La Chine s’avance masquée

J’ai fait mes recherches et je puis vous affirmer avec une totale certitude qu’il y a, oui, un lien parfaitement démontrable entre la 5G et le virus. Lorsqu’on porte son regard sur l’année 2020, on peut discerner derrière la catastrophe sanitaire des ombres chinoises qui méritent notre attention et qui nous permettent de faire ce lien sans tomber dans le complotisme.

Vous n’êtes pas sans savoir que la compagnie chinoise Huawei, propriété du gouvernement chinois, a réussi à développer une avance technologique considérable en matière de 5G. Le vol d’innovation occidentale par l’efficace espionnage chinois a certes contribué à ce grand bond en avant, mais rien ne peut désormais gommer la capacité des ingénieurs chinois à accomplir leurs propres prouesses technologiques.

(Ce texte a d’abord été publié dans Le Devoir.)

Mais la 5G étant plus vulnérable au piratage que les générations précédentes de téléphonie mobile et les Chinois étant, avec les Américains, les Russes, les Iraniens et les Israéliens, les champions du piratage informatique, on comprend les nations occidentales de ne pas souhaiter mettre leurs œufs technologiques dans ce panier.

Les États-Unis ont ainsi banni la technologie 5G de Huawei sur leur territoire et font pression sur leurs alliés pour qu’ils fassent de même. Le Canada hésite. Ayant déjà emprisonné une dirigeante de Huawei et s’étant exposé au kidnapping et à l’emprisonnement revanche de deux de ses ressortissants en Chine, le moment ne semble pas venu de jeter du vinaigre sur la plaie chinoise.

Quel lien avec le virus ? Le voici : ce printemps, au moment où la panique régnait au Québec sur l’approvisionnement en matériel de protection, Huawei a livré des masques en quantité à nos hôpitaux. Radio-Canada a révélé ces derniers jours l’ampleur du don : pas moins de 110 000 masques réguliers et 100 000 masques N95. Le Québec n’est pas seul à avoir bénéficié de la générosité de Huawei. Selon le Globe and Mail, la compagnie a distribué en mars et avril 30 000 visières, 30 000 paires de gants et, tenez-vous bien, un million de masques aux hôpitaux canadiens. Une pratique dont ont aussi bénéficié plusieurs pays européens qui n’ont pas encore décidé d’utiliser ou non Huawei dans leur réseau 5G.

Évidemment, le géant chinois de la téléphonie ne s’était auparavant jamais aventuré dans la distribution de matériel sanitaire. Le gouvernement chinois aurait pu décider d’envoyer lui-même ces équipements aux pays nécessiteux, ce qu’il fait désormais avec le vaccin qu’il a développé, distribué en Asie, en Afrique et en Amérique latine à moindre coût que les vaccins Pfizer et Moderna et parfois gratuitement.

Mais pour la distribution de masques, la Chine a choisi de le faire transiter par Huawei et d’autres compagnies chinoises qui sont à la recherche de bénédictions réglementaires pour développer leurs affaires. Cette diplomatie du masque s’est donc jouée sur le terrain économique. La Chine souhaite, certes, projeter d’elle-même une image bienveillante, mais si elle peut du même coup aider ses entreprises à prendre des parts de marché en Occident, pourquoi pas ? C’est ainsi que le concurrent de Facebook et Twitter, la compagnie chinoise Alibaba qui a livré à Toronto en mars un demi-million de masques.

Cette opération de charme est fascinante. Surtout lorsqu’on la met dans un contexte légèrement plus large.

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Lorsque le virus s’est mis à se répandre à Wuhan, en janvier 2020, le gouvernement chinois a lancé une gigantesque opération d’importation de matériel sanitaire, dont les masques, en mettant à profit les diasporas chinoises du monde entier, y compris au Canada, y compris à Montréal.

Un bras du gouvernement chinois, notamment chargé de la surveillance de la diaspora et de la répression de la dissidence à l’étranger, le Front Uni, s’est mobilisée pour que ses ressortissants achètent le matériel de protection et l’envoie en Chine, provoquant immédiatement une grave pénurie en Occident.

Selon les données chinoises, en six semaines, deux milliards de masques ont pris le chemin de la Chine. Simultanément, le pays limitait la capacité des fabricants étrangers de masques présents sur son territoire, comme l’américaine 3M, d’exporter leur marchandise hors de Chine.

Selon  une enquête fouillée de Global news, 200 membres d’une chambre de commerce sino-canadienne de Toronto se sont mobilisés pour acheter des équipements partout où ils pouvaient en trouver. Leur moisson s’est élevée à 56 tonnes.

À Montréal, la mobilisation de douzaines de groupes de ressortissants par le consulat chinois a permis d’envoyer 30 tonnes de matériel de protection en Chine.

Un des pays les plus éveillés aux manigances chinoises est l’Australie, qui a décrété fin mars une interdiction d’exportation de matériel médical en Chine. Trop tard : 82 tonnes d’équipement avait déjà quitté le pays.

Le Canada, lui, a en un sens participé à l’effort du Front uni en envoyant début février en Chine 16 tonnes d’équipement, estimant qu’il lui en resterait suffisamment pour faire face à la pandémie au Canada par la suite. Une grave erreur.

Bref, cette affaire doit nous faire comprendre l’ampleur du pouvoir chinois et sa capacité d’action. Son empreinte sera prédominante au 21e siècle.

Voilà une puissance qui, d’abord, ment sur la gravité d’un virus qui apparaît sur son territoire, qui ensuite vide les tablettes du monde entier pour protéger sa propre population et finalement fait semblant d’être généreuse pour influencer notre décision de laisser, ou non, ses entreprises contrôler notre avenir technologique.

On ne sait pas si on doit être terrifiés ou admiratifs. Les deux, sans doute.


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2 réflexions sur « La Chine s’avance masquée »

  1. J’avais écrit un commentaire en marge de cet article de Lisée publié dans Le Devoir, « La Chine s’avance masquée », mais il a été « refusé ». Bizarre parce leur principal critère de refus, c’est lorsque notre commentaire n’a aucun rapport avec le sujet de l’article! Si je compare mon commentaire avec les 62 autres qui ont été acceptés, leur refus apparaît incompréhensible. Je me demande même s’il ne s’agit pas de censure pure et simple. – Théorie du complot, pensez-vous – Quel complot? Le mot en C, vous voulez dire ? Ce n’est pas parce que le mot apparaît dans mon commentaire que j’abonde dans ce genre de théorie fumeuse, bien au contraire. J’avoue que le niveau de compétence pour comprendre mon commentaire est trop élevé pour le modérateur du Devoir et sans doute pour nombre de ses lecteurs. Pourtant, mon commentaire n’est que de niveau universitaire. Au fond, j’écrivais seulement, mais d’une manière sans doute trop compliquée que les Chinois, même s’ils ne nous ont pas lancé une guerre virologique déguisée en accident de santé publique mondial, ont profité de l’occasion pour déstabiliser l’économie américaine et occidentale afin de leur damer le pion plus vite que prévu, ce qui est en train de se produire réellement dans la foulée de la pandémie selon les dernières statistiques. Il n’y avait pas de quoi refuser un commentaire qui ne fait qu’ajouter en le renforçant le propos de Lisée. Il n’est même pas du tout contradictoire. J’y dis seulement que nous sous-estimons encore la capacité de la Chine de nous nuire de toutes les façons possibles. Ils ne nous ont pas révélé la pandémie à temps, ils se sont retenus de le faire parce qu’ils se sont rendu compte après coup de tout le bénéfice économique qu’ils pouvaient en tirer. Ils sont les seuls à connaître un PIB croissant en 2020.

  2. 洋为中用! »Asservir les technologies étrangères aux besoins de la Chine ». Moins connu que le vocable ‘Chat noir, chat blanc, du moment qu’il attrape les souris -1962″, l’expression est également de Deng Xiaoping et date d’un discours de 1977. Ce véritable leitmotiv de la politique de développement de la Chine depuis 40 ans est même cité dans tout bon dictionnaire Chinois-Anglais /Chinois-Français. La Chine opère au grand jour avec une vision à long terme tandis que les élites occidentales dorment aux gaz…

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