le ministre Poëti a réitéré ce mercredi son opposition au péage. Merci. Mais se souvient-il que lorsqu’il est arrivé en poste, il a déclaré que son arrivée, et celle du gouvernement Couillard, allait « donner de meilleurs résultats » avec Ottawa. « C’est le début d’une collaboration qui va faire des gagnants », a-t-il dit.

Pour l’instant, elle ne fait que des perdants. Est-ce un des coûts, tangibles, de notre appartenance au Canada ? Est-un des coûts, inévitables, de la non-indépendance ?