Charest: défense d’un commis-voyageur

charestOù est Jean Charest ? Jamais à la maison ? Toujours en voyage ? Les tribunes téléphoniques et les députés d’opposition s’en donnent à coeur joie, ces derniers jours, avec les déplacements successifs du Premier ministre. Dans la toujours divertissante émission Larocque Lapierre, dimanche dernier, les co-animateurs en ont rajouté, animation à la clé (placez le curseur à 21’05 »):

Je ne suis pas membre de cette chorale. Elle participe de la vision du Québec comme d’une petite province dont les représentants n’ont rien à faire à l’étranger. Le contraire est vrai. Le niveau d’ouverture de l’économie québécoise (ratio commerce/PIB) est parmi les dix premiers au monde. Nos exportations culturelles dépassent de loin, en importance, notre poids relatif sur la planète. On peine à trouver une autre nation sans État qui ait une présence diplomatique aussi active et aussi fructueuse.

Les rieurs auraient-ils préféré que Jim Prentice représente, seul, le Québec à Copenhague ? Jean Charest est allé à Davos rencontrer des investisseurs ? Le scandale est qu’il ne soit pas allé pendant ses premières années de pouvoir, après que Bernard Landry ait fait de la présence québécoise en ce lieu une efficace vitrine.  Aurait-on préféré que le Premier ministre n’aille pas en Inde, avec une centaine de chefs d’entreprises, pour soutenir la création d’emplois chez nous ? Qu’il ne soit pas à Vancouver, pour que ce fédéraliste soit contraint de déplorer la petite place du français dans son pays ? Ni qu’il n’aille pas rencontrer les gouverneurs américains à Washington, pour discuter aussi avec le secrétaire d’État au Transport d’un possible TGV vers Montréal (même si je n’y crois pas un instant)? Ni qu’il discute avec la directrice de l’Environmental Protection Agency pour plaider la cause de l’hydro-électricité  et lui faire savoir que le Québec était en pointe sur le contrôle des émissions pour les voitures, une politique que l’EPA va  bientôt étendre à tout le territoire américain ?

Janvier fut, de tout temps, le mois des missions à l’étranger des premiers ministres. Que Jean Charest en fasse un peu plus que les autres, dans les dernières semaines, ne fait que refléter une actualité internationale particulièrement intense. Est-il heureux d’éviter ainsi de répondre à des questions sur la corruption dans la construction ou sur le salaire de 75 000$ que lui verse son parti ? Je n’en doute pas un instant. Mais ces questions le rattraperont à son retour.

Les sujets de railleries ne manquent pas, avec ce gouvernement. Mais reconnaissons qu’à l’étranger, Jean Charest contribue à la définition d’une identité distincte du Québec, comme le faisaient avant lui Bernard Landry et Lucien Bouchard. Cette présence est précieuse, pour le présent et pour l’avenir.

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À propos de Jean-François Lisée

Il avait 14 ans, dans sa ville natale de Thetford Mines, quand Jean-François Lisée est devenu membre du Parti québécois, puis qu’il est devenu – écoutez-bien – adjoint à l’attaché de presse de l’exécutif du PQ du comté de Frontenac ! Son père était entrepreneur et il possédait une voiture Buick. Le détail est important car cela lui a valu de conduire les conférenciers fédéralistes à Thetford et dans la région lors du référendum de 1980. S’il mettait la radio locale dans la voiture, ses passagers pouvaient entendre la mère de Jean-François faire des publicités pour « les femmes de Thetford Mines pour le Oui » ! Il y avait une bonne ambiance dans la famille. Thetford mines est aussi un haut lieu du syndicalisme et, à cause de l’amiante, des luttes pour la santé des travailleurs. Ce que Jean-François a pu constater lorsque, un été, sa tâche était de balayer de la poussière d’amiante dans l’usine. La passion de Jean-François pour l’indépendance du Québec et pour la justice sociale ont pris racine là, dans son adolescence thetfordoise. Elle s’est déployée ensuite dans son travail de journalisme, puis de conseiller de Jacques Parizeau et de Lucien Bouchard, de ministre de la métropole et dans ses écrits pour une gauche efficace et contre une droite qu’il veut mettre KO. Élu député de Rosemont en 2012, il s'est battu pour les dossiers de l’Est de Montréal en transport, en santé, en habitation. Dans son rôle de critique de l’opposition, il a donné une voix aux Québécois les plus vulnérables, aux handicapés, aux itinérants, il a défendu les fugueuses, les familles d’accueil, tout le réseau communautaire. Il fut chef du Parti Québécois de l'automne 2016 à l'automne 2018. Il est à nouveau citoyen engagé, favorable à l'indépendance, à l'écologie, au français, à l'égalité des chances et à la bonne humeur !