Faut-il financer W ? Non !

Combien W est-il payé pour venir parler à Montréal ? On ne nous le dit pas. Son tarif officiel est de 150 000$ US. On attend 1000 personnes qui ont payé chacun jusqu’à 400$ pour l’entendre, pour une recette allant jusqu’à 400 000 $. Donc une très bonne affaire pour la Chambre de commerce… et pour Bush.

La question est de savoir si, indirectement, des fonds publics sont utilisés pour financer cette venue. La réponse est oui.

Le parterre de Bush sera essentiellement formé de compagnies ayant « acheté des tables ». Ces achats sont considérés fiscalement comme des dépenses admissibles, donc déductibles des revenus. Une fraction de cette dépense est donc assumée par l’État qui, sinon, empocherait davantage d’impôts de ces sociétés. Je m’insurge dans Pour une gauche efficace contre ce principe inique qui fait en sorte que les entreprises, et donc en partie l’État, paient pour les bons repas des membres de notre classe d’affaires.

Lors du débat sur le déficit zéro, en 1997, j’avais suggéré, à titre de conseiller du premier ministre, de sévir contre cette inégalité de traitement, afin que chacun participe à la grande corvée fiscale. Après tout, les infirmières, les enseignants, les manœuvres ont beau parler boulot le midi à la cafétéria ou chez Tim Horton’s, jamais on ne paie leurs sandwichs. J’avais proposé que les employeurs ne puissent rembourser de repas que lorsqu’un invité de l’extérieur de la ville – client ou partenaire – est présent. Si on mange dans la ville où on travaille, et que l’employeur paie, ce devrait être un revenu. Imposable. Et si monsieur est en voyage d’affaires et qu’il veut la suite royale, grands dieux, qu’il la prenne ! Mais chaque dollar payé en plus du prix moyen d’une chambre est une dépense de confort personnel. S’il est remboursé, c’est un revenu, imposable. (La mesure est facile à appliquer, car les frais de représentation passent toujours par l’administration des entreprises.) Ma proposition fut accueillie avec une chaleur proche de celle de l’iceberg recevant le Titanic.

A mon avis, si nos cadres d’entreprises souhaitent entendre Bush, qu’ils paient leurs places de leur poche. Ils en ont les moyens. Pour financer la venue de W, en plus de l’achat de tables, des compagnies, comme Ernst and Young, American Express et quelques autres (voir la liste en bas de la page, ici), ont payé pour « commanditer » l’événement. Cette dépense est aussi comptée comme admissible, faisant partie des frais de promotion de l’entreprise, donc elle génère un manque à gagner pour l’État. Je note avec plaisir qu’aucun fleuron québécois n’a voulu s’associer à l’événement. Ni Desjardins, ni Bombardier, ni la Banque nationale. Si j’avais été Échec à la guerre, j’aurais manifesté, en amont, contre les compagnies qui financent ainsi sa venue.

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À propos de Jean-François Lisée

Il avait 14 ans, dans sa ville natale de Thetford Mines, quand Jean-François Lisée est devenu membre du Parti québécois, puis qu’il est devenu – écoutez-bien – adjoint à l’attaché de presse de l’exécutif du PQ du comté de Frontenac ! Son père était entrepreneur et il possédait une voiture Buick. Le détail est important car cela lui a valu de conduire les conférenciers fédéralistes à Thetford et dans la région lors du référendum de 1980. S’il mettait la radio locale dans la voiture, ses passagers pouvaient entendre la mère de Jean-François faire des publicités pour « les femmes de Thetford Mines pour le Oui » ! Il y avait une bonne ambiance dans la famille. Thetford mines est aussi un haut lieu du syndicalisme et, à cause de l’amiante, des luttes pour la santé des travailleurs. Ce que Jean-François a pu constater lorsque, un été, sa tâche était de balayer de la poussière d’amiante dans l’usine. La passion de Jean-François pour l’indépendance du Québec et pour la justice sociale ont pris racine là, dans son adolescence thetfordoise. Elle s’est déployée ensuite dans son travail de journalisme, puis de conseiller de Jacques Parizeau et de Lucien Bouchard, de ministre de la métropole et dans ses écrits pour une gauche efficace et contre une droite qu’il veut mettre KO. Élu député de Rosemont en 2012, il s'est battu pour les dossiers de l’Est de Montréal en transport, en santé, en habitation. Dans son rôle de critique de l’opposition, il a donné une voix aux Québécois les plus vulnérables, aux handicapés, aux itinérants, il a défendu les fugueuses, les familles d’accueil, tout le réseau communautaire. Il fut chef du Parti Québécois de l'automne 2016 à l'automne 2018. Il est à nouveau citoyen engagé, favorable à l'indépendance, à l'écologie, au français, à l'égalité des chances et à la bonne humeur !