Le biographe de Bourassa et l’honnêteté

CouverturePTQuand Georges-Hébert Germain est venu me voir, il y a un an, pour avoir mon point de vue sur Robert Bourassa, il fut honnête. Il a admis d’emblée que les proches de l’ancien premier ministre avaient sorti leur chéquier pour mobiliser sa plume — une des meilleures au Québec — en espérant qu’il tirerait un portrait positif de leur ancien chef.

Mais Georges-Hébert, que je connais et estime depuis des décennies, m’a assuré qu’il allait aborder le sujet «en toute indépendance d’esprit». Je l’ai cru. Mais j’ai trouvé que les proches de Bourassa avaient été habiles de le choisir lui entre tous, car on sait, dans le métier, que Georges-Hébert déteste dire du mal de qui que ce soit. C’était couru, il allait dire du bien de Bourassa.

Combien de bien ? N’ayant lu qu’un bref extrait du livre, je ne puis le dire. Mais j’ai été frappé de l’entendre dire, à la radio il y a quelques mois, que  Robert Bourassa était non seulement un «honnête homme», mais au surcroît, un «homme honnête».

Bou1Puisque je crois avoir fait la démonstration, dans Le Tricheur, que la malhonnêteté intellectuelle était le modus operandi de l’ancien premier ministre, une suggestion que Georges-Hébert m’avait faite lors de notre entretien m’est revenue en tête.

Pourquoi, m’avait-il demandé, n’avions-nous pas réédité Le Tricheur (qu’il venait de lire et dont il ne disait que du bien) au moment de la sortie, récente, d’une autre biographie de Bourassa, celle de Julien Brault?  «En voilà une idée, qu’elle est bonne», me suis-je dit au fond de mon for(t) intérieur.

Puisque Georges-Hébert allait démontrer, indépendamment du montant (à ce jour inconnu) du chèque reçu, l’honnêteté de Bourassa, il serait bien que je publie une version abrégée, remaniée et actualisée de mon ouvrage (produit sans que le moindre mécène ne m’ait ouvert son chéquier!). Aux lecteurs de faire la comparaison et de tirer leurs conclusions.

Les éditeurs de Québec Amérique trouvèrent l’idée fort bonne. (On me rapporte que chez Libre Expression Georges-Hébert fut, à la réflexion, moins enthousiaste.)

Un mensonge répugnant

J’attendais donc avec impatience l’opus positif de mon ancien collègue de L’actualité et avais hâte de comparer nos notes, côte-à-côte, ici et là dans les salons du livre. Jusqu’à ce qu’Antoine Robitaille, du Devoir, dépositaire du manuscrit de Georges-Hébert, me demande de commenter le passage du livre me concernant.

Et me consternant. Car je m’attendais à de l’honnêteté de la part d’un homme de la trempe de Georges-Hébert Germain. Mais voici ce que j’ai lu:

Dans son entourage [de Bourassa], par contre, on s’est scandalisé des propos de Lisée, d’autant plus que le journaliste, avant même la parution du Naufrageur, était devenu conseiller politique du chef péquiste, Jacques Parizeau.

C’est un assaut frontal et parfaitement mensonger sur mon intégrité. C’est en journaliste d’enquête que j’ai mené l’enquête, écrit et publié les ouvrages, en disant toute la vérité sur chacun des acteurs, fédéralistes ou souverainistes, et faisant plusieurs mécontents dans les deux camps. Personne ne m’a fait de généreux chèque.

Puis, au moment de la sortie du Tricheur et du Naufrageur, au printemps 1994, et après mon embauche comme conseiller de Jacques Parizeau plusieurs mois plus tard, en septembre, les proches de Bourassa m’ont traité de tous les noms d’oiseaux. Mais jamais une accusation aussi vile n’avait été formulée.

Georges-Hébert invente ici un répugnant mensonge. Il n’a pas eu le professionnalisme de vérifier la chose avec moi, ou avec l’entourage de Jacques Parizeau, ou de trouver la moindre preuve qui pourrait étayer cette affirmation, car il n’en existe pas. (En fait, je craignais après la publication du Tricheur que Parizeau ne m’adresse plus jamais la parole, car j’y avais inséré un long passage sur son problème d’alcool, ce qu’aucun autre journaliste n’avait fait avant moi.)

Je n’ai pas encore lu le reste du livre de Georges-Hébert. J’ose espérer que je suis la seule victime de son manque de professionnalisme.

Comment tricher avec le Tricheur pour mieux le critiquer

Voilà pour le journalisme 101. Voici pour l’honnêteté intellectuelle.

Georges-Hébert est un homme très intelligent, connu et apprécié pour son sens de la nuance, qu’il sait saisir et décrire avec brio. Il lui a donc fallu un effort considérable pour jouer aux ignares dans le résumé qu’il fait de mes ouvrages:

[Lisée] a échafaudé une prémisse artificielle qu’il a tenté de consolider pendant des années, cherchant et croyant trouver partout, à gauche et à droite et en bas et en haut, derrière et devant, des matériaux divers pour étayer une thèse souverainiste voulant que Bourassa ait contrecarré l’élan qui, au lendemain de l’échec e l’accord du lac Meech, portait selon lui le peuple québécois de façon certaine et irréversible vers l’indépendance politique. […] Lisée considérait que le premier ministre aurait du se plier à des sondages d’humeur passagère et faire la souveraineté.

Ridicule. Voici ce qu’il a lu dans Le Tricheur, à son point central, et qui en est la seule thèse: un appel à l’honnêteté. Je parle ici du jour de décembre 1990 où Bourassa est informé de la teneur du Rapport Allaire, le comité constitutionnel qu’il a formé, et dont la principale recommandation est la souveraineté:

Robert Bourassa est à la fenêtre. Il peut faire la souveraineté. Les conditions sont réunies comme jamais auparavant. Peut-être ne se représenteront-elles jamais dans un si beau bouquet. Il n’y est cependant nullement forcé. Personne ne peut lui reprocher d’être fédéraliste. Il a bien entonné quelques phrases vagues sur « la superstructure » et le caractère « non éternel » du fédéralisme. Reste qu’il vient d’être élu, en septembre 1989, pour quatre ou cinq ans. Pendant cette campagne, il n’a pas promis de faire la souveraineté, il n’a donc ni le mandat ni l’obligation de la faire.

Bourassa, dont l’esprit est fixé sur la condition la plus problématique de l’accès à la souveraineté –  les coûts – , peut légitimement penser qu’il ne faut pas la faire. Ou du moins qu’on ne peut pas la faire à un coût raisonnable.

Depuis la mort de Meech, il a laissé se dérouler le débat dans le public et dans son parti. Il a distribué des feux verts aux souverainistes. Aux jeunes de son parti et aux fondateurs du Bloc québécois, aussi. Il n’est pas intervenu dans les délibérations du comité Allaire, sauf pour les orienter dans une direction qui ne pouvait logiquement les mener qu’à la souveraineté. Il a donné tous les signes de celui qui entend «tranquillement s’orienter vers la souveraineté du Québec en se ménageant de l’espace de virage », pour reprendre l’expression du péquiste Landry. Mais rien encore n’est irréversible.

Il peut, c’est sûr, appuyer sur l’accélérateur, prendre son ticket pour l’histoire, franchir le rebord de la fenêtre. Faire comme Helmut Kohl [qui vient de réunifier l’Allemagne au pas de charge] et prendre, selon une expression qu’il affectionne, « un risque mal calculé ».

Mais ce n’est pas parce que la mer est belle qu’il faut prendre le large. Ce n’est pas parce que tous les matelots s’activent à gréer le navire qu’il faut hisser la grand-voile. Certes, sur la terre ferme, les voisins deviennent hargneux et il y a peu de chances –  en fait, aucune –  qu’une entente satisfaisante puisse être conclue avec eux. Reste que la troupe est au sec. Qu’elle mange à sa faim. Que, disait un autre capitaine, « ce n’est pas le goulag ». Et qu’au-delà de l’éclaircie et de l’horizon calme qui se présentent depuis la berge, il y a peut-être –  sûrement –  une zone de tempêtes. Et si on s’échouait sur une terre encore moins hospitalière que celle-ci? Et si, à mi-parcours, en plein remous, les mousses prenaient peur et réclamaient qu’on rebrousse chemin, pour débarquer, plus pitoyables que jamais, au point de départ?

Lorsqu’il prend l’appel de Pierre Anctil [le directeur général du PLQ], le 28 décembre 1990, dans sa chambre d’hôtel de Miami, Robert Bourassa est le chef du Parti libéral du Québec, le premier des ministres du gouvernement québécois. Il peut mettre le frein, arrêter la musique, déclarer que le jeu n’en vaut pas la chandelle. Annoncer aux Québécois, à son retour de convalescence, que, tout bien considéré, la souveraineté est une aventure trop risquée et qu’il ne faut pas compter sur lui pour les y plonger. En aucun cas.

Si certains veulent provoquer ce débat, il pourra les confronter, visière levée, et débattre argument contre argument. S’il est mis en minorité par son parti, il pourra, comme René Lévesque en 1984, tenir un référendum auprès des militants, un «Robertrendum ».

Si, à l’extérieur de son parti, les Québécois tiennent vraiment si fort à la souveraineté, s’ils descendent régulièrement dans les rues, peut-être devra-t-il mettre sa légitimité en jeu, comme de Gaulle après mai 1968. Comme lui, il en tirerait les conclusions. « Quel homme serais-je, disait de Gaulle avant le référendum sur la régionalisation de 1969, si je ne tirais pas sans délai la conséquence d’une aussi profonde rupture? » À minuit, le soir de sa défaite, il remettait sa démission. Il avait perdu ce pari, il en avait gagné bien d’autres, envers et contre tous, pendant sa carrière. Car, disait-il aussi, « ce qui est salutaire à la nation ne va pas sans blâme dans l’opinion ».

De Gaulle avait su affronter l’opinion, et le plus souvent la convaincre qu’il avait raison, qu’elle avait tort. Quand il réussissait ce tour de force, et emportait l’adhésion de l’opinion, il en sortait grandi et la France avec lui. Parfois, il échouait, et n’avait alors pas l’arrogance de se cramponner à un pouvoir qu’il aimait pourtant sans partage.

Le 28 décembre 1990, Robert Bourassa est donc placé devant un choix historique et éthique. S’il se rend aux arguments d’Anctil, donc de son parti, donc de son peuple, il aura la lourde tâche de créer un pays. Comme Churchill, il pourrait aviser les Québécois, avant de prendre la mer, qu’il faudra « de la sueur et des larmes » pour se rendre à bon port. On dira qu’il a évolué, qu’il a pris le virage de sa vie, qu’il a choisi le bon moment, qu’on avait bien fait de l’attendre. On le dira courageux, pionnier, timonier. Il aura sa photo en première page de The Economist. On écrira sa biographie.

Il entend l’appel du large, il sait que le bateau peut partir, et il le dira, six mois plus tard, dans une entrevue au quotidien Le Soleil: « J’aurais pu, il y a un an, passer à l’Histoire; si j’avais décidé de faire un référendum sur la souveraineté en septembre 1990, je pense bien que, là, ça y était.» À l’été de 1991, il ajoute: « Si on avait fait un référendum au mois de juin [1991], si on l’avait gagné, quelque chose comme 58% à 42%, on aurait fait quoi? » Une jolie marque, 58%.

S’il refuse les arguments d’Anctil, comme c’est son droit, il aura la très difficile mission de ramer contre le courant, de convaincre ses compatriotes de ne pas prendre le large. Cette tâche est ingrate. On le traitera de poltron, de briseur de rêves et de fossoyeur de peuple. On le dira cependant, aussi, homme de conviction et de détermination, comme un autre grand fédéraliste, Pierre Trudeau, qui appelle tous les acteurs du drame, en 1990, à « jouer cartes sur table, se battre pour ainsi dire à visière levée –  et se fier à la chance autant qu’à l’habileté». Si Bourassa est franc, direct et honnête dans l’adversité, on le dira homme d’État. On fera une série-documentaire sur sa vie.

Nous sommes loin, n’est-ce pas, de la caricature offerte par Georges-Hébert.

Mais voilà. Bourassa a délibérément décidé de ne pas être franc, direct et honnête dans l’adversité. Il a refusé de se dire fédéraliste pendant des mois. Alors qu’il l’était. Il a refusé d’exclure publiquement la souveraineté pendant près de deux ans. Alors qu’il l’excluait en privé avec les premiers ministres du reste du Canada.

De plus, il a pris sur lui de refuser des pouvoirs supplémentaires que lui offrait Ottawa sur la langue et la culture — des revendications historiques du Québec et de son parti — sans en souffler mot à qui que ce soit et alors même qu’il affirmait en public réclamer une « réforme en profondeur » du fédéralisme.

Ce n’est pas seulement la famille souverainiste que Bourassa a floué. C’est la famille réformiste fédéraliste. N’importe quel autre leader fédéraliste à sa place — Jean Lesage, Daniel Johnson, Claude Ryan — n’auraient pas gaspillé ce que l’on sait être maintenant, avec le recul, la seule fenêtre disponible pour la réforme de la place du Québec au sein du Canada.

Voilà l’argument central du Tricheur, et de mon nouveau Le petit Tricheur — Robert Bourassa derrière le masque: le manque d’honnêteté et de transparence. L’affront à la démocratie. La confiscation d’un débat à un point charnière de l’histoire d’un peuple.

J’ai hâte de trouver quelqu’un qui aura été payé suffisamment cher pour tenter d’y répondre avec professionnalisme, honnêteté intellectuelle et compétence.

(Lire un extrait et l’article de Johathan Trudel dans le dossier de L’actualité: Bourassa, bâtisseur ou tricheur ?)

Mon cours à StarAc: Mes impressions

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Photo: Le logo de la version française. Normal, Academy est orthographié à l’anglaise. Ici, Julie a rétabli le français!

« Qu’est-ce que tu es allé faire là ? » m’a demandé une amie néo-démocrate, parlant du cours de discours que j’ai donné à Star Académie, à l’invitation de Biz, cette semaine.

Ma position sur StarAc n’a pas varié depuis que j’en ai vu la première mouture, en France en 2001. Voici une formule qui apprend à des millions de personnes — notamment des enfants et des jeunes — que le succès n’est pas instantané. Qu’il est fondé sur le travail et la passion, sur la capacité d’écouter ce que nous disent des gens d’expérience, d’accepter la critique, de l’intégrer, pour se dépasser.

StarAc est donc, contrairement à des dizaines de rebuts de la téléréalité, une véritable école de l’effort, du travail d’équipe, de la réalité de la compétition dans le monde qu’ils ont choisi, celui de la chanson.

De plus, en France comme ici, StarAc joue un rôle de passeur de culture musicale. La chanson québécoise, française et francophone au sens large y est réintroduite, avec des voix anciennes et nouvelles, à chaque nouvelle cohorte de jeunes téléspectateurs. Je le constate chaque semaine dans ma propre maison et, pour une nation créatrice comme le Québec, voilà qui est extraordinairement précieux.

Bref, Biz m’a invité il y a quelques mois à venir parler des discours aux académiciens qui ont, immédiatement et dans leurs carrières à venir, à savoir s’exprimer clairement, mais avec cran et émotion, à des publics variés: leurs fans, les gens intéressés aux causes, charitables, sociales, voire politiques, auxquelles ils choisiront de s’associer.

Biz et moi avions conçu le cours comme suit (nous avions deux heures et demie).

D’abord, je donnerais un aperçu des composantes du discours, dans lequel se réunissent toujours trois amis: ethos (le signal transmis, avant la première parole, par l’attitude de l’orateur), pathos (l’émotion) et logos (l’argumentation).

J’ai choisi deux extraits de discours présentés sur écran. L’allocution de clôture de Jean Lesage lors du débat des chefs contre Daniel Johnson en 1962 (il n’existe pas de video de son autre discours sur le « Maître chez nous »)

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Un style de discours classique donc. J’ai demandé aux académiciens de commenter, ce qu’ils ont fait avec compétence.

Puis, j’ai choisi un discours beaucoup plus proche de leur sensibilité, celui prononcé par la comédienne Suzanne Clément lors de la Fête nationale du  24 juin 2009.

Il y avait beaucoup de frissons chez les académiciens pendant cette prestation et ils furent presque unanimes à indiquer que c’était plutôt ce genre de discours qu’ils voudraient un jour prononcer.

La qualité intellectuelle de la discussion autour des deux discours était très bonne. Nous sommes en présence de 12 jeunes allumés, curieux, sensibles.

Biz et moi avons ensuite demandé aux 12 académiciens de se répartir deux par deux et, pendant 30 minutes, de préparer un bref discours sur l’avenir de leur nation, québécoise, acadienne ou autre. Ils étaient invités à choisir l’aspect qui les intéressait le plus: environnement, famille, jeunesse, souveraineté, fédéralisme, enfance…

StarAc a mis en ligne les deux discours acadiens et une partie de la discussion qui a suivie:

acadiens

 

 

 

 

 

L’autre excellent discours a été prononcée par Mélissa, sur l’appartenance (et coécrit par la prometteuse Andréanne). Mike, originaire de la Réunion, a centré le sien sur la hausse des frais de scolarité.

J’avoue que j’ai été agréablement surpris de la qualité de ces brèves performances, compte tenu de leur manque d’entraînement à cet exercice d’écriture et du temps imparti qui était limité.

Bref, j’ai été honoré de participer à cette formation (merci Biz). J’en suis ressorti toujours aussi partisan du message qu’envoie StarAc sur l’importance de l’effort et du dépassement. Heureux aussi que mes grands enfants me trouvent enfin cool, et décidément choyé par la vie ces temps-ci.

Lettre ouverte à l’ex-scribe de Jean Charest

Cher Patrice Servant,

On ne se connaît pas, mais j’ai pensé qu’en ce moment difficile, recevoir une lettre d’un autre ex-scribe pourrait vous remonter le moral.

D’abord, vous me voyez rétrospectivement heureux d’avoir dit du bien de votre travail. « Chapeau au scribe » ai-je écrit au sujet du dernier discours inaugural. J’avais quelques réserves sur le fond. Des peccadilles. Mais j’avais apprécié la forme. J’espère que cela vous avait été rapporté.

Vous avez quitté vos fonctions après dix années passées à mettre en prose la pensée et l’action d’un homme.Je suis épaté. Moi, j’ai rangé mes crayons après seulement cinq ans au service de Jacques Parizeau et de Lucien Bouchard. Je ne sais donc qu’à moitié quel arrachement vous vivez.

Il se crée entre l’homme public et son scribe une complicité, une osmose, difficile à imaginer. Ils entrent l’un dans l’esprit de l’autre et, à la longue, empruntent les idées, les images, les tics mêmes du partenaire.

L’écriture, mais surtout la relecture commune de textes écrits souvent dans des moments charnières, exaltants ou périlleux, soudent les hommes. Ils travaillent ensemble à exprimer la vision, oui, mais souvent l’humeur, parfois l’acte d’accusation, le plaidoyer de la défense, du personnage le plus exposé de l’État. Il faut apprendre de concert à manier la lance et le bouclier, la colère et l’humour.

L’avez-vous fait comme moi ? Vous battre pour un mot, une expression, une chute ? Le pousser à aller plus loin, à dire plus, à s’exposer davantage ou à mordre plus fort? L’avez-vous vu vous refuser un paragraphe, puis décider de le remettre au dernier moment ? Vous reprocher une audace ou, au contraire, en rajouter sur un point où vous l’attendiez plus timide ?

Le processus est révélateur de la personnalité de l’un et de l’autre. Il engendre des tensions et des fou rires. Je sais Jean Charest, en privé, vif d’esprit et taquin. Lucien Bouchard l’était aussi. Avez-vous parfois osé placer exprès dans sa copie de travail une phrase extravagante, politiquement suicidaire, juste pour voir sa réaction pendant la réunion de lecture ?

Il y a évidemment un pôle dominant dans ce couple. Et lorsque le scribe a lui même une idée de la direction qu’il faut prendre, que cette direction n’est pas prise, sur des sujets mineurs, puis plus importants, puis majeurs, il en va de sa santé psychologique de procéder au divorce.

On ne peut se lover longtemps dans un moule qui n’est pas, ou qui n’est plus, fait pour soi. C’est mauvais pour la colonne cérébrale. Vous avez bien fait de partir. Il était temps que vous vous retrouviez. Cela ne sera pas simple, au début. Mais vous redeviendrez vous-même, tranquillement, naturellement.

Dans votre cas, le refus entêté du Premier ministre d’ouvrir une Commission d’enquête publique sur la construction vous a semblé contraire aux intérêts du Québec. D’autres que vous, qui partagent ce sentiment dans l’appareil libéral, ne vivent pas votre dilemme. Ils n’ont pas eu à mettre ce refus en mots. À le rendre convaincant. Ils n’ont pas pour métier de trouver une douzième formule justifiant ce déni de transparence.

Il dut y avoir un moment où vous avez été mal physiquement. Où cette obligation professionnelle d’agir en contresens de votre conscience a débordé votre cerveau pour attaquer votre système nerveux.

Laissez moi vous dire comment cela s’est passé pour moi. C’était un jour d’avril 1999. Un matin de Conseil national. J’écoutais, du fond de la salle, Lucien Bouchard lire mon texte. Une attachée politique vint vers moi et, commentant mon air accablé, me dit: « on dirait que ton chien est mort ».  J’étais mal. Physiquement atteint. Il m’était impossible d’écrire un autre texte comme celui-là. J’ai su à ce moment précis que je devais partir.

J’avais acquis depuis le début de cette année-là la certitude que la stratégie souverainiste était vouée à l’échec. J’avais l’intime conviction qu’en aucun cas nous ne pourrions nous y rendre avant la fin du mandat, alors pourtant jeune de moins de six mois. Je m’étais battu, à l’interne, pour offrir une autre voie. Le Premier ministre avait un temps examiné sérieusement cette idée, puis, récemment l’avait écartée. C’était son droit le plus strict, évidemment.

C’était donc la première fois que je devais écrire pour les militants péquistes réunis un discours où je n’exposais pas le fond de ma pensée — car jusqu’alors il s’agissait d’une pensée partagée avec mon patron. Ça ne l’était plus. J’avais esquivé le problème en développant un argumentaire sur le rapport de force du Québec, dilué au sein du Canada, mais qui ne pourrait se déployer qu’avec la souveraineté. J’avais pris soin de ne rien dire de faux.

Mais, assis derrière les centaines de militants, je voyais bien que j’avais pour la première fois échoué à ma tâche de faire dire au Premier ministre la plus importante des vérités de l’heure. Je ne lui faisais pas dire « si nous ne changeons pas de trajectoire, la souveraineté ne se fera pas avant plusieurs années ».

Il a fallu à Lucien Bouchard plusieurs mois pour arriver, à son tour, à cette conviction et tirer lui-même sa révérence. « Je me suis rendu à ta conclusion » m’a-t-il dit, le soir de sa démission. L’arrachement que j’avais vécu au moment de quitter Lucien Bouchard est revenu me hanter, précisément ce jour où il est parti. Ô combien j’ai regretté de ne pas être là pour écrire son discours de départ.

Si un jour Jean Charest décide, par je ne sais quel miracle, d’annoncer une commission d’enquête, vous serez, chez vous, bien triste de ne pas tenir la plume.

Vous avez exprimé votre malaise. Lors de ma démission j’ai dit aux journalistes que j’étais inquiet de « l’impasse politique » dans laquelle était le Québec et annoncé que je publierais un essai, qui ne livrerait aucun secret, sauf mes idées pour la suite de notre histoire. Ce serait « Sortie de secours » ou, comme le dirait un Lucien Bouchard agacé, « La patente à Lisée ».

Vous n’aurez peut-être pas, du moins pas tout de suite, votre « patente »: une Commission d’enquête publique. Mais je suppose que vous aurez eu, au moins, une consolation. Ce lundi soir, votre démission a ouvert le Téléjournal. On a vu votre photo, des images où on vous voyait travailler avec le Premier ministre. En constatant que vous faisiez ainsi la nouvelle, votre mère vous a-t-elle dit: « Tu devais être quelqu’un d’important, finalement »?

Moi, en tout cas, ça m’a aidé à passer au travers.

Confraternellement,

Jean-François Lisée
Ex-scribe

Michel Roy, In Memoriam

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Il nous a quitté pour de bon. Depuis quelques années, il nous manquait déjà.

D’autres que moi ont raconté combien Michel était l’incarnation de la modération et de la compétence. Il fut brièvement mon patron, à La Presse, lorsque j’étais correspondant à Washington.

Mais je l’ai peu côtoyé, contrairement à quantité d’autres,  dans ses rôles de journaliste, éditorialiste, patron de presse ou président du Conseil de presse.

Non, moi, je fus son confesseur. Celui qui venait régulièrement, en 1991 et 1992, le rencontrer dans son bureau/sous-sol de la rue Victoria, l’écouter raconter le moment de sa vie où il avait voulu faire l’histoire, devenant conseiller du Premier ministre canadien au moment où, l’espérait ce fédéraliste sincère, le Canada ferait une vraie place au Québec.

Le choc

C’était après l’échec de l’accord du lac Meech. Beaucoup croyaient que, malgré cette déconvenue et parce que le sentiment souverainiste était à son zénith, le rapport de force du Québec était maximal pour obtenir, enfin, une place à sa mesure dans la fédération.

Michel Roy était de ceux-là et il quitta l’irréprochable indépendance journalistique dont il avait fait preuve pendant des décennies pour se jeter dans l’action, auprès de Brian Mulroney.

Son premier combat est de convaincre Mulroney et son ministre Joe Clark d’offrir au Québec beaucoup plus de pouvoirs en matière de langue. C’était, selon lui et selon Claude Ryan — son ancien patron devenu ministre de Bourassa– , la clé du succès. Roy propose de modifier la constitution, la Charte des droits et de donner même au Québec « la compétence linguistique dans le domaine des entreprises réglementées par l’échelon fédéral ».

Incroyablement, en ce moment de grande effervescence, Michel Roy réussit.  Incroyablement, lorsque le ministre fédéral va porter cette bonne nouvelle à Robert Bourassa, le premier ministre du Québec refuse même d’envisager la chose. Roy, venu à Ottawa pour aider le Québec, cherche vainement à comprendre:

« Bon, ben, je me dis, c’est parce que dans l’espoir d’obtenir autre chose, peut-être ont-ils renoncé à ceci. Mais je cherchais le « autre chose » et je ne voyais toujours pas. »

Je revois Michel, tenant le petit calepin où il notait les dates de ses rendez-vous pour se remémorer tel ou tel rebondissement. « Tiens, celle-là, tu va l’aimer ». Et de raconter le jour où Mulroney avait sommé ses conseillers d’être beaucoup plus ambitieux dans les réformes proposées au Québec. Mulroney parti, tous les hauts fonctionnaires présents affirment qu’ils n’en tirent pas la conclusion qu’il faille changer quoi que de soit.

« Alors, moi, raconte Michel Roy, je me suis dit: ‘je suis dans Kafka’! »

Le choc de ce fédéraliste québécois sincère avec la culture fédérale centralisatrice est au cœur du récit qu’il me faisait, tantôt frustré, tantôt hilare. De toutes les entrevues réalisées pour la rédaction de Le Naufrageur, celles accordées par Michel étaient parmi les plus limpides et les plus fines. Il parlait d’abondance, mais jamais pour ne rien dire. Il respectait le travail journalistique et tenait à laisser son témoignage pour l’histoire.

« Ce n’est pas une fuite, me dit-il un jour, parlant des détails qu’il me livrait, ce sont les chutes du Niagara! »

Pro NPD avant l’heure

La dernière fois que je l’ai vu, en mars 2007, un ami l’avait accompagné entendre Jack Layton discuter d’Afghanistan au Cérium.

En présentant Layton, j’avais souligné que Michel Roy était dans la salle, et rappelé qu’il s’agissait là du seul éditorialiste québécois ayant un jour appelé ses lecteurs à voter NPD. C’était à l’élection de 1980, avant le premier référendum. Peu après, Jean Chrétien, le voyant parmi les journalistes lors d’une conférence de presse du camp du Non, lui en fit le reproche. Et le nargua d’avoir eu si peu d’impact sur le résultat du vote, massivement libéral.

Michel Roy nous a quitté. Il l’a fait juste au moment où Jean Chrétien veut que son parti fusionne avec le NPD pour assurer sa survie. Notamment au Québec. Une de ces ironies dont Michel aurait raffolé.

 

Mais que fait-donc le blogueur ?

Chers internautes, vous êtes un certain nombre à me faire savoir que les vacances sont terminées et que je devrais me remettre à commenter, analyser, ironiser.

Mais voici pourquoi je ne puis être aussi assidu qu’en temps normal. Cinq priorités nuisent à ma productivité de blogueur:

1. Changer des couches;
2. Faire faire le rot;
3. Bercer;
4. Changer des couches;
5. Faire des bisous dans le cou.

Je profiterai d’un dodo de temps en temps pour venir vous écrire.

Signé:

Le papa/blogueur

Power, l’ambassadeur US, Sophie Durocher et moi

desmarais-sarkozy-photo1-150x150Plus tôt cette semaine, j’ai failli écrire sur le câble diplomatique envoyé à Washington par l’ambassadeur américain au sujet de l’influence des Desmarais sur Jean Charest.

J’aurais écrit que ce câble n’était pas très flatteur pour… l’ambassade américaine. En effet, au sujet des liens entre Desmarais, les sables bitumineux et Jean Charest, l’ambassadeur David Jacobson et son personnel — y compris une petite antenne de la CIA à Ottawa dont il faut faire semblant qu’elle n’existe pas — n’ont pas réussi à dégoter une seule information qui n’était déjà publiée dans le Journal de Montréal et reprise sur ce blogue.

En fait, c’est consternant. Jacobson suppute sur les liens entre Desmarais et Charest et sur la raison pour laquelle le PM québécois a durement attaqué la politique environnementale de Stephen Harper au début de la conférence de Copenhague en décembre 2009, mais s’est assagi par la suite. A-t-il subi des pressions des Desmarais, qui ont un intérêt direct dans les sables bitumineux ? Jacobson ne le sait pas. Peut-être, peut-être pas.

sophie_durocher2Dans sa chronique du Journal de Montréal de ce vendredi, Sophie Durocher est très fâchée du fait que, sauf au Devoir et dans les médias de Quebecor, on ait fait relativement peu de cas du câble diplomatique de Jacobson.

Ayant lu le câble attentivement (Le Devoir l’a mis en ligne ici), elle y a pourtant trouvé matière à tuer la une:

Dans sa missive à Washington, l’ambassadeur David Jacobson écrivait pourtant : « Paul Desmarais père et ses deux fils sont parmi les plus influents des Canadiens et ils ont de forts liens politiques et familiaux, surtout avec les libéraux fédéraux du Canada et avec le président français Sarkozy. »

Vous savez ce qui va arriver après cette affirmation fracassante ? Pas grand-chose.

Chacun a droit à sa lecture des faits. Mais il me semble que Jacobson écrit, dans ce paragraphe, une vérité de la Palice, qui ne peut pas fracasser grand chose. Mais Sophie en profite pour apostropher L’actualité et votre blogueur favori au passage:

L’actualité ne commandera PAS à un de ses journalistes une enquête fouillée sur les dirigeants de Power Corp. Le magazine ne posera PAS la question « Les Desmarais, les hommes le plus redoutables du Québec ? » [Note du blogueur: c’était le titre du portrait consacré à PKP]

Dans son blogue, Jean-François Lisée n’écrira PAS une lettre aux Desmarais les enjoignant à rendre des comptes à la population québécoise. [Note du blogueur: j’ai écrit une lettre ouverte à PKP]

À son prochain congrès, la Fédération professionnelle des journalistes du Québec n’organisera PAS un colloque sur les ramifications tentaculaires de l’empire Power Corp.

Christiane Charette ne demandera PAS à un journaliste de Quebecor de tracer les liens entre Power Corp., la compagnie Total et les sables bitumineux.

Et si on avait vérifié si le cas Desmarais m’intéresse ?

Je me garderais bien de parler pour la FPJQ et Christiane Charette, mais j’estime qu’ils devraient faire mentir Sophie et traiter de ces sujets fort intéressants. Je puis cependant parler pour moi. Sophie a mon numéro de téléphone, mon adresse courriel et twitter, mais le temps lui a sans doute manqué hier pour vérifier si, vraiment, le cas Desmarais ne m’intéressait pas.

J’aurais pu lui dire que dans mon premier livre, Dans l’oeil de l’aigle, je cite un câble diplomatique américain, très intéressant celui-là, qui fait état d’une réunion organisée par Power pour établir la stratégie fédéraliste au Québec. Puis, que je raconte comment Paul Desmarais s’est fait le porte-parole de Pierre Trudeau auprès de l’ambassadeur américain de l’époque, contre les souverainistes.

Dans Le Tricheur, je raconte l’influence de Paul Desmarais sur Robert Bourassa et son entourage. Puis, dans Les Prétendants, j’explique les liens entre Daniel Johnson et les Desmarais. J’avais d’ailleurs à cette époque consacré une chronique télévisuelle aux tentacules politiques des Desmarais pour une émission de télé de Télé-Québec, organigramme à l’appui.

(Anecdote: En fait, quelques jours après la diffusion de cette chronique, quelqu’un avait appelé André Pratte pour se plaindre que «Tout est dirigé par Power Corporation, tout le monde sait ça. Chrétien, Johnson, c’est Power Corporation.» Pratte, alors chroniqueur à La Presse, avait repris cette phrase dans son texte pour illustrer le cynisme ambiant, mais sans la contester, ce qui lui avait valu une démotion immédiate, après une intervention personnelle de Paul Desmarais. André dut se contenter de couvrir la « recherche universitaire » pendant de longs mois, jusqu’à l’arrivée de Guy Crevier qui lui confia la page éditoriale. Cause et effet ? Qui sait ?)

Conseiller de Jacques Parizeau, dont les Desmarais ne sont pas des fans, j’avais écrit le discours de fin de campagne référendaire qui galvanisait les foules et où Monsieur affirmait que le référendum était un choix entre « le Clan Desmarais » et « le camp du changement ». Pourquoi le clan Desmarais ? Parce que les deux chefs du camp du non, Jean Chrétien et Daniel Johnson, étaient liés à Power.

En 2008, je soulignais pour la dénoncer l’influence de Paul Desmarais sur la pensée québécoise de Nicolas Sarkozy, dans un article envoyé au quotidien Le Monde.

desmaraisCouvrant spécifiquement la querelle Journal de Montréal / Gesca sur les sables bitumineux, j’écrivais dans ce blogue en janvier 2010 le billet Les Desmarais: un empire médiatico-bitumineux ? Tentant de faire la part des choses, j’y écrivais notamment ceci:

il ne fait aucun doute que les membres de la famille Desmarais, propriétaires de La Presse et de la chaîne de journaux Gesca, sont fédéralistes, capitalistes et heureux de jouer dans les coulisses du pouvoir québécois, canadien et français pour hisser les amis vers le haut et écarter les importuns vers les côtés.

Et, après avoir repris la totalité des informations Power/Total/Sables bitumineux éclairés par le JdeM, je concluais ainsi:

Il est problématique que la principale chaîne de journaux au Québec soit aussi timide dans sa couverture d’une des familles les plus influentes au Québec, la famille Desmarais. C’est un vrai problème, dont le miroir inversé est la couverture des activités de Quebecor par les publications de l’empire Péladeau.

 

Les informations concernant l’influence des Desmarais dans Total et, par ce biais, dans les sables bitumineux, étaient connues.  Elles apparaissaient dans le livre Derrière l’État Desmarais, de Robin Philpot, publié en 2008. Cet essai, que j’ai lu avec intérêt, n’a pas eu droit à un seul article dans La Presse ou dans les journaux de la chaîne — sauf Le Soleil qui en a dit du mal en quelques mots. Aucune des informations colligées par Philpot n’a été reprise, discutée, voire réfutée.

 

En fait, une recherche des mots Power et Total dans la banque des articles de la chaîne Gesca pour les deux dernières années renvoie à des textes sur les activités de Total en Birmanie et sur des questions soulevées à ce sujet par des actionnaires de Power.  Cependant, comme le signale Dany Doucet [du JdeM], un lecteur de tous les journaux de Gesca n’aurait jamais su qu’il y avait un lien entre Power et les sables bitumineux, donc avec un des grands enjeux de politique environnementale du pays.

Je crois cependant qu’il est illusoire de penser que les journalistes de Gesca s’adonneront un jour à une couverture systématique, voire agressive, de l’empire Power, ou de penser que ceux de Quebecor feront de même avec leurs proprios. L’indépendance d’esprit est une chose, le réflexe suicidaire, une autre.

 

Dans le contexte d’hyper-concentration médiatique dont le Québec est aujourd’hui victime, le seul antidote réaliste est de compter sur Quebecor pour éclairer les activités de Power, et sur La Presse pour suivre à la trace celles de Quebecor. Et (ajout tardif mais nécessaire), il faut compter sur Le Devoir pour trouver dans cette couverture un juste équilibre.

Je tiens à remercie Sophie Durocher de m’avoir offert l’occasion de ce petit rappel, moi qui ai beaucoup discuté, récemment, des affaires de son patron PKP. J’attends maintenant avec intérêt la liste des occasions où Sophie a critiqué l’empire Quebecor. Ce n’est pas pressé.

Je remercie l’académie et, euh, PKP ?

20090330-videotron_027_800pxL’Association québécoise des éditeurs de magazine remettait ce mardi ses prix annuels. Votre blogueur favori est honoré d’avoir été choisi comme lauréat dans la catégorie « Chronique d’humeur, billet, analyse, opinion, essai et blogue ».

C’était la première fois que des billets de blogue étaient admis dans cette catégorie et je me vois dans l’obligation de remercier Pierre Karl Péladeau pour m’avoir donné une riche matière pour les billets qui ont été primés par le jury:

Lettre à PKP : étonnez-nous!
PKP nous répond, mais ne nous étonne pas…
Mes cinq questions à PKP

PKP et moi avons donc créé un précédent: obtenir que des billets de blogue remportent un prix du magazine !

Mais un problème m’assaille. Le prix vient avec une bourse de 500$. Je suis seul auteur de deux des billets mais PKP a écrit les deux-tiers du billet: « PKP nous répond ». Dois-je partager la bourse avec lui ?

Tout ce que vous ne vouliez pas savoir à mon sujet

4cd19ceb9f9c6_smallLa revue Urbania a eu la drôle d’idée de m’envoyer une version un peu modifiée du questionnaire de Proust.

Modifiée car l’auteur-aux-très-très-longues-digressions n’avait pas prévu l’irruption des blogueurs.

Sous le titre Winston Churchill, Tueur en série et Calendrier Maya, ils me font dire toutes sortes de choses….

C’est pourquoi j’en fait aujourd’hui mon « Gag de 15h15″…

Bouchard/Sirois: anecdote

Bon, chers internautes, parce que vous êtes gentils, nombreux et fidèles, que c’est vendredi après midi et qu’il neige, et puisque Lucien Bouchard et Charles Sirois étaient tous deux dans l’œil de la caméra cette semaine, je vous offre une petite anecdote.

En 1999, alors au zénith du monde des affaires québécois, Charles Sirois publie un ouvrage, Passage obligé : passeport pour l’ère nouvelle, sur sa vision de la gestion des affaires et de la nouvelle économie. Il en envoie une copie au premier ministre Bouchard, et, quelque temps après, lui demande un rendez-vous.

Quelques minutes avant l’heure convenue, M. Bouchard me demande: « qu’est-ce qu’il me veut, Sirois? »

Moi: « Je ne sais pas, je suppose qu’il veut vous parler de son livre et de ses idées ? Je ne sais même pas si c’est lui qui l’a écrit. Vous savez ce que c’est… »

Bouchard: « Mais est-ce que c’est bon ? L’as-tu lu ? »

Moi: « Non, vous l’avez gardé dans votre bureau. »

Bouchard: « Mais si on ne sait pas de quoi ça parle, qu’est-ce que je vais lui dire? »

Moi: « Bien, vous pourriez lui dire: ‘Le livre que vous avez fait écrire ? Je n’ai pas eu le temps de le faire lire !’ »