Selon les scénarios les plus optimistes, l’intelligence artificielle (IA) aura atteint le niveau d’intelligence d’un humain l’an prochain. L’étape suivante sera d’atteindre le niveau de l’intelligence combinée de tous les humains. Certains pensent que cela pourrait arriver dès 2027, d’autres affirment qu’il faudra compter plusieurs années.
Encore faut-il avoir une mesure fiable de ce qu’est l’intelligence de tous les humains. Il s’agit d’une cible mouvante. Et selon les dernières données, elle ne bouge pas de manière à donner beaucoup de fil à retordre à l’IA : plutôt que de progresser, elle régresse.
L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) mesure la littératie, c’est-à-dire la compétence nécessaire pour lire et comprendre un texte, et la numératie, la capacité de procéder à des calculs. Dans son dernier rapport, elle compare pour 27 économies développées l’évolution de ces compétences chez les adultes au cours des 15 dernières années.
On mesure de beaux progrès : en Finlande, au Danemark, en Suède. On constate du surplace au Canada ou en Allemagne. Mais, en moyenne, ça baisse. Un peu en France, plus en Autriche et aux États-Unis, plus encore en Corée du Sud et en Pologne.
Il est futile de tenter de trouver une explication unique au phénomène, mais la présence croissante des écrans dans la vie des adultes, jeunes et vieux, et, plus récemment, pour les étudiants, de l’IA elle-même, mérite examen.
La lecture et l’écriture sont, en soi, de la gymnastique pour les neurones. Le recul de la lecture et du temps de lecture est une tendance lourde en Occident depuis 15 ans, et plus encore chez les jeunes, et encore plus chez les garçons. La chute de l’écriture s’ensuit, d’autant qu’une autre option est désormais disponible. Une récente étude mesurant l’activité neuronale d’un échantillon d’étudiants américains a montré que ceux qui avaient écrit eux-mêmes un essai sur un sujet donné présentaient un gain cognitif moitié plus important que ceux qui l’avaient fait écrire par ChatGPT.
Or, l’utilisation de l’IA pour produire des textes est devenue, à l’école, à l’université et au travail, un phénomène qui s’est installé de façon fulgurante depuis seulement deux ans.
Aux États-Unis, des universités doivent désormais offrir à leurs nouveaux étudiants des cours de rattrapage en mathématiques avant de les intégrer dans leurs classes normales. Il leur manque des notions qui auraient dû être intégrées au milieu du secondaire. La pandémie et les écrans se sont combinés pour faire reculer leur niveau de numératie. Les accommodements introduits pendant la pandémie pour rendre le passage plus facile et éviter les échecs n’ont pas été rehaussés depuis, établissant un niveau d’exigence général plus bas pour tous.

« Pourquoi s’en faire ? » entend-on, les futurs ingénieurs vont simplement demander à l’IA de faire les calculs pour eux. « Qui va faire confiance à un diplômé en aviation qui ne peut résoudre un problème sans demander à l’ordinateur de lui donner la réponse ? » demandait un prof de maths de Stanford, Brian Conrad, au magazine The Atlantic. « La prémisse voulant que les concepts de base n’aient plus besoin d’être appris conduit au règne de l’idiocratie. »
Le pire n’est pas toujours sûr. Il est toujours temps de se ressaisir. La première chose à faire était de bannir les écrans des écoles. Il aurait été préférable de le faire il y a 10 ans, mais on y est enfin arrivé. D’autres mesures urgent pour en réduire l’impact hors école, dont l’interdiction des réseaux sociaux aux 16 ans et moins. Il faut applaudir la décision du Québec — et de plusieurs autres gouvernements — d’introduire des périodes de lecture quotidienne en classe. Les stratégies déployées par les universités pour endiguer l’utilisation de l’IA pour la production de travaux sont encore embryonnaires, mais indispensables. Une technique, l’essai médiéval, oblige à n’aborder un sujet qu’avec des sources antérieures à l’an 1500. L’IA n’y arrive (pour l’instant) pas. Un autre est de faire écrire le travail en classe, sans accès à Internet, et avec des copies papier des textes qu’il faut commenter.
Au-delà du contexte scolaire, où les variables peuvent être contrôlées par l’enseignant, il n’y a guère de moyens structurants dans la société en général pour freiner le déclin de la lecture et de l’écriture. Tout repose sur l’encouragement. Le succès de la journée d’achat d’un livre québécois, la popularité des salons du livre, y compris en régions, font partie des outils nécessaires, mais non suffisants.
On m’a récemment fait part d’une anecdote qui m’a fait sourire. Les jeunes hommes lisent peu, c’est connu. Pour certaines, cela les rend moins intéressants. Une technique de tri des prétendants potentiels a donc émergé, me dit-on. La jeune fille demande au jeune homme : « Qu’est-ce que tu lis en ce moment ? » Le balbutiement n’est pas une bonne réponse. Si la technique s’étend, elle peut devenir, pour la littératie, un puissant levier. Allez, les filles, on compte sur vous.
(Ce texte fut d’abord publié dans Le Devoir.)


vous n’etes pas tres intelligent de dire pareille sottise j’ai 120 QI je n’ai pas peur de IA!
Ouain « atteindre le niveau d’intelligence d’un humain » héhé !
Bien d’accord avec « Encore faut-il avoir une mesure fiable de ce qu’est l’intelligence de tous les humains. » et je dirais même de ce qu’est l’intelligence !
J’oserais dire « du savoir de l’humanité ». Plus vite, plus précis, plus de relations, sans jugement ni perte de mémoire et d’espace et certainement aussi dangereuse et ambitieuse. Fort utile dans certains domaines, mais pas tout à fait à la hauteur, encore.
Quand on pense que plusieurs de nos inventions proviennent de nos erreurs ; -)) Certes, l’art aussi découle plus souvent qu’autrement du mimétisme, mais encore là, l’erreur est trop humaine pour être maitrisée en 2026 par une machine créée par l’homme… J’ai plutôt l’impression qu’on va découvrir un jour que nous sommes des machines ;- )
D’autre part, tout ce qui est rapide est souvent fragile. On commence d’ailleurs à voir des séquelles de son cannibalisme… En passant, ma poésie écrite dans les années 80 est considérée comme l’œuvre de l’IA …par l’IA.
En attendant, gare aux béquilles, à vos données et Lisée directement les blogues, encourager les sources au lieu d’interroger l’IA…
Et effectivement p-ê plus vite que l’on pense vu que
des études alertant sur la diminution du QI mondial font actuellement débat dans la communauté scientifique.
REF. https://www.polytechnique-insights.com/tribunes/societe/qi-mondial-en-baisse-realite-ou-panique-morale/
Les filles sont effectivement généralement plus littéraires, mais vont préférer les romans et beaucoup moins les ouvrages politiques, de technologie, les essais ou la science-fiction. Par ailleurs, le rapport de l’ISQ (2024) sur les pratiques culturelles du Québec indique que 21% des femmes et 16% des hommes lisent à toutes les semaines. Sur 12 mois, c’est 89% et 75%. Tout de même.
Personnellement, aucune fille ne m’a jamais demandé ce que je lisais. Je l’aurais pourtant tant souhaité. Et la plupart des filles que je croise dans mon entourage ne lisent pas. Certains phénomènes ne semblent exister que sur les réseaux sociaux; ils sont ensuite souvent repris par les médias comme contenu « buzz » et deviennent des chimères journalistiques, ou serpents de mer en Europe francophone. La fin de votre article gâche un peu.
Pour s’amuser, j’ai demandé à Gemini (AI) quel est le profil type de votre lectorat, il répond: probablement un homme de 50 ans, car « …les essais politiques pointus attirent souvent un lectorat majoritairement masculin, particulièrement ceux qui s’intéressent aux stratégies, aux coulisses du pouvoir et à l’histoire politique. ».
Cordialement,
M. Philip