Francophonie socialiste: What would Jaurès do?

Je ne voulais pas gâcher votre semaine de la Francophonie (vous savez? la semaine dernière!) avec ça, mais je ne peux plus me retenir. Non, car j’ai appris récemment que la première secrétaire du Parti socialiste français, Martine Aubry, a obtenu le Prix de la carpette anglaise 2010, entre autres pour avoir permis l’utilisation du slogan « What would Jaurès do ? » sur du matériel du PS.

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Qu’aurait fait Jaurès, un des fondateurs et leaders du Parti socialiste au début du siècle ? La question, en anglais, est sur des tasses, des T-shirts, des bannières. C’est l’idée de jeunes conseillers de Mme Aubry qui, dit-elle, a validé ce slogan « mi-absurde, mi-politique ».

Le site de l’Assemblée nationale français nous explique la démarche:

Au PS comme ailleurs, il faut bien s’adapter à la demande : « Les purs et durs achètent toujours le tee-shirt avec le poing et la rose mais il nous fallait un tee-shirt politique pour aller bruncher le dimanche » s’amuse le staff com’.

Heureusement, le « staff com’ » a choisi le français pour le message imprimé sur les préservatifs à un euro : « Il ne peut y avoir révolution que là où il y a conscience ! ».

L’académie de la Carpette anglaise, réunie en décembre et formée de défenseurs du français, a attribué le titre à Mme Aubry également pour sa décision de décrire son approche politique, au printemps dernier, sous le mot général de « care ». Elle propose, dit-elle, une « société du care ». Et le français, n’ajoute-t-elle pas, « who cares? »

1367369_8_d9ae_ill-1367369-319a-lmm38-uneL’académie a préféré Mme Aubry au général Charpentier, commandant des forces terrestres françaises, qui  a mérité une voix pour avoir déclaré : « Il n’y a aucune ambiguïté : la seule langue de travail possible [dans l’armée] est l’anglais. »

Le prix spécial à titre étranger a été décerné à Paul Kagamé, président de la République du Rwanda, « pour avoir imposé dans son pays le passage du français à l’anglais comme langue officielle et comme langue de l’enseignement, et pour avoir quitté l’OIF (Organisation internationale de la Francophonie) pour adhérer au Commonwealth ».

Comment on traduit le titre des films danois ? En anglais

hangoverLes collègues du Monde ont été moins délicats que moi en écrivant en pleine semaine de la Francophonie que les distributeurs de films en France ont pris la mauvaise habitude suivante:

En français, La Casa muda se dit La Maison muette et Hævnen se traduit du danois par Revanche. Mais à la porte des multiplexes français, on dit The Silent House et Revenge. Ces deux longs-métrages, l’un uruguayen, l’autre danois, sortent donc en France ce 16 mars avec pour titre la traduction en anglais de leur appellation d’origine. Ce phénomène est proprement hexagonal.

 

lendemain1Revenge, de Susanne Bier, qui vient de remporter l’Oscar du meilleur film étranger, va sortir au Brésil ou en Hongrie sous un titre dans la langue du pays. Ce sont les distributeurs – les sociétés qui achètent les droits des films pour les proposer ensuite aux exploitants, les propriétaires ou gérants de salles – qui choisissent les titres.

Et ces distributeurs d’expliquer qu’il faut bien utiliser l’anglais, pour attirer les jeunes dans les salles. Et pas n’importe quel anglais. L’anglais le plus simple possible. L’anglais, oserions-nous le dire?, pour les nuls.

 

verybadtrip011Le film « Hangover », que nous avons bêtement traduit « Lendemain de veille » au Québec, est devenu « Very bad trip » en France.

C’est peut-être du Very bad English. Mais ce n’est pas du Very good French. Au fond, j’en viens à m’interroger. What would Jaurès think ?

(Merci à l’alertinternaute Michel D. pour m’avoir signalé l’article du Monde.)

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À propos de Jean-François Lisée

Il avait 14 ans, dans sa ville natale de Thetford Mines, quand Jean-François Lisée est devenu membre du Parti québécois, puis qu’il est devenu – écoutez-bien – adjoint à l’attaché de presse de l’exécutif du PQ du comté de Frontenac ! Son père était entrepreneur et il possédait une voiture Buick. Le détail est important car cela lui a valu de conduire les conférenciers fédéralistes à Thetford et dans la région lors du référendum de 1980. S’il mettait la radio locale dans la voiture, ses passagers pouvaient entendre la mère de Jean-François faire des publicités pour « les femmes de Thetford Mines pour le Oui » ! Il y avait une bonne ambiance dans la famille. Thetford mines est aussi un haut lieu du syndicalisme et, à cause de l’amiante, des luttes pour la santé des travailleurs. Ce que Jean-François a pu constater lorsque, un été, sa tâche était de balayer de la poussière d’amiante dans l’usine. La passion de Jean-François pour l’indépendance du Québec et pour la justice sociale ont pris racine là, dans son adolescence thetfordoise. Elle s’est déployée ensuite dans son travail de journalisme, puis de conseiller de Jacques Parizeau et de Lucien Bouchard, de ministre de la métropole et dans ses écrits pour une gauche efficace et contre une droite qu’il veut mettre KO. Élu député de Rosemont en 2012, il s'est battu pour les dossiers de l’Est de Montréal en transport, en santé, en habitation. Dans son rôle de critique de l’opposition, il a donné une voix aux Québécois les plus vulnérables, aux handicapés, aux itinérants, il a défendu les fugueuses, les familles d’accueil, tout le réseau communautaire. Il fut chef du Parti Québécois de l'automne 2016 à l'automne 2018. Il est à nouveau citoyen engagé, favorable à l'indépendance, à l'écologie, au français, à l'égalité des chances et à la bonne humeur !