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Le retour au pouvoir du Parti libéral en 2014 a été une catastrophe pour les régions du Québec. Avec l’abolition des Centres locaux de développement (CLD) et des Conférences régionales des élus (CRÉ), puis la centralisation sans précédent du réseau de la santé et des services sociaux par la création de gigantesques CIUSS dont les PDG sont nommés directement par le ministre, les régions ont perdu non seulement des budgets, mais aussi l’expertise et les lieux de concertation qu’elles avaient développés au fil des années.
En éducation, en santé, en développement régional, l’approche libérale, depuis deux ans, a été d’annoncer à l’improviste des changements de structures, sans consulter les gens, sans chercher à déterminer ce qui fonctionne, sans établir d’objectifs précis et sans accompagner les gens dans le changement. L’effet libéral a consisté à plonger dans l’incertitude et sans direction l’ensemble des régions, laissant les gens incapables de planifier et même de savoir s’ils conserveront leur emploi.
Ne pas imposer de nouveaux changements de structures
Après ces chambardements brutaux et néfastes, un gouvernement du Parti Québécois sous ma direction n’imposerait pas de nouvelles structures. Il faut laisser retomber la poussière et, surtout, mettre fin aux changements de structures imposés par Québec. Après deux ans de désastre libéral, les gens commencent à peine à trouver de nouvelles manières de travailler ensemble. Il faut examiner les forces et les faiblesses des modèles qui se dégagent avant d’introduire d’autres changements.
Dans une course à la chefferie, chaque candidat annonce généralement ce qu’il fera s’il est porté au pouvoir. Mais j’aime innover. J’annonce cette fois-ci ce que je ne ferai pas. Si je suis élu chef du Parti Québécois puis Premier ministre du Québec, je m’engage auprès des acteurs régionaux à ne pas imposer de nouveaux changements de structures.
Faire les choses dans l’ordre
Je propose d’agir de façon ordonnée en respectant des principes clairs :
Reconnaître que les régions ont besoin de moyens en rétablissant, sur la période allant de 2019- 2020 à 2020-2021, les budgets de 83 M$ qui étaient consacrés au développement local et régional et qui ont été sabrés par le PLQ
Reconnaître que les régions sont différentes les unes des autres en évitant d’imposer un modèle unique qui réponde uniquement aux besoins de certaines d’entre elles.
Appuyer tout changement sur un diagnostic précis et partagé, puisque les réformes qui réussissent sont celles qui reposent sur une lecture commune de la situation et sur une relation de confiance.
Pour dégager cette lecture commune, je propose de créer un Forum du pouvoir local qui fera le tour des régions afin de redessiner la décentralisation à l’horizon 2020. Ce forum devra dégager des propositions de décentralisation ambitieuses, mais aussi respectueuses des réalités de chaque région, de même que de l’expertise et des lieux existants de concertation.
J’ai déjà pris des engagements importants qui profiteront aux régions, notamment :
associer étroitement les municipalités à l’initiative Priorités PME afin de réduire le fardeau réglementaire des petites et moyennes entreprises québécoises, d’offrir aux nouvelles entreprises un cadre règlementaire allégé pendant leurs cinq premières années.
D’autres propositions de respect et de renforcement des régions suivront au cours de la campagne à la direction du Parti Québécois.
Les questions environnementales ne doivent pas diviser et se poser comme des obstacles au développement économique des régions. C’est pourtant ce que fait le gouvernement de Philippe Couillard en faisant fi de l’acceptabilité sociale des projets de développement dont il fait la promotion. Le dossier du port de Gros-Cacouna illustre bien sa mauvaise gestion alors que les phases de test du projet de port pétrolier se sont réalisées au mépris des connaissances scientifiques sur les espèces menacées.
Cette vieille façon d’aborder les questions environnementales est désastreuse pour l’environnement, comme pour la réputation du Québec. Le gouvernement de Philippe Couillard s’entête pourtant dans la voie de l’improvisation. Personne ne s’oppose au développement économique, mais, ce développement doit faire l’objet d’un large consensus et dans le respect du développement durable et des prochaines générations !
La disposition de 1867 qui accorde au gouvernement fédéral la juridiction sur les projets d’infrastructures interprovinciaux n’est pas adaptée à la réalité écologique, politique et économique d’aujourd’hui. Ainsi, des projets comme Énergie Est de TransCanada et même des projets approuvés comme celui de Northern Gateway, se trouvent compromis ou retardés par des jugements de cour, et cela parce qu’Ottawa n’a pas respecté son devoir de consultation.
Les Québécoises et les Québécois à juste titre exigent des processus d’évaluation et de consultation fiables dans les dossiers en environnement.
Je m’engage donc à modifier le fonctionnement de ces processus en environnement au Québec et à renforcer la législation pour qu’ils se fassent dans le bon ordre, c’est-à-dire que les avis de projet et les études d’impacts devront se faire AVANT le début des audiences du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE).
Je propose de mettre en œuvre un mode de fonctionnement « digne du 21e siècle », et ce, grâce à une série de mesures, dont les suivantes :
Modifier le Règlement sur l’évaluation et l’examen des impacts sur l’environnement pour y inclure une obligation d’évaluation de l’augmentation des gaz à effet de serre (GES) afin d’en tenir compte au moment des études d’impacts sur le territoire du Québec ;
Mener les consultations du BAPE dans des lieux accessibles et à des moments convenables pour les participants afin de doter le BAPE d’un système de consultations publiques plus respectueux des groupes de citoyens ;
Assurer un financement du BAPE pour permettre la participation des citoyens et groupes intéressés ainsi qu’obliger les promoteurs à rendre public et accessible une version française de tous les documents déposés au BAPE et ce, AVANT le début des consultations ;
Interdire la conclusion d’ententes financières entre des corps publics et des promoteurs avant l’approbation d’un projet par le BAPE. Les élus conserveront ainsi leur liberté pour intervenir au nom de l’intérêt général des gens qu’ils représentent. Une fois négociées, ces ententes devront être publiques et déposées au conseil municipal ou autre instance publique pour discussion avant adoption ;
Prendre l’engagement qu’aucune étape, incluant les phases d’essais techniques ou de prospection, de projets majeurs d’infrastructure dont la construction sera projetée à proximité de sites abritant des espèces en péril ne pourra se faire avant une évaluation et une recommandation du BAPE.
Un Protecteur des Habitats naturels fragiles et des Espèces menacées
J’entends aussi créer le poste de Protecteur des Habitats naturels fragiles et des Espèces menacées du Québec. Nommé par l’Assemblée nationale, il aurait notamment pour mandat d’aviser le gouvernement en amont de tout projet susceptible de compromettre les espèces et habitats menacés, pour éviter l’irrémédiable. Le protecteur pourrait intervenir pour prévenir et le non-respect des lois, les abus, la négligence, l’inaction ou les erreurs commises à l’égard d’un habitat naturel fragile ou d’espèces menacées.
À l’exemple du Protecteur du citoyen qui ne dispose d’aucun pouvoir de contrainte, mais dont plus de 97 % des recommandations sont acceptées, ce protecteur aurait ce poids moral qu’un ministre ne pourrait difficilement ignorer.
En matière de protection de l’environnement comme en matière de développement économique, il faut offrir des réponses claires, compréhensibles et prévisibles. Le cadre que je propose répond à ces critères et permettra à la fois d’assurer un développement vraiment durable et d’éviter les erreurs du passé.
J’ai pris connaissance des conditions émises par Paul Saint-Pierre Plamondon pour le déclenchement d’un référendum sur l’indépendance. Il faudrait selon lui que 20% des électeurs du Québec signent un registre réclamant la tenue de ce référendum, soit 1,2 million de personnes, et qu’un sondage gouvernemental à large échantillon démontre qu’au moins 45% des répondants souhaitent voter Oui.
Je respecte la volonté de notre collègue candidat d’asseoir le déclenchement d’un référendum sur une volonté populaire conséquente, mais il me semble que sa proposition mène à tout sauf à l’indépendance.
Il lui manque deux ingrédients indispensables: le leadership et la volonté politique.
Il ne faut pas se conter d’histoire, si l’indépendance du Québec pouvait surgir d’une volonté populaire réelle et déterminée — un peu comme celle des peuples des états baltes n’attendant que le départ des tanks russes pour se libérer — alors notre indépendance serait faite depuis au moins un demi-siècle.
Nous sommes plutôt en présence d’un peuple coincé dans une impasse politique néfaste mais qui, comme le disait René Lévesque, n’est pas le goulag. Sortir le Québec de cette impasse, lui faire franchir l’étape de l’indépendance, demande un acte de volonté politique fort et déterminé, de la part des indépendantistes eux-mêmes.
Dans un dialogue avec une citoyenneté dont, en ce moment, un quart seulement est fermement indépendantiste, puis un autre quart est nationaliste, le mouvement souverainiste doit fixer un objectif ferme mais raisonnable, travailler méthodiquement pour l’atteindre, mobiliser, engager des cohortes toujours plus grandes dans le mouvement, puis inviter la population à franchir le pas.
Nous avons failli être indépendant en octobre 1995. Peut-être, d’ailleurs, avons-nous gagné ce référendum.
J’y étais, aux côtés de Jacques Parizeau, comme conseiller à la stratégie référendaire. Il aurait été impossible, à l’époque, de réunir un million de signatures dans un registre. À plusieurs reprises, dans l’année entre l’élection de septembre 1994 et le référendum d’octobre 1995, les sondages montraient la souveraineté sous la barre proposée des 45 %. Les conditions proposées par Paul n’auraient pas été réunies.
Jacques Parizeau avait préparé minutieusement le terrain pendant les six années précédentes. Puis il avait fixé l’objectif et, contre vents et marées, s’y était tenu. Et il y avait des vents. Et il y avait des marées. Un jour de mars 1995 alors que nous étions dans un creux de vague, que les sondages étaient pourris, que plusieurs de nos alliés suppliaient le premier ministre d’annoncer qu’il était possible qu’il n’y ait pas de référendum, il nous demanda, à quelques conseillers réunis dans son bureau: « Y a-t-il encore quelqu’un au Québec qui veut un référendum en 1995? »
Je lui répondis: « Je crois qu’ils sont tous dans cette pièce, M. le premier ministre. »
Il savait qu’une fois les préparations faites, il faudrait, certes, s’adapter à la conjoncture, négocier, transiger. Mais, disait-il souvent avec son rire communicateur: « pour la souveraineté, la maison est prête à tous les sacrifices ».
À tous, sauf à celui de fléchir dans la volonté politique d’atteindre l’objectif. Car il savait que sa détermination à tenir un référendum était la clé de la totalité de la mobilisation. Hésiter sur l’objectif, une fois fixé, c’était s’assurer d’échouer.
Une grande leçon que j’entends appliquer à la lettre.
Ma proposition de prendre les six années qui nous séparent de 2022 pour se préparer, diffuser nos arguments, convaincre la jeunesse, rassurer les aînés, faire d’importantes percées chez les non-francophones, est animée par un objectif clair: demander aux électeurs en octobre 2022 le mandat de réaliser l’indépendance, puis le faire dans le mandat qui s’ouvrira à ce moment-là.
Sans cette échéance, rien ne se fera. Sans volonté politique, le statu quo peut dormir tranquille.
« Il n’est pas interdit d’être habile », disait encore M. Parizeau. Oui, mais il est interdit, si on veut réaliser l’indépendance, d’être immobile.
En tant que Québécois, nous avons une double responsabilité face au projet de pipeline Énergie Est, qui traverserait de part en part notre territoire pour vendre à l’étranger un des pétroles les plus polluants au monde.
1) Notre responsabilité envers l’eau de nos rivières, de nos lacs et envers le fleuve Saint-Laurent
Si ce pipeline devait être construit, il traverserait pas moins de 860 de nos cours d’eau, de nos plans d’eau et le fleuve Saint-Laurent lui-même.
La question n’est pas de savoir s’il y aura des déversements: tous les pipelines en produisent. La question est de savoir quand et de quelle ampleur ces déversements seront.
Le pétrole bitumineux qui se déverserait serait mélangé à un diluant chimique qui rendrait le nettoyage encore plus difficile que pour un déversement pétrolier normal. Une fuite pendant les mois d’hiver poserait un défi environnemental quasi insoluble.
Le Québec est dépositaire d’une des plus grandes réserves d’eau douce au monde. Nous avons le devoir de la préserver. Nos cours d’eau et notre approvisionnement en eau potable doivent tout simplement primer sur la volonté commerciale d’exporter du pétrole depuis l’Alberta vers l’étranger.
2) Notre responsabilité envers la planète, pour freiner le réchauffement
Il y a une certitude : si toutes les réserves de pétrole des sables bitumineux étaient exploitées, la quantité de gaz carbonique produit rendrait simplement impossible l’atteinte des cibles internationales de réduction des gaz à effet de serre. Impossible. Permettre à ce pétrole de sortir de terre, en lui offrant un point de passage vers l’Est, contribuerait à faire échouer l’effort international de maintenir à moins de 2 degrés d’ici la fin du siècle le réchauffement de la planète.
Ce pétrole est quatre fois plus polluant que le pétrole actuellement importé par le Québec depuis la Mer du Nord, Terre-Neuve ou l’Algérie. Accepter de le laisser passer, c’est provoquer une émission annuelle de GES plus importante que celle émise par les sept millions de voitures et de camions que compte le Québec.
Le plus grand service que nous, Québécoises et Québécois, pouvons rendre à la planète sera de contribuer à ce que ce pétrole reste dans le sol pour toujours.
Comment un gouvernement du Parti québécois s’y prendrait-il ?
Un gouvernement du Parti québécois que je dirigerais utiliserait tous les leviers légaux, réglementaires, judiciaires et politiques pour faire échouer le projet de pipeline de Transcanada.
J’annonce à l’avance à nos voisins canadiens que mon gouvernement serait impitoyable dans l’application zélée de nos règles québécoises et municipales existantes ou à venir. À tel point qu’il serait vraiment préférable que ce projet soit abandonné, comme ont été abandonnés des projets semblables vers les États-Unis ou vers la Colombie-Britannique.
Tous devraient savoir que l’acceptabilité sociale n’est pas au rendez-vous. Les municipalités de la Communauté métropolitaine de Montréal, notamment Laval, Lévis et un grand nombre d’autres ont exprimé leur opposition. Les Premières Nations sont également opposées.
Les forces en présence
Le nouveau premier ministre Justin Trudeau a laissé entendre, pendant la campagne électorale de l’an dernier, que cette acceptabilité était nécessaire pour donner le feu vert au projet. Certains ont pu croire qu’il se rangerait ainsi du côté des opposants.
Depuis qu’il est élu, il a ouvert son jeu. Dans une entrevue à La Presse en février, il a été on ne peut plus clair:
« Une responsabilité fondamentale de n’importe quel premier ministre canadien, c’est de permettre à nos ressources de se rendre vers les marchés », a affirmé M. Trudeau, soulignant les efforts au tout début de la colonisation pour exporter la fourrure des castors et les poissons, les efforts subséquents des gouvernements pour faciliter l’exportation du blé ou du bois.
« Il n’y a personne au Canada qui veut voir du développement économique qui va bousiller l’avenir de nos enfants, de nos communautés, de notre monde. Mais en même temps, on sait qu’on a besoin de développer l’économie, on a besoin d’exporter nos ressources de façon responsable », a-t-il dit.
Le pipeline sera donc un enjeu majeur des relations entre le Québec et Ottawa pendant les années qui viennent. Au Québec, le pipeline a des alliés:
Le premier ministre libéral Philippe Couillard a sans doute révélé le fond de sa pensée en début de mandat, lors qu’interrogé sur cette question par le chef du Parti québécois Stéphane Bédard en septembre 2014:
« si le pétrole, au Canada, peut circuler d’est en ouest, ce qu’il fait depuis des décennies, il faut également qu’il circule d’ouest en est. […]
Le gouvernement fédéral dépense 16 milliards de plus qu’il ne perçoit au Québec et une grande partie de cette richesse provient de l’exploitation des hydrocarbures dans l’ouest du pays […]
[La] protection de l’environnement est inégalée au Canada par rapport à ce qui se fait dans d’autres pays.
Maintenant, je voudrais bien qu’on laisse penser aux Québécois qu’ils sont dans un autre pays, mais ils sont Québécois, ils sont Canadiens, et il faut qu’on participe à l’économie canadienne.
Bref, selon notre premier ministre, « il faut » que le pétrole circule d’ouest en est. Le reste est, finalement, une question de détails. Et il se fie sur le gouvernement fédéral pour bien protéger nos lacs, rivières et villes, comme il l’a si bien fait dans le contrôle du transport ferroviaire du pétrole à Lac-Mégantic !
Le chef de la Coalition Avenir Québec, François Legault, a une autre approche. Il veut mettre nos lacs et nos rivières aux enchères:
«Si l’Alberta fait passer des milliards de dollars de baril de pétrole pour l’exportation, je pense que ce serait normal que le Québec obtienne des milliards de dollars de redevances. »
Bref, en bon comptable, François Legault veut avoir son prix. Lui premier ministre, si l’Alberta fait un assez gros chèque, il sera prêt à mettre en péril notre eau douce, notre eau potable, notre fleuve. Si l’Alberta fait un assez gros chèque, il sera prêt à contribuer au réchauffement climatique.
Ma position
Si je suis choisi chef du Parti québécois puis premier ministre, ma position sera claire et déterminée. Pendant le premier mandat du Parti québécois, mon gouvernement mettra tout en oeuvre, dans le cadre de la loi, pour rendre la vie impossible aux promoteurs du pipeline.
Et en obtenant en 2022 le mandat de réaliser l’indépendance, le Québec pourra, souverainement, dire un non définitif à ce projet insensé.
Je vous jure, on en apprend des choses en remontant le fil des communiqués officiels de notre premier ministre canadien, M. Justin Trudeau.
En trois mois, de la fin mars au début juin, le chef du gouvernement d’un pays du G7 a confirmé que 1) la Reine Esther et son oncle Mordecai ont bel et bien sauvé le peuple juif de Perse, quoi qu’en disent les historiens de l’Antiquité; 2) Jésus Christ est bien mort et ressuscité, quoi qu’en pensent les Canadiens pratiquant d’autres religions; 3) Bouddha a réellement vécu et il faut donc en célébrer la vie et les enseignements, même si la trace historique reste, disons, ténue; 5) le prophète Mahomet a bel et bien reçu le Coran grâce à une révélation divine.
Évidemment, il n’y a rien de nouveau ni de condamnable à ce qu’une figure politique, y compris un chef de parti ou de gouvernement, souligne dans une déclaration – de plus ou moins 144 caractères, cela importe peu – la fête religieuse d’une partie des citoyens.
M. Trudeau et ses communiqués offrent cependant le parfait exemple de ce qu’il ne faut pas faire. Multiculturel jusqu’au bout des ongles, notre premier ministre semble avoir décidé qu’il devait également être multiconfessionnel et revêtir successivement les croyances, et en certains cas les vêtements, de chaque grande religion pratiquée au Canada. Le fait qu’elles soient en plusieurs cas intrinsèquement contradictoires ne semble pas l’indisposer.
Le problème réside dans la validation, par communiqué de l’État, de thèses religieuses. Ce n’est ni sa tâche ni sa place d’affirmer que telle ou telle croyance est réelle ou fausse. Les valider toutes ne change rien à l’affaire.
Il y a un second problème : quand célèbre-t-on, et valide-t-on, les convictions des 40% de Canadiens qui affirmaient l’an dernier ne pas se définir comme « une personne religieuse » et les 12% supplémentaires se décrivant comme des « athées convaincus » ? [1]
Même sans la dérive trudeauiste, la pratique voulant que des chefs politiques saluent les fêtes religieuses mérite réflexion. C’est exactement ce que j’ai indiqué lorsque mon collègue Alexandre Cloutier a souligné la fin du Ramadan, un événement effectivement majeur de la vie de nos concitoyens musulmans même si – il est bon de le savoir – les deux-tiers d’entre eux ne sont pas pratiquants. « Il faut réfléchir à tout ça » ai-je écrit dans un gazouillis, sans vouloir jeter la pierre à qui que ce soit.
Car c’est entendu : au XXIe siècle, les questions religieuses s’imposent pour de bon dans l’actualité internationale et locale. Les enjeux de la laïcité, de la neutralité de l’État, de notre rapport au religieux, modéré et radical, feront durablement partie de notre quotidien.
J’ai déjà établi le cadre dans lequel je concevais le vivre-ensemble québécois pour l’avenir. D’abord dans ma proposition de remplacer le multiculturalisme et l’interculturalisme par ce que je nomme la « concordance culturelle », qui invite chacun à partager le tronc commun qui définit ce qu’est être Québécois[2].
J’ai ensuite indiqué quels progrès réels, pour la laïcité et la neutralité de l’État, je souhaiterais réaliser dans le premier mandat d’un gouvernement que je dirigerais[3].
Cela ne dit cependant rien sur l’attitude que le chef de parti ou de gouvernement doit adopter avec les communautés religieuses. Il y a ses rapports personnels, évidemment. S’il est croyant et pratiquant, il croit et pratique en toute transparence, sans y emmêler la vie politique. (S’il souhaite assister à des rencontres de prière, il ne le fait pas en tant que premier ministre et n’y convie pas ses partisans, par exemple.)
Puis il y a ses rapports officiels. Je ne prétends pas qu’il y ait un seul mode d’emploi à cet égard, mais voici l’état de ma réflexion pour l’instant.
Si on peut voir les présidents de la CSN ou du Conseil du Patronat dans leurs bureaux, on peut certes rencontrer l’évêque à l’Évêché et le Rabbin dans son bureau de la Synagogue. Les chefs religieux sont des interlocuteurs valables de la société civile.
De même lors du décès d’une personnalité importante, il est normal de l’accompagner dans le rite, et dans le temple, de son choix.
Mais pour le reste, il me semble que le chef de parti et de gouvernement qui se veut un gardien de la laïcité et de la neutralité de l’État devrait s’abstenir de participer à des rituels religieux (ou faisant la promotion de l’athéisme, d’ailleurs). A fortiori d’en revêtir les symboles.
Il ne devrait pas cautionner, par sa présence, des pratiques religieuses consacrant, par exemple, l’inégalité entre les hommes et les femmes.
Idem pour les fêtes religieuses. Elles existent, il n’est pas interdit de les souligner mais, à mon humble avis, il est préférable que l’État ne s’en mêle pas. Ce serait, en tout cas, ma pratique comme chef.
Notre calendrier civil a pris comme jours fériés des dates qui sont issues de notre patrimoine chrétien (Pâques, Noël), qui les avait d’ailleurs recyclées de pratiques païennes antérieures et qui recoupent les fêtes de certaines autres religions. Leur célébration a donc perdu son caractère religieux.
Je comprends la volonté de se montrer ouvert à l’autre en saluant des moments forts de leur vie. Mais il me semble important de trouver d’autres façons de le faire. Signaler systématiquement les fêtes religieuses contribue, il me semble, à définir les communautés par la religion, plutôt que par leurs autres attributs.
La vie communautaire de nos citoyens d’origine nord-africaine ou moyen-orientale ne se réduit pas à son aspect religieux. J’ai célébré le 24 juin avec la communauté kabyle, on m’a vu au lancement du Festival du Monde Arabe ou au banquet annuel où la communauté maghrébine remet des prix à ses membres les plus talentueux.
Saluer les fêtes nationales des pays d’origine des plus importantes mères patries de nos communautés est également une façon de démontrer l’estime qu’on leur porte. J’étais ainsi présent à la célébration de la fête nationale roumaine, plus tôt cette année, de celle de la République italienne, le deux juin dernier, et je compte saluer ces fêtes nationales chaque fois que je le peux. (Je serai au pique-nique de la fête nationale française, à Longueuil, ce 14 juillet !)
Les communautés regorgent d’associations de professionnels, de chambres de commerce, d’événements culturels. C’est à leurs invitations qu’il faut répondre et on trouve, là, comme dans n’importe quelle autre association québécoise, des dévots, des non-pratiquants, des athées. On s’adresse à toutes et à tous, sans s’enfarger dans des différends théologiques.
J’ai plusieurs fois indiqué que, premier ministre, j’instaurerais une pratique robuste de recrutement de membres de la diversité pour que la fonction publique québécoise reflète enfin correctement la diversité sociale du Québec. J’ai proposé une série de mesures pour assurer le succès économique des néo-québécois[4].
Il ne s’agit aucunement, là, de religion. Il s’agit de travailler réellement, concrètement, passionnément, pour assurer le succès et l’intégration de tous les Québécois d’adoption. Il me semble que c’est ainsi qu’on fait la vraie preuve de son ouverture à l’autre.
Pour l’anecdote, le premier juillet, moi l’indépendantiste ai même tweeté, « bonne fête à tous les Canadiens ». En français et en anglais !
Je pense être le seul candidat à la direction du PQ à avoir osé ce degré de respect de son prochain. Je compte récidiver l’an prochain, y compris et surtout si je suis choisi chef du Parti québécois.
Car le vivre-ensemble, cela doit exister aussi en politique.
[2] Le Québec forme une nation ; a une langue officielle et commune, le français ; s’est incarné dans une production culturelle principalement francophone riche et multiforme ; a produit un récit historique singulier ; se définit par son attachement à des valeurs universelles comme l’égalité entre femmes et hommes ; l’entraide et la concertation ; à son cheminement vers un État et une société de plus en plus laïcs ; à sa quête de justice sociale ; à son engagement pour la démocratie. Je propose d’enchâsser ces éléments dans une Constitution québécoise, débattue au préalable par une Commission parlementaire élargie (sur le modèle de Bélanger-Campeau) qui aurait statut d’Assemblée constituante proposant le texte à l’Assemblée. (Pour les détails, voir ma proposition #6 : Identité – un concept pour tous les Québécois : la Concordance culturelle)
La question d’Anticosti pose un véritable test de leadership et de gouvernance à tous ceux et celles qui concluent, comme moi, qu’il n’est pas dans l’intérêt écologique du Québec de procéder avec la phase d’exploration, encore moins d’exploitation, du gaz ou du pétrole de schiste sur ce lieu – et ou que ce soit sur le territoire québécois.
Véritable test, car la page d’Anticosti n’est pas blanche. On y trouve une signature : celle de l’État québécois. On ne peut pas faire comme si elle n’y était pas.
J’étais membre du gouvernement qui a apposé cette signature. Cela a été fait de bonne foi et pour des raisons honorables – et dans des conditions de prix élevé du pétrole qui pouvaient faire miroiter un gain considérable pour le trésor public.
Mais chacun a le droit de changer d’avis. C’est mon cas. En novembre 2014, lors de la précédente course à la direction, j’ai affirmé un principe qui doit, à mon avis, guider l’action du Québec sur l’exploitation de pétrole local dans la période de transition vers l’abandon des hydrocarbures comme source d’énergie : le pétrole ou le gaz exploité localement produit-il moins de gaz à effet de serre que le pétrole ou le gaz importé ? Si oui, on peut l’exploiter. Sinon, il ne doit pas en être question. Dans son action locale, le Québec doit être conséquent avec sa volonté de réduire le réchauffement climatique et non contribuer à son aggravation.
Une fois ce principe posé, le cas d’Anticosti devient limpide. Le pétrole et le gaz qu’on y trouve sont par définition plus polluants que ceux importés d’Algérie, de Mer du Nord ou de Terre-Neuve, car sortir ces hydrocarbures du schiste où ils sont emprisonnés requiert davantage d’énergie.
Mais il y a la signature de l’État québécois. Comment s’en défaire ? Il y a le modèle parfait de ce qu’on doit éviter à tout prix. Le premier ministre Philippe Couillard en a fait la démonstration, depuis un an, en multipliant les déclarations incendiaires, en foulant aux pieds la parole donnée, en salissant la réputation d’entreprises québécoises engagées de bonne foi dans cette affaire et en nuisant gravement à la réputation du Québec auprès des milieux d’affaires locaux et étrangers. (Voir une idée du dommage causé ici : http://bit.ly/PLQAnticosti .)
Le gouvernement libéral pouvait espérer que le cours normal des autorisations allait lui donner une échappatoire. Mais à partir du moment où le Premier ministre a affirmé que « les fonctionnaires vont dire ce qu’on leur dira », l’émission ou la non-émission des certificats d’autorisation environnementale devenait – comment dire? – « polluée » par son intervention politique.
Aujourd’hui, je ne suis pas le seul à être ahuri de constater que ces certificats sont émis, alors qu’on a appris dans l’intervalle qu’il faudrait 10 millions de litres d’eau pour chacun des trois puits de fracturation et que la méthode de traitement de cette eau, une fois utilisée et souillée par un cocktail toxique, reste opaque. Y a-t-il eu, de la part du ministère de l’environnement, sur-compensation ? Autrement dit, ayant pourri politiquement le dossier, le gouvernement libéral a-t-il maintenant erré dans l’autre sens, pour éviter des poursuites ? Le dossier fut si mal géré que la question est posée.
Nous sommes englués dans la gouvernance libérale jusqu’en octobre 2018 et, d’ici là, beaucoup d’eau potable aura coulé dans les puits.
Mais comme candidats à la direction du Parti québécois, la question nous est posée : que ferions-nous si, dès maintenant, nous avions la charge du gouvernement ?
Pour ma part, je refuserais tous les faux-fuyants et donnerais clairement l’heure juste. Mon gouvernement serait, pour des questions de cohérence environnementale, opposé à l’exploitation de gaz ou de pétrole de schiste où que ce soit sur son territoire. Cela inclurait bien sur Anticosti.
Puisque l’État a apposé sa signature, et a investi, dans un partenariat avec des entreprises, il devrait annoncer qu’il souhaite se retirer de ce partenariat en compensant adéquatement ses partenaires. Ce ne serait ni la première ni la dernière fois qu’un nouveau gouvernement se retire d’un engagement d’un gouvernement précédent. Qu’on songe au cas de la mine Jeffrey à Asbestos ou du contrat fédéral des hélicoptères. On se retire, on négocie, on signe un chèque, on préserve la réputation de l’État.
Mais quel serait le juste prix de cette compensation? Il dépend de deux conditions. D’abord, le projet est-il rentable ? C’est plus que douteux. Ensuite, obtiendrait-il l’aval du BAPE ? Et si oui, à quelles conditions ?
C’est pourquoi il faut procéder avec ce BAPE, en déclarant : « le BAPE conclura en toute indépendance ce qu’il décidera de conclure ! »
Membre du gouvernement Marois, je peux attester que la décision finale n’était pas prise quant au moment où devait se tenir ce BAPE. Avant ou après la phase d’exploration des trois puits comportant une fracturation hydraulique ?
Premier ministre, mon gouvernement aurait la capacité de dire que le BAPE doit se tenir avant cette phase. Malheureusement, le gouvernement actuel fait en sorte que le BAPE se tienne après cette triple fracturation.
Quoi qu’il en soit, c’est sur la foi des conclusions du BAPE que nous aurons la meilleure estimation possible de la faisabilité du projet, donc des revenus ou des profits dont nos partenaires seraient privés à cause de notre décision de ne pas procéder à l’exploitation. Il n’est pas impossible que ce chiffre soit proche de zéro.
L’essentiel est de combiner deux objectifs : notre intégrité écologique, l’intégrité de la parole de l’État québécois.
Candidat au poste de chef du Parti québécois, je prends envers les Québécois et envers nos partenaires ce double engagement.
(D’autres volets de mes engagements en matière d’environnement seront dévoilés dans le cours de ma campagne.)
Ma proposition #1 (Chasser les Libéraux. Réussir l’indépendance. Dans cet ordre.) a suscité énormément d’intérêt et on en a surtout retenu mon intention de ne pas tenir de référendum dans le premier mandat (2018-2022) d’un gouvernement du Parti québécois. C’est le volet « Chasser les Libéraux ».
Mais qu’en est-il du volet « Réussir l’indépendance » ? C’est ce que je veux développer dans ce texte et dans trois vidéos qui sont maintenant disponibles. J’aborderai trois aspects. D’abord ce que je propose comme action indépendantiste pendant ces six ans, ensuite comment je propose de financer cette animation, finalement quelle place j’y vois pour la convergence.
1 – Six années de préparation et d’animation
Si je suis élu chef du Parti québécois en octobre, je proposerai aux autres membres de la famille indépendantiste d’utiliser méthodiquement ce calendrier pour se rendre, ensemble, au rendez-vous électoral d’octobre 2022.
D’abord, je proposerai au Congrès du Parti québécois de 2017 d’inscrire clairement dans l’article 1 du programme :
« Le Parti québécois et ses partenaires indépendantistes demanderont aux électeurs, en octobre 2022, le mandat de réaliser l’indépendance du Québec au cours des quatre années suivantes. »
Je proposerai aussi qu’un gouvernement du Parti québécois élu en 2018 procède à une réforme consensuelle du mode de scrutin pour introduire, dès l’élection de 2022, l’élection proportionnelle mixte (soit environ 75 sièges de circonscription et 50 sièges de liste, pour se rapprocher de la réelle répartition des voix entre partis). Je dis consensuelle car le PQ, la CAQ, QS et ON peuvent s’entendre sur ce mode. La collaboration du PLQ serait souhaitable, mais son refus ne nous empêchera pas de procéder avec cette réforme nécessaire.
L’élection du chef du PQ se fera début octobre 2016. Si je suis choisi, je ferai en sorte que 2017, l’année du 150e anniversaire du Canada, soit une année de grande pédagogie sur les coûts historiques du fédéralisme. En tout respect pour le Canada et les Canadiens, je voudrai utiliser les commémorations pour illustrer concrètement comment le Québec fut systématiquement desservi, appauvri, marginalisé, par les décisions canadiennes, du début jusqu’à aujourd’hui. Ce n’est pas la matière qui manque. Notre objectif doit être que les Québécois.e.s terminent l’année en se demandant si ce serait vraiment une bonne idée de re-signer le contrat canadien pour un autre 150 ans.
L’année 2017 sera aussi celle du Congrès du Parti québécois et, à l’été, de la première « Souveraine tournée », où des jeunes créateurs, chanteurs, humoristes indépendantistes iront partout au Québec à la rencontre de la jeunesse pour faire de l’animation politique, du recrutement et brancher l’indépendance sur les tendances de la jeunesse. Je voudrai rééditer cette « Souveraine tournée » chaque été.
L’année 2018 sera consacrée à Chasser les Libéraux, à parfaire notre organisation sur le terrain, à élargir notre coalition, pour obtenir la plus grande majorité possible à l’élection d’octobre 2018. J’ai indiqué, en privé et en public, que, si je suis chef, ma porte sera grande ouverte pour des discussions de parti à parti avec Québec Solidaire pour maximiser notre impact sur le terrain et s’entendre sur quelques propositions communes pour offrir aux Québécois.e.s un gouvernement progressiste en 2018.
Je proposerai qu’on élabore de concert un calendrier de discussion et de décision sur les éléments essentiels d’un Québec souverain entre 2018 et 2022. À titre d’exemple: on pourrait décider qu’à l’hiver 2019, le mouvement indépendantiste statue sur la monnaie d’un Québec souverain. Au printemps, sur la défense. À l’automne, sur Radio-Canada et le CRTC. À l’hiver 2020, sur la Voie maritime du Saint-Laurent, ainsi de suite jusqu’à ce qu’on se soit doté, début 2022, d’un programme et d’une feuille de route complets. Chaque étape serait l’occasion de discussion de fond, de rassemblement, puis de dissémination de cette information.
Je suis un communicateur. J’ai fait de la radio, de la télé, du journalisme écrit et tenu un blogue. Je crois qu’il faudrait, dès 2017, habituer les Québécois.e.s à entendre des messages radio et web chaque fois qu’une politique fédérale nous empêche de prendre une décision. Ottawa a le dernier mot dans la construction d’un pipeline sur notre territoire ? Qu’on illustre dans une pub radio/web le fait que seule l’indépendance nous permettrait de décider nous-mêmes. Que ce soit la monarchie anachronique, le scandaleux Sénat, le surfinancement fédéral des chantiers naval du Nouveau-Brunswick et l’abandon des nôtres, les cadeaux donnés aux chômeurs albertains que nos sans-emploi n’ont jamais obtenu, autant d’occasions de montrer, concrètement et simplement, que sans l’indépendance, on est perdants.
Cette campagne serait continue, de mon élection comme chef jusqu’en 2022 et au-delà.
2 – Comment financer une telle animation ?
Ma proposition de ne pas utiliser d’argent public pour faire la promotion de l’indépendance dans le mandat qui va de 2018 à 2022 est ferme. Elle est fondée sur plusieurs arguments. D’abord, la tolérance des électeurs pour l’utilisation de fonds publics pour autre chose que la promotion de programmes gouvernementaux ciblés et utiles (Rénovation, tabagisme, etc) est de plus en plus basse. Ensuite, je veux enlever aux Libéraux et aux Caquistes tout argument qui pourrait les aider à garder des sièges de députés que nous voulons leur ravir. Plus la majorité péquiste sera grande en 2018, mieux ce sera pour l’avenir. La discussion ne doit donc pas porter sur notre utilisation, ou non, de fonds publics, mais bien sur l’incompétence des Libéraux d’abord, sur la faiblesse de l’équipe caquiste et de ses propositions, ensuite.
On pose souvent la question de la mise à jour des études sur l’indépendance. D’abord je rappelle qu’en 1994-1995, ces études ont été commandées et réalisées pendant les 14 mois qui ont séparé la prise du pouvoir par M. Parizeau et la tenue du référendum. Il n’est ni compliqué ni très couteux de les faire mettre à jour.
Surtout, notre militant désormais le plus célèbre, Pierre Karl Péladeau, s’est engagé à financer un instrument précieux, l’Institut de recherche sur l’autodétermination des peuples et les indépendances nationales (IRAI). De nouvelles études seront ainsi produites et rendues disponibles au cours des saisons qui viennent.
Mais cela ne règle pas notre problème de financement d’une campagne d’animation indépendantiste. Vrai, comme l’Idée fédérale et le Conseil pour l’unité canadienne pendant de longues années, il n’y a aucune raison de penser que l’Institut sur l’indépendance de Pierre Karl Péladeau ne sera pas traité équitablement d’ici peu à cet égard.
Pour financer la Souveraine Tournée, les campagnes de pub radio/web et les autres initiatives, je lancerai, dès fin 2016 début 2017, la plus grande campagne de souscription de l’histoire de notre mouvement. Je m’entourerai de personnalités fortes pour inviter les Québécois qui ont des poches un peu profondes à y puiser pour qu’on dispose d’un million de dollars par an pendant chacune des six années qui nous séparent de 2022. Un million par an pour l’indépendance, ça me semble à la fois ambitieux et réaliste, justement parce que nous avons un projet clair, un compte à rebours précis, un objectif mobilisateur.
3 – L’indispensable convergence
J’ai appuyé depuis le début la proposition de Pierre Karl et l’action de Véronique Hivon pour enclencher une réelle convergence entre le Parti québécois et les autres acteurs du mouvement souverainiste.
J’étais, auprès de Jacques Parizeau, celui qu’on surnommait « le conseiller de l’ouverture » et je fus le négociateur de M. Parizeau pour la conclusion de l’entente entre le PQ, l’ADQ de Mario Dumont et le Bloc Québécois de Lucien Bouchard pour une proposition référendaire commune.
J’estime donc qu’il faut construire, d’ici 2022, une coalition encore plus large et encore plus robuste que celle qui nous a conduit à un cheveu de l’indépendance en 1995.
Il est vrai que les travaux de la convergence étaient, jusqu’à la démission de Pierre Karl, axés vers un projet commun pour 2018. Mon élection à la direction du PQ modifierait le calendrier, c’est sûr.
J’espère pouvoir convaincre nos collègues de Québec Solidaire de centrer leur action, à nos côtés, pour Chasser les Libéraux en 2018. Mais il est probable que nos amis d’Option Nationale insistent pour présenter, en 2018, des candidats qui proposeront la tenue immédiate d’un référendum. S’ils gagnent une majorité parlementaire à l’élection de 2018, nous serons à leur côté pour les aider, ensuite, à réussir !
Mais s’ils perdent — ce qui n’est pas complètement impossible, convenons-en — et que le PQ forme la majorité parlementaire comme je le souhaite, alors la porte de la convergence leur sera toujours ouverte et nous pourrons travailler ensemble pour le rendez-vous de 2022. (Idem pour QS s’ils font ce choix.)
Dans un des premiers discours que j’avais écrit pour Jacques Parizeau en 1994, je lui avais fait dire que le mouvement indépendantiste était formé de beaucoup d’anciens fédéralistes et de gens de tous les horizons. Le pire réflexe était de faire passer des test de pureté indépendantiste, de rejeter la diversité des opinions.
« Que le dernier entré laisse la porte ouverte, s’il vous plaît » avait-il dit. Pour la convergence, comme pour le reste, c’est ma propre devise !
Après l’appui de 8 ex-députés et candidats à Sherbooke, 10 à Trois-Rivières, notre campagne sera bientôt dans VOTRE région.
Vous avez sur votre CV député, candidat, maire, préfet, président de comté ou d’un comité du Oui ou avez joué un rôle reconnu dans votre communauté, j’ai besoin de votre aide pour gagner cette course !
Voici la liste des appuis au premier lancement régional à Sherbrooke:
Marc Bouliane, ministre de la Condition féminine et député de Frontenac pour le Parti Québécois de 1998 à 2003 et député du Bloc Québécois de Mégantic-L’Érable ;
Serge Cardin, député de Sherbrooke (Bloc Québécois) de 1998 à 2011 et (Parti Québécois) de 2012 à 2014 ;
François Beaulne, député de Bertrand de 1988 à 1994 et de Marguerite-d’Youville de 1994 à 2003, représentant parlementaire des Nations Unies au Cambodge depuis 2005.
Juliette Jalbert, candidate du Parti Québécois dans Frontenac ;
Caroline Bouchard, candidate du Bloc Québécois dans Sherbrooke et Presidente du Bloc Québécois de Sherbrooke ;
Patrick Melchior, candidat du Bloc Québécois dans Brome-Missisquoi ;
Olivier Nolin, candidat du Bloc Québécois dans Richmond.
L’exécutif du Bloc Québécois de Sherbrooke, à l’unanimité
Mattieu Morin, conseiller de l’exécutif du PQ de Sherbrooke
Jonathan Savard et William Gosselin, responsables du Comité souverainiste du Cégep de Sherbrooke
Marc Gauthier, membre de l’exécutif des OUI Québec-Estrie
Carl Paquet, conseiller de l’exécutif régional du PQ de l’Estrie
Gilles Millette, secrétaire de l’exécutif PQ de Saint-François
Voici la liste des appuis au second lancement régional, à Trois-Rivières:
Noëlla Champagne, ex député PQ Champlain
Yves Rocheleau, ex député Bloc Qc Trois-Rivières
Paule Brunelle, ex député Bloc Qc Trois-Rivières
Yves Beaumier, ex député PQ Champlain, ministre des Affaires sociales et ministre délégué à la Politique familiale
Marcel Gagnon, ex député PQ Champlain et député Bloc Qc Champlain et Saint-Maurice—Champlain.
Claude Pinard, ex député PQ Saint-Maurice
Yves St-Pierre, conseiller de l’exécutif national du PQ, candidat du PQ Trois-Rivières
André Valois, ex candidat Bloc Qc Trois-Rivières
Ghislaine Fiset, présidente exécutif PQ Champlain et
Chantale Trottier, présidente du MNQ (2002-2013), lauréate 2016 de la médaille du MNQ
Voici la liste des appuis au troisième lancement régional, à Québec:
Aujourd’hui à Québec, onze personnalités importantes du mouvement souverainiste, provenant autant de l’ADQ, du Bloc Québécois et du Parti québécois se sont rangées #avecLisée dans la course à la direction du PQ.
Raymond Francoeur, aujourd’hui maire de Sainte-Christine-d’Auvergne, fut député de l’Action Démocratique du Québec dans Portneuf (2007) et vice-président de l’ADQ de 2007 à 2011, alors qu’il milita pour la fusion de l’ADQ avec la CAQ de François Legault;
Caroline Pageau, fut non seulement candidate de l’ADQ dans Taschereau (2007), mais membre du cabinet de Mario Dumont lorsqu’il était chef de l’opposition. Elle quitta l’ADQ en 2011.
Un des signataires de la déclaration de fondation de la CAQ et membre de la CAQ jusqu’à tout récemment, Frédéric Beauvais, a également appuyé le candidat Lisée.
M. Lisée a également obtenu le soutien enthousiaste de:
Denise Carrier-Perreault, député du Parti Québécois des Chutes-de-la-Chaudière de 1989 à 2003 et Ministre déléguée aux Mines, aux Terres et aux Forêts sous le gouvernement de Lucien Bouchard;
Louis Germain, vice-président du PQ de la Capitale-Nationale et membre de la commission politique du Parti Québécois ;
Annie Morin, présidente du PQ de Portneuf, secrétaire-trésorière de la Capitale-Nationale, membre du comité directeur du Congrès National. Annie est l’organisatrice de la campagne #avecLisée dans la Capitale nationale;
Olivier Nolin, président du PQ de Jean-Lesage, candidat BQ dans Richmond-Arthabaska ;
Mario Pouliot, président du PQ dans Lévis-Chaudière-Appalaches. Mario est l’organisateur de la campagne #avecLisée dans Lévis-Chaudières-Appalaches;
En plus de ces derniers, s’ajoutent plusieurs membres actifs d’exécutifs du PQ : Jonathan Lagacé, vice-président du PQ Portneuf; Monique Dubé, Charlevoix-Côte-de-Beaupré; Julienne Michaud, Portneuf ; Benoît Tardif, Charlesbourg ; Martin Trudel, La Peltrie.
J’ai proposé un cadre général de ce qui doit constituer le socle de notre identité québécoise. Sous l’expression « Concordance culturelle », j’estime que tous les Québécois sont appelés à partager les éléments communs suivants :
Le Québec forme une nation ; a une langue officielle et commune, le français ; s’est incarné dans une production culturelle principalement francophone riche et multiforme ; a produit un récit historique singulier ; se définit par son attachement à des valeurs universelles comme l’égalité entre femmes et hommes ; l’entraide et la concertation ; à son cheminement vers un État et une société de plus en plus laïcs ; à sa quête de justice sociale ; à son engagement pour la démocratie.
Je propose d’enchâsser ces éléments dans une Constitution québécoise, débattue au préalable par une Commission parlementaire élargie (sur le modèle de Bélanger-Campeau) qui aurait statut d’Assemblée constituante proposant le texte à l’Assemblée. (Pour les détails, voir ma proposition #6 : Identité – un concept pour tous les Québécois : la Concordance culturelle)
Ces caractéristiques forment à mon avis le ciment de la nation et doivent la définir pour les décennies à venir. Une fois ce socle bien établi, il faut savoir quel pas supplémentaires un Parti québécois que je dirigerais offrirait au Québec lors de l’élection de 2018. J’aurai des propositions sur chacun des volets de la « concordance culturelle ». Je me concentre aujourd’hui sur l’essentielle et épineuse question de la laïcité.
Enfin adopter les éléments consensuels
Lors de notre dernier grand débat sur la question, un consensus très large s’est exprimé en faveur de plusieurs éléments.
Insérer dans la Charte des droits et libertés de la personne la notion de neutralité religieuse de l’État
Baliser dans la Charte des droits les paramètres encadrant les accommodements religieux. Pour déterminer qu’un tel accommodement doit être accordé, il devra respecter les critères suivants :
Est-ce que la norme ou la pratique crée une réelle discrimination envers les convictions religieuses de la personne ? Si oui, on peut l’évaluer. Sinon, c’est non.
Contrevient-il aux droits d’autrui de façon importante ?
Permet-il le bon fonctionnement de l’organisation ?
Entraîne-t-il un coût plus que minimal ?
Présente-t-il un risque important pour la santé et la sécurité ?
Si oui, c’est non.
Pour une demande d’accommodement dans le secteur public la neutralité religieuse de l’État est-elle respectée ?
Rendre obligatoire le visage à découvert lorsqu’on donne ou on reçoit un service de l’État
Établir une politique pour guider les cadres et administrateurs dans la gestion des demandes d’accommodement et assurer la neutralité de l’État
2- Signes religieux : Donner un signal clair mais adopter une approche graduelle
On ne peut faire abstraction des passions soulevées par notre dernier grand débat sur le sujet des signes religieux portés par des membres de la fonction publique et parapublique. On ne peut faire abstraction de l’incompréhension alors provoquée dans plusieurs milieux.
Je propose à ce sujet de donner un signal clair, de franchir un premier pas, puis d’ouvrir une discussion au sujet d’un second pas.
a) un signal clair
Le Québec a entamé, à l’aube des années 1960, une longue marche vers la déconfessionnalisation et laïcité. Cette marche se poursuit et pose désormais la question du port, par les employés de l’État, de signes extérieurs exprimant des convictions personnelles, religieuses ou non.
Je propose que l’État québécois exprime clairement sa nette préférence pour un devoir de réserve général de ses salariés. Devoir de réserve pour l’ensemble des convictions – politiques, sociales, environnementales, religieuses ou autres.
Je propose donc que dans des communications pédagogiques et respectueuses avec ses salariés, et dans un affichage dans les locaux réservés aux salariés, l’État exprimerait sa préférence pour l’absence de tout signe affichant une conviction chez ses salariés, mais sans vouloir imposer cette préférence par un calendrier, des inspections ou des sanctions.
J’estime que la distinction faite entre les signes ostentatoires et non ostentatoires a prêté flanc à une critique légitime. Il est vrai que les signes religieux courants des religions musulmane (le voile), juive, (la kippa) et sikh (le turban) sont ostentatoires alors que des signes chrétiens (la petite croix), sauf pour les membres du clergé chrétien, ne le sont pas. Certains y ont vu un biais. Je prends acte de cette critique et estime que l’ensemble des signes, religieux ou autres, ostentatoires ou non, doivent être traités sur le même pied.
Si un organisme public décidait, après consultations de ses cadres et salariés, de procéder vers une politique d’adhésion générale à ce principe, elle pourrait le faire en stipulant par exemple que cette politique s’appliquera à ses nouvelles embauches – mais en aucun cas les droits acquis des salariés actuels ne devraient être remis en cause.
b) un premier pas
La Commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables a proposé que l’État décide de l’interdiction du port de signes religieux par les agents de l’État qui ont un pouvoir de contrainte : juges, policiers, gardiens de prison.
J’estime que ce pas devrait être franchi par le prochain gouvernement du Parti québécois, en spécifiant qu’il s’agit des signes de toutes les convictions, ostentatoires ou non.
c) une discussion
Les adultes ont des droits. Les enfants aussi. Et c’est de leur point de vue que, Premier ministre, j’aimerais ouvrir une discussion. L’exposition des enfants de garderie et du primaire à des personnes en autorité qui portent des signes religieux ou d’autres convictions pose-t-il un problème particulier ? Ces enfants sont-ils conduits à confondre la figure d’autorité avec le signe porté ? Ne serait-il pas indiqué, en ces cas (garderies et primaire) d’agir ?
Dans un forum approprié, je voudrai ouvrir une discussion à ce sujet, fondée d’abord sur nos connaissances scientifiques à ce sujet, puis sur la réceptivité qu’aurait l’introduction d’un changement de politique à cet égard, concernant les nouvelles embauches. Premier ministre, je m’opposerais cependant à toute proposition qui conduirait à des sanctions ou un renvoi des personnes actuellement à l’emploi de l’État.
3 – Être plus logique sur l’enseignement des religions et l’enseignement par les religieux
Un cours Éthique et Citoyenneté québécoise
Les critiques fusent sur le cours Éthique et culture religieuse, désormais implanté de la première année du primaire jusqu’à la dernière année du secondaire. Il faut le revoir de fond en comble.
Je propose un nouveau cours, Éthique et Citoyenneté québécoise, qui ferait en sorte que tous les jeunes québécois, de toutes origines, soient spécifiquement sensibilisés aux valeurs de la démocratie, de l’égalité des hommes et des femmes, de la laïcité, de la liberté de conscience et de la liberté d’expression et des autres éléments essentiels de notre existence nationale.
On s’inquiète avec raison de la radicalisation de certains de nos jeunes. Mais tous nos jeunes passent sur des bancs d’école. C’est notre chance de partager largement nos valeurs démocratiques et de prôner le primat de la norme sociale sur la norme religieuse dans l’espace public, tout faisant la promotion de la liberté d’expression et de la liberté de culte et en transmettant la connaissance de nos principes et institutions démocratiques.
Je garde le thème « Éthique » car je le juge essentiel dans le Québec moderne et que je tiens à lancer une discussion plus large pour établir une culture de l’intégrité au Québec, sous toutes ses formes (Voir ma proposition #4 : Pour un Québec riche de son équité).
Pour que les jeunes Québécois continuent de développer une connaissance du « phénomène religieux », je bonifierais les cours d’histoire afin qu’on y aborde les différentes facettes des religions, mais de façon objective et dans leur contexte historique.
Assurer, pour tous les enfants du Québec, le droit absolu au savoir
Il y a au Québec des écoles publiques déconfessionnalisées, des écoles privées qui ont un patrimoine religieux mais qui ne dispensent plus du tout, dans le cadre des cours normaux, des préceptes religieux. Puis il y a des écoles confessionnelles, dont environ 80 sont financées par l’État, qui présentent d’une part le programme du ministère, d’autre part une formation religieuse.
Il y a finalement les quelques « non conformes » — c’est-à-dire qui ne respectent pas les critères de qualité du ministère – et les écoles illégales.
La volonté des parents de transmettre leur foi, traditions et valeurs à leurs enfants est inhérente à la liberté de culte. Le droit aux écoles religieuses privées non subventionnées est protégé par des traités internationaux. Il faut le respecter, l’encadrer sérieusement, et surtout s’assurer que tous les enfants qui les fréquentent ont, en tout temps, le droit au savoir.
Sur cette question, la priorité d’un gouvernement du Parti québécois que je dirigerais serait d’assurer partout, en tout temps, le droit au savoir des enfants du Québec. Chaque enfant sortant du secondaire doit avoir en main les outils intellectuels, sociaux et culturels lui permettant de s’épanouir dans la société québécoise.
Aucun culte, aucune secte, aucun choix parental ne doit avoir préséance sur le bien de l’enfant, son droit à s’ouvrir au monde.
L’action résolue de la Direction de la protection de la jeunesse, plus tôt ce mois-ci, en direction des enfants d’une école illégale hassidique de Montréal doit être un point tournant dans notre effort de ne laisser, comme disent nos voisins américains, « aucun enfant derrière » sur le chemin du savoir.
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