La bande annonce de ma dernière balado:
La seconde guerre froide est commencée. Elle ne sera pas moins glaçante que la première. Ma balado de la semaine.
La bande annonce de ma dernière balado:
La seconde guerre froide est commencée. Elle ne sera pas moins glaçante que la première. Ma balado de la semaine.
Voici un extrait de mon dernier ouvrage, De Gaulle l’indépendantiste, qui porte sur le trouble intérieur que produit chez le Général la question québécoise.
Chapitre 5 – « Mettre le feu »
« Je n’ai jamais été si bouleversé. »
– De Gaulle, sur le navire
qui le conduit à Québec
De Gaulle s’est construit tout entier de controverse en controverse. De querelle en querelle. Il le fallait pour imposer sa vision des choses, d’abord dans une guerre qui commençait selon sa description « infiniment mal », ensuite en politique intérieure française pour imposer sa vision d’un pouvoir présidentiel robuste à des partis qui préféraient se disputer les postes et les responsabilités, ensuite encore en politique internationale, pour se tailler une place entre deux blocs.
En quoi le cas Québécois aurait-il été différent ? Le général, certes, ne prend aucun dossier à la légère. Ses interventions sont réfléchies, ses discours soigneusement dosés et rédigés de sa main. Sa conviction que l’avenir du Québec passe par l’indépendance est ferme. Son action en faveur du renforcement du Québec et de ses liens avec la France est incessante.
Mais doit-il aller plus loin ? Se rendre sur place et forcer la main de l’histoire ?
Cette question semble le tourmenter pendant plusieurs années, l’émouvoir à la veille de son voyage et susciter encore une dose d’incertitude dans les jours qui suivent son geste d’éclat.
L’exposition internationale de 1967 se prépare longtemps à l’avance. Dès août 1963, de Gaulle autorise la construction d’un pavillon français et souligne que la présence de la France sur ce qui sera appelé Terre des Hommes ne doit être en rien lié à la confédération canadienne, mais plutôt à « deux cents ans de fidélité des Canadiens français à la France. »
Doit-il s’y rendre ?
Il hésite. D’abord réticent à participer « à une foire », il reporte sans cesse sa décision. Comme s’il craignait qu’une fois sur place, il ne puisse s’empêcher de commettre l’irréparable.
En 1966, il confie à deux de ses collaborateurs : « Si j’y vais, ça risque d’être seulement pour y mettre le feu. »
Ce ne sont pas les invitations qui manquent. Une du gouvernement canadien, de Georges Vanier, alors toujours vivant. Une du maire Jean Drapeau, qui passe le voir (et qui aurait aimé que la Tour Eiffel soit déplacée à Montréal pour l’occasion, une prouesse jugée techniquement irréalisable). Daniel Johnson, élu premier ministre en juin 1966, lui écrit également une lettre pleine de chaleur où il insiste sur l’importance de sa venue.
En septembre 1966, De Gaulle dit non. Poliment. Dans des lettres envoyés à chacun. À Vanier, il est sibyllin et juge qu’une visite « dans les circonstances actuelles » écrit-il « soulèverait sans doute des questions qui doivent être examinées à loisir ». Lesquelles ? Mystère. Avec le recul on peut décoder : des questions portant sur le statut politique du Québec.
En février 1967, alors que la pression se maintient, de Gaulle révèle que la porte n’est pas complètement fermée. Il confie à deux de ses ministres, dans une Caravelle qui le ramène de Cherbourg vers Paris: « Je n’irai pas au Québec pour faire du tourisme. Si j’y vais, ce sera pour faire de l’histoire. »
En avril, il reçoit le gaulliste Vincent Monteil, très favorable à l’indépendance québécoise et lui confie qu’il songe finalement se rendre au Québec. « Notre grand ami, rapporte Monteil dans une lettre au journaliste québécois Jean-Marc Léger, parlera dans le sens que nous souhaitons. Il s’impatiente seulement de la lenteur de votre émancipation, qu’il souhaite totale. »
Il faudra la venue de Daniel Johnson, en mai, pour qu’il se décide enfin. Le premier ministre québécois sait appuyer sur les bons boutons. « Mon général, le Québec a besoin de vous, lui dit-il. C’est maintenant ou jamais ! » Le Québécois pensait peut-être en rajouter. Mais il a frappé chaque touche de l’orgue gaullien. L’allégeance («Mon» Général), le «besoin» et l’urgence.
Il a rompu la digue. De Gaulle confirme qu’il sera du voyage. On est alors à trois mois de l’événement, un délai très court pour une visite de cette importance.
À partir de là, il s’implique directement dans chaque détail de l’opération et mesure la symbolique de chaque décision qu’il faut prendre sur l’ordre des visites, les personnes rencontrées, la répartition du temps entre le Québec et le Canada.
Pearson et Vanier voulait qu’il vienne par avion à Ottawa, pour entamer sa visite, puis se rende à Montréal et Québec pour la suite. Si possible, qu’il se rende dans d’autres villes canadiennes. Il n’en est évidemment pas question pour de Gaulle.
Des alliés français du Québec et le délégué général du Québec à Paris, Jean Chapdelaine, semblent avoir simultanément la même idée. Que de Gaulle arrive par bateau, en remontant le Saint-Laurent. Il débarquera tout naturellement à Québec, et non à Ottawa. Le Président raffole de cette trouvaille. Il choisit le navire alors le plus prestigieux de la marine française, le Colbert, et met Ottawa devant ce fait accompli. Il ira au Québec d’abord. Donc au Québec surtout.
Déterminé, il n’en reste pas moins fébrile. À sa résidence de Colombey-les-Deux-Eglises, tout juste avant le départ, il affirme à son gendre Alain de Boissieu : « Je compte frapper un grand coup. Ça bardera. Mais il le faut. C’est la dernière occasion de réparer la lâcheté de la France. »
Sur le quai, à Brest, il dit au député gaulliste, et pro-indépendantiste, Xavier Deniau : « On va m’entendre là-bas, ça va faire des vagues. »
Au journaliste Jean Mauriac, le matin de son arrivée à Québec, il confirme : «Je suis décidé à aller loin! »
Au diplomate Jean-Daniel Jurgensen, il précisera à son retour : « J’avais fixé l’orientation ; j’attendais l’événement, la foule, pour doser ce que je dirais, à quel endroit, à quel instant. Mais je savais que j’allais faire quelque chose. »
Charles de Gaulle n’est pas du genre à étaler ses émotions. Cependant de tous les commentaires recueillis par ses proches, celui que rapporte son aide de camp François de Flohic lève mieux que tout autre le voile sur le trouble intérieur que provoque l’affaire québécoise chez de Gaulle.
La conversation a lieu sur le Colbert alors même que le navire aborde l’estuaire du Saint-Laurent. De Gaulle confie :
« Étrange, j’ai longtemps hésité à accepter l’invitation de Johnson. On peut dire que, pour une fois, je me suis fait prier. Cet instant est ma récompense. Je n’ai jamais été si bouleversé. »
Bouleversé. Parce qu’il sait exactement ce qu’il va dire. Alors qu’il rédige les notes de ses discours dans le Colbert, il sort se dégourdir les jambes, croise sur le pont son chef d’état-major et lui lance : « Que diriez-vous si je leur criais : Vive le Québec libre ! » L’homme tente de le dissuader mais le général répond : « Eh bien, je crois que si ! Ça dépendra de l’atmosphère. »
[…] De Gaulle n’est pas sans mesurer l’ampleur du séisme qu’il s’apprête à déclencher. Il va se mettre à dos le monde anglo-saxon au grand complet.
Ce ne sera pas la première fois. Toute sa politique étrangère est en porte-à-faux avec l’axe anglo-saxon. Pas la première fois non plus qu’il veut le démantèlement d’un pays anglophone. Alors même qu’il prépare son voyage au Québec, il donne des ordres pour armer la province catholique/animiste du Biafra, qui a déclaré son indépendance du Nigéria, ex-colonie britannique principalement protestante. Les deux territoires sont constitués d’ethnies différentes et le Biafra détient l’essentiel de la richesse pétrolière du pays. Il y a donc là conflit armé par procuration entre Britanniques et Français.
Mais le Canada n’est pas une ancienne colonie africaine. Il s’agit d’un pays d’Occident qui, plus promptement que d’autres, a soutenu politiquement de Gaulle pendant la guerre, puis qui a envoyé ses soldats verser le sang pour la libération du sol français. Il y aura donc, c’est certain, dans les scories du coup d’éclat québécois que de Gaulle envisage, une perception, par le Canada, d’une gigantesque ingratitude.
Quel lien faut-il faire entre cet obstacle et la décision de de Gaulle de désinformer Ottawa au sujet de ses intentions ? Difficile à dire. Reste que le ministre canadien des Affaires Étrangères Paul Martin est reçu par le Président à Paris à la mi-juin 1967. Martin en ressort non seulement apaisé, mais « convaincu que de Gaulle était prêt à faire amende honorable » pour ses écarts pro-québécois passés.
Le jour où le Colbert arrive à Québec, de Gaulle y tient une réception pour 400 invités. Il prend le ministre Martin à part pour lui donner une nouvelle dose de propos calmants, allant jusqu’à lui dire : « Vous verrez, à Ottawa aussi tout ira bien. »
Le ministre a bien besoin d’être rassuré, car, dix jours plus tôt, un correspondant parisien de l’Associated Press cite des sources « bien informées » selon lesquelles le voyage du président « serait une mission destinée à encourager le séparatisme canadien-français ». Selon le journaliste, le président français et ses conseillers sont « persuadés que d’ici dix ans, le Québec sera indépendant ».
Choquer le monde anglo-saxon est une chose. Gifler les Canadiens en est une autre. Mais de Gaulle sait aussi que ses paroles vont dépasser, de loin, le souhait exprimé par ses interlocuteurs québécois. C’est le cas du fédéraliste Lesage, on l’a vu, qui est maintenant leader de l’opposition.
C’est le cas aussi de celui que de Gaulle appellera pendant tout le séjour « mon ami Johnson ». Lors de leur tête à tête de mai 1967, de Gaulle l’a invité à parler vrai, à aller, selon une expression chère au Général « au fond des choses ». Johnson lui a donc expliqué sans détour son programme politique. Il a bien été élu sur le slogan « égalité ou indépendance », mais cela n’est que de l’esbroufe pour calmer ses partisans plus exaltés et sert principalement à maximiser le rapport de force du Québec envers le Canada.
L’heure est à la refonte du pacte canadien, soutient Johnson, pas à sa dissolution. Le renforcement des liens avec la France, la visite de de Gaulle que Johnson veut rendre historique, les demandes du Québec, tout cela doit mener, non à l’indépendance, mais à une nouvelle constitution qui donnera au Québec davantage d’autonomie au sein du Canada. D’ailleurs, une rencontre des premiers ministres pour discuter de ce nouvel équilibre constitutionnel est prévue pour novembre. Bref, la visite présidentielle sera un moment fort de la construction du rapport de force du Québec en ce moment crucial. Elle vise, explique Johnson à de Gaulle, à « permettre au Québec d’atteindre ses objectifs au sein du Canada ».
De Gaulle a bien entendu. Il lui répond même que les rencontres de négociation avec le Canada et les provinces, dont Johnson attend de beaux fruits, ne sont que « des éteignoirs ». Il sait donc qu’en appelant un « Québec libre », il veut imposer aux élites québécoises une accélération de l’histoire, contre leur gré.
En atteste un des premiers commentaires qu’il fera après avoir lâché sa bombe. À Johnson il dira : « Je crois que je vous ai embêté. » Johnson lui répond qu’il a en effet utilisé « le slogan d’un parti adverse » mais l’assure qu’il « va se débrouiller ».
De Gaulle est plus tranchant avec Drapeau, qui l’apostrophe ainsi : « Vous savez, mon général, que Vive le Québec libre ! est un slogan employé par les séparatistes. » De Gaulle le coupe et réplique: « Mais on s’en fout, monsieur le maire ! »
Il a donc de quoi être bouleversé. Lorsqu’il a proclamé que les pays d’Indochine devaient pouvoir disposer d’eux-mêmes, il savait qu’il mécontenterait Washington, mais ses hôtes, au moins, allaient l’applaudir. Lorsqu’il a refusé l’entrée du Royaume-Uni dans l’Europe, renvoyé les troupes américaines hors de son sol, il savait que la majorité des Français l’approuveraient. Mais, au Québec, qui l’applaudira ? Avant de débarquer du Colbert, il n’en sait rien.
Plus fondamentalement, pourquoi de Gaulle se sent-il autorisé à bousculer les Québécois, au premier chef les Jean Lesage et Daniel Johnson qui sont ses alliés et ses interlocuteurs ?
Parce qu’il a de son rôle une vision qui dépasse, de loin, celle des autres acteurs. Quand les politiciens normaux s’occupent de l’actualité, lui joue pour l’histoire. L’histoire longue, bien sûr. Voilà pourquoi il veut « réparer la lâcheté de la France », tourner la page sur l’abandon des colons français d’Amérique par Louis XV.
Mais l’histoire courte, aussi. « Il y a des circonstances où l’histoire devient fluide » expliquera-t-il à Peyrefitte après le fait. Il faut savoir « forcer le destin ». Toute sa vie est là. Tout son projet québécois y est aussi.
Les deux ouvrages sont disponibles en version:
et Audiolivre
Chaque semaine, une nouvelle balado sur l’actualité politique.
La bande-annonce de ma dernière balado:
Deux séries Netflix récentes méritent attention. Il faut d’abord vous dire qu’à mon âge, je ne suis plus preneur d’horreur et de sang. J’ai fait exception pour l’excellent « Get Out », qui tient davantage de la satire raciale. Je n’étais donc pas un candidat idéal pour la mini-série Dracula. Sauf que… j’ai vu qu’elle avait été écrite par les concepteurs de la récente et brillantissime série Sherlock (avec Benedict Cumberbatch dans le rôle titre.)
Les scénaristes, Mark Gatiss, également acteur dans les deux séries, et Steven Moffat prennent le parti de l’humour noir pour reraconter cette histoire connue, en restant, pour les deux premiers épisodes de 90 minutes, assez proches de la trame d’origine de l’auteur Bram Stoker. C’est savoureux.
Ils transforment le personnage masculin qu’avait imaginé Stoker, le docteur Van Helsing, ennemi de Dracula, en une soeur au caractère volontaire, formidable, téméraire. L’opposition Dracula/Van Helsing est au coeur de la trilogie. Les dialogues sont exquis. Oui, il y a morsures et sang et quelques scènes gore. Si vous n’aimez pas, fermez les yeux à ces moments et appréciez le reste !
Sur Netflix.
La prémisse de la série Messiah est extrêmement intéressante. En Syrie, puis en Israël, puis au Texas, apparaît un homme, jeune, beau, grand, barbu et aux cheveux longs, d’un charisme fou, que chacun prend pour le Messie.
Une agente de la CIA tente de déterminer s’il est à la solde des terroristes, de la Russie ou de quelque autre force obscure.
Les dix épisodes ne sont pas sans intérêt. Cependant je dois vous avertir: la première saison se termine sans que l’énigme soit résolue. J’ai l’habitude de vous recommander (ou non) des séries seulement après avoir complété un arc narratif. Ici, ma recommandation est d’attendre que la deuxième série soit en ligne avant de faire un choix. Je promets, je vous reviendrai avec mon avis final.
La série de Netflix Making a murderer, sur une accusation de meurtre hautement suspecte, a fait des petits au Québec.
En sept épisodes d’une heure, Meutres sur mesure, présenté sur Illico, revient en détail sur une erreur judiciaire qui aura coûté 12 ans de prison à deux innocents de Val d’Or.
Douze ans, c’est le temps qu’il faudra au système judiciaire pour admettre que la confession d’un des accusés a été extorquée après un tabassage, qu’une partie de la preuve, qui disculpait les suspects, a été cachée et que d’autres pistes d’enquête ont été ignorées.
La série est basée sur le livre du criminologue Jean-Claude Burnheim disponible en librairie.
Les réalisateurs Izabel Chevrier et Martin Paquette ont fait un travail d’enquête et d’entrevue considérable et la série alterne entre leurs tentatives de faire la lumière et le rappel des faits, racontés avec émotion par les victimes et leur famille.
Seul bémol, le tout est parfois un peu lent et répétitif et six épisodes auraient sans doute suffit. (Making a Murderer, surtout la seconde saison, avait la même faiblesse.)
Des destins français bien ciselés
Sur TV5, on peut voir une fois par mois le dimanche soir l’excellente série documentaire Un jour, un destin, animée par Laurent Delahousse.
On a pu voir cette saison d’excellentes biographies d’Alain Delon, de Jean-Paul Belmondo et de Fabrice Luchini. La formule insiste sur la carrière et la vie personnelle de ses biographés, sans s’étendre sur leur oeuvre. Malheureusement on ne peut visionner les épisodes en ligne au Québec.
J’ai quand même trouvé pour vous des versions présentes sur YouTube. Alain Delon:
https://www.youtube.com/watch?v=Z0S97Qq9cfY
Et celui sur Joe Dassin:
https://www.youtube.com/watch?v=q56ifOVF298
La bande-annonce de ma dernière balado:
Médaille d’or à Andrew Scheer pour la pub la plus malhonnête
Fidèle aux traditions, je republie ce billet, d’abord écrit en 2010, chaque 1er juillet depuis. Il est un des plus populaires de ce blogue.
Je l’ai un peu modifié pour mieux expliquer aux plus jeunes l’ampleur de la menace que faisait peser l’église catholique sur ceux qui oseraient voter contre le parti pro-canadien.
Quel est le coût de la division des indépendantistes et des progressistes ? Il tient en un mot : le pouvoir. Se diviser, c’est laisser le pouvoir à ceux qui ne veulent ni l’indépendance, ni le virage vert, ni la lutte aux inégalités sociales, ni la véritable défense du français, ni la chasse aux paradis fiscaux. Toutes choses qui, pourtant, nous unissent.

On comprend mal comment le nouveau chemin de Catherine Fournier peut conduire à des victoires.
Vous en doutez? Regardons les faits. Au Parti Québécois, nous avions perdu l’élection de 2014 tous seuls. Mais en 2012, l’existence de Québec Solidaire nous avait fait perdre entre 12 et 15 circonscriptions. Si nous avions eu seulement la moitié des voix de QS (pas 100%, la moitié !), notre gouvernement aurait été majoritaire. Hors Montréal, la CAQ et les libéraux sont nos adversaires. Mais notre marge de victoire y a été prise par QS dans des comtés des Laurentides, de l’Estrie, de la Mauricie, même de la ville de Québec et de l’Outaouais !
Vous me direz que je suis partial. Je plaide coupable. Mais j’ai l’absolue conviction que la grande coalition créée par René Lévesque et associant dans un même parti les Louise Harel, plus à gauche, et les Bernard Landry, plus à droite, a offert, à chacun de ses passages au pouvoir, les gouvernements les plus progressistes, les plus féministes et les plus écologistes du continent, tout en contribuant à une réelle prospérité partagée. Et de loin. Parfaits ? Non. Personne ne l’est. Ne comparez pas les péquistes à Dieu. Comparez-les aux libéraux, aux conservateurs et aux républicains. Demain, aux caquistes.
Malgré toute la sympathie qu’on peut avoir envers les personnes — Françoise, Amir, Manon, Gabriel et les autres – et aujourd’hui pour Catherine Fournier, demain pour Jean-Martin Aussant —, la réalité froide est que la division des indépendantistes et des progressistes est un don du ciel pour Ottawa, le Conseil du patronat, l’Institut économique de Montréal et les partis qui ne croient pas (ou pas vraiment) à la distribution des richesses, à la crise climatique, au pouvoir citoyen et à l’indépendance.

Le socialiste-indépendantiste Pierre Bourgault, comprenant les impératifs politiques de l’unité, a sabordé son parti pour rejoindre celui du centriste Lévesque.
La fragmentation de nos forces est le meilleur gage de succès pour nos adversaires. C’est mathématique. Pierre Bourgault l’avait compris, lui qui avait sabordé son parti indépendantiste et socialiste pour peser de tout son poids à l’intérieur du Parti Québécois, même s’il s’y trouvait des gens de centre droit, élargissant la tente. (Parizeau, à l’époque, était considéré comme étant de droite. J’avoue qu’étudiant, j’ai manifesté contre lui, scandant bruyamment : « Parti-Québécois-Parti-bourgeois !’ » alors qu’il érigeait, budget après budget, la société la moins inégalitaire du continent. Devenu son conseiller, je m’en suis confessé. Il m’a donné l’absolution.)
Bref, QS (et, qui sait, demain, une autre formation souverainiste) offre aux partis de droite le marchepied que les petits partis de gauche français ont offert au héros des privatisations Jacques Chirac, qui, sinon, aurait été battu par le socialiste Lionel Jospin en 2002. Jospin n’était pas parfait, mais il avait rendu la France plus égalitaire, étendu la gratuité des soins médicaux, créé des emplois jeunes, donné du temps aux salariés, reconnu des droits LGBT. La division des forces de gauche française a ramené la droite au pouvoir.

Sans la candidature de Ralph Nader, les USA auraient eu en 2000 le chef d’État le plus écologiste sur la planète.
Même chose aux États-Unis, où Ralph Nader, par purisme idéologique, a fait la courte-échelle à George W. Bush vers le pouvoir en 2000, en enlevant en Floride les voix qu’il aurait fallu au démocrate Al Gore pour devenir président. Sans Ralph Nader, les États-Unis se seraient dotés, dès 2000, de l’homme d’État le plus écologiste au monde. En prime, c’est absolument certain, la guerre en Irak n’aurait pas eu lieu.
Au moins, nos voisins américains progressistes ont eu la sagesse de changer de trajectoire. Le Parti Démocrate est certes un « vieux parti ». Sous Clinton, il a même flirté avec des thèses néo-libérales et poser des gestes qui ont conduit à la grave crise de 2008 (Clinton s’en est même excusé).
Pourtant, les députés démocrates de gauche ne démissionnent pas pour devenir indépendants. Au contraire, les indépendants entrent dans le Parti démocrate. Bernie Sanders, un indépendant qui a passé sa vie à critiquer les présidents démocrates, a choisi, lui, de transformer le Parti démocrate de l’intérieur. Et il a réussi. (Sanders est applaudi, au Québec, à la fois par des gens du PQ et de QS.) Il a entraîné avec lui une nouvelle génération de candidat, et plusieurs candidates, milléniaux qui, eux et elles aussi, bousculent le parti.

L’indépendant Bernie Sanders et la socialiste Octasio-Cortez ont choisi de changer le vieux Parti démocrate de l’intérieur. Pourquoi ? Pour prendre le pouvoir.
Pourquoi reviennent-ils dans ce vieux parti ? Une raison, une seule : ils savent que pour changer le monde, il faut prendre le pouvoir. Et ils constatent que malgré tous ses défauts, le Parti démocrate peut prendre le pouvoir, pour peu que tous les progressistes, écologistes, radicaux et modérés, s’unissent pour le faire triompher, au-delà de leurs très réelles divergences.
Au Québec, ce parti de coalition s’appelle le Parti Québécois. Malgré ses déboires, il reste le seul véhicule progressiste et indépendantiste qui peut étendre ses ailes suffisamment largement vers la gauche, vers le centre et jusqu’au centre droit pour se rendre au pouvoir.
Si on veut s’y rendre. Si on veut avoir raison tout seul, et laisser la droite fédéraliste gouverner, c’est une autre affaire.
————————————————————————————————————-
Chef sortant du Parti Québécois, l’auteur dirige désormais La boîte à Lisée, qui vient de publier « Qui veut la peau du Parti Québécois ? », dont ce texte est un extrait remanié et actualisé pour La Presse +
Vous souhaitez être ab-so-lu-ment certains d’avoir une copie de mon nouvel ouvrage dès sa sortie ? En plus, vous souhaitez profiter d’un rabais de 10% ? Et d’une dédicace personnalisée ?
Vous avez quelques jours pour pré-commander en cliquant ici. Sérieusement.
Mes amis. Mes amis de l’Abitibi et mes amis des Iles-de-la-Madeleine, mes amis rencontrés sur les 10 000 km que nous avons parcourus pendant cette campagne, mes très chers amis, nous n’avons pas ce soir le résultat que nous espérions.
Nous nous sommes lancés dans ce marathon électoral avec un programme à la fois ambitieux et concret, une détermination sans borne à faire progresser les régions du Québec, à soutenir les familles du Québec, à défendre l’environnement du Québec, à ériger ici un Québec plus équitable, plus français, un Québec libre. Nous l’avons fait avec rigueur et avec bonne humeur. Nous l’avons fait avec une formidable équipe de candidats, un nombre record de candidates, un nombre record de jeunes et nous avons innové en menant cette campagne en tandem, avec notre vice-cheffe, Véronique Hivon, que je salue.
Au moment de lancer sur les chemins notre magnifique autobus, nous savions que le terrain ne nous était pas favorable. J’ai cherché longtemps la comparaison qui rendrait justice au défi que nous avions devant nous. Les Québécois souhaitaient massivement tourner la page sur les années libérales. Ce qui était excellent. Mais ils avaient identifié depuis un an un instrument de changement possible, la Coalition Avenir Québec de François Legault, dont le principal argument était qu’il n’avait jamais gouverné.
Nous avons donc misé sur notre argument le plus fort. La crédibilité. Nous avons voulu démontrer que nous étions le changement crédible. Et avons, à mon avis, passé tous les tests de crédibilité. Sérieusement.
Cependant la volonté populaire de choisir la CAQ pour s’assurer de déloger le PLQ était plus forte que tout. Il s’agissait d’un courant puissant. Irrésistible. Et j’en viens à ma comparaison, qui m’a trotté dans la tête pendant toute la campagne.
Pour l’emporter, il nous fallait remonter les chutes du Niagara, à la rame.
Et nous avons ramé, mes amis, nous avons ramé à nous en arracher la peau des mains. Mais on vous l’avait dit en début de campagne, les péquistes sont comme les dentistes : ils en arrachent, mais c’est pour votre bien.
Nous avons fait face à une seconde difficulté, unique dans l’histoire politique du Québec. Alors que nous ramions pour remonter, avec quelques succès, d’autres travaillaient sans relâche pour nous arracher des rames.
Je veux saluer ce soir l’engagement en politique de centaines de milliers de jeunes qui ont voté Solidaire aujourd’hui. Lorsqu’on finira de calculer les votes, on se rendra compte qu’on assiste à l’irruption d’une nouvelle génération de souverainistes, au PQ et surtout à QS qui, additionnés, pointent à nouveau la boussole québécoise vers l’indépendance.
J’avais espéré, il y a deux ans, cet engouement nouveau de la jeunesse autour de QS et je proposais que nos deux partis additionnent leurs forces. Notre offre était sincère et si le Congrès de QS avait accepté notre main tendue, il y a fort à parier que l’élection de ce soir offrirait un tout autre résultat. L’intense activité militante que nous avons du concentrer pour se battre dans nos propres comtés, nous les aurions déployés ensemble pour conquérir d’autres circonscriptions et mieux résister, c’est certain, à la vague caquiste.
On ne peut pas réécrire le passé, mais il faut en tirer des leçons pour l’avenir. Pour l’heure, le peuple a parlé. La CAQ a gagné
J’ai félicité tout à l’heure François Legault et son équipe pour cette victoire.
La CAQ s’est souvent plainte qu’un autre parti leur volait leurs idées. Eh bien moi, j’invite les élus de la CAQ à lire notre programme, à voler nos idées si ça peut servir ce Québec que nous aimons tant. Il n’a pas dit non. François: regarde notre programme sur l’environnement, ça peut servir.
Et face à l’entente honteuse conclue hier entre Justin Trudeau et Donald Trump, je dis au premier ministre désigné François Legault que le Parti Québécois sera au rendez-vous de l’unité du Québec dans cette épreuve.
Je veux aussi saluer Philippe Couillard et Manon Massé pour leurs victoires respectives.
Ma plus grande tristesse ce soir, c’est de voir que l’Assemblée nationale sera privée demain de femmes et d’hommes de grand talent que j’ai eu le privilège de côtoyer au sein du caucus du Parti Québécois et de connaître comme candidats pendant cette campagne.
Le verdict de l’électorat ne porte pas sur votre talent, votre dévouement, ou votre amour du Québec. Vous avez été emportés par une vague. Et lorsque la vague se retirera, vous serez toujours là, debouts et vaillants comme… comme des Québécois.
Je veux remercier aussi tous nos travailleurs de l’ombre, toute l’équipe avec moi dans l’autobus et à la permanence : à la recherche, aux relations de presse, aux communications, aux réseaux sociaux, aux tournées, à l’organisation, au soutien, à l’accueil… Notre monde qui venait jour après jour faire des appels comme celles et ceux qui sillonnaient le Québec. Merci, mille fois merci.
France Amyot, qui fut la force tranquille derrière tout ce que nous avons accompli et tout ce que nous voulions accomplir. Sylvie mon amoureuse, qui a introduit dans la petite histoire politique du Québec la légende des smoothies, et dont la présence est la vraie source de mon énergie.
Je salue surtout ces milliers de militants dans tous les comtés du Québec qui avez consacré du temps pour le Parti Québécois, pour nos candidats, pour notre cause, merci.
On voulait davantage mais tout ce qu’on a eu est grâce à vous.
Une vague d’une autre nature a touché ma propre circonscription de Rosemont. Je tiens à saluer et à remercier les citoyens de Rosemont qui m’ont fait confiance pendant les six dernières années, m’offrant ainsi plusieurs des plus belles saisons de ma vie. Merci Véronique Bergeron, merci Jean-Pierre Sylvain, merci Mireille Arvisais et tous les autres.
Le verdict de Rosemont met également un terme à l’emploi le plus formidable que j’ai jamais eu, celui de chef du Parti Québécois. Je serai à vos côtés, lors des prochaines batailles, toujours. Je prends ma part de responsabilité dans le résultat d’aujourd’hui. Mais j’aime croire aussi le Parti, ses membres, son organisation, son financement, son programme, son énergie en disent bien plus long sur notre travail commun des deux dernières années que le nombre de nos députés.
***
Il y a cinquante ans, cette année, un grand parti voyait le jour.
Ce parti,
notre parti,
votre parti,
le Parti Québécois…
a donné énormément au Québec et franchement, le Québec lui en a redonné énormément en retour.
Nous avons eu cinq fois le privilège de former le gouvernement du Québec et, de la loi 101 à la fin du nucléaire, nous avons su bien utiliser ce privilège pour les gens de ce pays.
Nous assumons le choc ce soir. Mais nous nous tenons droits et forts. Parce que le Québec a encore besoin du Parti Québécois.
Le Québec a encore besoin de vous.
Tant et aussi longtemps qu’il y aura des combats à mener pour la justice, l’équité, l’environnement, le français, le Québec aura besoin du Parti Québécois.
Tant que le Québec ne sera pas un pays, le Québec aura besoin du Parti Québécois.
Merci.
Après une tournée dans 12 villes du Québec à la rencontre de candidats et de militants mobilisés et prêts au combat, et avant le déploiement d’une grande offensive de rentrée que nous avons soigneusement préparée, je fais une pause estivale. Le repos du guerrier.
Pourquoi des vacances ? D’abord parce que c’est une saine habitude de vie, même lorsqu’on souhaite être premier ministre. Ensuite, parce que les vacances, c’est sacré. Surtout, parce que l’été est le moment privilégié de la vie familiale et puisque je suis un praticien de la garde partagée, c’est le moment où toute la fratrie est réunie. Et la famille, encore plus que les vacances, c’est sacré. Pourquoi ? Si vous ne le savez pas, voici les raisons que j’en ai données il y a quelques années.
(Cet article d’abord publié dans L’Actualité en 2006 n’a pas pris une ride — contrairement à son auteur !)
Je ne vous cacherai rien. Il y a 1000 raisons d’être père. Mais avoir des enfants est une « hénaurme » demande d’énergie. Un paquet de troubles. Surtout pendant, disons, les 122 premiers mois. Ils vous réveillent la nuit, vomissent dans votre lit, crachent sur vos belles chemises, essuient leurs bottes sur vos pantalons, cachent vos clefs — sans se souvenir où ils les ont mises ou même s’ils les ont prises.
On n’a pas tout saisi de la condition humaine tant qu’on n’a pas transporté, dans ses bras, sous la pluie, avec un sac d’épicerie et un sac d’écolier, le long de trois pâtés de maisons et sous les regards accusateurs, une enfant gesticulant et hurlant de colère d’avoir dû quitter la maison d’une amie, qui ponctue ses pleurs de stridents: « Je te déteste, je ne veux plus jamais te voir! »
Vous êtes sportif? Avoir la forme est obligatoire. Notez cependant que, en forme ou pas, il est extrêmement difficile de convaincre un enfant de monter sur le siège d’appoint d’un vélo s’il a décidé de vous tenir tête.
Les couches? Ah, les couches! C’est un peu répugnant la première semaine, puis on s’habitue. La garderie? C’est le festival des microbes. Une maladie n’attend pas l’autre. Un véritable abonnement Nautilus pour les anticorps parentaux. Avant les enfants, on ne voit pas où va tout l’argent prélevé sur nos salaires pour la santé. Après, à la 30e visite à Sainte-Justine, on saisit parfaitement le caractère redistributif, favorable aux familles, du régime public d’assurance-maladie.
Et puis, il y a la discipline. Toujours répéter. « Combien de fois faudra-t-il te le dire: mets tes bottes! » C’est usant à la fin. Et le classique, venu de mon enfance, sorti spontanément de mon gosier, me faisant plus peur qu’à eux, proféré d’un ton menaçant: « Va-tu falloir que papa y aille? » Voilà où j’en suis.
Lorsque toute cette intendance était assumée par le beau sexe, je suppose que nos pères et grands-pères trouvaient la chose supportable. C’était zizi panpan pendant la nuit de noces, puis un peu d’autorité à exercer au retour du champ, du chantier, de la « factrie », du magasin, du bureau. Puis, on donnait la jeune mariée au gendre. Pas étonnant que l’adaptation soit difficile pour les nouveaux pères que nous sommes. Ah oui. Je me souviens d’avoir annoncé plus tôt 1 000 raisons d’avoir, malgré tout, des enfants. Je les présente dans le désordre.
Raison 66: Pour communiquer avec notre indispensable gardienne, nous écrivons des notes sur un petit panneau fixé au frigo. Trouvé à notre retour, un vendredi soir: « Cher Irma, Laisez les enfan écoutez la téler ce soir. Merci. »
Raison 38: Elle, et lui à trois ans de distance: « Papa, la lune nous a suivis jusqu’au chalet! »
Raison 12: Les câlins collectifs. Les câlins express.
Raison 100: On peut avoir des enfants à tout âge. J’ai eu les miens à 40, 44, (et depuis 51, 53 et 57 ans; j’ai ensuite fermé le canal famille.) Cela a ses avantages. Un ami, qui a procréé dans la vingtaine, me raconte son andropause: « Tu es à un moment où tu te demandes si tu as fait de bons choix de vie. Ce que ta carrière a vraiment changé, pour toi, pour le monde. Si tu n’as pas manqué d’audace. Et là, ton “flo” de 16 ans te dit: “T’es qui, toi? Qu’est-ce que t’as fait de si génial pour me donner des ordres? Si t’es pas un raté, prouve-le!” » Je ne sais pas si j’ai assez diplomatiquement répondu que, pendant que je me posais ces mêmes questions, que je vivais les mêmes angoisses existentielles, ma fille, de trois ans, me disait: « Papounet, le plus beau, le plus fort et le plus gentil du monde, je t’aime trop. Voudrais-tu te marier avec moi? »
Raison 11: Les attaques de bisous. Les concours de bisous.
Raison 18: On peut revoir Les sentinelles de l’air, relire Tintin et Astérix, en disant que c’est pour eux.
Raison 29: Lui, trois ans: « Les muffins aux bibittes de chocolat, j’aime trop. »
Raison 6: À deux ans, elle tombe du quai, tout habillée. Je suis tout près et la sors de l’eau immédiatement. Peu après, pendant que sa mère la sèche, je l’entends demander: « Maman, quand tu étais petite, ton papa t’a-t-il sauvé la vie, à toi aussi? » À ce moment, exactement, j’ai su que j’étais devenu quelqu’un.
Raison 650: Il nous annonce que, demain, la garderie se rend à la planète Arium.
Raison 3: Il y a des instants où on voit, en direct, en chair et en os, une incarnation du bonheur. L’autre jour, fiston était debout dans la cuisine. Il tournait lentement sur lui-même, dodelinait de la tête d’un côté et de l’autre, en fredonnant un air tout simple. Le geste d’un enfant à la fois complètement insouciant, complètement dans son univers, complètement à l’aise. Ça vaut son pesant de couches.
Raison 8: Ces petits êtres ouvrent en nous des canaux émotifs dont on ne soupçonnait pas l’existence.
Raison 272: À trois ans, elle veut 1 000 enfants. Ils sortiront de son ventre en se tenant par la main. Comme ça fait tout de même pas mal de monde à élever, les premiers sortis, de toute évidence nettement plus vieux, s’occuperont des plus jeunes.
Raison 4: On apprend la patience. Une vertu applicable ensuite à toutes nos autres activités. On affine notre autorité. Elle aussi exportable. On comprend qu’il faut combiner les deux. Inestimable.
Raison 28: Les questions de fond. « Papa, ceux qui ont écrit la Bible, comment ils savaient que c’était vrai ce qu’ils écrivaient? » (Suit une explication super-vulgarisée sur la vérité révélée.) « Oui, mais ils peuvent l’avoir inventé. Tu les crois, toi? »
Raison 67: À cinq ans, elle nous fait une petite régression. Elle veut qu’on l’aide à manger à la cuillère. On refuse. Son frère, deux ans, se désole de la situation. Il s’extirpe de sa chaise haute et, cuillère à la main, nourrit sa grande sœur. Ce qui a durablement réglé le problème.
Raison 13a: Elle, cinq ans et demi. Discussion vestimentaire. « Je peux avoir un gilet bedaine? » À quoi ça sert? « À avoir l’air sexy. » Qu’est-ce que c’est, avoir l’air sexy? « C’est avoir l’air cool. » Et qu’est-ce que c’est, avoir l’air cool? « On a l’air cool, c’est tout. » Les parents sont poches.
Raison 13b: Interdire le mensonge, mais permettre la blague. Faire comprendre la différence. Donc, mieux la saisir soi-même.
Raison 22: Les discussions lourdes. En voiture. À quatre ans. Tu aimes la vie, ma chouette? « Ouais, mais j’aime aussi la mort. » (Contraction soudaine des tripes paternelles.) Ah bon, pourquoi? « Parce que je pourrai voir Jean-Claude et papa René » (ses grands-pères décédés). Très bien, ma belle. Ils vont être contents de te voir, mais ils sont là pour l’éternité. C’est long, ça. Alors ils veulent que tu vives toute une vie pleine d’aventures pour avoir beaucoup de choses à leur raconter quand tu monteras au ciel. « Ah, oui, c’est vrai, je n’y avais pas pensé. » (Décontraction lente des tripes paternelles.)
Raison 804: Apprendre à brosser les cheveux d’une petite fille. Lui faire des lulus, des chignons. Je suis nul en tresses.
Raison 444: Il fabrique de banales colonnes de cubes Lego pendant des semaines, puis paf! il se présente à vous avec une armada de bateaux tridimensionnels munis de trous pour les canons et d’accessoires à couper le souffle. On ne sait pas lequel, du soulagement ou de la fierté paternelle, est le plus grand.
Raison 16: Entre cinq et sept ans, ils apprennent à lire. À lire bien. Puis, on entend l’aînée faire la lecture à son cadet. Plus attendri, tu meurs.
Raison 117: Entendant à trois ans la chanson « Lady Marmalade », sur ma bande son de Moulin Rouge!, il demande: « Pourquoi est-ce que ces dames veulent dormir avec moi? »
Raison 22: Les questions délicates. Elle, à cinq ans:« Comment le papa met-il la graine dans la maman pour faire le bébé? » Chérie, quand les deux parents s’aiment beaucoup… Elle coupe: « Oui, oui, mais comment il met la graine? » Eh bien, ma belle, les parents font un gros câlin, lorsqu’ils s’aiment beaucoup… Elle coupe: « Quelle sorte de câlin? » Un câlin spécial, ma chouette. Elle: « Comment, spécial? » Un câlin spécial secret que font les grandes personnes qui s’aiment et que tu connaîtras quand tu seras une grande personne! (Il faut aussi savoir comment ne pas répondre aux questions.)
Raison 23: Les dialogues entre eux, quand ils pensent qu’on ne les entend pas. Et qu’ils reprennent nos paroles, nos intonations, nos règles. Et dire qu’on pensait qu’ils ne nous écoutaient pas.
Raison 101: Au début, pour peu que l’on prête attention, on sait tout ce qu’ils savent: les émissions de télé, les conversations, les jouets, les sorties. Alors, on suit à la trace comment ces éléments se recombinent dans leurs cerveaux et on s’en émerveille. Petit à petit, avec la garderie, l’école, les amis, les intrants nous échappent. Pour Internet, c’est trop tard. Je l’initiais de façon homéopathique à l’engin, et la voilà qui revient de l’école en m’annonçant qu’il faut cliquer sur « Internet Explorer » (prononcez: « explorez »), puis aller sur « Gogol » ou faire directement, je la cite: « Triple double « v » point games papa point com. »
Raison 007: On peut se refaire. Mes enfants savent de moi que j’aime le piano, que j’adore le canot, fais des exercices quotidiens, aime glisser, patiner et faire des tunnels, adore les devoirs et les haricots. Ils m’auraient rencontré à 38 ans, ils ne m’auraient pas reconnu. Je m’aime mieux maintenant.
Raison 72: Tout l’apprentissage. Au début, elle nommait deux couleurs. Il y avait jaune. Il y avait pas jaune.
Raison 68: Les sautes d’humeur. Adultes, nous avons la capacité de rester en colère, ou de bonne humeur, pendant de longs jours. La rancune est un muscle. Les adolescents l’ont développé. Pas les enfants. Ils passent de la panique au bonheur en une minute. Une gastro? Ils vomissent, puis se mettent à chanter. Une punition? Quand c’est fini, on peut rigoler de suite.
Raison 14: Ce qu’il aime du drapeau québécois? Les belles fleurs d’épices.
Raison 33: On refait connaissance avec soi-même. Par les enfants, on revoit l’enfant en soi, les sentiments qu’on avait oubliés, les engouements, les angoisses, les petites joies et les grandes découvertes. On jette un regard attendri sur son propre passé et on redécouvre ses propres parents. Ils sont devenus des complices, nous sommes entrés dans leur club: celui des parents. Nous sommes enfin à leur échelle et eux à la nôtre. On les aime autrement, mieux.
Raison 1 000: Je ne veux pas exagérer, les gars. Mais sachant ce que je sais maintenant — ou plutôt ressentant ce que je ressens maintenant —, si on me disait que je devrais vivre sans jamais connaître le bonheur d’être père, ce serait, de très loin, la plus grande peine d’amour de ma vie. Je ne m’en remettrais jamais.
À la rencontre des gens de l’Est de Rosemont
C’est toujours un plaisir d’aller à la rencontre des citoyens de Rosemont. Chaque semaine, je choisis un secteur du quartier et je vais discuter avec les gens. Cette fois, mes pas m’ont conduit dans l’Est de Rosemont, plus précisément dans Le Petit Beaubien. L’accueil chaleureux et les discussions intéressantes étaient au rendez-vous !
Forum social de Rosemont
Samedi dernier avait lieu le Forum social de Rosemont, un évènement rassembleur incontournable de la vie citoyenne du quartier. Le résultat de ces moments d’échanges et de partages d’idées novatrices avec les citoyen(ne)s et intervenant(e)s du Forum social de Rosemont, ce sont 5 nouvelles priorités de quartier sur lesquelles nous travaillerons ensemble pour les 5 prochaines années :
Bravo au comité organisateur, dont fait partie mon équipe de circonscription, et à l’équipe de la Corporation de développement communautaire (CDC) de Rosemont pour la magnifique journée. Ce fût un véritable succès de participation citoyenne !
Maintenant, poursuivons le travail au travers d’actions concrètes pour améliorer la qualité de vie des gens de Rosemont !
J’ai profité d’une déclaration de député à l’Assemblée nationale pour souligner l’apport du Forum social de Rosemont, s’inscrivant dans la démarche Décider Rosemont Ensemble, pour les citoyens du quartier.
La fin des classes approche et amène avec elle les fêtes organisées par les OPP des écoles. J’ai été passer un moment à l’école Rose-des-Vents lors de leur traditionnelle Féria, une fête très appréciée des parents, des écoliers et de l’équipe école.
Le même jour avait lieu le Bazar festif de l’école Rosemont ! Bravo à tous les parents bénévoles ! Je suis heureux d’appuyer vos initiatives pour les élèves de Rosemont.
Je ferai une grande tournée toute la fin de semaine pour célébrer avec les gens notre Fête nationale. Je serai dans Rosemont au parc Joseph-Paré (coin de Beaubien et la 41e Avenue) ce dimanche 24 juin. Cette grande fête familiale pour célébrer le Québec est une belle tradition dans l’Est de Rosemont et j’y aurai un kiosque. De 12h à 17h, il y aura de l’animation, des jeux gonflables et des activités pour toute la famille. Venez nous voir en grand nombre!
*En cas de pluie, la fête se déplacera au Centre Alphonse-Desjardins, situé 6755, 36e Avenue.