La CAQ et le français : Échouer en beauté !

Votre maison ancestrale présente de très graves fissures. Vous avez mandaté un inspecteur de la firme OQLF.  Il vous a expliqué qu’à moins de travaux majeurs, elle finira pas s’effondrer. Il a attiré votre attention sur les fondations. Votre problème principal, vous a-t-il expliqué, est que chaque année vous y insérez une substance formée pour moitié de sable et pour moitié de ciment. À moins de modifier ce mélange pour qu’il contienne 90% de ciment, la maison ne tiendra pas. Ce n’est qu’une question de temps.

(Ce texte a d’abord été publié dans Le Devoir.)

Vous embauchez un entrepreneur, la compagnie CAQ Inc. Elle vous présente un plan de travail de 100 pages comprenant 201 interventions : le toit, les volets, la lucarne, la tuyauterie, l’électricité, une nouvelle véranda avec vitrine. Toutes choses utiles qui redonneront à la maison son cachet d’origine.

– Oui, dites-vous, mais pour le ciment ?
– Absolument ! Répond l’ingénieur-chef, Jolin-Barette : il faudrait que ce soit 90% de ciment.
– On est d’accord, poursuivez-vous. Mais alors pourquoi n’est-ce présent nulle part dans le plan de travail ?
– On pense qu’avec le toit, l’électricité et la véranda, répond-il, ça va finir par aider le ciment à prendre !

Vous avez raison d’être dubitatif.

Lorsqu’on a tout lu, tout vu et tout entendu, le déclin du français se résume à un facteur principal : la pénurie croissante de francophones, de gens pour qui le français est la langue principale, celle qu’ils transmettent à leurs enfants. Moins il y en aura, mois les fondations seront solides. On pourrait recevoir 100 000 immigrants par an. Si 90% d’entre eux devenaient, à terme, des francophones, notre maison serait solide comme un roc pour l’éternité. Mais puisqu’ils ne sont que 54% à franchir ce pas, et 46% à s’intégrer plutôt à la minorité anglophone, le contraire se produit.

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Succès ou échec

Quelle échelle de mesure doit-on utiliser pour évaluer le projet caquiste ? À ce point-ci de notre récit national, il n’y a que deux réponses possibles. Succès ou échec. Soit le projet réussira à renverser le déclin, soit il échouera. Un journaliste perspicace a demandé au ministre s’il avait soumis ses mesures à des démolinguistes, pour juger de leur efficacité. La question est excellente – et devrait être centrale pour les débats à venir. Le fait est que le ministre a soumis un scénario à l’OQLF pourtant sur la mesure la plus structurante qui soit : l’exigence de la connaissance du français au point d’entrée pour les futurs immigrés. L’étude démontre que si la totalité d’entre eux se conformaient à cette exigence chaque année pendant les 25 prochaines années… cela freinerait significativement le déclin mais ne serait pas suffisant pour accomplir toute la tâche. D’où la nécessité de rénover aussi le toit, les volets et l’électricité, toutes mesures qui, à l’évidence, auront un impact réel mais marginal.

C’est donc en connaissance de cause, étude en main, que la CAQ a choisi d’échouer. De ne pas entreprendre l’essentiel et de se concentrer sur l’accessoire. On peut dire la chose autrement : en matière d’immigration linguistique, le gouvernement de la CAQ est nettement plus laxiste pour le français, en déclin, que ne l’est le Royaume-Uni pour l’anglais, langue en plein essor. En effet, il est impossible d’immigrer au Royaume-Uni pour y travailler, même pour de courts séjours, y étudier ou s’y installer sans démontrer au préalable une connaissance suffisante de l’anglais. Un copier-coller de la politique britannique au Québec s’impose. La CAQ refuse de l’imposer.

Si seulement la CAQ agissait sur le second levier le plus important : l’éducation post-secondaire anglophone. Mais non. Son refus d’agir pour étendre la loi 101 au Cégep était prévisible. Mais le ministre étonne et, franchement, choque, par son inaction quant à la maîtrise du français chez les non-francophones des Cégeps et universités anglophones. La sous-performance en français de ces dizaines de milliers de diplômés annuels est pourtant un facteur important de l’anglicisation des milieux de travail à Montréal. L’absence de toute référence aux milliers d’étudiants étrangers auxquels on n’impose aucune connaissance ou enseignement du français est également impardonnable.

Pour le reste

Mais pour le reste ? Une blague américaine vient en tête. Un journaliste s’adresse à la veuve du président Lincoln, tué la veille au théâtre. « À part l’assassinat, demande-t-il, avez-vous apprécié votre soirée ? » Oui, oui, certains autres éléments du projet caquiste sont dignes de mention.

L’utilisation de la clause dérogatoire à titre préventif est un geste fort, à la fois pour rappeler que nous n’avons jamais négocié ni approuvé la constitution qui nous est imposée et pour affirmer que nous allons soustraire notre action linguistique à un univers juridique canadien qui n’est pas bienveillant à son égard. La Cour est en effet sur une trajectoire contraire à celle que veulent emprunter les élus québécois. Dès 2009 les juges avaient causé la surprise en resserrant ses critères antérieurs pour invalider une loi portant adoptée à l’unanimité par l’Assemblée nationale et voulant colmater le raccourci vers l’école anglaise appelé « écoles passerelles ».

La modification constitutionnelle unilatérale, affirmant que le Québec est une nation francophone, est aussi un beau symbole. Grâce à ce geste audacieux et historique, dans 50 ou 60 ans, quand la maison s’écroulera, quand l’anglais sera devenue la langue commune à Montréal, on aura plaisir à évoquer, dans nos belles Maisons des aînés, cette grande victoire symbolique.


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3 réflexions sur « La CAQ et le français : Échouer en beauté ! »

  1. Vous étiez opposé à l’idée d’étendre la loi 101 aux CEGEP. Vous avez fait volte-face. Et je vous sais gré de cette nouvelle position qui répond mieux aux besoins de notre nation.
    Vous serait-il possible de nous donner les raisons ou le cheminement qui vous amènent à cette nouvelle position?

  2. Frédéric Lacroix et Mathieu-Bock-Côté ont raison sur ce projet de loi mi figue, mi raisin de lèche-botte colonisé. Trop d’à-peu-près. Je m’inquiète quand les libérastes tout crin applaudissent ce projet de loi très éloigné de l’original du Dr Camille Laurin. Encore insuffisant et toujours aussi approximatif. Aucun objectif précis. Une minorité anglo-rhodésienne archi privilégiée et hyper protégée toujours intouchée et encore intouchable. Allons aux sources du mal colonial Canadian. Arrêtons tout financement public et para public des institutions anglo-rhodésiennes d’éducation et de santé au Québec et francisons-les, laïcisons-les à 101% sans retour. Un seul système public d’éducation et de santé laïc et français pour tout le monde. Affichage uniquement dans la langue nationale et commune. Comme dans tout pays normal qui se respecte avant tout. Une seule voie possible pour l’immigrant : l’assimilation à la québécité laïque et française. L’administration québécoise ne s’adresse et ne réponds qu’en français, sauf rare exception avec les étrangers. Nous n’avons pas à financer notre sous-développement socio-culturel en sur-finançant des anglo-rhodésiens anti-québécois qui se perçoivent comme l’avant-garde coloniale Canadian chez nous. Vive le Québec libre, indépendant, français et laïc à 101% !!!

  3. Suite a l’annonce en grande pompe du gouvernement Legault, sur la réforme de la loi 101, je
    me devais d’écrire mon insatisfaction a cette soi-disant réformes. Force est de constater que,
    Le coup fumant annoncé, n’est en fin de conte qu’un pétard mouillé. Les petit nombre D’Anglos Canadiens qui habitent notre territoire doivent êtres mort de rire, la contestation est déjà commencée. Eux qui ont pour mission du gouvernement canadien de nous assimiler, avec la complicité de tout nos gouvernements successif, qui leurs servent depuis toujours sur un plateau d’argent tout les fonds nécessaire a leur besogne. Des hôpitaux, commission scolaire, cegep, rien n’est trop beau pour aider nos colonisateurs à nous imposer leur langue, et la main mise sur notre économie, Je ne parle pas ici de culture, puisque le Canada se veut multiculturel. Donc dépourvu dune culture qui leurs es propre.
    A l’heure ou notre survie est menacé, (minoritaire en Amérique, minoritaire au Canada, et bientôt minoritaire a Montréal) notre premier ministre en bon politicien, et homme d’affaire émérite, considère que la cote du crédit qui nous est consenti par les Anglos doit avoir priorité sur les aspirations légitimes de notre peuple. Il serait grand temps que nos partis politique (quel qu’ils soient) revoient leurs priorités et pensent à assurer notre avenir collectif. . Le fait de ne pas imposer la loi 101 aux CEGEP équivaut a financer nous même notre propre assimilation. J’aurais bientôt 80 ans, et pour tout vous dire, cela me désole au plus haut point de voir mes compatriotes avancer aveuglément vers l’anglicisation, avec l’Accor tacite de nos dirigeants du moment. Manque de vision? Manque de courage? Qui sait. Pensons aux patriotes qui ont donné leurs vie (Pendu par le coup) Au coin des rues Délormier et Notre-Dame ,afin que notre race continus d’exister si nous sommes encore la c’est bien grâce a leur sacrifice. Descendons tous dans la rue pour signifier au gouvernement que sa réforme est nettement insuffisante.

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