Indépendance: la franchise d’Amir

amirfrancoisedebat-150x150Je n’ai pour ma part aucun doute qu’Amir Khadir souhaite que le Québec devienne indépendant. Mais il a attiré l’attention sur les faiblesses de l’approche de Québec Solidaire dans une entrevue ce jeudi en affirmant :

« Une fois qu’on a défini notre projet de société, est-ce qu’on a besoin de l’indépendance comme outil ou pas? Alors, vous voyez que, dans notre perspective, c’est l’indépendance si nécessaire, mais pas nécessairement… »

Je le dis à mes amis de QS depuis des années: leur proposition d’Assemblée constituante qui mènerait à une constitution ensuite soumise à un référendum est une belle idée sur le papier. Lorsque le papier, l’encre et les auteurs sont réunis sur le Plateau. Mais dans la réalité politique québécoise en son entier, c’est une recette qui mène inévitablement à l’échec. Pourquoi ? Parce que les fédéralistes ne se laisseront pas faire.

Croyez-vous un instant que Paul Desmarais, le Parti libéral du Québec et du Canada, le gouvernement fédéral et le Parti conservateur et toutes les forces opposées à l’indépendance vont bouder le processus ? Au contraire.

Qui dit Assemblée constituante dit élections des constituants au suffrage universel.

Qui dit élections dit candidats avec des positions opposées.

Et il est certain que les forces fédéralistes vont se concerter pour envoyer à la Constituante une grande quantité de gens qui auront pour seul objectif de faire capoter toute possibilité que la discussion 1) se mène dans l’harmonie 2) conduise à la souveraineté.

Plutôt que le bel exercice démocratique imaginé par QS, cette assemblée sera celle de l’opposition entre visions irréconciliables.

Amir ajoute dans son entrevue que c’est « le peuple » qui va trancher. Il a raison. Il faut trancher, dans un référendum.

Penser que « le peuple » peut arriver à un consensus sur un sujet aussi crucial est un leurre. Entraîner les Québécois dans cette voie, c’est les entraîner vers un échec cuisant.

Et pour paraphraser Amir, je dirais que non seulement est-il certain que l’approche de QS ne mènera « pas nécessairement à l’indépendance », mais il est certain qu’elle n’y mènera absolument pas.

C’est peut-être désolant. Mais c’est comme ça.

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À propos de Jean-François Lisée

Il avait 14 ans, dans sa ville natale de Thetford Mines, quand Jean-François Lisée est devenu membre du Parti québécois, puis qu’il est devenu – écoutez-bien – adjoint à l’attaché de presse de l’exécutif du PQ du comté de Frontenac ! Son père était entrepreneur et il possédait une voiture Buick. Le détail est important car cela lui a valu de conduire les conférenciers fédéralistes à Thetford et dans la région lors du référendum de 1980. S’il mettait la radio locale dans la voiture, ses passagers pouvaient entendre la mère de Jean-François faire des publicités pour « les femmes de Thetford Mines pour le Oui » ! Il y avait une bonne ambiance dans la famille. Thetford mines est aussi un haut lieu du syndicalisme et, à cause de l’amiante, des luttes pour la santé des travailleurs. Ce que Jean-François a pu constater lorsque, un été, sa tâche était de balayer de la poussière d’amiante dans l’usine. La passion de Jean-François pour l’indépendance du Québec et pour la justice sociale ont pris racine là, dans son adolescence thetfordoise. Elle s’est déployée ensuite dans son travail de journalisme, puis de conseiller de Jacques Parizeau et de Lucien Bouchard, de ministre de la métropole et dans ses écrits pour une gauche efficace et contre une droite qu’il veut mettre KO. Élu député de Rosemont en 2012, il s'est battu pour les dossiers de l’Est de Montréal en transport, en santé, en habitation. Dans son rôle de critique de l’opposition, il a donné une voix aux Québécois les plus vulnérables, aux handicapés, aux itinérants, il a défendu les fugueuses, les familles d’accueil, tout le réseau communautaire. Il fut chef du Parti Québécois de l'automne 2016 à l'automne 2018. Il est à nouveau citoyen engagé, favorable à l'indépendance, à l'écologie, au français, à l'égalité des chances et à la bonne humeur !